Passion de glace

Chapitre 15 : La condition d'Athéna

1795 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/04/2026 18:44

La soirée était des plus animée dans l’arène transformée en salle de réception. Après les danses traditionnelles, dont un sirtaki présenté par les hommes du village et un peu mis à mal par l’ouzo qui coulait à flot, une musique plus moderne se faisait désormais entendre jusqu’aux limites du Domaine Sacré.

Profitant d’un moment que le DJ consacrait à la techno, Niënor qui n’avait jamais vraiment apprécié ce style musical, se retira un peu à l’écart en compagnie de son ancienne nourrice. Les deux femmes n’avaient guère eu le temps de se parler durant la journée et l’occasion se présentant enfin, elles en profitèrent pour se remémorer le bon vieux temps.


  • Ce fut une très belle cérémonie ! déclara Agénor. Et tu es une mariée magnifique ! ajouta-t-elle en effleurant du bout de ses doigts perclus d’arthrose le voile orangé que portait l’épouse du Scorpion d’or. Je remercie les dieux de m’avoir accordé suffisamment de temps pour que je puisse assister à ton mariage. Quand je pense que tu as failli renoncer à cet homme !
  • Oui j’ai vraiment été idiote… fit Niënor en se rappelant ce qu’il c’était passé quelques années auparavant. Heureusement que tu l’avais laissé entrer ce jour-là.
  • Même si je l’avais voulut, je n’aurais pas pu l’en empêcher, répondit la vielle dame avec un sourire. Je crois bien que nous avons de la compagnie ! dit-elle en désignant les deux silhouettes qui approchaient.


Niënor mit quelques secondes à reconnaître Morwen accompagnée de la fille adoptive du chevalier de la Balance.


  • Je vais te laisser à présent, dit la vieille femme à l’adresse de celle qu’elle considérait comme sa propre fille.
  • Merci d’être venue ! Ta présence aujourd’hui m’a fait très plaisir, répondit l’épouse de Milo en embrassant son ancienne gouvernante.


La jeune femme se tourna alors vers Shunrei et Morwen qui venaient de la rejoindre.


  • Enfin un peu de calme ! s'exclama la petite chinoise en s’asseyant sur un bloc de pierre qui autrefois avait dû être une magnifique colonne.
  • Ça fait du bien aux oreilles ! ajouta la biologiste en se laissant choir à même le sol.
  • Apparemment je ne suis pas la seule à fuir ce genre de musique, déclara Niënor en riant.
  • À ce stade là on ne devrait plus appeler ça « musique » ! rétorqua la compagne du Verseau.
  • Je suis d’accord « Sonorités Barbares » conviendrait mieux. Qu’en penses-tu Shunrei ? demanda l’épouse du huitième gardien à la jeune asiatique.
  • J’approuve totalement ! répondit celle-ci avec conviction puis changeant totalement de sujet elle félicita la jeune mariée.


Niënor la remercia et lui dit avec un sourire malicieux :


  • Qui sait si tu ne seras pas très bientôt à ma place !


Shunrei ne put s’empêcher de rougir jusqu’aux oreilles tout en murmurant un « Shiryu a été convoqué par Athéna » à peine audible qui ne fit qu’accentuer le sourire de la jeune grecque.


  • Mais c’est génial ! s’enthousiasma-t-elle.
  • Sauf que je ne suis pas certaine de réussir le test aussi bien que toi.


Morwen qui était restée silencieuse depuis le début de l’échange ne put cacher sa surprise.


  • Un test ?
  • En fait ce n’est pas un test à proprement parler. Il s’agit plutôt d’une condition posée par Athéna.


La biologiste écoutait avec attention son amie mais elle ne put demander de plus amples explications car Milo vint interrompre leur discussion en prétextant que les convives se languissaient de la mariée. Elle rejoignit alors l’arène en compagnie de ses amies tout en se demandant ce que pouvait bien signifier « une condition posée par Athéna ».


*****


La nuit avait été courte pour bon nombre d’habitants du Domaine Sacré, mais sitôt les derniers vestiges de la soirée nettoyés, tous s’étaient replongés dans les habitudes du Sanctuaire. Les chevaliers divins avaient regagnés le Japon par le premier avion, seul la princesse Saori avait prolongé son séjour car elle avait quelques dossiers à superviser avec Shion au sujet de la gestion de son sanctuaire. Dohko et Shunrei étaient repartis pour la Chine quant à Niënor et Milo, ils venaient de s’envoler vers le Canada pour leur lune de miel.

Le chevalier du Verseau et sa compagne avaient accompagnés les tourtereaux jusqu'à l’aéroport puis une fois que leurs amis avaient franchi la douane, ils étaient rentré au Sanctuaire.

