Les fantômes du passé

Chapitre 1 : Retour mouvementé

7309 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/10/2026 18:23

- Syna, tu peux venir m’aider.


Enfouies au fin fond de ma mémoire, la voix me parvient de loin. Une voix vieillissante mais attendrissante, qui a toujours été là dans les moments les plus durs. Mais je ne réponds pas à son appel, occupée à ressasser la même chose depuis maintenant trois ans. Mon accident. Celui qui a faillit me coûter la vie. Depuis mon réveil, des flashs me sont revenus. Du jaune, un regard surpris et du rouge. Lorsque j’essaie de creuser plus profondément, la même douleur qui vrille dans mon crâne m’interdit d’aller plus loin. Et si je ne l’écoute pas, le sang coule de mes narines et un élancement contracte ma tête pouvant aller jusqu’à l’évanouissement.


- Syna !


La voix devient plus insistante et plus claire. Je mets mes mains sur mes oreilles pour rester encore dans mon subconscient. Aujourd’hui, je sens que quelque chose va me revenir, un élément important qui pourra me faire avancer et peut-être me permettre de reprendre ma vie d’avant. Les images sont floues derrières mes paupières, mais j’arrive à apercevoir un lieu délabré ou abandonné avec beaucoup d’espace.


- SYNA !


Chut ! Tu vas me faire perdre le fil.


Je m’aventure dans ce bâtiment, plus j’avance plus mon pouls s’emballe, jusqu’à ce que des tremblements parcours mes bras et mes jambes qui frappent le matelas sur lequel je m’allonge quand j’entreprends de faire cet exercice mental. Stop ne va pas plus loin m’intime mon inconscient. Mais étant têtue, j’ignore l’ordre raisonnable et continue ma traversée.

Au moment où la porte de ma chambre s’ouvre avec fracas, un énorme bruit, comme une détonation, raisonne dans mon cerveau me faisant ouvrir les yeux. Alors une douleur insupportable se répercute dans l’ensemble de mon corps, me faisant tenir la tête et gémir bruyamment.


- Tu as recommencé, me gronde ma mère, le médecin a dit de ne pas insister.

- Je sais ce qu’a dit le docteur, je réponds en me relevant pour me mettre en position assise. Mais j’ai besoin de réponses. Et j’ai deux nouveaux indices concernant mon accident.


Fière de mon avancement, je souris à ma mère qui n’a pas l’air contente. Elle me tend un mouchoir tout en sifflant d’une voix inquiète.


- À quel prix ? Si c’est pour te retrouver inconsciente sur ton lit, voir pire, je me fiche que tu retrouves la mémoire. Il ne me reste plus que toi.


Elle se met à sangloter et à chaque fois que je la vois aussi désespérée, je me dis que je fais une bien piètre fille. Pourtant je continue de jouer avec ma vie, même si ma mère exagère sur les dangers de mon acte. Le médecin n’est pas aussi alarmiste et a toujours dit que ma mémoire reviendra d’elle-même, quand je serais prête. Trois ans plus tard et je suis toujours au même point, donc si je peux faire avancer les choses, tout en faisant attention, je ne vais pas me gêner.

Je plaque le mouchoir sur mon nez pour arrêter le saignement ou du moins éviter qu’il tache mes draps et rectifie ses dires.


- Il y a l’autre.


L’autre désigne mon père. Cela fait presque vingt ans que je suis brouillée avec lui et que je ne l’ai pas vu. Tellement d’années passées à faire l’autruche que je ne sais pas comment aborder le sujet avec ma mère ou si un jour j’arriverai à me réconcilier avec lui.


- C’est vrai, mais ce n’est pas pareil. Tu es mon trésor, ma petite fille. Alors je veux que tu prennes soin de toi.

- J’entends et je fais attention. Mais il faut que j’avance pour moi et retrouver un semblant de vie d’avant mon accident.


Je lui sers la main pour lui faire passer le message que je vais mieux et que je ferai attention à l’avenir. Puis je me souviens qu’elle m’appelait avec insistance avant d’avoir cette discussion.


- Au fait pourquoi tu me cherchais ?

- J’ai besoin de tes muscles pour porter quelques cartons.


Elle me tape sur la cuisse pour appuyer son propos et ensemble, nous descendons vers le rez-de-chaussée. Je me dirige directement vers l’arrière boutique où se trouve une pile de cartons fraîchement déposé par le livreur en fin de journée. Sous les directives de la patronne, je dispatche les différents cartons dans leur endroits respectifs, n’attendant plus qu’à être ouvert et les produits rangés. Depuis le premier jour où ma mère a repris cette boutique d’antiquités, je suis ébahie par sa vitesse d’acclimatation et son ardeur d’avoir rendu du charme à ce magasin décrépi dont les anciens propriétaires avaient fait faillite.

