D'honnêtes Argonautes
D’honnêtes Argonautes
Jaeson et la quête de la Toison d’Or
Cinquième épisode de la Kirkissée : l'Odyssée du capitaine Kirk.
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A Alresha
Chapitre 1 : Mission permission
Vaisseau Enterprise, date stellaire 6064.5
D’une foulée sportive, le capitaine Kirk remontait un couloir du vaisseau Enterprise avec un mauvais pressentiment. Quelques instants plus tôt, une urgence diffuse l’avait saisi mais sans qu’il identifie précisément pourquoi. Laissant de côté les regards interrogateurs de son équipage qui s’écartait prestement sur son passage, il s’engouffra dans un turbolift et appuya sur l’intercom.
— Lieutenant Uhura, il n’était pas en salle de chargement, et aucune navette n’est sur le départ, ni même prévue au planning. Trouvez-moi le Dr McCoy ! Il ne répond à aucun de mes messages. Ce n’est pas normal.
La voix tendue de la jeune femme acquiesça brièvement avant de couper. Cette fois fin nerveux, le capitaine guettait la réouverture des portes, se précipita au dehors et buta de plein fouet sur son second officier, planté là en une posture hiératique et... très minérale. Il laissa échapper un cri. Se projeter contre un mur devait faire le même effet. Avait-on idée de resté là au milieu du chemin ?
— Spock ! Mais qu’est-ce que vous faites là ? protesta-t-il vivement en se frottant la pommette et la mâchoire.
— Je vous attendais, capitaine.
— McCoy est introuvable et ne répond pas quand on l’appelle ! Laissez-moi passer, la dernière fois qu’on a capté son signal, il était sur ce pont...
Le Vulcain haussa un sourcil, en le considérant avec un maximum de perplexité. Et peut-être une touche d’inquiétude. Mince. Aurait-il oublié quelque information fondamentale ?
— Capitaine, puis-je me permettre de vous détromper ? Le Dr McCoy a posé une demande de congé de quelques jours. Je ne suis pas sans savoir qu’il se ménage peu et, ne voyant rien qui s’y oppose, j’ai signé son autorisation en votre absence, selon vos propres instructions. Le Dr Chapel m’a assuré qu’elle serait ravie de pouvoir exercer son haut niveau de qualification médicale, et parfaitement à même de gérer les quelques jours de repos de son supérieur...
Paraissant à moitié soulagé, le capitaine adopta une physionomie plus avenante et tira sur le devant de son uniforme pour masquer sa gêne.
— Fort bien, il est vrai que cela faisait un long moment qu’il n’avait pas jugé bon de partir en permission... Mais pourquoi ne répond-il pas ?
— Je crains que le Dr Chapel lui ne lui ait confisqué son communicateur – pour ce qu’elle appelle une « déconnexion numérique ».
— Oh ! Vraiment ? Mais quand part-il ? Il n’y a aucune navette réservée, j’ai vérifié. Bon... Ai-je encore le temps de lui dire un mot ?
— Pas si cela concerne le travail, capitaine. Ordres du docteur Chapel qui devient l’officier médical le plus haut gradé, et en charge de la santé d’un patient... récalcitrant.
Le capitaine esquissa un léger sourire amusé.
— Vous voulez dire qu’il râle même pendant un jour de congé ? Sacré Bones ! Dans ces conditions puis-je au moins lui souhaiter un bon voyage et un bon séjour ? Où est-il actuellement ? En train de laisser des consignes à tous ses patients ?
— Négatif, capitaine. Il est au bout du couloir.
L’œil vide, Kirk regarda les portes rouges indiquées d’un léger coup de menton, puis quêta une explication sur les traits du commandant Spock. Il n’aurait su en être complètement certain mais derrière ces zygomatiques presque pétrifiés, il aurait presque discerné un imperceptible frémissement.
— Mais Spock, c’est la salle de téléportation là-bas ! Il a quelqu’un à voir avant de partir ? chercha-t-il à comprendre en accélérant subitement pour s’y rendre.
— Non. Il semblerait qu’il veuille l’utiliser...
