L'inconnu du train Chicago - Los-Angeles

Chapitre 6 : Ce n'est pas la fin. C'est un commencement...

Chapitre final

5700 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 16/03/2020 13:05

-Alors, voyons voir... Lait, check ! Poisson, check ! Céréales, check ! Il me manque les légumes...


Voilà maintenant une bonne demi-heure qu'Ana faisait les courses toute seule tandis que Jack s'occupait gentiment de sa fille en attendant qu'elle rentre. S'il y avait bien quelque chose qu'elle détestait une fois sortie de chez elle, c'était bien de faire les courses. Mais il valait mieux les faire seule que de les faire avec un jeune enfant qui criait dès qu'elle voyait le moindre jouet ou la moindre chose se rapportant de près ou de loin à un oiseau. Ce qui comprenait évidemment les œufs, et même le poulet. Ana savait qu'elle n'avait jamais dû lui acheter un costume de faucon pour son anniversaire. Celle-ci soupira en se remémorant la joie de son enfant le jour où elle le lui avait donné. Un petit sourire prenait place sur ses lèvres. Elle serait prête à affronter pendant encore de nombreuses années les lubies de sa fille autour des volatiles pour revoir ses étincelles dans les yeux de Fareeha. Alors qu'elle passait par le rayon frais, elle lui sembla voir une tête familière. Et celle-ci ne s'y trompait pas en voyant Gabriel s'approcher, sans l'avoir remarqué.


« N'es-tu pas sensé te préparer pour ton rendez-vous de cet après-midi ? » Fit-elle avec un petit sourire en coin, les bras croisés.

Gabriel releva immédiatement la tête, et il lui fallu quelques secondes pour reconnaître la personne en face de lui. Il se mit donc à rire face à la situation.

« J'ai le temps ! C'est dans quelques heures, tout est déjà prêt. Seulement, j'en avais oublié de manger... » Répondit-il en se passant une main dans le cou, quelque peu gêné.


En effet, Ana pouvait très clairement voir la petite salade déjà préparée ainsi que le jus de fruits et la boite de cookies dans les mains du latino.

« Ne t'inquiète pas, Jack est dans le même état. Si tu le voyais, ça en serait risible ! Mais je suis heureuse que vous vous soyez retrouvés. »

Gabriel tiqua un peu sur le mot. « Retrouvés » ? Ils ne s'étaient jamais vus avants... Pensant que sa langue avait dû fourcher, il ne prit pas la peine de relever.

« Ah... Je suppose ? Je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'il accepte, après tout... Disons que c'était parce qu'il a flashé sur un inconnu dans le même train que nous qu'on en est là aujourd'hui ! »


« Heu... Tu veux dire qu'il avait flashé sur toi, non ? » Fit-elle avec un petit sourire en coin, comme pour le corriger.

« Quoi ? Non ! C'était sur un autre musicien avec qui j'ai joué dans le train. Malheureusement, impossible de les retrouver... »

Ana ne semblait pas comprendre, et au moment ou elle ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose, aucun son ne vint. Elle se retrouvait seulement là, pétrifiée, le visage pâle alors qu'elle assimilait les éléments qu'elle avait en main. Sa mine s'attrista alors qu'elle baissa les yeux.


« Oh... Je vois... Écoute, Jack et toi avaient sûrement beaucoup à vous dire. Après tout, vous ne vous connaissez pas très bien, il a encore pleins de choses à te dire et... »

« Je suis désolé, mais je ne vois pas où tu veux en venir... Y a-t-il quelque chose que je devrai savoir ? » Répondit Gabriel, inquiet, alors qu'il dévisagea la jeune femme en face de lui.


« Ce n'est pas à moi de te dire la vérité, je.. »

« La vérité ? Quelle vérité ? Et pourquoi insinuer que c'était sur moi que Jack avait... »

Soudain, Gabriel réalisa. Il assembla tous les éléments et réussi à leur donner un sens. Son visage se figea en une expression de douleur et de déception. C'était lui. L'homme que Jack avait vu dans le train n'était autre que lui. Pendant tout ce temps, Jack aurait pu lui avouer la vérité, lui dire que celui qu'il cherchait depuis quelques jours, c'était lui, mais il ne l'avait pas fait. Pourquoi ? Pourquoi lui avoir menti de la sorte ? Est-ce que Jack jouait avec lui ? Gabriel ne pouvait pas le croire. Il serra les poings tandis que son regard fixait quelque chose d’inexistant au sol, les sourcils froncés, et les traits de son visage crispés. C'était trop beau pour être vrai, il le savait.