De base, ma mère vient d’une carrière de psychologue au FBI jusqu’à sa retraite il y a une quinzaine d’années. Alors elle a appris sur le tas le métier de vendeuse, quand elle a découvert sur un site immobilier ce magasin pour lequel elle a eu un coup de cœur. Au début j’étais contre qu’elle quitte Washington D.C pour une petite ville, Lewisburg, en Virginie-occidental, de peur qu’elle s’isole et qui lui arrive des problèmes, mais elle a balayé toutes mes inquiétudes avec sa résilience et sa ténacité. J’aurais préféré tenir d’elle plutôt que d’avoir la rancune et l’entêtement de mon père. Enfin peut-être que je l’avais, mais je l’ai oublié ou tout simplement abandonné après ma dispute avec lui. Mais c’est une autre histoire.


Pour revenir à la boutique, ma mère a mis deux ans pour la rendre viable, grâce à son acharnement, mais aussi aux habitants de cette ville qui l’ont tout de suite adopté. Il faut dire qu’elle est très extravertie et arrive à se mettre n’importe qui dans la poche avec son sourire charmeur. Maintenant tout roule sur des roulettes, ramenant même des personnes extérieures de la région et elle a même pris une apprentie sérieuse, qui reprendra la boutique quand ma mère décidera qu’il est temps pour elle de raccrocher. Vu son état de santé, elle a encore de bonne année devant elle, même si le médecin lui a diagnostiqué un problème cardiaque.

Je laisse ma mère agencer les lampes et les vases comme elle l’entend. C’est son petit plaisir et je ne veux pas l’en empêcher. Après avoir fini, nous discutons du repas de ce soir et je lui dis que j’ai envie de manger son excellent osso bucco.


- Tu as appelé tes amis récemment ? Me demande-t-elle en faisant une liste de ce qu’il manque pour la recette.

- Tam et Kyv ? Je les ai appelé hier. Pourquoi ?

- Pas elles. Je me suis mal exprimée. Tes collègues, tu les as appelés ?


Ah, eux. Je déglutis en repensant aux interactions avec mes collègues. Enfin surtout avec McGee que je connais depuis mes débuts au NCIS. C’était juste des discussions d’une dizaine de minutes pour savoir si j’allais bien ou pour me donner des nouvelles de l’agence. Mais dès qu’il s’agissait de parler de mon retour à l’agence, je me fermais comme une huître et écourtais la conversation, prétextant que j’avais affaire ailleurs. La dernière était en juin, pour mon anniversaire et j’étais heureuse qu’ils pensent à moi avec bienveillance et sans amertume. De mon côté, un sentiment de honte m’étreignait la poitrine de les avoir abandonné du jour au lendemain.


- Pas depuis mon anniversaire, je déclare le regard fuyant.

- Ma chérie, expire ma mère de déconvenue, ça te ferait du bien de renouer le contact. Pas seulement pour les grands événements, mais aussi pour le quotidien. C’est comme ça que tu veux mettre fin à ta carrière, en restant enfermée dans ta chambre à te tuer à petit feu. Tu n’es pas heureuse, ici, je le vois. Et toi aussi tu le sais au fond de toi. Ta place n’est...

- Arrête de me psychanalyser, je la stoppe vivement. Tu ne peux pas comprendre ce que je ressens. Je vais faire les courses.


Je prends la liste et un cabas avant de sortir de la maison.

Je fulmine en pestant contre elle pendant que je me dirige vers la seule épicerie du coin, située au bout de la rue. Comme il est seulement dix huit heures, les rues sont animées par des habitants rentrant chez eux après le travail, ou faisant les courses pour le dîner. Certains se regroupent entre amis et se dirigent vers le bar pour se détendre avant de retourner à leur domicile. J’aime l’ambiance de cette petite ville, ici tout le monde se connaît et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils sont généreux avec les nouvelles têtes. Je suis rassurée de laisser ma mère entre leurs mains quand je rentrerai à la capital.


Enfin si tu rentres, siffle la voix dans ma tête agaçante et pensant tout haut ce que je n’ose dire tout bas.


J’aimerai lui donner tord, mais une part de moi a enfoui cette option dans un tiroir et a perdu la seule clé qui pouvait l’ouvrir. Depuis quand suis-je devenue aussi couarde ? Je ris de moi-même en entrant dans l’épicerie. Le souffle chaud du magasin me fait prendre conscience que je suis partie sans veste, me faisant remarquer l’absence de mon portefeuille. Au moment où je rebrousse chemin pour aller chercher de quoi payer, un cri retentit devant le magasin.


- Au voleur !


