Noriko
Chapitre 9 : En route pour Arlong Park
2306 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 06/06/2025 10:14
Depuis leur départ du Baratie, Noriko n’avait pas prononcé le moindre mot. Installée sur la rambarde de la poupe du navire, les jambes pendant au-dessus de l’eau, son regard allait de l’horizon aux vagues se brisant sur la coque.
À force de se répéter inlassablement les mêmes questions, elle en était arrivée à la conclusion que Mihawk ne ferait rien aux Chapeaux de Paille, pas après avoir constaté qu’ils la traitaient bien. En effet, comme l'ayant déjà démontré auparavant, il n’aurait pas hésité à tous les tuer s’il avait pressenti le moindre danger pour elle. Le fait qu’il les ait laissés partir était donc encourageant.
— Noriko ? répéta une voix pour la troisième fois, la sortant de ses pensées.
Elle essuya négligemment ses joues et força un faible sourire quand elle se retourna vers Usopp.
— Vous avez repéré Nami ?
Le menteur invétéré secoua négativement la tête avant de soupirer.
— Écoute, je sais que c’est un sujet sensible, mais…
— Pourquoi nous avoir caché que c’était lui ton oncle ? coupa la voix de Zoro qui fit irruption derrière lui.
— Je te remercie, bravo pour la délicatesse, ironisa Usopp sans même se retourner.
Si Noriko fut soulagée de constater qu’il avait meilleure mine, elle se rembrunit en apercevant Johnny et Yosaku à ses côtés.
— Tu devrais éviter de bouger, dit-elle timidement en descendant de son perchoir. Ta blessure est plus profonde qu’il n’y paraît et…
— N’essaye pas de changer de sujet, la rabroua-t-il. Un des Sept Grands Corsaires ? Tu crois pas que tu aurais dû nous le dire ?
La manieuse d’eau se figea, surprise par sa rudesse.
— Zoro, tu y vas un peu fort là, tenta Usopp pour le calmer.
— Désolé, mais le fait que l’un des Sept Corsaires puisse s’en prendre à nous parce qu’il croit qu’on a capturé sa nièce, c’est important.
— Il nous aurait tués si ça avait été le cas !
Tout en l’ignorant, le bretteur se tourna vers les deux chasseurs de primes.
— Vous le saviez, pas vrai ?
— Quoi ? Non ! Bien sûr que non, assura Yosaku, on savait qu’elle était recherchée et réputée dangereuse, mais c’est tout !
Une boule prit place dans l’estomac de la manieuse d’eau qui se contracta de douleur.
— Vous… Vous avez prétendu ne pas me connaître, déglutit-elle.
Johnny et Yosaku devinrent livide et s’apprêtèrent à répliquer avant d’être réduit au silence par le regard furieux de Zoro.
Comprenant qu’ils venaient de commettre une bévue, Noriko sentit son cœur rater un battement.
— Vous avez menti ? lâcha-t-elle d’une voix blanche en tentant de comprendre leurs intentions. Pourquoi ?
— C’est pas à toi de poser les questions, rétorqua vivement le bretteur à trois sabres. Pourquoi t’as rien dit pour Mihawk ?
Prise de court d’entendre son nom être prononcé à voix haute, la jeune femme sentit la panique prendre possession de son corps. Son oncle avait démontré de quoi il était capable. Si ses amis – si tant est qu’elle pouvait toujours les considérer comme tels – n’avaient pas eu l’air de craindre la menace de la Marine, nul doute qu’il en serait autrement concernant un Capitaine Corsaire.
— Noriko ? insista Usopp avec douceur en faisant un pas vers elle.
Elle recula, la gorge sèche.
— Mais… Je vous ai dit… Je vous ai dit que c’était lui qui avait créé mes avis de recherche et...
— Et quoi ? T’aurais pu nous donner son nom, la coupa Zoro.
— Vous l’avez jamais demandé, se défendit-elle prestement.
— Ben tiens, ricana-t-il avec nervosité, ça devait bien t’arranger puisque tu t’es bien gardée de nous le dire.
— Parce que j’avais peur de votre réaction !
Elle avait crié sans s’en rendre compte, réduisant enfin au silence le jeune homme aux cheveux verts.
La respiration saccadée, sa panique s’étant soudainement transformée en colère, elle se força à reprendre son calme.
— Qu’est-ce que ça change, maintenant ? lâcha-t-elle faiblement. Vous aviez dit vous me jugeriez pas, quelle que soit mon histoire.
Zoro détourna le regard en secouant subtilement la tête, se souvenant certainement de ses propres paroles.
