Noriko

Chapitre 41 : Little Garden (2)

5163 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 01/08/2025 15:08

    Le fracas résonnait dans la jungle, Noriko martelant sans cesse la paroi osseuse.


    Ignorant ses douleurs articulaires et sa peau arrachée, elle redoubla d'efforts. Après maintes tentatives, une partie de la paroi céda enfin.


    La manieuse toussa à cause de la poussière et s'agenouilla pour sortir son capitaine des décombres.


    Ce dernier en émergea d'un seul bond. Des éclats d'os furent projetés et manquèrent de crever un œil à Noriko.


    — Je vais les massacrer ! Ces enfoirés vont regretter d'avoir gâché le duel des Géants !


    Soulagée, elle soupira tandis qu'il la remerciait.


    Il lui fit un grand sourire et leva un de ses pouces dans sa direction.


    — Usopp, aboya-t-il, tu te sens d'attaque ?


    Ce dernier haletait, une main posée sur ses côtes. Il cracha du sang et leva également un pouce.


    — Allons leur faire leur fête.


    — Coin ! chanta joyeusement le canard.


    Luffy tendit une main à Noriko pour la remettre debout et tous ensemble, ils s'élancèrent à la rescousse de leurs amis.


    Alors qu'ils étaient suffisamment éloignés, un fracas épouvantable les fit tous se retourner. Noriko, Usopp et Kaloo en demeurèrent bouche bée. Luffy, quant à lui, afficha un sourire déterminé.


    — Je t'avais dit que tu en étais capable, Nori...


    La bouche sèche et le cœur battant à tout rompre, elle resta silencieuse. L'énorme squelette du Monstre Marin venait de s'effondrer sous son propre poids.




    Lorsqu'ils arrivèrent dans une clairière où étaient retenus leurs amis, le spectacle qui s'offrit à eux les laissa pantois. Deux hommes et une femme les fixaient avec mépris. Derrière eux, un immense bloc blanc ressemblant à un gâteau était érigé dans l'herbe. Zoro, Nami et Vivi étaient debout, immobiles, à moitié recouvert de ce qui ressemblait à de la peinture blanche. Au-dessus d'eux était posée une colonne et à son sommet se trouvait une énorme coupe avec des bougies enflammées. Le tout tournait à une vitesse folle et projetait des éclats blancs sur leurs amis.


    Aucune trace de Sanji...


    — Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Usopp. Un gâteau ?


    — Eh toi, avec ton chapeau de paille, c'est toi qui détiens la plus grosse prime d'East Blue ? demanda un agent. Je suis déçu, je m'attendais à mieux.


    Noriko serra les dents.


    Luffy, qui ne se sentait pas concerné, resta immobile et ouvrit grand la bouche. Les yeux brillants, il fixait le crâne de son interlocuteur.


    — Trop mortel, la coupe de cheveux ! T'as remarqué que ça faisait un 3 ?


    Il est sérieux ?


    — C'est parce que je suis Mr 3, se vexa-t-il, je suis en train de te menacer alors je te permets pas !


    — Luffy, hurla Nami, dépêche-toi de détruire cette colonne, vite !


    — Oh, les gars ! Bah, pourquoi vous bougez pas ?


    — On peut pas, crétin ! C'est de la cire, on est en train de se transformer en statue vivante !


    — Eh Luffy, t'en as mis du temps pour venir ! railla Zoro, loin d'être paniqué.


    Le capitaine le salua avec sympathie et complimenta sa pose.


    — C'est pas le moment, s'emporta Vivi, on peut presque plus respirer !


    — J'arrive !


    — Vous allez vous occuper de nous, oui ? s'agaça Mr 3. On te laissera pas les sauver si facilement et je te garantis que vous allez les rejoindre et...


    — Nori, c'est solide la cire ? demanda Luffy.


    — Tu m'écoutes, oui !?