Une ombre passe devant moi, empoignant un sac à main féminin. Sans réfléchir, je le poursuis à grosse foulée pour ne pas réduire la distance. Il tourne à une intersection pour m’échapper. Malheureusement pour lui, je connais les rues de cette ville comme ma poche. Je les arpente chaque jour pour mon jogging matinal depuis maintenant deux ans. Lui doit être nouveau, car le chemin où il a tourné mène à une autre intersection à trois branches. Je prends la prochaine rue qui rejoint celle qu’il a prise. J’accélère et saute au-dessus des obstacles qui parsèment la rue étroite. Arrivée au bout, le voleur passe justement au même moment. Il a dû ralentir pensant m’avoir semé. Sans lui laisser le temps de me voir, je le plaque au sol, un genou sur le dos et en maîtrisant un de ses bras.


- Agent fédéral, je crie pour le calmer.


Son corps s’épuise de lui-même voyant que ma prise reste ferme malgré son agitation. Je reste ainsi jusqu’à l’arrivée du shérif de la ville. À son arrivée, je laisse le jeune homme entre ses mains et repars en direction de la maison.

Ma mère m’attend à la sortie de la rue, mon portefeuille à la main. Elle me sourit, fière de moi. Je la rejoints et avant même d’attendre que je reprenne mon souffle, elle me met devant le fait accompli.


- Si tu as retrouvée ton impulsivité, c’est que tu es prête nan ?


Sa remarque me laisse coite. Est-ce que je le suis ? Mon corps a réagit instinctivement à la vu du criminel. Et quand j’ai repris conscience, je m’identifiais avec le corps neutralisé sous moi. Comme toujours ma mère remarque avant moi ce que je veux vraiment. Je la saisis par les épaules et nous conduit toutes les deux vers l’épicerie, en murmurant un peut-être.

Le lendemain vers la fin de la matinée une surprise m’attend à l’orée de mon refuge temporaire. Une personne que je ne m’imaginais pas à voir, du moins pas si tôt et si brusquement. Timothy McGee. Son corps grand et élancé s’avance vers moi. Il porte une tenue ordinaire, un jean avec un t-shirt et une veste, montrant qu’il n’est pas là pour le travail. Je le dévisage avec un regard surpris quand il arrive à ma hauteur.


- Qu’est-ce que tu fais ici ?

- Ta mère ne t’a rien dit ? Elle m’a appelé hier soir. Apparemment tu hésites à revenir et elle a demandé mon aide.


Je lève les yeux au ciel devant le toupet de ma mère d’avoir osée l’appeler sans mon consentement. Le faire déranger pour rien, car je n’ai toujours pas décidé si j’allais revenir. Après le dîner, je me suis enfermée dans ma chambre et j’ai réfléchi à mon retour. Mais je me bloquais toujours à un mur, celui de la légitimité envers mon équipe. Avais-je le droit de revenir comme une fleur, après être partie comme une furie sans donner de signe de vie pendant plus d’un an ? Ma voix intérieure me dit que c’est pas à moi de parler pour eux et qu’ils ont toujours été à l’écoute les uns des autres, alors pourquoi pas avec toi.


- Tu es venu pour rien, car je ne songe pas revenir. Pas avant d’avoir obtenu les réponses que je cherche depuis trois ans.

- Tu te souviens toujours pas de l’accident ?

- J’ai des brides, mais ce n’est pas suffisant. Il y a quelque chose qui bloque et je ne sais pas si ça vient de moi ou du choc à la tête.


Je l’invite à me suivre pour ne pas rester statique et parler en marchant permet de rafraîchir mes idées et mes pensées. Le soleil presque à son zénith nous aveugle, je porte ma main sur ma tête pour ajuster la casquette que je porte souvent sur le terrain, mais le vide qu’elle rencontre me déstabilise. Je reprends la conversation comme si de rien n’était et recentre le sujet sur mon ami que moi.


- Sinon l’équipe va bien ?

- C’est compliqué. Avec le départ d’Ellie et de Gibbs partie à la retraite. Mais on fait avec.

- Attends, tu viens de dire quoi là. Gibbs a pris sa retraite. C’est possible ?


Il rit devant mon sarcasme avant d’acquiescer et de me révéler les derniers événements. D’abord le départ d’Ellie me surprend car c’était un excellent agent, avec beaucoup de potentiel. Mais c’est surtout Nick qui a toute ma pensée, sachant combien il était épris d’elle. Ce n’est jamais évident quand l’autre part dans des circonstances douteuses. Ensuite, il me parle de tout le bordel avec Gibbs, la traque d’un tueur en série et le fait que le FBI voulait l’arrêter. Apparemment l’agent du FBI a renoncé à exécuter les ordres de sa direction. Je l’imagine pointer dans une agence pour l’emploi, le bureau n’aimant pas qu’on ne suive pas les ordres. Surtout si ça concerne mon chef, vu comment mon ancienne agence voulait lui mettre la main dessus. En entendant ce récit, je me sens encore moins légitime à revenir après l’énorme tempête psychologique que mes camarades ont affronté seuls.


