Shameless: Beautiful Disaster
Chapitre 7 : Ni amis, ni ennemis, juste un problème de plus
1709 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 15/10/2026 13:53
Musique conseillée : Bad Idea Right? — Olivia Rodrigo
(https://www.youtube.com/watch?v=Dj9qJsJTsjQ)
Il existe des gens qu'on déteste.
Des gens qu'on apprécie.
Et puis il y a ceux qu'on ne sait absolument pas où ranger.
Pour Kaylin Park, Ian Gallagher appartenait désormais à la troisième catégorie.
Ce qui était particulièrement agaçant.
Parce qu'il était beaucoup plus facile de détester quelqu'un quand il se comportait comme un parfait connard.
Et beaucoup plus compliqué quand ledit connard prenait de vos nouvelles, réparait votre radiateur et vous envoyait des messages auxquels vous répondiez beaucoup trop vite.
Mais Kaylin avait une solution.
Continuer à prétendre qu'il l'énervait.
Et Ian avait exactement la même stratégie.
Autant dire que tout allait très bien se passer.
1. 8 h 03 — Le café de la discorde
— Il n'y a plus de café.
Kaylin se tenait devant le placard de la cuisine, une tasse vide à la main.
Ara, occupée à attacher ses cheveux, haussa les épaules.
— Tu en as bu hier soir.
— Et ?
— Et tu as fini le paquet.
Kaylin se retourna lentement.
— Tu es ma colocataire. Tu es censée me soutenir dans les moments difficiles.
— Je te soutiens. Je te conseille d'aller acheter du café.
— Tu es un monstre.
— Je sais.
Dix minutes plus tard, Kaylin sortit de l'immeuble avec l'intention très sérieuse de trouver un café convenable.
Elle n'avait pas fait trois pas qu'une voix familière l'interpella.
— Tu as l'air de vouloir assassiner quelqu'un.
Ian était appuyé contre la clôture des Gallagher, un gobelet à la main.
Kaylin s'arrêta.
Regarda le gobelet.
Puis Ian.
Puis le gobelet.
— C'est du café ?
Il baissa les yeux vers sa boisson.
— Non, Park. C'est de l'essence. Je fais le plein avant de partir travailler.
— Très drôle.
— Merci.
Elle désigna le gobelet.
— Tu l'as acheté où ?
Ian lui indiqua le petit commerce au coin de la rue.
— Là-bas. Pourquoi ?
— Parce que mon café a disparu.
— Ton café a disparu ?
— Il a été victime d'une consommation excessive.
Ian la dévisagea.
— Tu viens vraiment de dire ça ?
— Je suis fatiguée. Ne m'oblige pas à développer.
Il eut un petit rire avant de lui désigner la rue.
— Allez, viens. Je dois passer là-bas.
Kaylin plissa les yeux.
— Pourquoi ?
— Pour acheter un café.
— Tu en as déjà un.
— Félicitations, tu sais compter.
— Tu es toujours aussi agréable ?
— Seulement avec les gens qui me posent des questions stupides.
Elle le suivit malgré elle.
Ce qui ne lui échappa pas.
— Tu sais, dit Ian, tu pourrais aussi dire merci quand quelqu'un te propose de t'accompagner.
— Tu sais, tu pourrais aussi proposer de façon moins arrogante.
— Je retire mon invitation.
— Trop tard. Je suis déjà là.
Ian secoua la tête.
Et Kaylin, à sa propre surprise, sourit.
Une seconde seulement.
Mais il le remarqua.
Il ne dit rien.
Pour une fois.
2. 8 h 21 — Une transaction hautement confidentielle
Le commerce était petit, bruyant et bondé.
Ian commanda son café pendant que Kaylin examinait le menu comme si sa survie en dépendait.
— Tu prends quoi ? demanda-t-il.
— Un café.
— Impressionnant.
— Tu veux vraiment que je te frappe avec mon sac ?
— J'essaie simplement de comprendre pourquoi tu fixes la carte depuis cinq minutes.
Elle finit par commander un grand café avec du lait.
Au moment de payer, elle fouilla dans son sac.
