Lumière Obscure
Chapitre 4 : Les Ténèbres et la colère
3973 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 27/01/2026 21:19
La rage et les Ténèbres bouillonnaient dans le coeur de la petite servante à la peau bleue. Des vagues écarlates incessantes s'abattaient contre les remparts de son esprit torturé, la plongeant toujours plus profondément dans l'abîme.
La Twi'lek avait perdu la mémoire, elle avait perdu son passé. Et un abject Jedi de la République, un certain Quinlan Vos, en était le responsable. L'homme au teint halé et au visage tatoué de jaune, celui qu'elle avait brièvement aperçu dans sa vision, l'avait assujettie et l'avait manipulée, réduite à moins qu'un pantin entre ses mains détestables.
Tout ceci, elle le savait grâce à Volfe Karkko, son nouveau Maître bien-aimé et son bienfaiteur. Il l'avait prise sous son aile et il lui avait permis, grâce à un transfert de pensées, de retrouver une partie de ses souvenirs. Les images étaient apparues en flashs confus dans sa tête alors que l'anzati pressait ses paumes contre les joues de la Twi'lek. Il avait déversé en elle une partie de sa rage et de son Obscurité, emplissant le vide et l'absence de mémoire chez la jeune femme par des mensonges et des sentiments qui n'étaient pas les siens. Depuis lors, un éclat mauve malsain brûlait au fond des prunelles d'Aayla, la reliant à Karkko dans la Force et dans les Ténèbres.
À tout instant, elle pouvait entendre les pensées de l'anzati et répondre à ses moindres demandes avant même qu'il ne les formule. Elle était devenue sa marionnette sans même qu'elle s'en aperçoive et sa volonté de padawan et d'Être de Lumière avaient été profondément enfouis sous les vagues écarlates du côté Obscure de la Force.
Mais l'ancien Maitre Jedi ne s'était pas contenté de reformaté l'esprit vulnérable de la jeune femme. Il avait également transformé sa prison de pierre en forteresse: loin de vouloir s'éloigner du temple qui l'avait retenu captif tant d'années, il y avait érigé un trône avec des blocs rocailleux et il y siègeait désormais, roi déchu gouvernant un territoire aride et désolé. Comme un affront envers les Jedi qui l'avaient emprisonné ici, il avait pris possession de sa geôle éternelle, là où ses anciens frères et sœurs avaient eu tant de mal à le contenir.
Mais ceci n'était que la première étape d'un long plan pour la vengeance et l'extermination. Il quitterait Kiffex, cette planète-prison abjecte où il avait été traqué, il sèmerait les Ténèbres et le désespoir dans la galaxie, et par dessus tout il se nourrirait de l'esprit des Jedi, n'ayant de cesse que lorsqu'ils seraient tous anéantis jusqu'au dernier.
Mais Karkko était encore trop faible... Malgré la résistance et la longévité exceptionnelle de sa race, la captivité et l'absence de nourriture psychique avaient laissé leurs traces sur lui. Il fallait qu'il s'abreuve, il fallait qu'il aspire la soupe cérébrale pour retrouver ses pouvoirs et sa vigueur perdus.
-Maître...
Le murmure de la petite Twi'lek sortit Volfe Karkko de ses délicieuses pensées et il leva ses prunelles violettes vers elle. Elle était agenouillée devant lui, prête à tout lui offrir, prête à le servir jusqu'à la mort. L'anzati ne pouvait nier que la jeune femme au corps bleu et athlétique était en tout point de vue désirable. Plus encore, sa condition de Twi'lek femelle la rendait malléable, soumise, un vrai jouet entre ses mains perverses, dont il pourrait abuser à loisirs... plus tard.
-Maître, reprit sa servante. Je sens votre faiblesse. Je ressens votre faim insatiable... Prenez-moi, et buvez-moi. Prenez mon esprit et ma Force. Et vous serez en mesure de conquérir l'univers...