- Si c’est ta dispute avec Gibbs qui t’empêche de revenir, commence Tim…


Il ne termine pas sa phrase, il n’en a pas besoin car je sais ce qu’il sous-entend. Outre ma mémoire, qu’est-ce qui m’empêche vraiment de revenir ? Je prends quelques secondes de réflexion avant de répondre à mon collègue.


- Il n’y a pas que ça. Il y a tout le reste, vous, le directeur, mon égo…

- Personne te jugeras, Syna. Ni moi, ni Nick et encore moins les deux nouveaux membres. Tu es et resteras un membre de notre équipe et de notre famille.

- Deux nouveaux ? Qui ? Je les connais ?


Voilà un élément intriguant. Je suis tout ouïe trépignant d’impatience de connaître les noms de mes potentiels futur collègue, dont l’un sera mon supérieur.


- Tu le seras quand tu rentreras, me sourit Tim fier de me laisser dans l’ignorance.


Il s’amuse avec moi car il connaît très bien mon antipathie d’être mise à l’écart. Rien que pour avoir cette information, je pourrais rentrer à la maison. Ma mère avait raison, comme toujours, revoir Tim m’a fait du bien et si j’étais enfin honnête envers moi-même, je dirais qu’il m’a manqué, que l’équipe me manque. Nos rigolades, nos moments de détente après la résolution d’une enquête et même l’adrénaline durant les missions. Il est temps d’arrêter de faire l’autruche.


- Écoute, je te promets rien, mais je vais y réfléchir. Sérieusement, j’accentue mon propos. Mais avant je dois faire quelque chose qui me semble important.

- Cool, je vais dire aux autres de se préparer à ton retour, alors, m’informe Tim en me prenant dans ses bras.

- J’ai dit je vais y réfléchir, je lance en riant.


Il est tellement sur de lui que j’ai l’impression de reprendre confiance en moi. Et voir l’aura de confiance qui déborde de Tim à mon égard flatte mon égo. Je lui fais signe avant de retourner dans la boutique où ma mère n’a pas quitté d’un œil curieux notre échange. Je lui souris et me dirige vers ma chambre pour faire la chose importante, à savoir appeler mon chef, enfin ancien maintenant. Entendre sa voix après tout ce temps me rend nerveuse. Surtout suite à la façon de notre séparation.


C’était un mois après mon réveil, je débutais ma rééducation musculaire. D’après le docteur Heartbreaker, suite au choc de mon accident ayant entraîné un œdème cérébral, j’ai subi une opération chirurgical et mon corps ne l’a pas supporté. Il s’est plongé dans un coma profond qui a duré environ un mois. Les médecins n’ont jamais su me dire la cause précise. Peut-être une fatigue importante ou une peur viscérale. Bien que je reprenais les rênes de mon corps, ma mémoire me faisait encore défaut. Même après avoir lu les rapports ou vu des images montrant les lieux. Rien à faire, seul le noir répondait présent à mon esprit. Comme si cette journée n’avait jamais existé. Mes collègues venaient prendre de mes nouvelles régulièrement et de temps en temps me demandaient s’il y avait de l’avancement. Je savais que j’allais les décevoir à chaque fois, alors pour me préserver et éviter de les faire se déplacer pour rien, je leur ai demandé de ne plus venir. Bien sûr je leur avait promis de les prévenir si je me souvenais de quelque chose.

La veille de ma sortie de l’hôpital, Gibbs est venu me voir. Son regard était comme d’habitude plein de bienveillance, mais j’y ai décelé une pression énorme qui a écrasé le peu de confiance que j’avais encore en moi. Ma colère a explosé après ses paroles qui m’ont paru cruelle. J’ai vu rouge quand il a sous-entendu que je ne voulais pas recouvrer la mémoire. Mes mots ont dépassé ma pensée, mais j’étais tellement en colère contre lui et contre moi de ne pas répondre à ses attentes que j’ai laissé ma rage prendre le dessus.


- Je ne suis pas comme vous. Un soldat entraîné et surhumain. Quand mon corps me dit stop je ne peux pas aller plus loin. Maintenant laissez-moi tranquille.


Je me suis évanouie après avoir proféré ma bile, comme si mon corps illustrait la profondeur de mes dires. Depuis ce moment, je n’ai plus discuté avec lui. J’ai appris plus tard que ma mère lui avait ordonné de ne plus me voir. Je lui en étais reconnaissante, même si un mélange d’aigreur et de honte imprégnaient mon être depuis.


Ce souvenir ébranle ma motivation et je reste un instant les yeux fixés sur le numéro de Gibbs. Je rassemble les miettes de mon courage et appuie sur le bouton appel. Après trois sonneries, la voix de mon patron résonne dans ma chambre.


- Oui, Syna.


L’entendre prononcer mon prénom me déstabilise et me fait perdre mes mots.


- Je vous dérange, je parviens à dire après un moment.

- Non.