Ana, de son côté, prenait conscience de ce qu'elle avait fait. Elle maudissait intérieurement Jack de n'avoir rien dit ni à Gabriel ni à elle. Il leur avait menti à tous les deux. Elle ne comprenait pas bien ce qui avait poussé son meilleur ami à faire ça, car il avait toujours été honnête avec elle. Mais cette fois ce qu'il avait fait était grave. Elle était peinée en voyant Gabriel. Le pauvre avait l'air de tellement aimer Jack, et voilà comment un simple mensonge peut tout faire s'effondrer comme un château de cartes. Elle prit une grande inspiration avant de tendre une main vers Gabriel et la posa sur son épaule, rassurante.

« Jack n'aurait jamais fait ça sans raison. Tu devrais lui en parler... »

« Je devrai en effet... Excuse-moi Ana, finalement, je ne me sens pas très bien, je vais rentrer. Tu peux... Tu peux dire à Jack que je ne viendrai pas... »


Sur ce, Gabriel reposa ses articles en rayon, n'ayant finalement plus faim. Il sortit de magasin sans rien acheter. Ana n'avait pas le cœur à le retenir. Après tout, il avait besoin de digérer la nouvelle. Elle soupira longuement avant d'aller à la caisse payer ses articles. Elle irait acheter le reste demain, ce n'était pas urgent. Elle devait avoir une petite discussion avec Jack Morrison...






Gabriel rentra dans son appartement, enleva ses chaussures, et se dirigea directement vers le canapé pour s'y laisser tomber. Il n’entendit même pas Jesse qui l’appelait depuis l'étage pour savoir si c'était bien lui qui était rentré. Le jeune garçon était donc venu de lui-même pour vérifier et fut surpris de la mine décomposée de son père adoptif.

« Hey... Papà... Ça va ? » Dit-il en allant auprès de lui, observant Gabriel allongé de tout son long sur le canapé, dos à lui.


« Oui, je suis fatigué. Ne t'en fais pas pour moi. »

Jesse croisa les bras, levant un sourcil, se demandant comment des mots pouvaient ils être si peu convaincants. Le jeune garçon n'avait jamais vu son père adoptif dans un tel état, et voulu donc prendre les choses en main. Il se dirigea vers la cuisine et lui prépara un bon café bien noir, et rajouta un peu de chantilly dessus, avant de retourner dans le salon et de poser la tasse sur la table basse.


« En espérant que tu te sentes mieux... »

Mais le latino ne répondit pas, semblant endormi depuis là ou Jesse se tenait. Le garçon soupira et retourna dans sa chambre, ne sachant pas quoi faire d'autres. Quand il fut parti, Gabriel se retourna, les yeux rouges, se forçant à retenir les sanglots qui menaçaient de sortir depuis sa gorge. Il prit la tasse entre ses mains, appréciant la chaleur de la tasse et trempa ses lèvres dans le liquide amer. Gabriel avait déjà fait face à des chagrins d'amour dans sa vie. Il survivrait à celui-ci aussi. Même si pour une fois, il avait eu l'impression d'avoir trouvé la perle rare. Sûrement, qu'il ne méritait pas d'être heureux, il faut croire... Le plaisir de sa tasse de café fut de bien courte durée. Une fois celle-ci terminée, il retourna s'allonger, se recroquevillant sur lui-même, cherchant à tout prix à faire disparaître ce mal de tête naissant et essuyant les quelques larmes de ses joues.