    — Tout dépend de ta force, rétorqua-t-elle, mais si c'est un Fruit du Démon, je suppose que ça doit être plus solide que de la cire ordinaire.


    — Mr 3, intervint le deuxième homme, le Chapeau de Paille est pour vous, on s'occupe des autres.


    Son acolyte afficha un sourire diabolique.


    — Je crois que ça s'adressait à nous, Usopp, balbutia Noriko en se tournant vers lui.


    Elle se crispa en constatant qu'il avait disparu avec Kaloo.


    — Merci, j'avais compris, répondit la voix de ce dernier.


    La manieuse d'eau fit volte-face et le remarqua caché derrière un énorme rocher.


    — Tu te fiches de moi !? Reviens ici !


    — Je te couvre ! T'en fais pas !


    — Coin ! ajouta Kaloo, qui était à ses côtés.


    Noriko pointa un doigt rageur vers eux.


    — Si on s'en sort, je vous tue !


    — Moi aussi ! encouragea le jeune homme en disparaissant.


    Elle se pinça l'arête du nez en les invectivant mentalement.


    — Nori ?


    — Quoi encore ? grogna-t-elle en redressant la tête.


    — Bah... Ils nous attendent.


    Elle déglutit en voyant les trois agents du Baroque Works la toiser, puis leva son regard vers les bougies qui ne cessaient de se consumer.


    — Quand vous aurez terminé vos gamineries, on pourrait peut-être passer aux choses sérieuses ? proposa le deuxième homme.


    — C'est quel numéro, celui-là ? s'inquiéta Noriko.


    — Le 5, répondit sérieusement Luffy. C'est lui qui peut exploser.


    Merde...


    — Mrs Valentine, je vous laisse le plus courageux d'entre eux.


    L'agente rit d'un air sinistre, puis observa la cachette d'Usopp.


    — Vous finirez tous en statue de cire, menaça Mr 3.


    Il balaya rageusement l'air de sa main. Noriko sursauta. L'instant d'après, un bloc blanc bloqua les deux pieds de Luffy qui s'effondra dans l'herbe.


    — Pile ce qu'il me fallait, s'amusa le capitaine.


    Sans attendre, il força sur ses mains et leva ses jambes. Son élasticité aidant, ses menottes de fortune allèrent s'écraser contre la colonne et firent tomber la coupole qui tournait toujours.


    La mâchoire de Mr 3 manqua de se décrocher.


    — Voilà, ils sont libres !


    — Ça t'arrive de réfléchir !? s'égosilla Nami. Le feu est plus proche et...


    Sa phrase resta en suspens lorsque sa bouche fut recouverte de cire. Tout comme Zoro et Vivi, seul le haut de leur visage était dégagé.


    Noriko tressaillit, puis, poussée par son instinct protecteur, se rua vers eux, une bulle d'eau en main. Elle eut tout juste le temps d'apercevoir le coup de pied asséné par Mr 5 et se jeta au sol pour l'éviter.


    Un bruit d'explosion lui fit tourner la tête.


    — Mais elle est malade, celle-là ! hurla Usopp en rampant parmi les milliers de morceaux de roche.


    Le rire strident de Mrs Valentine résonna tandis qu'elle flottait au-dessus. Elle se laissa subitement tomber et manqua de peu le menteur invétéré qui sauta sur Kaloo pour le protéger.


    Noriko bondit sur ses pieds en faisant apparaître deux bulles qu'elle lança en l'air pour les diriger vers les bougies. La cire cessa de pleuvoir juste avant qu'elle ne recouvre le nez de ses compagnons.


    Sauvés pour le moment.


    — Tu... tu contrôles l'eau !? s'étrangla Mr 3. Personne nous a prévenu qu'elle contrôlait l'eau !


    — Encore plus intéressant, releva Mr 5, je veux avoir l'honneur de la tuer.


    Noriko se tétanisa quand il la regarda de haut en bas.