Toujours aussi peu loquace


Ce simple constat me détend bizarrement. Je prends une grande inspiration et balance tout ce que je retiens depuis trop longtemps.


- Je voudrais m’excuser pour ce que je vous ai dit à l’hôpital. Je ne le pensais pas. J’étais en colère contre vous, moi et cette situation. Mais j’aurais dû garder la tête froide, comme vous me l’aviez appris.

- Règle n°9, Syna, me sort Gibbs dans un ton calme.


Ne jamais vous excuser. C’est un signe de faiblesse.


- Je sais, patron. Mais c’est important pour moi de le faire, alors je m’excuserai autant de fois qu’il le faudra.

- Si je vous ai poussé dans vos retranchements, c’était parce que je savais que vous aviez la force pour y faire face. Me serais-je trompé ?


Cette phrase me fouette le visage à deux reprises. Il a toujours cru en moi et ce depuis le début. Pourtant j’ai laissé la peur m’engloutir et je me suis noyée dedans.


- Non, je finis par dire en expirant. Vous avez raison, j’ai été lâche et maintenant je ne sais plus quoi faire pour avancer.

- Vous voulez des réponses ? Alors retournez sur le terrain, c’est la seule solution. Et surtout n’essayez pas de régler vos problèmes toute seule. C’est pour ça qu’on travaille en équipe.


Je l’imagine très bien me pointer du doigt en disant cette phrase, avec un regard franc qui nous pousse à agir au-delà de nos capacités.


- Encore raison, comme toujours. Merci Gibbs, je sais ce que je veux faire maintenant.

- Bien. Je sais que vous pouvez y arriver. Sinon je ne vous aurez jamais pris dans l’équipe. Dernière chose, laissez sa chance à mon remplacent.


Avant de lui poser plus de questions sur ses propos obscurs, il me raccroche au nez. Je balance mon portable sur le lit, sors ma valise et commence à la remplir. Il me fallait juste un coup de pouce pour me remettre d’aplomb. Si j’avais attendu que cela vienne de moi, je pense que je serai encore ici à tourner en rond.


Maintenant que la décision est actée, j’ai plusieurs coup de fil à passer. D’abord j’informe le directeur de mon intention de revenir travailler, si jamais il y a encore une place pour moi. Mais en posant une condition que je lui expliquerai de vive voix. Ensuite, j’appelle mes deux meilleures amies, Tamara et Kyveli, que je reviens dès ce soir. Au vu de l’explosion de joie qui me rend presque sourde, j’en conclus qu’elles sont heureuses. Et enfin, je passe à ma mère. À peine ai-je descendu les escaliers avec la valise, qu’elle comprend que notre vie commune s’arrête. Au lieu d’être triste, elle se réjouit de pouvoir enfin se débarrasser de moi. Même si je sais que c’est une plaisanterie, je ressens un petit pincement au cœur de laisser ma mère seule ici, à son âge. Avant de partir, ma mère me fait une petite collation pour la route, avec quatre heures de voyages je n’ai pas le temps de prendre un repas plus complet.

Le voyage se passe sans encombre. Pas de bouchon, ni d’accident. Le seul soucis vient de la boule qui se forme dans mon ventre au fur et à mesure que se dessine les gratte-ciel de la capital. Bien que je suis zen et que j’ai hâte de reprendre ma vie d’agent du NCIS, je me sens comme au premier jour, anxieuse et perdue. Il va me falloir un temps d’adaptation.


Comme d’habitude, l’entrée de la ville est saturée de voitures, au vu des klaxons et du langage fleuris de certains conducteurs, ils sont là depuis une éternité. Heureusement pour moi, ma maison se situe dans une banlieue excentrée de Washington DC. Je vois au loin mon toit aux tuiles noires corbeau et les briques rouges de ma petite maison. Mais aussi trois personnes qui m’attendent devant mon perron. Je gare ma voiture devant mon garage et sors sourire aux lèvres pour rejoindre les trois femmes les plus importantes de ma vie, après ma mère. Tamara, ma meilleure amie depuis le lycée, Kyveli, sa femme et ma seconde meilleure amie et enfin Capucine, la fille de Kyv qu’elle a eu d’un précédent mariage.


- Syna !


La petite tête rousse saute sur moi en me serrant avec force mes reins de ses petits bras. Elle a beau avoir quinze ans, elle a beaucoup de poigne pour son âge, sûrement un héritage de sa mère, sans son caractère fougueux.


- Laisse-moi te regarder. Tu as encore grandi depuis la dernière fois, je lui dis en la contemplant. Tu m’arrives aux épaules maintenant.

- Oui trois centimètres trois, m’annonce-t-elle fièrement la tête haute.

- C’est précis. Je ris en m’approchant de Tam et Kyv. Salut, je suis de retour.


Tamara m’enlace tendrement sans rien dire, son geste parle pour elle. Par contre pour Kyveli, c’est différent tout dans sa gestuelle montre qu’elle est en colère. Les bras croisés et le regard fermé.