Jack était resté à la fenêtre, attendant patiemment le retour d'Ana pour qu'il puisse aller se préparer pour son rendez-vous avec Gabriel. Il souriait bêtement en regardant les passants sur le trottoir. Depuis mardi dernier, il n'avait fait que penser au beau latino. Il entendit Fareeha éclater de rire devant la télévision, tandis qu'elle était totalement obnubilée par son émission favorite. Alors qu'il allait se déplacer dans le salon pour aller voir comment la jeune fille allait, il entendit un bruit de moteur dans la cour de la maison. Sans perdre une minute, il se précipita à la porte pour aller aider Ana.


« Tu es bien vite de retour ! Je ne m'attendais pas à te revoir avant midi et demi ! Tu as dû croiser peu de monde, on dirait. » Dit Jack tandis qu'il portait les packs d'eau et de lait depuis la voiture jusque dans la maison.

L'expression d'Ana était plutôt neutre tandis qu'elle se demandait comment lui annoncer la nouvelle.


« Oui, on va dire ça... Jack, reste à l’intérieur, j'ai quelque chose d'important à te dire. »


Le visage de Jack perdit immédiatement son sourire, mais il fit ce qu'on lui demandait. Une fois à l'intérieur, Jack s’assit sur un fauteuil tandis qu'Ana demandait à sa fille de bien vouloir aller jouer dans le jardin ou dans sa chambre. Jack fronça des sourcils. Cela devait être vraiment important. Ana s'approcha de lui dans le salon et s'assit à son tour sur le fauteuil en face de lui.


« Alors... J'ai croisé Gabriel dans le magasin tout à l'heure. »

« Oh ? Et il va bien ? Il n'a pas oublié pour tout à l'heure hein ? » Fit Jack souriant, mais gardant une certaine inquiétude.

Ana leva une main comme pour le faire taire tandis qu'elle cherchait les mots justes pour lui en parler.


« Jack, s'il te plaît, calme toi... Gabriel et moi avons parlé quelques minutes jusqu'à ce qu'on se rende compte que quelque chose ne collait pas. Nous n'avions pas exactement la même version de votre « rencontre ». Alors dit moi, Jack. Y a-t-il quelque chose que tu veux me dire ? »


C'était donc ça. Jack s'était bien douté qu'à un moment ou un autre Ana et Gabriel finiraient par découvrir le poteau rose. Mais une fois que le mensonge avait été lancé, il avait été pris dans un cercle vicieux interminable. Et un mensonge en entraînant un autre, il s'était retrouvé là, dans cette situation délicate, à tel point qu'il s'embourbait lui-même dans ses non-dits et ses cachotteries. Il baissa la tête, jouant avec ses doigts, ne sachant pas comment répondre.


« Je suppose que tu le sais déjà, Ana... »

« Je veux l'entendre de ta bouche, idiot. Tu as fait une bêtise, maintenant assume tes actes. »


Ouch. Toujours aussi tranchante. Jack prit une grande inspiration, tremblant. Il était temps d'assumer comme le disait si bien Ana.

« Je n'ai pas dit à Gabriel que c'était lui que j'avais rencontré dans l'Amtrak. Je...Je lui ai dit que c'était quelqu'un d'autre... »

« Pourquoi un tel mensonge ? C'était stupide, tu le sais ! »

« J'ai eu peur, Ana ! » Dit il en haussant un peu la voix, comme paniqué qu'elle ne puisse pas le comprendre. « Je ne savais rien de lui. Je ne savais même pas s'il était gay ! Alors je lui ai dit ce bobard, afin que je puisse au moins... Au moins lui parler... C'était mieux que rien... »


« Et tu n'as pas cru bon de m'en parler, même à moi ? » Fit-elle outragée, alors qu'elle se désignait de la main.

« Je le voulais, je t'assure... Mais jamais le bon moment ni le bon endroit... Mon Dieu, Ana, je suis tellement désolé... » Fit-il en plongeant sa tête entre ses mains.

Ana soupira. Quel imbécile.

« Ce n'est pas à moi que tu devrais t'excuser, mais à Gabriel. Tu l'as énormément blessé. Il te faisait confiance, et toi, tu lui mens pour quelque chose d'aussi débile. Il va falloir te battre pour regagner sa confiance. »

« Je... Je lui parlerai de tout ça quand on se verra tout à l'heure et je.. »

« Il ne viendra pas. »

La nouvelle lui vint comme un coup de tonnerre. Alors il avait vraiment tout fait foirer, hein ? À tel point que rien ne semblait réparable entre les deux ? Des larmes lui vinrent aux yeux. Quel imbécile. À cause de lui, Gabriel devait se sentir trahi. Les deux n'avaient même pas le temps d'être... Quelque chose, que Jack avait déjà tout détruit.