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Éberlué, Kirk fit irruption dans la salle au moment où le docteur mettait un pied sur la bakélite du podium circulaire accueillant les plots de téléportation. Il était vêtu en civil à la mode terrienne, mais le capitaine nota qu’il poussait une fort volumineuse valise. C’était encore plus suspect que la présence de sa vieille trousse médicale qu’il n’aurait pas dû transporter avec lui. Il s’arrêta en entendant son capitaine l’interpeler.
— Bones ! Je ne croyais pas pouvoir assister un jour à un événement historique d’une telle ampleur ! Vous remontez dans un téléporteur !
Le docteur McCoy étira ses traits réellement fatigués en un sourire narquois.
— Jim, dit-il en profitant de son congé pour laisser tomber les formalités, je le fais quand je n’ai pas le choix. Je ne suis pas buté. Juste plus conscient que la moyenne de ce que signifie atomiser un corps humain...
Il finit de s’installer bien au centre d’un plot, avec sa valise qu’il laissa tout près de lui. Spock entrait, les mains croisées dans le dos.
— Docteur, se mêla-t-il, les probabilités d’un dysfonctionnement de téléporteur dont la maintenance date de la semaine dernière sont de 99,98 %.
— C’est cela. Allez dire ça au quatre-vingt-dix neuvième auquel il manquera un œil et deux pourcent aléatoires de masse corporelle...
Derrière la console de pilotage, Montgomery Scott regarda son tour de taille. Puis il tapota comiquement son ventre drapé de la tunique rouge des ingénieurs, laissant implicitement comprendre qu’il serait plutôt d’accord pour perdre ainsi un léger excédent d’embonpoint.
— Reculez-vous, capitaine, s’il vous plait, le pria-t-il, en poussant lentement les leviers du tableau de commande. Vous êtes prêt, doc ? Energie !
Sous les trois paires d’yeux de ceux qui restaient, médecin de bord, sacoche et valise disparurent en trois secondes dans un flot scintillant vertical.
°
Un peu pris au dépourvu, le capitaine retint sa respiration, se ravisa sur ce qu’il allait dire, et sourit en regardant les deux autres.
— Mais qu’est-ce qui se passe au juste ? Où va-t-il comme ça ? Nous ne sommes pas proches d’un site touristique... Il n’y a qu’une station spatiale là-dehors.
Sa petite taille excluait qu’il s’agisse d’un avant-avant-poste mais elle avait pu être créée récemment. Il n’y avait pas moyen d’y caser un spatiodock, peut-être des infrastructures de commerce ou de recherches scientifiques.
— Effectivement, capitaine. Il s’agit de la base stellaire 10LC0-S en orbite autour de la planète maritime Thessalis. Elle est bien connue de Vulcain car elle possède la distorsion depuis plus de quarante années terrestres. Le Dr McCoy m’a dit qu’il avait reçu une invitation d’un ancien élève et nous avons fait un détour pour le déposer. Il l’aurait rencontré lors de son bref passage au Pelion Research Institute sur Saturne – une académie médicale privée mais réputée dans la Fédération. Et il a décidé de l’accepter.
D’un geste poli, le commandeur Spock invita ses collègues à passer devant lui alors qu’ils quittaient la pièce automatiquement plongée dans le noir. Scotty les salua en déclarant qu’il se rendait en salle des machines.
Quand il fut parti, alors que le capitaine restait pensif au lieu de retourner à son poste, il se rapprocha un peu de son officier pour parler à voix plus basse. Le Vulcain ne broncha pas. Il avait fini par s’habituer tant bien que mal à ses ingérences régulières dans sa sphère personnelle. On lui avait fait valoir assez rapidement que montrer leur confiante proximité apaisait l’équipage. Difficile d’aller contre.
— Non mais, Spock, vous n’allez pas me dire que vous ne trouvez pas ça louche, non ? Je m’absente trois jours et c’est justement ce moment qu’il choisit pour prendre un congé de deux semaines, et vous le faire signer ? Il aurait voulu filer en douce à mon insu qu’il n’aurait pas fait autrement. Vous lui trouvez des défauts, mais il sait pertinemment comment vous fonctionnez et qu’il ne fallait pas compter sur vous pour contrevenir à mes ordres...