-Oh non, ma petite chérie, rétorqua la voix grave et profonde de l'anzati. J'ai bien d'autres projets pour toi. Mais tu as raison sur un point: il faut que je me nourrisse, et tu vas diriger la chasse qui m'offrira mes futures victimes...
-Comment... comment puis-je faire pour vous aider? Pour vous apporter assez de nourriture ?
Sur ses mots, les yeux mauves de Karkko s'assombrirent et palpitèrent, et la jeune Twi'lek entendit un hurlement strident résonner dans tout son être, comme un appel intérieur. Puis le silence revint brusquement et les prunelles de son Maître reprirent leur couleur initiale.
-Tu les entends arriver, ma petite chérie?, murmura l'ancien Jedi en se levant lentement de son trône rocheux.
La jeune femme se redressa à son tour et tendit l'oreille. Elle perçut bientôt des bruits de pas, animales et rapides, qui retentirent sur le sol de pierre du temple en une course effrenée. Une quinzaine d'anzatis débarquèrent à toute allure dans la salle principale et entourèrent Karkko tels des chiens répondant à la voix de leur Maître. Mais les nouveaux venus ne ressemblaient plus en rien à ceux de leur race: ils n'étaient plus que les ombres d'eux-même. Leur apparence était hideuse et repoussante, comme s'ils avaient longtemps vécus seuls et isolés, loin de tout contact avec l'extérieur. Leurs corps étaient décharnés, leur peau blafarde tendue sur leurs os saillants. Leurs appendices buccaux d'anzati pendaient en permanence en frémissant, comme prêts à se nourrir de la première proie venue. Ils se déplaçaient à quatre pattes et semblaient avoir perdu l'usage de la parole, poussant des grognements et des cris stridents. Une lueur mauve brillait fond de leurs yeux fous, et leurs lèvres retroussées laissaient apercevoir des dents acérées et pourries. Ils n'étaient plus doués de conscience, comme si quelque chose (ou quelqu'un) avait vampirisé leurs âmes, les transformant à jamais en une parodie malsaine des anzatis qu'ils avaient été autrefois.
-Ces anzatis sont les rares de mon espèce que j'ai réussi à attirer ici durant ma captivité, expliqua alors l'ancien Jedi tandis que les nouveaux venus prenaient place autour de lui. Ils ont suivi mon appel télékinésique et ont atterri sur Kiffex. Ils n'ont jamais réussi à pénétrer le Temple pour me délivrer puisque seul un Jedi pouvait franchir le champs de Force de l'entrée... mais ils venaient chaque jour autour de ma geôle pour s'y recueillir, et je me nourrissais alors de leurs pensées. Ils sont aujourd'hui moins que des bêtes sauvages, le peu d'empathie qu'ils avaient auparavant ayant disparue au fil des décennies passées ici. Mais ils te seconderont dans ta tâche, ils t'obéiront pour la chasse que tu vas mener pour apaiser ma faim...
Lentement, Karkko traversa le cercle que les anzatis avaient formé autour de lui, et il se planta devant l'ancienne Padawan devenue son esclave. Une partie de la petite Twi'lek voulut reculer instinctivement, mais elle ne parvint pas à se souvenir pourquoi. Aussi elle resta immobile devant son Maître, qui lui carressa la joue et lui murmura doucement:
-Va, ma petite chérie. Cours aussi vite que tu le peux avec mes serviteurs. Ramène-moi ce qu'il me faut pour recouvrer mes forces...
-Et après... Maître...?, parvint à articuler faiblement la Twi'lek alors que les yeux de Volfe Karkko étaient plantés en elle, la submergeant entièrement.
-Et après, ma petite chérie, je vais conquérir la galaxie, et je ferais de toi ma reine...
***
Les yeux de Quinlan Vos étaient perdus dans l'immensité sombre de la galaxie tandis que l'Inferno fonçait dans l'espace à vive allure, les rapprochant de la surface de Kiffex, leur nouvelle destination. La noirceur de l'univers qui englobait la planète était néanmoins piquetée d'étoiles scintillantes, rappelant au Jedi que même les plus petites lueurs pouvaient faire reculer les ténèbres infinies.