« J-Je... »


« Je suis désolée, Jack. Sincèrement. »

Ana se leva, et caressa doucement le dos de Jack avec sa main pour essayer de calmer les sanglots du blond. Il avait été un idiot, il le méritait. Du moins, il le pensait. Ana, quant à elle, pris peine pour son ami. Cherchant un moyen de soulager sa douleur, elle continua son pauvre soutien moral.


« Je sais qu'il ne veut pas être présent à votre rendez-vous. Mais peut-être que tu devrais aller lui parler quand même. »

« Et comment je fais si je ne connais même pas son adresse ? » Réussis à dire Jack entre deux sanglots.


« Tu as toujours son numéro. Je dois te prévenir qu'il ne voudra peut-être pas te parler, mais laisse lui savoir que tu tiens à t'expliquer et que tu as une raison à tout ce mensonge. Ce ne sera peut-être pas suffisant, je ne le connais pas asses bien pour t'assurer qu'il t’écoutera. Mais au moins, tu auras essayé. »


Jack renifla bruyamment et regarda avec appréhension son téléphone portable qui trônait sur la table basse. Après quelques secondes d'hésitation, il prit le petit objet en main, se rendit dans ses contacts et appela Gabriel.


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Ça devait être au moins la huitième fois que le téléphone sonne, c'est ce que s'était dit Jesse, encore dans son lit à jouer à Red Dead Redemption II. Il ne comprenait pas pourquoi son père ne voulait pas répondre. En fait, Gabriel n'avait pas bougé d'un pouce depuis ce matin. Le téléphone continuait à vibrer et sonner sur la table de la salle à manger sans que personne ne fasse rien.


« Bon, ça suffit, j'en ai ma claque ! »

Jesse bondit hors du lit et descendit les escaliers en trombe pour aller répondre à ce foutu téléphone. Rien à faire que ce n'était pas le sien. Il décrocha avec véhémence.

« Quoi ?! »

« Allô ? Gabe ? Oh, mon Dieu, je suis tellement désolé, si tu savais, j-je, je peux tout expliquer ! Je te le promets, s'il te plaît laisse moi te- »

« Woah, woah, doucement, l'ami ! Je comprends rien à ce que tu dis. Ce n'est pas Gabriel, c'est son fils. Vous êtes ? »

« Oh, je... Je suis Jack Morrison. Un... Ami ?... Je ne sais pas... Je... J'ai besoin de parler à Gabriel... »


Jesse fronça les sourcils sévèrement.

« C'est de votre faute si papà est dans cet état ?! »

« J-Je... Oui... Je suis tellement désolé... »

Jesse pouvait entendre les sanglots de son interlocuteur à travers le téléphone. Son regard se détourna vers son père, toujours sur le canapé, cette fois endormi pour de bon, mais toujours avec cette expression douloureuse inscrite sur son visage. Il soupira longuement avant de coller de nouveau son oreille au petit appareil.

« Gabriel n'est pas disponible pour le moment. Et sans vous mentir, je pense qu'il ne souhaite pas vous parler ni maintenant, ni un autre jour. »

« Je sais, je veux juste m'expliquer ! J'ai.. J'ai fait quelque chose de mal. Je lui ai menti. On était sensés avoir rendez-vous aujourd'hui et... »

Jesse ne prit pas la peine d'écouter la suite. C'était donc lui le rendez-vous de Gabriel. Le doute s’empara de l'esprit de Jesse. Si Gabriel lui trouvait quelque chose, ce ne pouvait pas être un homme foncièrement mauvais. Cela faisait si longtemps que Gabriel n'avait pas été avec quelqu'un. Il méritait d'être heureux, et le voir ainsi faisait mal au jeune garçon. Soupirant et mettant sa main dans les cheveux, l'adolescent prit sa décision.