— Je crois qu’un de vos antiques poètes terrien a écrit : « Et s’il n’en restait qu’un, je serai celui-là ».*
Les yeux clairs du capitaine pétillèrent d’amusement. Au bout de plusieurs années, le Vulcain avait certainement démontré un certain talent pour l’humour pince sans rire.
— Alors il part avec sa sacoche médicale et une valise énorme et lourde... Vous n’allez pas me faire croire que ce sont des chemises hawaïennes et des cannes à pêche
— Maintenant que vous le dites, c’est effectivement un peu étonnant.
Le capitaine pinça les lèves en une moue plus soucieuse.
— Je suppose que vous n’avez pas cherché à savoir qui était cet élève ?
— Cela aurait été une violation de sa vie privée.
— Mh-hm. Bien entendu.
— Mais j’imagine que vous pourriez poser cette question au Dr Chapel. Laisser ses coordonnées et un moyen de le contacter, à titre exceptionnel – bien entendu – fait partie du protocole de sécurité pour un officier de haut grade.
James Kirk qui avait reçu le message cinq sur cinq, acquiesça avec un sourire reconnaissant.
— Voilà ce que je voulais entendre... Écoutez, j’ai encore officiellement quelques heures de congé moi-même, n’est-ce pas ? Je vous confie la passerelle et je vais voir Christine, elle pourra peut-être me renseigner et dissiper mes folles conjectures.
°°°
Sous couvert d’un check-up trop souvent reporté, le capitaine gagna l’infirmerie avec la ferme intention de discuter informellement avec l’assistante surqualifiée d’un McCoy qui aimait un peu trop tout contrôler dans son service.
De tempérament naturellement grave et posé, la jolie blonde aux cheveux relevés le reçut néanmoins avec un plaisir sincère, mais absolument pas dupe de la manœuvre. Au cours de l’examen préliminaire au tricordeur médical, elle restait concentrée et répondit de façon évasive, avant d’allonger le bavard d’un geste doux mais ferme, et de glisser son lit médical dans le tambour du scanner.
Comme il partait toujours ostensiblement à la pêche aux informations, elle finit par lever les yeux au ciel.
— Chut. Ne bougez pas et ne dites rien pendant le temps du bioscan. Je vais vous dire ce que je sais. Le Dr McCoy a été contacté par un ancien étudiant thessalien, prétendument son ami. D’après ce que j’ai compris, un jeune homme travailleur, plutôt doué, avec lequel il ne semblait pourtant pas avoir gardé contact. En tout cas, c’est ce que m’a dit Nyota qui n’a transmis aucune communication professionnelle. Le motif officiel était qu’il souhaitait qu’il soit son témoin à son mariage avec une Kolcidienne. Je suis bien placée pour savoir qu’à part vous-même, on ne lui connait pas d’amis proches. Aussi me suis-je donc proposée de lui trouver un cadeau basique pour les futurs mariés, car il est complètement au-dessus de tout ça, dit-elle avec un regard entendu. J’ai ainsi appris que cet ancien étudiant s’appelait Jensen. Non, Jaeson Aeson-Crethee. Voilà c’est fini, dit-elle en ressortant le lit du scanner.
— Crethee, comme l’ancien président-amiral de Thessalis ?
— C’est possible. D’après ce que j’ai pu trouver dans son dossier de la base de données des praticiens enregistrés par Starfleet, ce jeune homme courageux se destinait à une carrière de généraliste sur les avant-postes en zones de conflit. Mais voilà que moins de deux ans après l’obtention de son diplôme, il rentre chez lui et change complètement d’orientation. Exit la médecine de terrain, il opte pour la recherche fondamentale et retourne parallèlement étudier en s’inscrivant en xénopharmacologie avancée. Nyota m’a fait remarquer que sa fiancée venait de valider la même spécialité, et supposait que leur idylle était née comme cela. Vous me direz, rien que de très banal. On rencontre une fille et pour ses beaux yeux, on change de vie. Certains font ça mais pas tous, dit-elle en lui jetant un bref regard en coulisse.** Mais quand j’ai voulu accéder à leurs travaux, j’ai découvert que personne ne sait de quoi il retourne exactement.