    — Eh, toi ! intervint Luffy. Je suis toujours ton adversaire !


    Recroquevillé, le capitaine s'acharnait à dégager ses pieds du bloc de cire qui avait été partiellement brisé à cause de l'impact. Il bougonna une parole inaudible et parvint à se libérer. Il ne fallut ensuite qu'une fraction de seconde pour que l'un de ses poings éclate la pommette de Mr 3 avant de l'envoyer valser entre deux arbres.


    — Te laisse pas impressionner, Nori, et fous-lui une raclée !


    Avec amusement, il poursuivit son ennemi et disparut à son tour dans la jungle.


    — Reviens ici, j'ai pas terminé !


    — Noriko, derrière toi ! hurla Usopp alors qu'il détalait au loin sur le dos de Kaloo, poursuivi par Mrs Valentine.


    Déconcentrée, Noriko esquiva une nouvelle offensive de Mr 5, mais ne fut pas assez rapide : un souffle d'air chaud l'éjecta lorsque le sol explosa.


    Le cœur battant à tout rompre, elle se redressa en grimaçant. Une fumée opaque l'entourait et elle dut plisser les yeux lorsqu'une silhouette s'en détacha pour s'approcher.


    — C'est tout ce que tu vaux ? se moqua Mr 5. Noriko, la nièce de Mihawk, l'un des Sept Grands Corsaires. La seule personne au monde capable de maîtriser l'eau.


    Elle retroussa la lèvre supérieure à cette appellation qu'elle détestait. Sa main s'ouvrit et une bulle fonça vers lui.


    Il l'évita sans le moindre effort, puis bondit à ses côtés.


    Le souffle de Noriko se coupa lorsqu'elle para un autre coup de pied et son bras endolori rencontra ses côtes lorsqu'elle fut projetée à terre.


    Pantelante, elle aperçut brièvement Usopp à travers la fumée. Toujours perché sur Kaloo, il fuyait inlassablement Mrs Valentine qui les manquait à chaque fois qu'elle essayait de les écraser de son propre poids.


    Il riait en la narguant.


    Elle était folle de rage.


    Mr 5 suivit le regard de Noriko et siffla de mépris.


    — Vous n'êtes qu'une bande de gamins qui nous faites perdre notre temps. Je devrais même pas faire appel à mes pouvoirs pour vous vaincre, mais j'en ai plus qu'assez de rester sur cette île maudite.


    Sa main disparut sous son manteau.


    Noriko n'eut pas le temps de réagir.


    Le sol explosa aux pieds de Kaloo qui fut violemment éjecté avec Usopp.


    Les yeux écarquillés d'horreur, le cri de la manieuse d'eau resta coincé dans sa gorge.


    — Les faibles d'abord, souligna Mr 5.


    — Enfin, soupira Mrs Valentine en reprenant son souffle.


    Un cratère s'était formé et l'herbe avait brûlé. Encore sous le choc, Noriko ne parvenait pas à détacher son regard de ses deux compagnons.


    La fumée l'enveloppa de nouveau. Un cliquetis métallique la sortit de ses pensées. Mr 5 tenait un revolver en main.


    — Co... Comment ? balbutia-t-elle.


    — Des balles explosives, expliqua-t-il.


    Pour justifier ses dires, il approcha ses lèvres du barillet et souffla dedans.


    Le sang de Noriko ne fit qu'un tour lorsqu'il pointa de nouveau l'arme dans la direction d'Usopp et Kaloo.


    — Arrête ! hurla-t-elle en se jetant sur lui.


    Il l'esquiva une seconde avant qu'elle ne le touche, la frappa d'un revers de main qui la fit tomber, puis pointa le canon sur sa tête.


    — C'est le fait de bientôt mourir qui te rend courageuse ?


    Tremblante, les doigts posés sur sa lèvre scindée en deux, Noriko resta muette. Usopp et Kaloo étaient momentanément saufs.