« Je vous envoie l'adresse par SMS. Vous feriez mieux d'avoir une bonne excuse, au passage. »


Et sur ce, il raccrocha sans laisser une chance à son interlocuteur de répondre. Il fait ce qu'il avait dit, puis retourna dans sa chambre, non sans jeter un dernier regard compatissant à la forme cachée sous les couettes, sur le canapé.






Jack ne s'attendait pas à ça. C'était une chance inespérée. Il fallait vraiment qu'il remercie ce jeune garçon quand il le verrait. Sortant de sa voiture, il se tint devant la porte, sans oser frapper. Il prit plusieurs grandes inspirations afin de calmer ses tremblements, et prit finalement la décision fatidique de frapper à la porte. La réponse ne vint pas, et Jack se posait un moment la question s'il ne s'était pas trompé d'adresse. Dans le doute, il frappa encore. Cette fois, il entendit quelqu'un se diriger vers la porte et déverrouiller la porte. Quand la porte s'ouvrit, Gabriel se tenait devant lui, l'air surpris de le voir ici. Cette mine fut bien vite chassée de son visage par une expression, non pas de colère ou de tristesse comme il aurait pu le prédire, mais abattu, vaincue. Le cœur de Jack lui faisait mal en voyant les yeux rouges de Gabriel. Il avait pleuré, c'était certain. Savoir qu'il était à l'origine de ce chagrin lui donna un poids supplémentaire sur la poitrine, à tel point qu'on aurait dit qu'il luttait pour respirer.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« J-Je... Je suis venu m'excuser, et m'expliquer... »

« Quoi, ça ne t'as pas suffit de me mentir, maintenant, tu viens remuer le couteau dans la plaie ? »


Cette fois, c'était bien de la colère qui émanait de ses yeux.

« Je sais que... Je suis peut-être la dernière personne au monde que tu as envie de voir en ce moment, mais s'il te plaît... Laisse-moi m'expliquer et... Si c'est ce que tu veux, je ne reviendrai plus jamais... »


De toutes façons, il ne lui restait plus qu'une semaine à Los-Angeles avant qu'il ne reparte travailler à Bloomington. Gabriel se tenait, bras croisés, adossé contre la porte ouverte, le regardant sévèrement. Puis il s'écarta de celle-ci. Jack baissa la tête pensant que Gabriel allait lui claquer la porte au nez. Après tout, c'est ce qu'il méritait.

« Qu'est-ce que tu fais ? Allez, rentre. »

C'était inespéré. Jack releva la tête et se sentit pousser des ailes. Il avait peut-être une chance de tout arranger... Il fit ce qu'on lui dit et entra sans poser d'autres questions. La maison était simple, sans beaucoup d'artifices, un peu comme le propriétaire de la maison, se dit Jack. Une fois à l'intérieur, il suivit Gabriel dans le salon. N'osant pas bouger, Jack, se tenait là, tendu comme un piquet, tandis que le propriétaire des lieux s'assit sur le canapé.

« Tu vas rester planté là longtemps ou tu vas venir t’asseoir ? »

Ouais, il était définitivement salé.

« Euh, oui, oui... »

Il s'assit donc à l'autre bout du canapé. Ne sachant pas comment commencer son histoire, il joua avec ses doigts. Gabriel l'observa. Il avait remarqué cette petite mimique depuis leur rencontre. Il savait qu'il était stressé, et qu'il n'avait pas l'air de savoir quoi dire.

« Alors... Je t'écoute. Qu'est-ce que tu as à me dire ? »

Jack prit une grande inspiration. Il était temps de se jeter à l'eau.

« C'est vrai, je t'ai rencontré pour la première fois dans l'Amtrak... Je... Je ne m'attendais pas à recevoir ton message, cet après-midi-là, quand j'ai posté mon tweet... J'étais assez désespéré. »

Jack inspira un grand coup et pris un peu plus d'assurance pour continuer son discours.


