Lumière Obscure

Chapitre 3 : Trahisons

2658 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/01/2026 12:01



L'inferno décolla et traversa le ciel de Naa Shaddaa comme une flèche. La fine silhouette du vaisseau fendait l'air à grande vitesse, emportant avec lui Villie Grahrk et Quinlan Vos loin de la planète hostile. Le devaronien était assis derrière les commandes clignotantes, pilotant l'engin avec aisance, et la ville crasseuse rapetissa sous eux au fur et à mesure qu'ils prenaient de l'altitude.



-Hey, Jedi, toi asseoir, balade va peut être remuer un peu...



-Qu'est-ce que...?


Mais Quinlan Vos ne put achever sa phrase. L'inferno fut soudain prit dans la puissance de feu ennemi et l'engin fit une violente embardée pour échapper aux tirs de canons de la dizaine de vaisseaux qui les talonnaient de près.



-Que se passe-t-il, Grahrk, qui nous tire dessus cette fois?



-Ça être anciens amis à moi. Toujours des parieurs. Eux parier que nous pas sortir vivants d'ici. Comme toujours. Alors eux tirent nous pour gagner pari et devenir riches riches riches.



Une nouvelle manœuvre d'évitement ébranla le vaisseau du Devaronien, désarçonnant le Jedi qui alla s'écraser douloureusement contre la paroi de métal derrière lui.



-Moi avoir dit à toi falloir t'attacher. Toi écouter Villie ou bien?



À contre-coeur, Quinlan Vos se sangla sur le siège passager et se prit la tête entre les mains, envahi d'une soudaine lassitude.



L'Inferno fut à nouveau secoué tandis que le diable rouge évitait les rafales mortelles des chasseurs de prime à leur trousse, manœuvrant entre les tirs avec virtuosité. Puis le calme plat revint brusquement et Grahrk put rétablir la trajectoire initiale du vaisseau pour quitter l'atmosphère de Naa Shaddaa.



-Aah, nous avoir chance, Jedi. Nous avoir atteint le point de désengagement. Nous quitter Naa Shaddaa en vie. Pari gagné! Villie est riche, et eux perd!



Le Devaronien tapa dans ses mains avec satisfaction. Un immense sourire découvrit ses dents blanches et son visage rouge brique exprima alors une félicité absolue, comme si leur fuite in extrémiste face à la mort était d'une extraordinaire distraction. Quinlan Vos fixa le regard rougeoyant de son improbable compagnon de voyage, n'arrivant pas à déterminer si l'humanoïde était sincère avec lui, pourri jusqu'à la moelle ou simplement fou.



-Où nous va maintenant?, finit simplement par demander le pilote cornu en se tournant vers le Jedi.



Quinlan fut surpris par la soudaineté de la question, ne s'attendant pas à ce que le Devaronien prenne la peine de la lui poser. Le Jedi devait néanmoins rester prudent devant son nouvel allié qui restait malgré tout un chasseur de prime dont les actions étaient dictées par l'appât du gain.



-Je l'ignore, Grahrk. J'ai vu des choses en touchant mon sabre laser. Je connais mon nom, je sais que je suis un Jedi. Je sais que j'avais une apprentie. Mais je ne sais pas ce qui lui est arrivé, ni pourquoi je suis là. Les images qui m'ont assailli n'ont pas de lien entre elles, c'est comme essayer de rassembler un puzzle dont il manquerait la moitié des pièces. Je veux me souvenir, mais je ne sais pas par où commencer.



-Peut être chercher d'où toi viens, quelle planète? Quelle race?



-Je l'ignore...



-Moi demander à Inferno. Scanne nouvel ami de nous, NT, et apprends nous.



Scan en marche. Lecture en cours.



La voix robotisée s'éleva de la console centrale du vaisseau et une petite sonde sphérique se détacha du tableau de bord en tournoyant autour du Jedi à toute allure.