— Comment voulez-vous que je sois responsable de mes origines ? marmonna-t-elle au bord des larmes. C’est même pas mon vrai oncle, il m’a juste… il m’a juste élevée.
Ses derniers mots s’évanouirent sur ses lèvres, prononcés malgré elle.
Tous l’observaient, attendant qu’elle en dise plus.
Comment leur expliquer que Mihawk était apparu sans prévenir durant son enfance, prétendant qu’il prendrait soin d’elle sans lui donner la moindre explication ?
Elle lui devait tout. Mais si elle était redevable pour l’avoir éduquée alors qu’il n’en avait pas émis le souhait, le fait qu’il soit l’unique responsable du chaos qu’était devenue sa vie l’empêchait d’éprouver quelconque sympathie à son égard.
— Après que ma mère soit morte, il est venu me chercher, reprit-elle en cillant pour chasser les larmes qui picotaient ses yeux, et me faire passer pour sa nièce s’est fait naturellement quand il m’a recueillie chez lui. De par son statut de Grand Corsaire, c’est ce titre qui garantit que je sois recherchée vive en ce moment.
Elle souffla de lassitude et se passa une main dans les cheveux.
— Quand j’ai fugué, il a révélé mon existence au Gouvernement Mondial et donc à la Marine. Eux seuls étaient au courant pour notre lien, jusqu’à ce que les rumeurs se répandent.
Un frisson parcourut son dos fragilisé, la plongeant dans des souvenirs douloureux.
Elle secoua la tête puis ancra son regard dans celui de Zoro.
— Mihawk ne nous a pas laissés partir pour nous traquer, assura-t-elle. J’ignore ce qu’il manigance, mais je vous donne ma parole qu’il ne vous fera rien.
Usopp déglutit bruyamment, Johnny et Yosaku jetèrent un œil vers Zoro et ce dernier se contenta de rester silencieux.
Comprenant qu’ils n’étaient pas convaincus, Noriko soupira de désespoir.
— Si vous me croyez pas que et que Luffy ne veut plus de moi, je partirai.
Elle pensait ce qu’elle venait de dire. Contrariée à l’idée que cela pourrait arriver, elle esquissa un faible sourire et s’excusa auprès d’eux avant de s’éclipser.
Naviguant en pleine mer, elle n’avait bien évidemment pas d’endroit où aller et dû se contenter de s’accouder au bastingage près de la proue, espérant rapidement apercevoir une île se découper à l’horizon.
La petitesse du navire aidant, la dispute qui éclata après son monologue n’échappa pas à ses oreilles.
— Comment t’as pu lui dire ça ? gronda la voix d’Usopp. T’es assez grand pour savoir qu’on ne choisit pas sa famille !
— Lâche-moi, rétorqua Zoro avec agacement.
— T’as perdu un combat, d’accord, mais c’est pas à elle qu’il faut t’en prendre ! Elle est avec nous maintenant, il faut que tu lui fasses confiance et que…
— La ferme ! s’emporta soudainement le bretteur. C’est justement parce qu’elle est avec nous que je leur ai dit de la laisser tranquille.
— Il dit vrai, calma la voix de Johnny, on connaissait pas son lien de parenté avec Mihawk, mais on savait très bien qu’elle était recherchée.
Noriko enfonça ses ongles dans la rambarde et perdit le fil de la discussion. Les deux amis avaient donc bel et bien menti… sur ordre de Zoro ? Cela n’avait aucun sens.
— Elle a sauté dans l’eau pour toi, espèce de crétin, c’est pas auprès de moi qu’il faut t’excuser ! tonna Usopp.
Prise de court par les bruits de pas précipités se rapprochant d’elle ainsi que les jurons poussés par le jeune bretteur, le rythme cardiaque de la manieuse d’eau s’emballa de nouveau.
Elle osa un regard en coin vers les bras de Zoro lorsqu’il s’accouda à ses côtés en poussant un profond soupir.
— T’es pas responsable, lâcha-t-il simplement.
Si c’était sa manière de s’excuser, force était de constater qu’il n’était pas doué. Noriko eut même l’envie de lui demander s’il faisait allusion à elle ou à lui, mais se ravisa en songeant que le moment était malvenu pour provoquer une nouvelle dispute.
Elle inspira en reportant son regard vers l’horizon.
— On n’est pas de la même famille, se contenta-t-elle de répondre pour lui faire comprendre qu’elle avait tout entendu. Je sais pas ce qu’il me veut, mais s’il me cherche, c’est par devoir, pas par amour.
— Devoir envers qui ?