— Comment ça personne ?
— Vous pouvez remettre votre haut d’uniforme. Vos résultats sont à peu près bons... Personne, personne.
— Vous avez une théorie ?
— Oh oui.
— Dites-moi.
Elle cocha quelques cases avec son stylet directement sur la tablette où elle avait le dossier médical du second patient le plus récalcitrant du vaisseau.
— Vous êtes bon pour le service. Prenez ces vitamines que je vous prescris en pure perte. Si vous ne rentriez pas de vacances, je vous aurais demandé de repartir avec la mine que vous avez.
— Et si j’avais fait la fête pendant trois jours ?
— Allons capitaine, nous n’avons plus l’âge pour ça, répondit-elle avec un sourire en souvenir de leurs jeunes années à l’Académie.
— Peut-être. Alors, votre théorie ?
Elle prit une profonde inspiration, la main sur la hanche de son uniforme bleu délicieusement court sur ses collants noirs.
— Il y a deux choses auxquelles le Dr McCoy ne peut pas résister. Aider les malades et aider les malades. Pour qu’il en vienne à partir séance tenante ou presque, il faut que ce soit, grave, ou urgent ou peut-être quelque chose relevant de son champ de compétence unique de médecine de bord dans des territoires non répertoriés. Le dossier scolaire de Crethee montre que c’est un étudiant brillant. Alors, je peux bien sûr me tromper, mais je trouverais plausible que son jeune ami l’ait appelé pour lui présenter ses travaux, et les lui faire contrevalider, parce qu’il a confiance son expertise. Or, ces travaux sont classés confidentiels par le gouvernement de Thessalis. Pourquoi ? Mystère. Mais cela expliquerait pourquoi il rejoint le garçon en simple visiteur, sous un prétexte bidon, plutôt que sous l’égide de la Fédération.
— Attendez, attendez, le gouvernement pélagocratique ? Ah, ça change un peu les choses. Vous ne lui avez pas demandé plus de détails, pourquoi ?
— Sans doute parce que ce ne sont pas mes affaires.
Kirk arrangea sa tunique jaune en se disant que c’était la deuxième personne qui lui signalait qu’il était un peu trop protecteur et invasif. Ce qu’il confirma en maugréant.
— Recherches classées secret défense ? Mais dans quoi il s’est encore fourré ?
Elle sortit un petit bipeur de sa poche qui clignotait doucement.
— Ça, je crois qu’on ne va pas tarder à le savoir.
Elle tourna le petit objet rectangulaire pour que le capitaine lise le nom qui s’affichait avant de consulter le message.
— Il veut que je le recontacte dès que possible.
— Ah bon ? s’étonna-t-il. Mais c’est un record. Même pas une heure loin d’ici et on lui manque déjà ? plaisanta-t-il. Pourquoi vous écrit-il sur un bipeur ? Un message subspatial sur votre console, ça aurait été...
— Si l’on en croit Nyota, passer par une paléotechnologie rend la communication moins aisément détectable. Il doit avoir ses raisons. Peut-être celle de ne pas se faire attraper. S’il a emporté tout un tas de matériel médical de pointe dans sa valise (et nous savons tous deux qu’il le pourrait), il pourrait être accusé de contrebande.
— Et de quoi a-t-il besoin ? Un envoi complémentaire ?
— Il dit qu’il demande une prolongation de son congé et qu’il part pour la planète Kolcid.
°°°
Assis sur son fauteuil, Kirk conservait le regard vague sans vraiment regarder l’écran principal qui affichait la base 10LC0-S en grand. Il n’avait pas donné l’ordre de repartir et les membres de la passerelle restaient (poliment) dans l’expectative.
— M. Spock, dit-il au bout d’un moment. Que sait-on des Kolcidiens et de leur planète ? Qu’est-ce que les Vulcains ont appris d’eux ?
Debout à son pupitre, Spock jeta un œil sur les éléments qui s’affichaient pour les synthétiser.