« Tu ne t'en souviens visiblement pas, mais on était dans la même cabine. Tu étais juste en face de moi. Tu passais ton temps à corriger des copies, donc j'en ai déduit que tu étais professeur, et je n'ai pas voulu te déranger dans ton travail. Il est vrai que j'ai cherché à attirer ton attention de nombreuses fois. Mais c'était difficile étant donné que tu étais occupé. J'ai pris conscience que je ne pourrai pas t'oublier le jour où je t'ai vu jouer de la guitare et chanter avec les autres musiciens. Cependant, tu semblais toujours ne pas faire attention à moi, et quand le jour du débarquement est arrivé, et que j'ai essayé de te rattraper, tu étais déjà parti.. »

« Cela n'explique pas pourquoi tu m'as menti. » Averti Gabriel. Mais son ton semblait s'être adouci depuis que Jack est arrivé.

« J'y viens... Quelques minutes, plus tôt, avant que je ne réponde à ton message, j'ai reçu un appel de mon patron, de l'Indiana Daily Student. Je... Je me suis fait pour le moins disputé, on va dire. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que mon tweet devienne si célèbre ! À tel point que c'est revenu aux oreilles de mon patron. Monsieur Pétras est... Comment dire... Peu concilient avec les gens comme moi... Enfin, nous... »

« Homosexuels ? »


« Ouais... Il m'a menacé de me virer. Et même si je hais mon patron, j'aime ce travail. Je lui ai promis de me faire discret, et en même temps, que je doublerai mes heures, mais là n'est pas le problème... Quand j'ai vu ton message, c'était inespéré ! J'ai voulu te le dire, je le jure ! Mais il aurait fallu que j'affronte de nouveau mon patron, ce qui aurait inévitablement mené à mon renvoi et j'avais si peur, je ne te connaissais même pas, je ne savais pas si tu étais intéressé par les hommes ou quoi que ce soit... Je... Je ne veux pas que tu croies que je jouais avec toi ou que je n'étais pas sérieux, Gabe... Je t'aime beaucoup et... Et je suis terriblement désolé pour ce que j'ai fait. Je sais que ça n'excuse rien, mais c'est la seule explication que j'ai à mon comportement. Je.. Je ne m'attends pas à ce que tu me pardonnes, mais... C'est la seule chose que je peux te donner... Encore désolé pour tout ce que je t'ai fait... »

Gabriel, lui, restait impassible, semblant analyser la situation. Le temps de réflexion du latino semblait interminable, les heures pour le blond, qui était toujours en état de stress constant, triturant ses doigts, ses jambes tremblantes. Finalement, comme la réponse ne vint pas, Jack senti des larmes piquer ses yeux. La gorge serrée, il se leva et fit face à Gabriel, une dernière fois.


« Je... Je suis désolé de t'avoir fait perdre de ton temps. Je... Bonne continuation, Gabriel... »


Il se retourna et se dirigea vers la porte pour sortir. Mais il n'eut pas le temps de faire un pas, que Gabriel s'était levé et avait attrapé le poignet de Jack.

« Tu crois franchement que je t'aurai laissé rentrer chez moi si j'en avais rien à faire de toi ? »


Jack baissa la tête pour cacher les larmes qui perlaient à ses yeux. Il ne méritait pas cet homme. Il prit le risque de se retourner vers le latino et de lui faire face.

« Tu... Tu ne m'en veux plus ? »

« Oh si, je t'en veux toujours. »


Le cœur de Jack lui fit mal.

« Je t'en veux toujours parce que tu m'as menti pour quelque chose d'aussi stupide que ça. Je t'en veux pour me l'avoir caché et de me donner ce prétexte un peu débile. Et enfin, je t'en veux pour ne pas avoir eu l'intention de m'en parler. »

C'était une mauvaise idée de venir, il le savait. Mais il fallait qu'il reste pour assumer ses actes, alors Jack ne dit rien et laissa couler la colère de Gabriel.

« Mais mon fils semble t'avoir laissé une chance que je n'étais pas prêt à t'accorder... Alors je veux bien réessayer. »

Face à l'expression surprise de Jack, Gabriel sourit un peu.