    Mais ils mourront si tu fais rien.


    — Tu comptes te battre ou tu préfères que je t'achève directement ?


    Elle observa sa main ensanglantée, puis enfonça lentement ses ongles dans la terre.


    La fumée se dissipait lentement et elle put voir les pieds de Mrs Valentine qui n'avait pas bougé.


    — Vous... vous êtes toujours deux.


    Intrigué, son assaillant baissa son arme.


    — De quoi tu parles ?


    — Les agents du Baroque Works sont toujours deux, pas vrai ?


    — Gagner du temps avec des questions inutiles, soupira-t-il avant de souffler du nez. L'acolyte de Mr 3 s'est fait tuer la semaine dernière et il s'en sort très bien tout seul. Qu'est-ce que ça change pour toi ?


    Satisfaite, Noriko cessa de trembler et étira ses lèvres.


    — Rien. Mais je sais maintenant que vous n'êtes que trois.


    Une veine palpita sur le front de Mr 5.


    — Luffy a déjà dû faire sa fête à votre copain qui contrôle la cire, ce qui veut dire qu'il ne reste que vous deux.


    — Tu es bien confiante, maugréa-t-il.


    Elle prit une inspiration et, sans crier gare, l'aveugla en lui jetant de la terre. Simultanément, elle se redressa et propulsa un cours d'eau à une vitesse folle vers Mrs Valentine qui reprenait toujours son souffle. Celle-ci n'eut pas le temps de faire le moindre geste et l'attaque la frappa en plein torse.


    Noriko arqua les doigts. L'eau obéit et l'emporta contre un rocher. Les dents serrées, elle n'arrêta pas ses efforts lorsque la pression s'enfonça dans le thorax de son ennemie ni lorsqu'elle sentit les os craqueler.


    Après un bruit atroce qui lui donna un haut-le-cœur, Mrs Valentine s'écrasa au sol, inconsciente, un filet de sang s'échappant de ses lèvres.


    La manieuse d'eau tomba à genoux, à bout de souffle, et ne put éviter le coup de crosse qui explosa son arcade sourcilière.


    Les yeux rouges, Mr 5 se frotta encore le visage lorsqu'il s'approcha en l'invectivant.


    Effrayée et sonnée, elle fit apparaître une bulle qui fonça se loger contre son nez et sa bouche. Les doigts arqués, elle rampa à reculons tandis que son adversaire tentait vainement de retirer le liquide qui l'empêchait de respirer.


    Un œil fermé à cause de son sang qui coulait, Noriko tint bon.


    Elle rata cependant une respiration lorsque Mr 5 pointa son revolver vers elle et elle eut tout juste le temps de se jeter sur le côté pour éviter une nouvelle explosion.


    La gorge qui piquait à cause de la terre, Noriko toussait grassement. Elle avisa sa paume et constata avec horreur qu'elle avait fait disparaître la dernière bulle créée.


    Elle essuya négligemment ses yeux pour retirer le sang et, les sens en alerte, ne cessait de regarder autour d'elle. Seule était visible la fumée opaque qui rendait sa respiration difficile.


    — Sale peste, grogna la voix de Mr 5.


    Le menton tremblant, elle fit volte-face. Sa tête partit sur le côté lorsqu'un poing s'enfonça dans sa pommette et elle s'écrasa au sol en criant.


    — T'as failli me crever.


    Frappée par la terreur et à moitié assommée, elle se traîna pour tenter de s'éloigner.


    Avec un sourire mauvais, il rengaina son arme, puis enfonça son pied dans son ventre.


    Noriko ne comprit pas tout de suite quand il fit exploser sa chaussure au moment de l'impact et son hurlement déchira le ciel.


    Recroquevillée au sol, les bras serrant son ventre, elle poussait des cris étouffés tant sa gorge était contractée par la douleur. Elle risqua un coup d'œil à sa blessure et rugit en apercevant la vapeur qui se dégageait de sa peau calcinée.