— Non, capitaine. Ils ont été approchés relativement récemment par la Fédération, ils possèdent des vaisseaux et la distorsion 1, sont bien sûr informés qu’il existe des races différentes dans l’univers mais il semble qu’au contraire des Terriens, cela ne les intéresse pas. Farouchement attachés à leur culture, ils sont décrits dans les quelques rapports que Starfleet a pu réunir et que je peux confirmer, comme « assez méfiants envers les étrangers » et guère enclins à quitter leur monde, se contentant d’un peu de commerce.
— Quelles sont leurs ressources ?
Spock fit défiler quelques pages.
— Certaines de leurs épices très rares ont une valeur marchande considérable.
— De quelle valeur parle-t-on ?
— Considérable, répéta Spock avec une once de surprise.
— Cela pourrait expliquer leur méfiance.
— La plus remarquable, et peut-être la plus méconnue, provient de buissons d’Acacia Aurifera Thessaliensis. C’est la dénomination scientifique de Starfleet. Les habitants de la région de production lui donnent un autre nom.
— Du mimosa ? releva le commandant Sulu interloqué.***
— Correct. Il s’agit en réalité non d’une épice à proprement parler mais du pollen des petites fleurs jaunes de ces arbustes endémiques de certaines régions chaudes de Kolcid. En période de floraison, il se dépose un peu partout sur leurs buissons. La récolte se fait à la main, en suivant des rituels sacrés. Il semble qu’il ne revête aucunement les propriétés de son homonyme terrien. Les Kolcidiens veillent jalousement dessus, et le revendent parcimonieusement, au gramme près, et jamais pur.
— Insinuez-vous qu’il s’agirait d’une drogue ?
— En aucun cas. Il est fait mention de propriétés médicinales curatives extraordinaires. Les légendes locales affirment que la consommation ritualisée de ce pollen conférerait la vie éternelle. Ils le désignent entre eux sous le nom de « Toison d’or ».
— Ha ! Comme c’est charmant ! Mais j’entends d’ici votre scepticisme M. Spock. Je ne vous apprendrai pas que contrairement à nous, les Vulcains bénéficient d’une longue vie. Et si les Kolcidiens avaient trouvé en plus de quoi y adjoindre... la prospérité ?
Spock s’autorisa un petit rictus bref qui amusa tout le reste de l’équipage présent, souriant eux aussi dans leur moustache, le nez sur leurs écrans.
— Quoi que vous en pensiez, reprit le capitaine en se caressant songeusement le menton, les légendes contiennent toujours un fond de vérité. Et je me demande si notre bon docteur n’est pas parti vérifier lequel...
— Le Dr McCoy n’est pas un homme vénal. Il n’aurait pas pu s’y rendre par vulgaire appât du gain.
— M. Spock, je ne sais pas quel est le graal des Vulcains, mais si vous présentez l’espoir d’une panacée universelle à un médecin, croyez-moi, il pourrait être prêt à prendre un téléporteur alors qu’il déteste ça.
En grand habitué pratiquant le James T. Kirk depuis un bon moment, Spock ferma le fichier et se tourna vers son capitaine qui apparemment, n’était plus du tout en congé. Son expérience lui disait qu’il avait pris la décision la moins logique qui fût, à savoir pister un de ses officiers en vacances, qui ne demandait rien et qui n’était l’objet d’aucune menace...
Il attendit que la demande soit inexorablement formulée. Le capitaine Kirk se frotta les mains.