Scan terminé. Analyse achevée. Quinlan Vos est un Kiffar de la planète Kiffu, possédant des pouvoirs de psychométrie lui permettant de lire des images, des souvenirs, à partir d'objets ou d'êtres vivants. Il est le petit neveu de Tinte Vos, actuelle Sheyf des gardiens de la planète Kiffu. Le Sheyf est le visage du commandement et de l'autorité absolue sur la planète, détenant toutes les informations nécessaires à la poursuite de votre mission. Elle est également gardienne de Kiffex, planète jumelle de Kiffu, qui est une planète-prison pour certains des plus grands criminelles de la galaxie.



La voix robotisée se tut, laissant un silence songeur planer dans le cokpit de L'Inferno. Quinlan Vos ne dit rien, mais il sentit dans la Force que le Devaronien avait mis le cap sur sa planète natale, Kiffu, et il ne put que lui en être reconnaissant. Le diable était peut être agité par sa soif de richesse, mais il lui était aussi étonnamment utile et serviable, il ne pouvait le nier.


L'approche de Kiffu via l'hyperespace se fit dans un calme totale et la planète apparut bientôt devant eux, se détachant de la noirceur de l'espace telle une sphère orangée fluorescente.

L'Inferno se posa sur la surface ocre et sableuse en plein milieu de sa capitale, Azurbani, en soulevant des nuages de poussière. Un immense temple de pierre se dressait au centre de la ville, renfermant le Conseil des Gardiens mené par la Sheyf que Quinlan Vos comptait rencontrer. Grahrk enclencha alors la passerelle d'accès qui forma un chemin d'accès jusqu'au sol à l'extérieur.


Le Jedi rabattit sa capuche sombre sur son visage, dissimulant partiellement ses traits, puis il se tourna vers le Devaronien qui était resté assis à son poste de pilotage:



-Ne veux-tu pas venir avec moi, Grahrk? Le clan Vos voudra peut être te récompenser pour m'avoir sauvé la vie...



-Noon noon, Villie reste dans vaisseau. Mieux pour toi et mieux pour moi. Devaronien mauvaise réputation. Toi dois obtenir informations pour mission. Moi reste ici pour maintenance Inferno. Tout le monde très contents comme ça. Oui?



Quinlan Vos fixa un instant le visage souriant et confiant du pilote à cornes, puis il quitta le vaisseau en silence, les pans de sa cape battant derrière lui.


Le Devaronien regarda la silhouette du Jedi disparaître vers l'extérieur, emportée par les sables tourbillonnant de la surface de Kiffu. Puis il referma le sas, plongeant à nouveau l'intérieur du vaisseau dans une semi-obscurité.

Villie Grahrk se cala confortablement dans son siège et enclencha le communicateur de L'Inferno. Un profil semblable en tout point au sien apparut sur l'holocom, clignotant dans un reflet bleuté intermittent.



-Holmar Grahrk! Espèce de résidu de Banta, ta vue donne à moi envie de vomir, s'exclama Villie.



-Cousin Villie, toi fends la lentille de l'holo-projecteur avec ta face de bouse. Toi voyage toujours avec Jedi Quinlan Vos?



-Oui, oui oui.



-Quelqu'un mettre gros gros paquet sur sa tête. Petite fortune. Nom inconnu mais place importante dans République. Très haut placé. Et plein de fric.



Villie Grahrk se pencha soudain en avant, son sourire s'effaçant progressivement alors qu'il dévisageait la projection bleue de son cousin face à lui.



-Plein de fric. Toi peux préciser?, finit par demander le pilote de l'Inferno.



-Assez pour toi et moi, cousin Villie. Si toi aide moi à piéger Jedi, nous plus jamais besoin de travailler.



Un silence épais, presque palpable, plomba le cockpit de l'engin tandis que Villie Grahrk se frottait le menton, les yeux dans le vide, en proie à de profondes réflexions.

Enfin, le Devaronien tourna ses prunelles rouges vers son interlocuteur, son sourire fendant à nouveau son visage en une expression extatique, presque diabolique:



-Fric serait bonne chose pour Villie. Moi crois qu'on peut faire affaire, cousin Holmar.






