Ares Chapter

Chapitre 3 : Andromède dans la marée

1570 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/10/2026 06:39

Île d’Andromède, au large de la Somalie.


June décréta la fin de l’entraînement. Les disciples de l’île d’Andromède cessèrent leurs joutes, leurs activités de renforcement psychosomatique et leurs exercices de maîtrise du cosmos pour regagner leurs quartiers. Ils avaient été écrasés par une chaleur infernale toute la journée et s'apprêtaient déjà à subir le froid nocturne. La chevaleresse du Caméléon ne les plaignait pas. Cela faisait partie des épreuves qu’ils devraient surmonter pour seulement espérer recevoir une armure. Elle-même était passée par là. Depuis l’assassinat de leur maître, et en l’absence de son condisciple et compagnon, elle avait pris en charge les aspirants chevaliers envoyés par le Sanctuaire, s’improvisant enseignante même si elle n’était pas convaincue d’en posséder la légitimité.

Elle regarda ses élèves s'éloigner, harassés et titubants. Le soleil était assez bas dans le ciel, mais la soirée n'était pas encore entamée. Elle avait encore le temps. Le temps de se rendre auprès de lui. Auprès de Shun.

Il était tombé comme un météore peu après la fin de la Grande Éclipse qui avait failli plonger le monde dans des ténèbres éternelles. Mais il n'avait pas atterri sur la terre ferme. Il avait sombré directement dans l'eau, au niveau du rocher d’Andromède, au pied duquel il reposait à présent, dans un cocon de vent nébulaire battu par les marées. Elle avait été alertée par la détonation de la chute et était sortie en trombe de sa case cubique en terre. Ne pensant qu’à la sécurité de ses élèves, elle avait plongé dans l’océan pour s’assurer que l’objet céleste qui s'était écrasé ne représentait aucun danger. Elle avait été soufflée de découvrir Shun, enveloppé d’un tourbillon d’air, dans le plus simple appareil, l'armure d’Andromède sévèrement abîmée veillant sur son porteur, les chaînes ayant formé leur nébuleuse protectrice tout autour du cocon.

June avait été surprise de pouvoir pénétrer dans cette barrière considérée infranchissable. Mais elle avait pu rejoindre le seul être qu’elle ne pouvait pas se résoudre à perdre et qu’elle retrouvait alors même qu’elle s'était faite à l'idée toute chevaleresque de ne pas le revoir. Il n’avait réagi à sa présence, restant inconscient, alors elle avait voulu le déplacer pour le soigner, mais cela lui avait été impossible. Les jours suivants, elle avait abandonné en constatant que les blessures guérissaient seules et sans complication. Il ne pouvait s’agir que d’une volonté divine et elle en remercia Athéna.

D’ailleurs, où était leur déesse ? Le retour du chevalier d’Andromède dans une sphère protectrice et curative ne pouvait indiquer qu'une seule chose : la victoire des forces d’Athéna. Pourtant June, restée à l’écart sur son lieu d’entraînement, n’avait aucune nouvelle du Sanctuaire. Depuis que tous les chevaliers restés hors des terres athéniennes avaient été assignés à résidence au début de la Guerre Sainte, sous prétexte qu’ils n'étaient pas de taille face aux Spectres, June n’avait plus reçu la moindre missive. Shun avait bravé l’interdit, au péril de sa vie et au risque de passer pour un dissident bon à être exécuté. Une fois de plus, June n’avait pu qu'être le témoin de son départ. Elle avait accepté le fait qu’elle aurait très certainement été un poids pour les chevaliers d’or. Elle avait accepté ne pas pouvoir se rendre sur le domaine sacré pour veiller sur les douze maisons. Elle avait accepté devoir encore s'entraîner durement pour atteindre ne serait-ce qu'une portion du pouvoir que son compagnon et ses frères avaient développé.

June était donc restée, obéissante et humble, sur l’île d’Andromède. Elle ne le savait pas, mais c'était ce qui lui avait sauvé la vie. Elle n’avait aucun moyen de savoir ce qu’Arès avait fait du Sanctuaire, n’avait aucun moyen d’apprendre ce qui était arrivé à Marine, Shaïna, Jabu, Ichi, Géki, Nachi, Ban et Kiki, n’avait pas la moindre idée du duel que les deux divinités de la Guerre se livraient, enfermées dans leur labyrinthe. Mais elle savait que quelque chose n’allait pas et que seul un entraînement personnel et une autodiscipline de fer, auprès de ses élèves pour leur montrer l’exemple, lui donneraient une chance de pouvoir, à terme, y remédier. Quand Shun se réveillerait pour la mettre au fait et l’accompagner en Grèce, elle pourrait enfin assurer pleinement sa mission de chevaleresse.