- C’est pas trop tôt. Encore un an et c’est moi qui t’aurais ramené par la peau des fesses s’il le fallait.

- J’aurais bien voulu voir ça, je la provoque un peu avant d’ouvrir mes bras et il lui faut une demie-seconde avant de s’engouffrer dedans.


Après plus d’une dizaine d’années à la connaître, j’ai compris comment elle fonctionnait. Avec son regard dur elle garde ses distances avec les autres, mais à l’intérieur coule une rivière de guimauve en fusion et inépuisable.

Tamara me rend mes clés de chez moi, je les lui avais passés pour qu’elles puissent venir vérifier de temps en temps si tout allait bien et aussi nourrir le chat errant qui a pris ses quartiers dans mon jardin. Je passe le pas de ma porte, une odeur de propre encombre mes narines. En voyant ma décoration minimaliste, je prends conscience que je suis enfin de retour et que je peux circuler sans faire attention à où je mets les pieds. Chez ma mère, chaque espace était rentabilisé au point que je n’appelais plus ça une décoration mais un fourre-tout.


- A ton retour et ta nouvelle vie, lance Tam en levant son verre de jus de pomme.

- Merci, je réponds en levant mon verre aussi.


Je suis ravie qu’elles aient fait quelques courses, car je ne pense pas que j’aurais eu la force pour en faire. Surtout que je dois encore voir la psy pour mon attestation de retour. J’ai rendez-vous dans deux heures, alors pour l’instant je profite de mes deux amies.


- Prête pour demain, me demande Tam.

- J’appréhende un peu, surtout qu’il y a deux nouvelles personnes. Dont une qui sera mon supérieur.

- Qui dit nouvelle tête, dit rencontre, sourit Kyv en me regardant droit dans les yeux. Tu pourras enfin sortir de ton célibat.

- On oublie les histoires d’amour au boulot. C’est pas interdit, mais je me suis fixée la règle de ne jamais sortir avec un collègue.

- T’es pas marrante, siffle Kyv en levant les yeux au ciel.

- Écoute, pour l’instant je veux me concentrer sur mon travail. Mais je ne ferme pas la porte de mon cœur.


Je lui fais un clin d’œil qui la rassure et elle opine du nez pour montrer son accord. Après avoir beaucoup discuté de tout et de rien, il est temps pour elles de retourner dans leur nid douillet qui se situe de l’autre côté de la ville et moi, de me préparer pour mon entretien avec la psy. Je sais déjà ce que je vais dire pour m’assurer une évaluation positive. Avoir une mère psychologue et des études dans le domaine m’aide à connaître le fonctionnement de leur façon de travailler. Un jour peut-être que je serai sincère.


Se lever à 5 heures du matin, après avoir passée trois années à faire des grasses matinées, même si je ne sais pas si se réveiller à 7h en était une, c’est dur. Pour survivre dans mon ancienne peau, je dois m’habituer le plus rapidement possible à mes vieilles habitudes, à savoir reprendre mon activité sportif plus sérieusement, surtout si je veux tenter le marathon cette année. Alors je force mon corps qui cri qu’il a besoin de plus de repos et le jette sous le jet d’eau glacé deux minutes avant de tourner le robinet d’eau chaude. Je revête mon jogging, prends une tasse d’un café noir, alors que je le déteste ainsi pour finir de désembrumer mon cerveau.

Je gare ma voiture sur le parking de l’agence et trottine jusqu’au parc du Potomac. C’est dans ce parc majestueux que je cours tous les jours depuis que je travaille au NCIS, voilà maintenant onze ans. Principalement pour la praticité de son agencement proche de la base militaire, mais aussi parce que ça m’évite les bouchons à l’entrée de la ville.


L’odeur familière des arbres et arbustes qui parsèment le cadre enchanteur du lieu me fait comprendre que je suis bien chez moi. La pluie a tout nettoyé cette nuit, rendant le macadam humide et lumineux, dont les rayons du soleil rendent à cet endroit son charme d’antan. J’évite les flaques d’eau disséminées comme des mines un peu partout sur le chemin, pour ne pas salir mes baskets propres. D’autres joggeurs courent en sens inverse du mien, d’un simple mouvement de la tête nous nous saluons avant de repartir chacun de notre côté. Après une heure de course intense, j’étire mes muscles meurtris par l’effort et commande un café noisette bien sucré et laiteux comme j’apprécie, un délice qui entérine le précédent café.