« Je sais que c'est lui qui t'a donné l'adresse de la maison. Il n'y a que ce sale gosse pour faire une chose pareille. Mais il a toujours été doué pour lire les esprits, alors s'il a fait ça, c'est que tu dois le mériter. »


Il fallait vraiment que Jack remercie cet enfant. Gabriel lui tendit la main, et Jack la regarda étrangement avant de croiser le regard du latino, ne comprenant pas ce qu'il voulait faire.


« On avait un rendez-vous de prévu, si je ne me trompe pas... Il n'est peut-être pas trop tard pour le cinéma, même si je ne te garantis pas que le film que tu voulais aller voir au départ n'est pas déjà fini à l'heure qu'il est. »

Jack se mit à rire, et il eut envie de pleurer de joie. Il avait une autre chance. Une chance qu'il ne perdrait pas cette fois. Il prit alors la main de Gabriel, et la chaleur qui émanait de sa peau le réconfortait et apaisait tout le stress qu'il avait accumulé durant la journée.


« Qu'importe, cela me va... »







Arrivé au cinéma, comme l'avait prévu Gabriel, la séance était passée. Gabriel semblait un peu déçu, mais Jack lui fit un beau sourire, et lui dit que ce n'était pas grave, tant qu'il était avec lui. Comme Gabriel n'avait rien mangé, et Jack non plus, ils s'étaient posés à un fast food, puisque les restaurants ne servaient plus à cette heure-ci de l'après-midi, et commençaient à manger. Certes, ce n'était pas très glamour, ni très romantique pour un premier rendez-vous, mais c'est souvent comme ça que les choses se finissaient de nos jours. Mangeant leur hamburger, Gabriel parlait avec enthousiasme tandis que Jack écoutait, répondant de temps en temps, et riait. Il ne se souvint pas d'un jour proche où il s'était senti aussi bien. Une fois leur repas de fortune terminé, Gabriel proposa à Jack de se balader près de la plage, chose que le blond, n'ayant jamais vu l'océan, accepta, sautillant presque sur place. Il leur fallu une petite heure de marche déjà pour accéder à la plage. Ils longeaient la promenade, se tenant toujours la main. Le soleil rouge/orangé de la fin d'après-midi donnait une ambiance romantique, et Jack riait à cela. C'était tellement cliché. Finalement, les deux hommes s'appuyaient contre la balustrade, regardant l'océan. Jack détourna son regard vers Gabriel. On aurait dit un ange. Il souriait en regardant l'eau, le soleil couchant derrière sa tête. Discrètement, il prit une photo avec son téléphone et fit quelque chose qu'il aurait déjà dû faire depuis longtemps. Il posta la photo sur tweeter avec la légende : Je t'ai enfin retrouvé <3.

« Qu'est-ce que tu as fait encore. »

Jack se mit à rire et cacha son téléphone derrière lui, tout sourire, et fier de lui.


« Oh, rien du tout ! »

« Hey ! On avait dit plus de mensonges ! » Dit-il avec un grand sourire carnassier, alors qu'il s'approcha dangereusement de Jack, sûrement avec l'intention de lui voler le petit appareil afin de vérifier ses dires.

« Si tu le veux, viens m'attraper ! » Dit-il en riant et courant sur la piste cyclable pour le fuir.


Gabriel rit à cela et lui couru après. Bien évidemment, il ne mit pas longtemps à le rattraper. Gabriel avait fait l'armé, et était donc asses rapide pour le rattraper en quelques secondes. Une fois cela fait, il le souleva, et l'allongea doucement au sol, alors que Jack hurlait de rire, en dessous de lui.


« Alors, qu'est-ce que monsieur Golden Boy me cache, hein ? » Fit Gabriel en chatouillant Jack pour attraper le téléphone.

Jack était plié de rire, et se tortillait pour échapper à ses mains traîtresses. Cependant, il ne put empêcher de lâcher le téléphone. Content de sa petite victoire, Gabriel s'assit sur les hanches de Jack, pour l'empêcher de bouger, et alluma le téléphone de Jack.