    La panique s'empara d'elle et son corps trembla de tout son long. Il n'existait pas pire torture pour elle que d'être en contact avec le feu.


    Dans l'incapacité de se relever, elle aperçut entre ses larmes Mr 5 la regarder avec une satisfaction non contenue.


    Fuis !


    S'il la touchait encore une fois, elle ne s'en remettrait probablement pas. Prise de vertiges, son instinct de survie lui permit néanmoins de se tourner et de tendre la main pour enfoncer les ongles dans la terre.


    Elle rata une respiration et crut que son ventre allait se déchirer lorsqu'elle fut plaquée au sol. Mr 5 enfonçait son talon entre ses deux omoplates et l'empêchait de bouger.


    — Tu crois que je vais te laisser mourir aussi rapidement ? siffla-t-il.


    Noriko ne put que répondre par un grognement rauque quand il l'écrasa un peu plus.


    — Je mentirais si je disais que la mort de mon binôme m'attriste, mais à cause de toi, je vais devoir rendre des comptes au chef, et t'as aucune idée d'à quel point ça m'ennuie d'avoir affaire à lui.


    Les poumons de la manieuse d'eau se gonflèrent d'un seul coup quand il dégagea son pied. Il plongea ensuite sur elle pour la retourner. En désespoir de cause, elle tendit une paume tremblante vers lui qu'il vira négligemment d'un revers de main.


    — Tu m'auras pas une seconde fois, avertit-il, t'as plus les moyens de me faire face.


    Elle glapit quand il saisit son bras meurtri pour la soulever et laissa les larmes inonder ses joues.


    Il eut un rire moqueur et empoigna sa gorge de sa main libre.


    — Je m'attendais à mieux venant d'une personne aussi recherchée, maugréa-t-il. Je suis déçu.


    Noriko lutta vainement pour respirer en essayant de gigoter.


    — Notre chef nous a donné ta description et s'il n'a pas fait le rapprochement avec ton identité, c'est qu'il n'a aucun intérêt à te savoir en vie ou à te capturer.


    Son visage se radoucit quand il l'approcha du sien.


    — Je suis donc libre de me débarrasser de toi.


    Le cœur tambourinant contre sa poitrine et la trachée comprimée, Noriko savait qu'elle s'évanouirait d'ici peu et ne chercha pas à lutter.


    Un sifflement strident perça ses tympans et les mots de Mr 5 ne l'atteignirent plus. Ses yeux se fermèrent seuls. Elle sombrerait bientôt.


    Son corps rencontra violemment le sol lorsqu'elle fut relâchée et ses muscles se contractèrent si douloureusement qu'elle laissa échapper un cri plaintif.


    La bouffée d'air frais qu'elle inspira lui arracha une quinte de toux. Un bras posé sur son ventre, elle tentait de contrer les spasmes incontrôlables qui étiraient sa peau, puis regarda autour d'elle.


    Ses yeux s'écarquillèrent lorsque la mare de sang s'approcha dangereusement d'elle.


    Au milieu gisait le corps de Mr 5. Sans vie, mais également sans tête.


    Noriko blêmit quand elle aperçut celle-ci qui avait roulé un peu plus loin. Une nausée souleva son estomac et le sifflement dans ses oreilles l'obligea à serrer les paupières.


    — Noriko ! cria la voix de Zoro.


    Elle battit des cils, puis grimaça de douleur quand il la souleva.


    — Tiens bon.


    Cramponnée à lui, elle posa sa tête contre son torse et se laissa emporter, le corps secoué au rythme de sa course.




    À bord du Vogue Merry, Noriko était assise sur un meuble de la salle de bain et mettait un pansement sur son arcade sourcilière qui ne saignait plus tandis que Zoro fouillait la trousse de secours. Avec l'aide de Kaloo, Usopp avait enroulé une corde autour du bloc de cire et l'avait ensuite enflammée. Ses amis avaient pu ainsi être libérés de leur condition de statue et le bretteur était intervenu à temps pour la sauver.