L'homme au visage tatoué de jaune était en pleine introspection dans le silence du vaisseau, repensant à sa rencontre avec la Sheyf Tinte Vos du clan Vos sur Kiffu. La vieille femme décharnée était sa tante et elle s'était toujours opposée à ce qu'il soit emmené par les Jedi loin de sa planète d'origine, lui qui aurait pu hériter un jour du titre de Sheyf une fois l'âge requis. Une animosité profonde envers les Jedi s'était ancrée chez l'illustre dirigeante, compliquant depuis lors les rapports de la planète avec Coruscant.
La veillarde avait cependant reçu Quinlan avec courtoisie, plus par respect envers un membre de sa propre famille que pour son statut de Chevalier de la Force.
Et à ce titre, Tinte Vos lui avait transmis de multiples informations sur la mission qu'il menait à bien avec Aayla juste avant de perdre mystérieusement la mémoire et la trace de sa padawan.
La vieille femme lui avait confirmé que sa disciple et lui étaient venus sur Kiffu il y avait deux semaines de cela, et qu'ils étaient alors sur une piste pour retrouver les trafiquants d'une nouvelle drogue dont la rapide propagation inquiétait jusqu'aux plus hauts dirigeants de la République: le glitteryl. La substance chimique était un mélange entre le ryll, puissant médicament amnésiant produit sur Ryloth, et le glitterstim, une épice-drogue provenant de la planète Kessel.
Leurs investigations les avaient conduits sur Kiffu, et des rumeurs grandissantes pointaient du doigt sa jumelle Kiffex. Cette dernière, faiblement fréquentée de part son rôle de planète-prison, pouvait effectivement être utilisée comme base secrète par les trafiquants sans attirer l'attention sur eux.
La vieille Sheyf avait ensuite affirmé qu'ils étaient aussitôt repartis et qu'elle n'avait plus eu vent d'eux jusqu'à ce que Quinlan reparaisse devant elle aujourd'hui.
Le Chevalier Jedi avait alors remercié sa tante et s'en était retourné au vaisseau de Grahrk, le coeur empli d'un nouvel espoir grâce aux indices récoltés. Même s'il ne se souvenait pas de sa mission ni du chemin qu'il avait emprunté jusque là avec Aayla, ces informations le guidaient néanmoins sur une piste sérieuse. Et Grahrk s'était de suite empressé de proposer son aide au Jedi en l'escortant jusque là-bas.
-Toi toujours pas trop parler à ton ami Villie?, demanda soudain le pilote devaronien tout en jetant un regard en coin à son acolyte muet.
-Je médite, Grahrk. Beaucoup de choses vont dépendre de ma réussite à mettre la main sur ses narcotrafiquants, tout en espérant retrouver la trace de ma padawan... en vie, je l'espère.
-Aah... moi confiance en toi, Jedi. Moi sais que toi vas réussir! Toi grand guerrier et Villie parie que...
-Évite de terminer ta phrase, Grahrk, le coupa sèchement Quinlan en lui jetant un regard noir. J'ai eu ma dose de paris pour le reste de ma vie.
L'Inferno quitta l'inter-espace et fendit l'atmosphère de Kiffex dont la surface orangé et aride irradiait intensément face à l'obscurité infinie de la galaxie. Le devaronien pilotait son engin avec une assurance et une aisance fluide, et ils se posèrent bientôt sur la surface desséchée de la planète-prison. Celle-ci semblait uniquement constituée de roches acérées et de poussière, ponctuées ça et là de troncs morts et de buissons épineux. À une cinquantaine de mètres de leur vaisseau se dressait une bâtisse imposante toute en pierres, dont la longue silhouette se découpait face au ciel rougeoyant. Plusieurs navettes et véhicules légers étaient stationnés à ses abords, et des silhouettes y entraient et sortaient, signe d'une fréquentation soutenue.