                                    ***







Tu hésites, petite Twi'lek. Je sens que tu as peur. Tu as un problème avec ta mémoire. Tu as été droguée et abusée. Ton organisme a évacué les substances, mais tes souvenirs ne sont pas revenus... Viens à moi, je vais t'aider.



<Aayla. Je m'appelle Aayla>



La jeune Twi'lek s'extirpa avec difficulté de la capsule de sauvetage qui l'avait propulsée à la surface de cette planète orangée et inconnue. Elle ne savait pas où elle se trouvait. Elle ne savait pas qui elle était. Elle n'avait qu'une seule certitude:

son prénom, Aayla, auquel elle s'accrochait comme à une bouée de sauvetage.

Et cette voix étrange qui résonnait dans sa tête... comme un appel, comme la promesse d'une aide providentielle. Elle devait atteindre sa source, elle devait aller vers elle pour trouver le salut et se souvenir de qui elle était...


La jeune femme au corps bleu et athlétique se mit à courir sur le sol aride, soulevant de petits nuages de poussières orangées derrière elle. L'étendue désertique qui l'entourait était immense, du sable ocre à perte de vue et une végétation rare et desséchée. Le coeur de la Twi'lek battait la chamade, cédant presque à la panique devant sa situation désespérée



<Respire. Aayla. Je m'appelle Aayla>, se répéta-t-elle à nouveau comme un mantrat.



Oui, Aayla. C'est ton prénom, petite Twi'lek. Mais ne te souviens-tu de rien d'autre? Es-tu vraiment sûre?



<Je ne sais pas. Je ne sais plus. Juste mon prénom. Aayla. Je m'appelle Aayla.>



Cherche au plus profond de toi petite Twi'lek. Cherche profondément à l'intérieur de ton être.



Une image assaillit alors la jeune femme, et elle vit au fond d'elle-même le visage d'un homme au regard menaçant. Elle trébucha dans sa course et s'étala sur le sol, son corps se couvrant de la poussière orange de la planète.

L'homme de sa vision devait être de haute et large stature. Ses cheveux longs et sombres étaient coiffés en dreadlocks et encadraient son visage au teint halé, barré par un tatouage linéaire jaune horizontal. Son regard noir était terrifiant et un rictus de haine déformait ses traits.



Bien, petite Twi'lek. Tu vois, je t'aide à retrouver tes souvenirs. Tu vois cet homme. C'est sûrement celui qui t'a droguée et qui t'a volé la mémoire. Le responsable de tes malheurs. Viens à moi et je t'aiderai à te souvenir de tout. Viens à moi, et je t'aiderai à te venger.



Aayla se releva et reprit sa course sur le sol aride et sablonneux. Elle ne savait pas où elle allait, mais quelque chose en elle la guidait.

Était-ce cette voix qu'elle entendait intérieurement qui lui montrait le chemin, ou était-ce autre chose?

Était-ce les milliers de particules qu'elle sentait bouger et palpiter tout autour d'elle, la reliant inexplicablement à un Tout universel, qui la guidait vers la vérité et l'espoir de retrouver la mémoire?


La jeune Twi'lek n'aurait su le dire. Sa seule certitude était qu'elle se trouvait sur le bon chemin, et que la voix rassurante allait lui porter secours. Elle devait atteindre sa source. Elle devait se faire aider.


La végétation se fit soudain plus dense autour d'Aayla, et elle ralentit l'allure de sa course. Des arbres de plus en plus imposants se dressaient devant elle, des lianes grisâtres et épaisses pendant de leurs branches desséchées. Des racines immenses sortaient du sol à la base de leurs troncs comme autant de tertres qui auraient pu abriter plusieurs personnes simultanément. L'atmosphère orangée de la planète s'estompait au fur et à mesure que la jeune femme s'enfonçait dans cette étrange forêt et la semi-obscurité avait quelque chose d'apaisant après la fournaise ocre du désert qu'elle venait de traverser.



Oui, petite Twi'lek. Tu es toute proche de ton but. Tu es toute proche de retrouver la mémoire. Je sais qui tu es. Je te sens dans la Force, et je sais que tu peux me sentir aussi. Même si tu ne sais plus ce que cela signifie pour l'instant. Continue, tu es si près du but...