Entre-temps, la Sainte du Caméléon avait caché la présence de Shun aux disciples de l’île, leur interdisant cette portion de la côte, et avait pris l’habitude de lui rendre visite à la fin de chaque journée. C’est ce qu’elle fit une fois encore après l’entraînement du jour. Parvenue sur la falaise, l’océan à marée haute en contrebas, elle ôta son masque, non sans avoir vérifié qu’elle était bien seule, et plongea. Elle le trouva à la base du rocher auquel, des mois plus tôt, il s'était attaché pour être digne de son armure. Rien n’avait changé. Malgré la guérison complète de ses plaies et contusions, il continuait de dormir. Elle le trouva plus beau que jamais. Elle resta avec lui aussi longtemps que son souffle le lui permit avant de remonter à la surface et de rejoindre la paroi rocheuse qui la ramènerait à son masque.

Visage de nouveau couvert, June revint à sa case, prenant le temps au passage de veiller au bon repos de ses élèves. Elle mangea chichement et allait se coucher quand une émanation de cosmos l’alarma. Cela venait du rocher du sacrifice ! Endossant son armure, elle fila vers le lieu de repos de Shun. Car ce n'était pas son cosmos à lui, et si ce n'était pas le sien, cela ne pouvait signifier qu'une chose : la probabilité d’un ennemi était extrêmement importante. À la vitesse du son, elle rallia la falaise où elle se trouvait à peine deux heures auparavant.

Trois silhouettes encapuchonnées cherchaient vraisemblablement quelque chose. Dans la lumière blafarde de la lune montante, elle ne perçut pas d'autre détail que le scintillement discret d'une armure sous leurs mantes. Les cliquetis étouffés qui accompagnaient leurs pas lui confirma que les inconnus portaient des protections. S’ils avaient été animés de bonnes intentions, ils n’auraient pas dissimulé ainsi leur apparence. June dégaina son fouet et y infusa son cosmos.

— Qui êtes-vous et que faites-vous là ? s’enquit-elle sans douceur.

Les trois silhouettes se figèrent et se retournèrent d’un bloc vers elle.

— Ainsi il y a encore des Saints en état de combattre ? s'étonna l’une d’elles.

Sur un geste d’elle, ses deux acolytes s’avancèrent, visiblement hostiles. Ils s’élancèrent vers June qui n'attendit pas qu’ils soient sur elle pour passer à l'action.

— Rainbow Laser Beams [Rayons lasers de l’arc-en-ciel] ! 

Son fouet se rétracta et se détendit sept fois successivement, prenant l'une après l’autre les couleurs de l’arc-en-ciel. Les sept rais lumineux transpercèrent les assaillants dont les capes tombèrent en lambeaux, révélant des armures violacées et veinées de carmin, inconnues de la chevaleresse. Ce n'était donc ni des Marinas, ni des Spectres ! Mais quelle nouvelle faction pouvait ainsi s’attaquer au Sanctuaire ? Les deux guerriers se relevèrent, mal assurés sur leurs appuis, la rage au ventre. Une fois encore, June n’attendit pas. Elle n'était pas du genre à attendre de longs discours ou déclarations offensives.

— Rainbow Wavelengths Lash [Flagellation des longueurs d’onde de l’arc-en-ciel] !

Une vague de coups de fouet iridescente s’abattit sur les adversaires du Caméléon qui s’effondrèrent. June reporta son attention sur le dernier étranger. Mais celui-ci avait disparu. Quand elle perçut sa présence dans son dos, il était trop tard. Elle ne sentit pas le choc, mais son masque vola en éclat et elle tomba en avant, du sang s'écoulant de son front entre ses yeux bleus.

L’agresseur s'accroupit devant elle et lui souleva le visage, l’obligeant à le regarder. À la regarder, car il s’agissait d’une femme, dont la peau sombre se mélangeait aux ténèbres de la capuche.

— Quel dommage d’abîmer un aussi beau minois, se moqua la guerrière. Nous n'en voulions qu’à Andromède, mais si tu te mets en travers de notre chemin, qu’y pouvons-nous ?

— Je… je t’en empêcherai ! déclara vaillamment June.

— Je ne crois pas, non. J’y veillerai, moi Libaax du Lion de Sia, Makhai de Haut Sang d’Arès, de l'armée des Phonoi.

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