L’horloge du parc m’informe qu’il est l’heure de retourner à l’agence, si je ne veux pas arriver en retard à mon entretien avec le directeur. Je me dirige tranquillement vers la sortie et avant de traverser je prends le temps de vérifier les feux de signalisation. La route étant souvent fréquentée et que certains conducteurs ont eu leur permis sans que j’arrive à me l'expliquer, les accidents sont vite arrivés, bien que rare. Le piéton vert est allumé, ce qui signifie que le feu est rouge pour les véhicules. Je m'engage sur le passage clouté quand j’entends une voiture arriver sur ma gauche assez rapidement. Je m’écarte pour éviter de me faire renverser. Au volant un homme avec une coupe en arrière de couleur grise klaxonne sur son volant. Virant au rouge je m’emporte et lance un “connard” avant de reprendre ma route vers mon véhicule. Voilà un exemple parfait de ce que j’illustrais plutôt, des chauffards. Alors que la journée avait plutôt bien commencé, cet incident a entaché mon humeur avant mon retour au travail.


Après ma douche, je revêts mon indécrottable tailleur et galère à nouer la cravate, à cause de mon humeur fracassante et de mes tremblements nerveux. Devant la porte qui mène au bureau de la direction, je reprends mon souffle pour calmer mes nerfs. Il faut bien que je montre à mon directeur que je suis sereine et fiable pour reprendre le boulot. Quelques minutes plus tard, je m’annonce à la secrétaire et après avoir signalée ma présence, m’avertit qu’il m’attend. Contrairement au directeur du FBI, celui d’ici est plus sympathique et compréhensif. Bien sûr, il peut se montrer sévère quand l’enquête piétine ou si on ne respecte pas les règles. Mais en général, il nous laisse carte blanche pour explorer toutes les pistes.


Vance lit le compte rendu de l’évaluation psychologique que j’ai effectué hier. Depuis que je suis entrée, il reste silencieux cherchant la moindre faille dans mes émotions. Il pose le dossier et sort de son tiroir ma plaque et mon arme de service. Le silence commence à peser dans mon ventre et je le soupçonne de le faire durer pour savoir si la patience est devenue une force. La réponse est non, mais j’essaye de tenir le plus longtemps possible.


- Hier vous avez parlé d’une condition, me questionne-t-il en me rendant mes affaires. J’écoute.

- Est-ce possible d’être un membre logistique dans l’équipe A ? J’aimerais me consacrer sur l’enquête d’il y a trois ans. Si possible, seule, j’ajoute sans détourner les yeux de son regard sceptique.

- Le travail solitaire n’est pas permis dans cette agence, surtout sur une affaire comme celle-là.

- Je sais, mais il me faut des réponses. C’est pour ça que je suis revenue.


Le directeur souffle et croise les doigts, les coudes posés sur son bureau. Il s’attendait sûrement à cette proposition car il ne semble pas surpris du tout, juste contrarié. Pour lui faire comprendre ma détermination, je soutiens son regard sévère et intimidant.


- Je vous autorise seulement à travailler sur cette affaire, uniquement sur votre temps de repos. Surtout prévenez-moi au moindre nouvelle indice et n’intervenez jamais seule. Est-ce clair ? indique-t-il en relevant les sourcils et le ton tranchant qui montre qu’il n’y a pas de discussion à avoir. Le reste du temps vous reprenez votre place au sein de l’équipe A.

- Bien monsieur, acquiesçant malgré moi.

- Un instant, me retient Vance, alors que je me dirige vers la porte. Le travail de terrain est important, mais n’oubliez pas que le travail administratif l’est tout autant. Je veux que vous ayez fini de traiter vos dossiers en retard avant la fin de la journée.

- Pas de soucis, ça sera fait dans la journée.

- Je n’ai pas fini, continue-t-il à me retenir dans son bureau. Comme vous avez été inactive pendant une longue période, vous devriez repasser certains exercices. Vous avez un mois pour le faire, alors ne traînez pas.

- D’accord. Quoi d’autre ? Je demande excédée, ce que le directeur répond par un froncement de sourcils.

- Faites confiance au remplacent de Gibbs. Vous pouvez disposer.


La première étape de ma réintégration passée avec brio, je laisse tomber la pression d’un cran. Il me reste plus qu’à affronter mes collègues et de rencontrer les deux nouveaux. Mon supérieur m’intrigue beaucoup, après les propos de Gibbs et du directeur. J’ai l’impression qu’on me demande d’être sympa et de prendre sur moi, alors que je ne connais pas encore ce type. À moins que je le connaisse ? Alors que je cogite sur toutes les personnes de l’agence susceptible de devenir chef d’équipe, je remarque que je suis la première arrivée.


Tant mieux, je vais pouvoir faire des recherches sur ce chauffard.


J’entre la plaque d’ immatriculation de son véhicule dans le fichier des permis pour retrouver l’identité du chauffard. S’il croit s’en sortir comme ça, il se met les doigts dans l’œil. Il va comprendre son erreur d’avoir foutu ma première journée de reprise en l’air. Syna la rancunière. C’était mon surnom au FBI et à l’ATF. La photo du permis s’affiche sur mon écran. Alden Parker. Sa photo ne me dit rien, mais son nom oui. Je l’affiche sur le moniteur pour le voir en grand, peut-être que ma mémoire me reviendra en le contemplant plus près. Une chose est sûre, je ne l’ai jamais vu avant. Sinon je me souviendrais d’un homme aussi élégant. Il a les cheveux argentés, une barbe bien taillée entourant des lèvres fines et un regard confiant. Je me surprends à le trouver séduisant, alors qu’il est à l’opposé de mon genre d’homme.