Puis dans la poche de sa veste.
Puis dans son autre poche.
Son expression changea.
— Non.
Ian la regarda.
— Quoi encore ?
— J'ai oublié mon portefeuille.
Il ferma les yeux.
— Bien sûr.
— Ne commence pas.
— Je n'ai rien dit.
— Tu l'as pensé très fort.
Ian sortit quelques billets et paya les deux boissons.
Kaylin le fixa.
— Je te rembourse.
— Je n'ai pas dit le contraire.
— Je peux te faire un virement.
— Park, c'est un café, pas un prêt immobilier.
— Je te rembourserai.
Il récupéra leurs gobelets.
— D'accord.
Elle sembla presque déstabilisée par l'absence de plaisanterie.
Ils sortirent du commerce et s'arrêtèrent devant la vitrine.
— Merci, finit-elle par dire.
Ian haussa les épaules.
— La prochaine fois, prends ton portefeuille.
— La prochaine fois, tu peux aussi ne pas être désagréable.
— On ne peut pas tout avoir.
Kaylin but une gorgée.
Puis grimaça.
Ian tourna la tête.
— Quoi ?
— Il est trop sucré.
Il regarda son gobelet.
— Tu veux le mien ?
Elle hésita.
— Tu plaisantes ?
— Non. Le mien est sans sucre.
Kaylin échangea leurs cafés.
Elle goûta celui d'Ian.
Parfait.
Elle baissa les yeux vers le gobelet.
Puis vers lui.
— Je ne te remercie pas deux fois.
— Je n'ai rien demandé.
— Bien.
— Très bien.
Ils continuèrent à boire en silence.
Ce n'était pas un silence gênant.
Ce n'était pas non plus un silence complice.
C'était simplement… un silence.
Et, pour l'instant, c'était déjà inhabituel.
3. 15 h 42 — Le problème du sac de courses
L'après-midi, Ara et Kaylin revinrent du supermarché avec plusieurs sacs.
Le trajet aurait dû durer dix minutes.
Il en prit vingt-cinq.
Parce qu'un sac avait cédé sur le trottoir.
Parce qu'Ara avait insisté pour sauver une boîte de céréales tombée dans une flaque.
Et parce que Kaylin refusait catégoriquement d'admettre qu'elles avaient acheté beaucoup trop de choses.
— Je te l'avais dit, marmonna Ara en ramassant une boîte.
— Tu as dit qu'on devrait acheter des légumes.
— Et tu as acheté trois paquets de biscuits.
— Les biscuits sont essentiels à notre survie.
— Bien sûr.
Une voiture ralentit à leur hauteur.
La vitre descendit.
Ian.
Évidemment.
— Vous avez besoin d'aide ?
Kaylin se redressa aussitôt.
— Non.
Le sac qu'elle tenait se déchira.
Une boîte de pâtes roula sous la voiture.
Silence.
Ian regarda le sac.
Puis Kaylin.
— Tu es sûre ?
— Absolument.
Une deuxième boîte tomba.
Ara se couvrit le visage.
— Je vais faire semblant de ne pas la connaître.
Ian se gara un peu plus loin et sortit de la voiture.
Sans commentaire, il ramassa les courses éparpillées.
Kaylin s'accroupit pour récupérer les pâtes.
Leurs mains se heurtèrent lorsqu'ils attrapèrent la même boîte.
Ils se figèrent une fraction de seconde.
Puis Kaylin retira sa main.
— Je l'avais.
— Tu peux la garder, Park.
Il lui tendit la boîte.
Elle la récupéra.
— Merci.
— Tu devrais vraiment apprendre à accepter de l'aide.
— Et toi, tu devrais vraiment apprendre à ne pas donner ton avis sur tout.
— Je n'ai rien dit sur les biscuits.
— N'essaie même pas.
Ara éclata de rire.
Ian l'aida à transporter les sacs jusqu'à l'immeuble, puis repartit sans attendre de remerciements supplémentaires.
Kaylin le regarda s'éloigner.
— Il est bizarre, dit-elle.