La voix résonna à nouveau en Aayla, ferme et rassurante, la guidant toujours plus loin.

Enfin, un temple de pierre de trois étages apparut devant elle, à demi enseveli sous les racines brunes d'un arbre géant qui devait sans doute toucher le ciel. L'antique bâtiment était ancien, tout en pierres sculptées, et dégageait une aura puissante. Il semblait avoir poussé là en même temps que la forêt qui l'entourait, ajoutant un halo mystique autour de ses murs.


La jeune Twi'lek gravit lentement la volée de marches qui conduisaient à son entrée, dans une attitude pleine de déférence. Elle savait qu'elle était arrivée à destination et un soulagement intense la gagna lorsqu'elle pénétra à l'intérieur.


Le hall était immense et vide mais il s'ouvrait sur un nouvel escalier qu'elle monta avec la même lenteur respectueuse.


Ses pas résonnaient sur les marches de pierres et perturbaient le silence sépulcral du lieu. Elle était proche, toute proche, elle le savait au fond d'elle-même.



Oui petite Twi'lek. Tu es toute proche des réponses aux questions que tu te poses. Si proche. Viens à moi.



La jeune femme gravit les dernières marches et pénétra dans une vaste pièce aux murs recouverts de sculptures anciennes décrépies par le temps. Deux petits champs de force bleutés traversaient la salle du sol au plafond, chacun renfermant une poignée chromée d'une trentaine de centimètres de long qui y tournoyaient doucement. Aayla s'approcha et contempla les étranges objets. Cela lui rappelait quelque chose. Elle avait déjà vu des armes semblables. Elle savait, mais elle n'arrivait pas à se souvenir.



Tu sais ce que c'est, petite Twi'lek. Concentre-toi. Ce sont des sabres laser. Ce sont les miens. Placés ici pour que je puisse les voir sans jamais pouvoir les atteindre... mes propres armes...



Aayla détourna les yeux des manches de métal et vit alors le troisième champs de force, beaucoup plus grand et d'un écarlate pure, qui renfermait une haute silhouette qui semblait endormie. Elle s'approcha et contempla le corps du prisonnier qui lévitait doucement dans sa prison impalpable.



Bonjour petite Twi'lek. Je peux t'aider à retrouver la mémoire. Mais fais d'abord quelque chose pour moi. Pousse ce mécanisme, s'il te plaît. Délivre-moi. Puis je te porterai secours à mon tour.



Instinctivement, la jeune Twi'lek sut ce qu'elle devait faire. Elle se dirigea vers la console hors d'âge qui jouxtait la prison rougeoyante et en abaissa le levier principal.


Immédiatement, le champs de force implosa, propulsant un souffle dévastateur tout autour de lui. Aayla se retrouva projetée dans les airs et alla heurter le mur de pierres derrière elle.


Lorsqu'elle retrouva enfin ses esprits, elle vit la haute silhouette du prisonnier, désormais libre, dressée au dessus d'elle. L'humanoïde était grand, ses longs cheveux lisses et noires lui tombant en deux mèches distinctes sur les épaules. Son nez était plus écrasé et large que celui d'un humain, et il se pencha sur elle en approcha son visage tout près du sien. Deux tentacules lui sortirent de la bouche et caressèrent les joues bleues de la jeune Twi'lek. Un frisson abjecte la parcourut alors: Aayla aurait voulu fuir, elle aurait voulu crier, mais elle était incapable d'esquisser le moindre mouvement. Elle ne pouvait pas détacher son regard des yeux violets et malsains de l'inconnu qui parla alors, de la même voix qui l'avait guidée jusqu'ici:



-Bonjour, petite Twi'lek. Cela fait des siècles que je dors ici, et des siècles que je suis affamé. Mais je ne me nourrirai pas de toi, pas tout de suite. Tu vas d'abord m'aider à accomplir ce qui doit être fait. Et alors, je me nourrirai enfin...



Puis les iris mauves engloutirent Aayla, et elle ne vit plus rien du tout

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