La voix de McGee me sort de ma contemplation : Syna, tu es rentrée.


Il me prend dans ses bras et je lui rends son câlin. Puis il s’extasie d’avoir gagné le pari de vingt dollars qu’il avait lancé avec Nick, sur mon retour.


Sympa


- Attends pourquoi le permis de Parker est sur l’écran ? Me demande-t-il regardant ce qui m’hypnotisait.

- Tu connais ce type ? Ne dis rien, je vais m’en souvenir.


Je l’arrête d’une main pour me concentrer, mais la venue de Nick rend l’exercice encore plus compliquée. Après un câlin de bienvenue et sa mine déconfite d’avoir perdu le pari, il est lui aussi surpris de voir le permis de cet homme sur le grand écran.


- Je laisse tomber, m’avouant vaincu de ne pas me souvenir de lui. Ce type quel qu’il soit, a failli me renverser ce matin. Il peut bien être séduisant, je ne vais pas le lâcher, je marmonne tout bas.

- Quoi ! Tu vas bien, s’enquiert Tim.

- Oui je l’ai évité.

- Bizarre venant de lui, affirme Nick, ce n’est pas son genre.

- Ouais j’ai vu ses antécédents. Très peu d’accidents et aucune contravention pour excès de vitesse. La seule raison doit être dû à l’âge. Peut-être que sa vue commence à décliner.


Derrière j’entends le rire étouffé de Nick, ainsi que l’intervention avortée de McGee par celui-ci. Apparemment ça les amuse, bien que je ne sache pas pourquoi et ça m’énerve d’être prise pour une idiote. Mais avant que je me retourne, je sens mon épine dorsale se raidir et un regard étonné épier le moindre de mes mouvements. Il avance vers moi, ou plutôt il se dirige vers le bureau central, une odeur de menthe et de sucre se répandant sur son passage.


- Pourquoi mon permis se trouve affiché sur le plasma, demande-t-il d’une voix surprise et intriguée.


Maintenant que j’ai l’auteur des faits en face de moi, ou derrière moi pour être précise, je laisse le venin de ma hargne se répandre dans mes veines. D’une voix claire, audible et non virulente, j’expose simplement les faits.


- Peut-être parce que vous avez failli renverser quelqu’un ce matin.

- Pardon, mais… coupe-t-il avant de reprendre en me dévisageant plus longuement. C’est vous la folle qui a failli se jeter sous mes roues.

- Quoi, mais c’est vous qui avez failli me renverser. N’inversez pas la situation, chauffard ! Je m’emporte après l’insulte proféré et le ton méprisant. Le feu était rouge pour vous, je lui dis pour qu’il comprenne son erreur.

- Non c’était l’inverse, me répond-il sur de lui.

- Impossible, j’ai vérifié avant de traverser.


J’ai l’impression de parler à un sourd ! Ou bien il ne veut pas reconnaître son tort. En tout cas, cette histoire commence à chauffer mes nerfs et je sens que c’est réciproque pour la personne en face de moi. Voilà que je m’affiche dès mon retour, mais il est hors de question que je laisse passer ça. Je cherche un soutient envers mes deux collègues. Malheureusement pour moi, Nick ne fait que rire depuis tout à l’heure, à croire qu’il a mangé du poil à gratter, et McGee semble incommodé par la situation. Je lance un appel à l’aide vers mes autres collègues, mais ils baissent tous les yeux et passent leur chemin.


Bien ça fait plaisir de se sentir soutenu.


Je respire lentement pour observer les environs, principalement la personne en face de moi. Enfin je remarque qu’elle se tient près du bureau de mon ancien chef et je percute. Non seulement, je m’engueule le jour de mon retour, mais en plus avec mon nouveau patron. Rien est encore sûr. Après tout en trois ans, ils ont peut-être changé la disposition des lieux. Je demande confirmation à McGee avec un regard appuyé disant « qui est ce type ? »


- Syna, je te présente Alden Parker, notre nouveau chef d’équipe. Parker, voici Syna Howard. Elle revient d’un long congé après un accident du travail.


Je m’en doutais au vu de son aura charismatique et son âge avancé, mais avoir confirmation me donne un sacré coup dans mon estomac. Mais la surprise ne s’arrête pas là.


- C’est l’agent du FBI qui a refusé d’arrêter Gibbs, mitraille-t-il d’un coup sans prendre de respiration.


Nouvel uppercut finissant de me mettre KO.

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