    La tête basse, elle renifla.


    Son ventre ne dégageait plus de vapeur. Les blessures étaient moins graves qu'elle ne l'avait pensé mais la lancinaient d'une douleur atroce.


    — Je suis pas médecin, mais je peux au moins te faire un bandage, prévint Zoro en sortant un tube de crème.


   Elle le regarda avec perplexité.


    — Pour les brûlures, indiqua-t-il en le lui tendant.


    — Tes pieds, répondit-elle.


    Il suivit son regard, puis souffla du nez, fier de lui.


    — J'ai voulu les couper pour me dégager de la cire.


    — C'est débile.


    Il haussa un sourcil, mais ne releva la remarque.


    — Tu t'es bien battue.


    Noriko déglutit.


    — La cire couvrait nos oreilles mais je t'ai vue à un moment à travers la fumée.


    — Les autres aussi ?


    — Non.


    — Ne leur dis rien, je veux pas qu'ils s'inquiètent.


    — Comme tu voudras.


    Elle consentit à récupérer la crème et l'étala sur le bout de ses doigts. La douleur fut vive lorsqu'elle l'appliqua sur son ventre et elle siffla entre ses dents.


    Zoro fixait un point à travers le hublot.


    — Tu m'as encore sauvée, lâcha-t-elle.


    — T'aurais voulu que je le laisse t'achever ?


    Elle passa une main dans ses cheveux et le remercia dans un souffle.


    — J'ai été inutile, ajouta-t-elle.


    Il l'aida à descendre de son perchoir.


    — T'as tué la femme.


    Elle resta silencieuse et le regarda sortir une bande.


    — Tu veux que je te laisse faire ? demanda-t-il maladroitement.


    Elle pinça les lèvres pour empêcher son menton de trembler et secoua la tête en signe de négation.


    — Je... je préfère que ce soit bien fait.


    Il s'humecta les lèvres.


    — Lève ton haut.


    Les mains tremblantes, elle souleva le reste calciné de son débardeur et découvrit entièrement sa blessure.


    D'un geste mal assuré, Zoro posa l'extrémité de la bande sur sa hanche. Elle sursauta à ce contact, puis siffla entre ses dents quand il la tira sur son ventre.


    — Désolé.


    Elle tourna plusieurs fois sur elle-même tandis qu'il enveloppait son corps.


    — Pas trop serré ?


    — Non...


    — Il t'a touchée combien de fois pour que t'aies autant de dégâts ?


    — Une.


    Il fronça les sourcils en observant les cloques.


    — Le feu est ma plus grande faiblesse, précisa-t-elle.


    — J'aurais dit l'inverse, marmonna-t-il en ajustant le bandage.


    Elle laissa échapper un gémissement.


    Il s'immobilisa, gêné, puis se racla la gorge quand il reprit sa tâche.


    — L'eau s'évapore, expliqua-t-elle.


    — Et celle que tu crées ?


    — Tout dépend de la quantité. Mais s'il y a contact avec mon corps, ma peau fond et je...


    Elle grimaça une fois de plus quand il fit un nœud.


    — Il pourra plus te faire du mal, assura-t-il.


    Les larmes montèrent aux yeux de Noriko qui caressa aussitôt son bracelet à perles rouges.


    — T'as mal ailleurs ?


    Elle secoua la tête. La pression exercée sur son bras avait réveillé la douleur, mais elle voulait attendre d'être seule pour changer son pansement et vérifier si le sang coulait de nouveau.


    — Ta main est gonflée.


    Surprise, elle regarda ses phalanges éclatées.


    — Ça passera.


    Zoro la somma de l'attendre avant de disparaître dans le couloir. Il revint quelques instants plus tard avec un de ses propres vêtements.