— D’après les informations que j’ai, le jeune ami du Dr McCoy est supposé épouser une Kolcidienne. Je devine que son statut d’étranger ne lui facilitera pas la tâche. Avec ce que vous venez de me dire, les Kolcidiens fondamentalistes et traditionalistes pourraient s’imaginer qu’il ne cherche ce mariage que pour bénéficier d’un accès privilégié à leurs plus précieuses ressources. Le fait que son propre gouvernement ait complètement verrouillé l’objet même de ces recherches, au lieu de se contenter d’un très vague intitulé, ne me dit rien qui vaille. Thessalis a quelque chose à cacher. En temps normal, en dehors de tout ordre spécifique de Starfleet, je n’aurais pas à m’en mêler ni officier comme intermédiaire en cas de tensions diplomatiques entre deux planètes de la Fédération, mais... je tiens à mon médecin de bord. Et j’aimerais m’assurer que nous ne soyons pas trop loin s’il se fourrait dans une situation inextricable. On ne connait pas les motivations de ce Crethee junior. A-t-il été envoyé comme espion par les dirigeants de sa planète ? Est-il en mission pour la station de recherche ? Pourquoi a-t-il requis la présence d’un praticien renommé ? (Il fit une pause). M. Sulu, calculez une trajectoire vers Kolcid. Lieutenant Uhura, contactez l’amiral Archer de ma part et transférez son appel dans ma cabine quand il se manifestera. Je veux savoir où je mets les pieds au niveau politique. Ah, oui, et M. Spock, je reprends le commandement de l’Enterprise.
— Il va y avoir un problème pour l’itinéraire, capitaine, intervint le lieutenant Sulu.
— Quoi, déjà ? sursauta-t-il. De quelle nature ?
— La route la plus directe qui nous permettrait d’arriver dans des délais raisonnables, se trouve localisée dans un secteur soumis à de très fortes perturbations gravitationnelles. D’après ce que je vois, une étoile binaire retient un groupe de trois planètes rapprochées dont les orbites s’équilibrent tout juste après la destruction manifeste d’une quatrième, ou d’une grosse lune, ayant laissé des débris. Ce qui signifie qu’il faut passer doucement pour épargner les boucliers et la coque mais également pouvoir accélérer au milieu d’un jeu de quilles orbital... On risque de se trouver écrasés par le champ de force trop rapproché d’au moins deux planètes en essayant d’éviter la troisième par un angle extrêmement périlleux.
— D’accord. Vous me dites que ce chemin n’est pas sûr. Et si on passe par une autre route qui éviterait cette zone ?
— Un autre itinéraire nous oblige à louvoyer entre un trou noir et une étoile à neutrons magnétar, dont le magnétisme est de l’ordre de dix gigateslas. C’est inenvisageable. D’un côté, le trou noir nous happe, de l’autre le magnétisme de l’étoile à neutron pourrait rendre irrémédiablement inopérants tout notre matériel de bord... sans parler de notre état physique.
— Hhm ! Voilà qui s’appelle tomber de Charybde en Scylla. Vous avez mieux ?
— Oui. Si nous voulons passer au large de territoires ou de populations hostiles à la Fédération, je préconise un plus long détour compensé par une navigation en distorsion. Nous mettrions une vingtaine de jours environ.
— Vingt jours ? C’est trop long. Comment Crethee et McCoy voyagent-ils, eux ?
— Je relève la signature subspatiale d’un vaisseau beaucoup plus petit, on dirait une simple navette.
— Capitaine, intervint Spock, il est également fort possible que même si nous arrivions sans encombre, Kolcid nous refuse l’accès à leur espace. Leurs protocoles sont très stricts et tatillons, même pour moi...
— Ah, c’est donc un défi à votre mesure. Je vais vous récupérer toutes les données possibles via l’Amiral, en espérant qu’il accepte de se fier à mon instinct.
— Justement capitaine, avertit Uhura, vous avez la communication dans vos quartiers.
— Très bien, dit-il en se levant d’un bond allègre. Voyons si nous serions capables de faire d’honnêtes Argonautes en secondant Jaeson dans sa quête de la Toison d’Or !
Notes
* Pour tout le monde sauf Alresha : c’est Victor Hugo. Voilà à quoi servent les notes de bas de page...
** Le Dr Chapel fait très certainement allusion à Carol Marcus dont la relation longue distance en pointillés avec Kirk n’a pas duré – aucun n’étant disposé à renoncer à une carrière prometteuse. Dans le reboot ciné, Christine Chapel et Carol Marcus étaient amies à l’Académie de Starfleet. J’en tiens compte ici, en supposant une forme de loyauté entre anciennes copines.
*** Le navigateur a une passion pour la botanique et je dois être la seule à aimer m’en souvenir.