-Sais-tu où nous sommes exactement?, demanda le Jedi à son étrange compagnon cornu tout en balayant le site d'un regard suspicieux à travers le cockpit.
-Ça être Cantina de Kiffex. Seul établissement de planète-prison. Fallait bien endroit sympa pour chasseurs de prime et pour gardiens. Endroit pour détente, nourriture correcte et jolies minous...
-Où as-tu donc la tête, Grahrk?, s'emporta Quinlan en saissant brusquement le devaronien par le col de sa tunique. Je suis en mission pour la République, en mission pour retrouver ma padawan en danger, et tu m'emmènes dans une cantina pour manger et lorgner sur de jolies filles??
Le devaronien, loin d'être impressionné par la soudaine perte de contrôle du Jedi, lui lança un énigmatique sourire qui déforma une fois de plus son visage rouge brique, le faisant ressembler plus que jamais à un diable conspirateur.
-Toi pas saisir. Pourtant toi intelligent. Où nous trouver de meilleures infos que dans bar fréquenté par brigands et gardiens saouls? Hein...? Hein? HEIN?
Les yeux sombres de Vos sondèrent les prunelles écarlates de Villie Grahrk à la recherche d'une faille, d'un piège ou d'une possible entourloupe. Mais le devaronien n'était pas facile à cerner et le Jedi ne ressentit rien qui puisse lui faire suspecter une quelconque trahison. Et il se pouvait même que le pilote à cornes ait raison: quel meilleur endroit pour glaner des informations qu'une cantina malfamée?
Aussi les deux compagnons quittèrent le vaisseau et se dirigèrent vers le bâtiment à grandes enjambées.
L'établissement était bondé a l'intérieur: toutes sortes d'espèces venues des quatre coins de la galaxie se côtoyaient au bar et aux nombreuses tables éparpillées dans la vaste salle. L'atmosphère était tamisée, propice à la discrétion et aux secrets, et ils passèrent totalement inaperçus dans cette foule de clients hétéroclites. Quinlan avait néanmoins rabattu la capuche de son manteau sombre sur son visage, peu désireux d'être vu ou reconnu.
Villie Grahrk quant à lui souriait de toute la blancheur de ses dents, saluant ici et là un visage familier, ce qui laissait entendre que l'endroit ne lui était de loin pas inconnu. Le devaronien conduisit Vos vers une table au centre de la pièce, juste en face d'une estrade où quatre danseuses Twi'lek quasi devêtues se déhanchaient sur le rythme d'une musique effrenée.
-Ah, jolies minous. Moi aimer minous Twi'lek, ça être les meilleurs!, s'exclama Villie.
Le regard noir que lui lança Vos était sans appel, et le Devaronien reprit alors plus sérieusement :
-Bon, toi attendre ici. A cette table. Toi trop suspect pour récolter informations. Moi va parler à deux ou trois amis. Ok toi?
-Très bien, Grahrk. Mais fais vite.
Le Jedi regarda le grand diable s'éloigner et disparaître dans un recoin sombre de la cantina. Quinlan n'arrivait toujours pas à déterminer si Grahrk était vraiment fiable ou non, mais il ne pouvait nier que le devaronien l'avait aidé et conduit jusqu'ici. Il n'avait pas d'autre choix que de lui faire confiance pour le moment.
Un cri strident et apeuré retentit soudain à une des extrémités de la salle. Quinlan eu tout juste le temps d'apercevoir une jeune femme trainée de force vers une issue dérobée, tenue fermement par une haute silhouette encapuchonnée, avant de disparaitre à l'extérieur. Personne aux alentours ne sembla s'enquérir du sort de la victime et Vos n'hésita pas un instant de plus. Il se leva et parcourut la distance le séparant de la scène tout en empoignant fermement le manche de son sabre laser. Il franchit à son tour le battant dissimulé et fut un instant ébloui par la luminosité orangée de l'extérieur. Il cligna plusieurs fois des paupières mais il ne vit aucune trace de la fille maltraitée.