« Ahhhh, alors c'était donc ça que tu cachais, vilain ! De deux choses l'une, d'une part, ce n'est pas bien de ne pas mettre de déverrouillages sur un téléphone, et de deux, franchement, si tu voulais une photo de moi, j'aurai au moins pu faire la pose ! »

« Hahaha ! Allez, Gabe ! Tu m'écrases ! »

« C'est ta punition pour ne m'avoir pas dit que tu prenais une photo. Copyright, monsieur ! J'en appelle aux droits d'auteur ! »

« Alleeeez, s'il te plaît ! » Jack n'arrivait presque plus à respirer tellement il riait.


Soudain, Gabriel s'approcha dangereusement du visage de Jack, ce qui le fit arrêter de rire immédiatement, tandis que son visage virait au rouge.

« Vas-y, fait moi arrêter si tu le peux... »

Jack ne pouvait pas détacher son regard des lèvres du latino. Les yeux bruns de Gabriel semblaient vouloir le dévorer sans qu'il ne puisse rien faire. Une grande main se posa sur sa joue et instantanément, Jack pressa sa joue contre celle-ci, appréciant la chaleur, dans la douceur du soir d'été. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. C'est finalement Gabriel qui posa ses lèvres le premier sur celles de Jack. Jack rendit immédiatement le baiser en passant ses bras dans le cou et les cheveux du brun. C'était drôle comme ils s'embrassaient comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Ce n'était pas parfait, mais c'était le plus grand soulagement que Jack eut depuis ces dernières semaines. Malheureusement, le téléphone de Jack sonna. Jack grogna, et rapprocha Gabriel, ne voulant pas se séparer de lui. Il senti d'ailleurs le latino sourire dans le baiser avant de lui chatouiller les côtes d'une main. Immédiatement, le baiser s'arrêta, et Gabriel lui sourit tendrement.


« Ça pourrait être important... »

Avec un soupir résigné, Jack décrocha. Il n'eut même pas le temps de parler que son interlocuteur lui cria dessus.

« Morrison, à quoi vous jouez ?! Je vous avais déjà prévenu une fois, j'ai été clément, et maintenant, voilà ce que vous me faites ? Vous brisez ma confiance et vous batifolez avec un autre pédé comme vous, et vous le rendez en plus public ? »

« Monsieur Pétras, je... »

« Je ne veux pas d'excuses, Morrison ! Cette fois, c'est trop ! Vous êtes renvoyés ! Renvoyés, vous m'entendez?! »


Les yeux de Jack s'écarquillèrent alors qu'il entendait la nouvelle. Mais quelque chose montait en lui. Une voix qui n'avait jamais pu s'exprimer et qui maintenant, faisait pression pour sortir au grand jour. N'ayant pas la force de la retenir, Jack la laissa faire. Ses sourcils se froncèrent et son visage se crispa. La pression de sa main sur le téléphone se fit plus forte.

« Non. »


« Non ? Comment ça, Non ?! »

« Non, vous ne me renvoyez pas, parce que je démissionne. J'en ai marre de travailler pour un despote, un tyran, totalitaire et homophobe. Nous sommes au XXIe siècle, et si vous n'êtes pas capable de vivre dans la société de votre temps, alors vous n'avez rien à faire à votre place. Adieu, monsieur Pétras. J'espère ne plus jamais vous revoir. »

Et sur ce, il raccrocha au nez de son désormais, ancien patron. Jack n'arrivait pas à croire ce qu'il avait fait, mais ça faisait tellement de bien. Seulement, il prit conscience de la réalité. Il était toujours allongé sur la piste cyclable, avec Gabriel sur ses hanches, qui le regardait avec des yeux ahuris. Tout de suite, Jack était gêné. Cherchant à se rattraper, il balbutia.


« Heu.. Je... Désolé, je... »

« On t'a déjà dit que tu étais putain de sexy quand tu étais en colère ? »

Il devait avouer qu'il ne s'était pas attendu à une telle réaction de la part de Gabriel. Il éclata de rire alors qu'il se jeta dans les bras de Gabriel. Le brun lui rendit son étreinte avec un sourire, et Jack se dit que son avenir ne pouvait être que meilleur. Il pourrait trouver un nouveau travail ici, à Los-Angeles. Avec son CV ce ne serait pas très compliqué. Et il pourrait laisser sa relation avec Gabriel s’épanouir... Car ils étaient bien partis pour durer.



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