    — Mets-le, ordonna-t-il. Les tiens sont trop serrés, tu vas comprimer ta blessure et te torturer inutilement.


    La bouche pâteuse, elle observa l'habit qui lui appartenait et le récupéra d'une main fébrile.


    — Sers-toi dans mes affaires pour les prochains jours.


    Il se retourna par pudeur et reprit son observation de l'extérieur.


    Confiante, Noriko s'empressa de se changer. Lever les bras fut plus douloureux que prévu, mais elle réussit à le passer par-dessus sa tête. Une fois habillée, elle ne put s'empêcher de souffler du nez quand elle constata qu'elle flottait dedans.


    — Merci, murmura-t-elle.


    — T'es pas inutile, Noriko.


    Elle le regarda avec stupéfaction quand il se retourna.


    — T'as encore des progrès à faire, se moqua-t-il, mais tu fais de ton mieux et... t'as pas à prouver ta valeur en te mettant en danger.


    Toujours aussi doué pour les excuses.


    — Tu veux que je soigne tes chevilles ?


    Il souffla de mépris.


    — T'as besoin de points, insista-t-elle.


    — Le prends pas mal, mais je préfèrerais attendre de croiser un médecin.


    Elle ouvrit de grands yeux, puis laissa échapper un rire nerveux.




    Accoudée à la rambarde, Noriko attendait que Luffy fasse ses adieux aux deux Géants. Momentanément terrassés par la cire de Mr 3, ils s'en étaient finalement sortis indemnes et avaient juré de reprendre leurs duels sitôt qu'ils auraient aidé les Chapeaux de Paille à quitter l'île.


    Dorry était aussi sympathique que son rival et tous deux voulaient remercier le capitaine d'avoir vaincu celui qui les avait emprisonnés. Quant à Brogy, l'alcool empoisonné n'avait pas été suffisamment puissant pour le vaincre et il se remettrait facilement de ses brûlures d'estomac.


    Ce fut le récit de Sanji qui capta le plus l'attention. Parti de son côté, il était tombé sur une base faite de cire et avait vaincu la loutre et le vautour qui avaient rapporté les portraits de Nami, Zoro, Luffy et Noriko à Mr 0.


    En faisant des recherches, le cuisinier avait compris que les deux bestioles étaient chargées de supprimer les agents du Baroque Works qui échouaient dans leur mission.


    Mr 5 et Mrs Valentine étaient morts, mais la vie de Mr 3 n'était donc plus en danger après que celui-ci a pris la fuite suite à sa défaite contre Luffy.


    Sanji avait également fait l'acquisition d'un Eternal Pose qui indiquait la direction d'Alabasta. L'instrument ayant été récupéré dans la base ennemie, l'équipage avait ainsi la certitude qu'il ne s'agissait pas d'un piège. Du moins, l'espérait-il.


    L'ancre fut levée et les voiles dépliées.


    Tandis que le Merry prenait le large, les Chapeaux de Paille purent nettement observer les deux Géants se positionner de part et d'autre et sortir leurs haches respectives.


    Ils ne comprirent leur geste qu'au moment où un poisson rouge géant surgit de nulle part et tenta de les gober.


    La force de frappe combinée des Géants explosa alors le fond de son gosier et libéra un passage pour le navire qui ne cessa de continuer tout droit.


    Encore tétanisée de peur, Noriko se traîna mollement vers Usopp.


    — Je... je regrette de ne pas avoir cru à tes histoires. Toutes... toutes mes excuses.


    — Il n'y a... il n'y a pas de quoi, balbutia-t-il.


    Tous deux tremblaient et déglutirent bruyamment.


    — Il faut croire que tout ce que tu dis est vrai.


    — Je t'avais prévenue. Je... je suis un grand guerrier. Je sais très bien ce que je fais.


    Il leva un poing fermé vers elle.


    Elle hocha la tête, puis y cogna le sien.

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