En revanche, la haute silhouette masquée qu'il avait repérée comme étant l'agresseur se dressait devant lui, menaçante. Une soudaine bourrasque de vent fit basculer la capuche qui recouvrait le visage de l'inconnu, et Quinlan eu un instant d'hésitation.
L'humanoïde qui se tenait devant lui avait le teint rouge brique, des prunelles ardentes et deux cornes sur le front, le faisant ressembler a s'y méprendre à un diable... ou à Villie Grahrk. Cette poignée de secondes flottantes fut suffisante au nouveau venu pour lui décocher un puissant coup de poing dans l'estomac, qui envoya le Jedi à terre. Puis d'un revers rapide qui alla le percuter au bras droit, le combattant lui fit lâcher le manche de son sabre qui roula dans la poussière orange.
-Villie...?, parvint à articuler Quinlan sous l'effet de la surprise.
-Non, stupide Jedi. Moi être Holmar, et moi devenir riche en tuant toi grâce à cousin Villie. Lui et avons passé marché ensemble.
Le devaronien dirigea alors un blaster vers le cœur du Jedi, et le bruit de la détonation résonna dans la vaste étendue désertique.
Le diable encapuchonné bascula, mort avant même de heurter le sable aride de Kiffex.
Quinlan n'eut même pas le temps de se retourner ni de se relever tandis qu'une une voix familière s'élevait déjà derrière lui:
-Ah Jedi, toi ravi de revoir moi, hein?
Villie Grahrk tendit lui une main secourable que Vos saisit pour s'aider à se remettre sur pieds. Le coeur du Jedi battait à tout rompre, essayant de trouver un sens à la scène qui venait de se dérouler. Sa récente perte de mémoire l'avait fragilisé plus qu'il ne voulait l'admettre, et il dut prendre plusieurs grandes inspirations pour retrouver un calme de surface.
-Grahrk, qu'est ce que...?
-Ah! Cette face de bouse de cousin Holmar pensait que Villie allait vendre son Jedi. Bête comme un banta.
-Tu viens de tuer ton cousin??
-Oh, mon côté famille aime pas beaucoup le côté famille de lui. Ça toujours été comme ça.
-Mais tu as passé un marché avec lui, tu as parié de l'argent pour ma mort...
-Oh, ça? Juste une ruse de Villie. Et Villie très rusé. Grâce à ça, moi a découvert qui met la prime très très grosse sur la tête à toi.
-Et...?, questionna Vos en se fixant intensément le devaronien.
-Et il y a bonne nouvelle. Ça pas être contrat du clan des dangereux chasseurs de prime, ni des Hutts, ni des syndicats indépendants.
-Alors, qui, Grahrk?, demanda le Jedi en attirant la poignée de son sabre dans sa main droit grâce à la Force.
-Alors ça être mauvaise nouvelle... Ta tête être mise à prix par très très haut fonctionnaire de République que toi sert. Moi avoir entendu que ça être à cause de glitteryl, que toi essaie de trouver. Ça un peu ironique, non?
Une chappe de plombs sembla s'abattre sur les épaules de Quinlan Vos. Si ce que le devaronien disait était vrai, un traître se cachait dans les hauts rangs du Sénat Galactique et avait mis sa tête à prix (et celle d'Aayla par dessus le marché) parce qu'ils s'approchaient sans doute trop près de la vérité dans leur enquête sur cette drogue dévastatrice.
Le Jedi s'ouvrit alors à la Force, refusant de céder à la panique et au désespoir. Il se laissa parcourir par les millions de particules lumineuses du Tout et de l'équilibre, tentant de retrouver ses esprits et son calme intérieur.
Mais il ressentit également autre chose dans le flux vibrant, quelque chose de sombre, de terrible, de destructeur. Par pur réflexe intuitif, le Jedi activa son sabre qu'il venait de récupérer, et la lame verte grésilla, puissante, au bout de son bras.
-Toi fâché. Moi comprends ça. Moi souvent... commença Villie en reculant devant l'arme crépitante.