Ara tourna lentement la tête vers elle.
— Lui ?
— Oui.
— Le type qui vient de nous aider à ramasser nos courses ?
— Je n'ai pas demandé qu'il le fasse.
— Non, bien sûr.
Ara récupéra son sac et monta les marches.
— Tu sais, Kaylin, tu peux simplement admettre qu'il n'est pas si terrible.
Kaylin la suivit.
— Je préférerais avaler les biscuits avec leur emballage.
— C'est une réponse très mature.
— Je fais de mon mieux.
4. 21 h 16 — Un message de trop
Kaylin était assise sur son lit, son ordinateur ouvert devant elle.
Elle travaillait sur quelques candidatures et essayait de ne pas penser au fait que sa journée avait été étrangement agréable.
Son téléphone vibra.
Ian : Tu as survécu aux courses ?
Elle fronça les sourcils.
Puis sourit malgré elle.
Kaylin : De justesse. J'ai perdu une boîte de pâtes au combat.
Ian : Elle était courageuse.
Kaylin : Elle ne sera pas oubliée.
Ian : Mes condoléances.
Kaylin éclata de rire.
Ara, depuis le salon, cria :
— C'EST ENCORE IAN ?
Kaylin sursauta.
— MAIS COMMENT TU SAIS ?
— TU RIES COMME UNE PERSONNE QUI A LU UN MESSAGE !
— C'EST UNE THÉORIE RIDICULE !
— ALORS POURQUOI TU CRIES ?
Kaylin attrapa son oreiller et le plaqua contre son visage.
Son téléphone vibra une nouvelle fois.
Ian : Ton amie est toujours aussi bruyante ?
Kaylin se redressa.
Kaylin : Tu n'as pas idée.
Ian : Je commence à comprendre pourquoi tu es toujours dehors.
Kaylin : Je vais ignorer cette remarque.
Ian : Bonne idée.
Elle hésita avant d'écrire :
Kaylin : Au fait, je te dois toujours le café.
La réponse prit quelques secondes.
Ian : Tu peux me le rendre demain.
Kaylin observa l'écran.
Ce n'était qu'un café.
Un remboursement de quelques euros.
Rien de spécial.
Kaylin : D'accord. Mais je ne te dois rien d'autre.
Ian : Je n'ai pas encore établi la facture.
Elle secoua la tête en souriant.
Kaylin : Bonne nuit, Gallagher.
Ian : Bonne nuit, Park.
Kaylin posa son téléphone sur la table de nuit.
Puis se rallongea.
Elle ne savait pas pourquoi elle avait souri.
Ce n'était pas parce qu'elle appréciait Ian.
Absolument pas.
C'était simplement agréable de parler avec quelqu'un qui savait répondre à ses sarcasmes.
C'était tout.
Dans la maison voisine, Ian posa lui aussi son téléphone.
Carl, qui passait dans le couloir, s'arrêta.
— Tu souris.
Ian leva les yeux.
— Non.
— Si.
— Dégage.
Carl observa son frère quelques secondes avant de sourire à son tour.
— D'accord, Roméo.
— Carl !
— Je suis déjà parti !
La porte de la chambre claqua.
Et le rire de Carl résonna encore dans le couloir.
ÉPILOGUE — Le territoire inconnu
Ils n'étaient pas amis.
Pas encore.
Ils ne se connaissaient pas suffisamment pour se confier leurs secrets, ni suffisamment bien pour comprendre ce qui se cachait derrière leurs silences.
Mais ils commençaient à se parler sans raison particulière.
À se chercher dans une foule.
À s'entraider sans le reconnaître.
Et, parfois, à sourire devant leurs téléphones comme deux idiots.
Kaylin continuait de prétendre qu'Ian était insupportable.
Ian continuait de prétendre que Kaylin lui donnait mal à la tête.
Pour le moment, personne n'avait officiellement changé d'avis.
Mais il existait désormais un problème supplémentaire.
Ils commençaient à s'habituer l'un à l'autre.
Et aucune dispute ne pouvait vraiment effacer cette nouvelle habitude.
Fin du chapitre 7.