Elle crispa sa mâchoire, sachant pertinemment qu’elle allait attiser sa colère.
— Mon père. Et moi. C’est mon parrain. Il n’a pas choisi de m’élever par bonté de cœur.
Zoro s’étrangla avec sa propre salive et Noriko songea au fait que si Mihawk ne l’avait pas achevé avec son sabre, elle pourrait très bien le faire à sa place, juste en lui parlant.
Le jeune bretteur enfonça son pouce et son index dans ses yeux en soufflant longuement.
— Autre chose que je devrais savoir ?
— Je poursuis désespérément un père inconnu que je croyais mort et qui n’a vraisemblablement jamais voulu de moi.
Zoro tourna enfin son regard vers elle, sans qu’elle n’arrive à le déchiffrer, bien qu’il lui sembla y déceler du mépris.
— Il connaît mon existence et s’en moque, reprit-elle d’un air gêné, mais j’ai besoin de savoir pourquoi il m’a abandonnée.
Le bretteur haussa les sourcils et reporta son attention sur le large.
— Et nous concernant ? cingla-t-il.
Elle soupira.
— Tous ceux qui me poursuivent vous considéreront comme des complices.
— Ça, on l’avait déjà compris, mais Luffy s’en fiche, donc moi aussi.
Noriko esquissa le début d’un sourire avant d’abandonner l’idée. Le regard fixé au loin, Zoro affichait toujours un air soucieux. Elle porta son attention vers ses mains et tritura son bracelet, cherchant ses mots avec soin.
— Tu… Tu ne savais vraiment pas qui j’étais ? osa-t-elle demander.
— Non. Ton visage m’était familier parce que j’ai dû voir ton avis de recherche à un moment où un autre, mais c’était pas mon truc de traquer des enfants. Je savais pas de quand il datait donc je me suis jamais dit que t’avais grandi entre temps.
— Contrairement à Johnny et Yosaku.
— Ils ne toucheraient jamais à un enfant, s'indigna aussitôt Zoro en se redressant.
— Je parlais de…
Elle se tut. Le bretteur savait de quoi elle parlait. Il évitait simplement le sujet.
— Désolée de ne pas avoir été honnête, se força-t-elle à dire en continuant de tripoter nerveusement son bracelet à perles rouges.
— Et moi de… d’avoir crié. Je suppose.
Elle avait donc vu juste : les excuses n’étaient pas son fort.
Le cliquetis des perles dut agacer Zoro ou bien il prétexta que c’était le cas, car il s’en servit pour aborder le sujet mentionné par Usopp.
— Je pourrais te noyer pour moins que ça, prévint-il en fixant le bijou, si t’étais pas inconsciente au point de te jeter toi-même à l’eau.
— Je suppose que c’est ta manière de me remercier de l’avoir fait, rétorqua la manieuse d’eau avec un sourire narquois.
Les joues de Zoro s’empourprèrent. Il se racla la gorge pour reprendre de la contenance, puis jeta un œil derrière lui. Une veine apparut alors sur son front avant de battre furieusement.
Noriko se tourna à son tour pour suivre son regard.
Assis en train de manger des gâteaux secs comme s’ils assistaient à un spectacle, Usopp, Johnny et Yosaku les observaient tranquillement et eurent même le culot de leur faire un signe encourageant.
De son côté, les dents serrées, Zoro grommelait.
— Je sais pas ce qui me retient de les découper ces trois-là.
— Ta blessure, peut-être ?
Le regard assassin qu’il lui administra fit aussitôt regretter Noriko d’avoir dit cette mauvaise blague à voix haute et même d’être venue au monde.
— Euh, non, se reprit-elle rapidement en levant ses mains, c’est parce que je… je… Zoro ?
Les yeux du bretteur ne reflétaient plus de la fureur mais de l’effroi, tandis qu’ils fixaient la jeune femme et plus précisément l’intérieur de son bras.
Ne remarquant qu’à ce moment-là qu’un bleu était en train d’y apparaître, elle présenta son bon profil pour le cacher.
— Je suis désolé.
— T’en fais pas pour ça, rassura-t-elle en faisant semblant d’être intéressée par ses pieds.
— Noriko.
Surprise par son sérieux, elle releva la tête et l’observa avec curiosité.
— Je suis… vraiment désolé.
Si elle s’attendait à ce qu’il détourne son regard, il n’en fit rien.
Comprenant qu’il était sincère, elle afficha un sourire reconnaissant avant de porter une soudaine attention vers Usopp.
Pointant un doigt vers l’horizon, il indiquait qu’une île était en vue.