-Tais-toi Grahrk, quelque chose approche... Sors ton blaster et suis-moi.
Au même instant, des hurlements terribles leur parvinrent de l'intérieur de la cantina. Les deux acolytes franchirent à nouveau le passage dérobé et une vision d'horreur les frappa de plein fouet.
L'ambiance tamisée et paisible s'était transformée en une boucherie ignoble. Une quinzaine de bêtes monstrueuses aux prunelles mauves, se déplaçant à quatre pattes à vive allure, se jetaient sur les clients et les employés. Des tentacules repoussantes leur sortaient de la bouche et plongeaient dans les narines de leurs victimes, leur aspirant l'intérieur du crâne. Une danseuse Twi'lek à la peau verte était immobilisée sous le corps d'un des monstres, et le cri qu'elle poussa lorsque les appendices lui perforèrent le cerveau déclencha un frisson d'horreur chez Quinlan.
-Ça être anzati, Jedi. Anzati dégénérés. Moi avoir entendu parlé de eux. Serviteurs d'un mal plus terrible encore...
-Ce n'est pas le moment de philosopher, Villie, bats-toi! Il faut repousser ces bêtes!
Vos se jeta sur un des monstres et le coupa en deux avec son sabre laser. La lame verte continua sa course dans les airs et alla frapper un nouvel anzati, transperçant son corps blafards et maladif de part en part.
Quinlan s'apprêta à charger un autre groupe de bêtes quand un bruit de sabre laser résonna au milieu du tumulte meurtrier. Le Jedi sentit avant qu'il ne la vit la fine silhouette musclée et bleue, dont la tête se terminait en deux élégants lekkus.
-Aayla...
Mais la jeune femme qui s'avançait dans les Ténèbres face à lui n'était plus Aayla.
Elle n'était plus sa padawan.
Elle ne marchait plus dans la Lumière. Seule l'obscurité suppurait de son être comme un fluide nauséabond, et la fureur qui agitait le fond de ses prunelles mauves n'avait d'égal que sa soif de mort et de vengeance. La lame rouge sang qu'elle tenait dans sa main droite était inconnue aux yeux de Vos et projetait des reflets Obscurs sur le corps de la jeune femme.
-Il suffit, hurla soudain la Twi'lek bleue d'une voix dure au sein du vacarme du massacre. Vous avez assez mangé ! Il est temps désormais de rapporter votre butin à notre Maître!
Les monstres répondirent à sa demande et arrêtèrent de se nourrir. A la place, ils se mirent à cracher un épais mucus blanc qu'ils projetèrent au hasard sur des malheureux en fuite, formant un cocon solide autour de leurs corps, les emprisonnant solidement afin d'être facilement transportés vers l'antre de leur Maître.
Le regard mauvais de la Twi'lek parcourait la salle, veillant à ce que les créatures immondes mènent à bien leur tâche. Puis ses yeux se posèrent soudain sur le Jedi, et sa bouche s'entrouvrit sous l'effet de la surprise.
Un élan d'espoir enfla alors dans le coeur de Quinlan Vos. Peut être qu'à travers le voile du mensonge et de l'Obscurité, Aayla le reconnaîtrait et reviendrait sur ses pas, sur le chemin de la Force et de la Lumière.
Mais l'espérance du Jedi fut souffler comme un vulgaire fétu de paille sous la violence du vent lorsque son ancienne padawan prit la parole:
-Quinlan Vos! Je sais qui tu es et ce que tu m'as fait! Prépare toi à mourir ici!
La sombre guerrière s’élança alors dans les airs, sa lame écarlate et menaçante tendue au dessus d'elle.
Elle ne frapperait pas pour le blesser.
Elle ne frapperait pas pour le mutiler.
Elle frapperait pour tuer cet homme, aussi simplement que l'Obscurité gagnerait bientôt contre la Lumière.
La lame rubis s'abattit alors avec puissance et fracas, emportant définitivement tous les espoirs de Quinlan Vos avec elle