Camus était maintenant parti s’entraîner et Morwen se retrouvait seule avec ses réflexions. La jeune femme prit la direction de la plage. Se promener sur la grève, écouter le bruit de la mer et le cri des mouettes, il n’y avait rien de mieux aux yeux de la biologiste pour se vider l’esprit ou réfléchir. Or elle avait bien besoin de s’éclaircir les idées. La discussion interrompue de la nuit dernière la laissait perplexe. S’arrêtant pour ramasser un petit galet plat, Morwen tenta vainement de le faire ricocher. Dépitée par sa piètre prestation la jeune femme s’assit sur le sable face à l’immensité du royaume de Poséidon.


  • Vous semblez bien songeuse ! fit remarquer une voie féminine que la belge semblait reconnaître.
  • J’aime réfléchir face à la mer, je trouve cela apaisant, répondit-elle en se tournant vers l’adolescente qui se trouvait quelques pas derrière elle.


Reconnaissant alors la réincarnation d’Athéna, Morwen s’empressa de la saluer le plus dignement possible. Cependant la princesse ne sembla guère se soucier de cette marque de respect protocolaire et prit place aux côtés de la jeune femme sur le sable chauffé par le soleil de midi. Les deux femmes restèrent un instant silencieuses le regard posé sur les vagues qui s’écrasaient à leurs pieds.

Morwen jetait de temps en temps des regards en biais à sa compagne de réflexion et la déesse finit par briser le silence.


  • Quelque chose vous préoccupe et j’ai l’impression que cela concerne votre relation avec Camus.


La biologiste ne répondit pas tout de suite. Les paroles échangées la veille avec Niënor et Shunrei retentissaient dans son esprit.


  • Hier soir j’ai entendu Niënor et la fille de Dohko parler d’une condition qui était imposée à vos chevaliers concernant… la jeune femme se mordit la lèvre n’osant terminer sa phrase.
  • C’est donc cela qui vous préoccupe ! murmura la déité comme pour elle-même puis se tournant vers la demoiselle, elle poursuivit : Il s’agit en fait d’une sécurité plus qu’autre chose.


La compagne du onzième gardien fronça les sourcils en essayant de comprendre où voulait en venir Athéna. Saori ayant remarqué le changement d’expression de la jeune femme ajouta :


  • Avant de permettre à un de mes chevaliers de s’unir à la personne de son choix, je dois m’assurer que cette union ne mette pas en péril la sécurité du Sanctuaire. Un manque de jugement au mauvais moment pourrait avoir des conséquences désastreuses. Je crois d’ailleurs savoir que ce genre de mesure n’est pas spécifique au Domaine Sacré. Aux États-Unis que ce soit dans la police ou dans les agences gouvernementales, les relations intimes entre collègues sont prohibées. Tous cela dans le but d’éviter que de mauvaises décisions, dictées par l’émotion, soient prises lors de mission de terrain.


Morwen avait écouté parler la déesse patronne d’Athènes avec la plus grande attention comprenant parfaitement cette prise de précaution et c’est avec un sourire mental qu’elle songea au fait que la télévision avait parfois du bon. Étant une grande fan de séries policières made in USA, elle avait eu l’occasion de voir cette problématique abordée à l’écran et bien que ce fut dans le cadre d’une fiction ça lui avait permis de voir clair dans les propos de la princesse Saori.


  • Vous comprenez que je ne puis permettre à mes gardiens de faillir à leur mission sacrée ? demanda Athéna sortant la biologiste de ses pensées télévisuelles.


Morwen acquiesça et l’adolescente poursuivit :


  • Je dois être sûre que vous ferez tout ce qui est nécessaire pour que jamais sa vie de famille ne passe avant son devoir !


Une fois revenue dans le treizième temple, Saori regagna ses appartements privés. La conversation qu’elle venait d’avoir avec la compagne du chevalier des glaces lui avait permis de prendre une décision concernant l’avenir de leur couple. La divinité interpella le premier serviteur qui croisa son chemin et lui confia une tâche à accomplir.


  • Trouvez le chevalier du Verseau et dites-lui que je désir m’entretenir avec lui !


*****


Camus venait de quitter l’enclave herbeuse où il aimait se rendre quand il ressentait le besoin d’être seul. Un lieu d’entraînement dont seul Milo connaissait l’existence et qui avait vu s’affronter les deux hommes quelques temps auparavant.

Le Français s’apprêtait à rejoindre son temple quand un serviteur du palais vint à sa rencontre quelque peu essoufflé. Apparemment celui-ci était à sa recherche depuis un bon bout de temps et semblait avoir parcouru l’entièreté du domaine pour le trouver.

La déesse souhaitait un entretien privé avec lui. Si cette demande le surprit, il n’en montra rien et congédia le malheureux domestique d’un regard glacial.

Quand il fut de nouveau seul, le onzième chevalier d’or contempla l’objet qui reposait au creux de sa main et qu’il avait fermement serré dans son poing tout le temps qu’avait duré son échange avec le serviteur du palais. Il s’agissait d’un morceau de glace translucide de la taille d'une balle de golf et parfaitement lisse. Une veine de cristal pas plus épaisse qu’un cheveu courait en son centre sur trois côtés.

Le jeune homme poussa un soupir presque inaudible, fourra l’étrange glaçon dans sa tunique et prit la direction du temple d’Athéna.

 


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