Les fantômes du passé

Chapitre 0 : Prologue

1043 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/10/2026 18:06

Trois ans plus tôt


Du plomb. Je nage dans une rivière de plomb. À en croire mon corps et la pression que l’on exerce dessus. J’essaie de remuer des doigts ou d’ouvrir les yeux, rien y fait, il refuse de m’obéir. Au loin, des sanglots arrivent jusqu’à mes oreilles. Une voix familière qui appelle mon prénom. Une voix qui souffre de mon absence.


- Syna. Tu es forte, ma chérie. Tu n’es pas le genre de femme à rester indéfiniment allonger dans ce lit. Alors tu vas ouvrir les yeux et arrêter d’effrayer ta vieille mère.


Une voix qui... m’accable ? Je reconnais bien là ma mère. Toujours à me refuser une petite grasse matinée. Je sens mes lèvres esquisser un léger mouvement devant son toupet. Est-ce un sourire ou une grimace ? D’après la voix de ma mère, je souris, car elle pleure de joie.


- C’est un sourire que tu viens de faire ? Si j’avais su que le sarcasme et la menace te feraient réagir, je l’aurais utilisé plus tôt. Mais vaut mieux tard que jamais. Encore un petit effort. Tu peux le faire, non ? Tu as juste à ouvrir les yeux. Facile ?


Comme si je lui faisais une blague qui avait duré trop longtemps, mes paupières lourdes s’ouvrent et se referment dans un bal de battement d’ailes de papillons. Il me faut un certain temps pour les stabiliser, mais aussi pour garder les yeux ouverts. La lumière vive et blanche du plafond agresse mes rétines.


- Tu es réveillée, ma chérie, renchérit ma mère en soufflant de soulagement et en me caressant la tête.


Je vois les sillons que ses larmes ont creusé sur sa joue et je ressens un sentiment de culpabilité de l’avoir fait attendre aussi longtemps.


- Attends, je vais chercher le médecin. Ne te rendors pas surtout !

- Ma...ma..n.


La voix rocailleuse qui sort de ma bouche est différente, plus grave qu’à l’accoutumé. Je me surprends à la détester et à espérer qu’elle redeviendra comme avant.


Ma conscience revient peu à peu. Je fais le tour de la salle du regard, sans bouger la tête. Tout est blanc. Les murs, les rideaux, les draps… Sauf les mobiliers qui sont marrons clairs. Une chaise renversée près de mon lit, sûrement celle où ma mère était assise pendant qu’elle me surveillait et qui n’a pas tenu devant son explosion de joie de me voir ouvrir les yeux.


Petit à petit, mon odorat réapparaît. L’odeur du désinfectant me fait bien comprendre que je me trouve dans un hôpital. Bien que la nudité des lieux et la machine reliée à mon bras étaient déjà des indices percutants.

Je n’ai pas le temps de me poser des questions sur pourquoi je suis ici, la porte s’ouvre avec force, suivit de pas précipités. Un homme à la blouse blanche s’avance dans ma direction, avec ma mère sur les talons et deux infirmières à la blouse rose.


- Bonjour, Syna. Je suis le docteur Logan Heartbreaker et je vais… Je vois que mon nom vous fait sourire, me dit-il après avoir souri une seconde fois. Bien, c’est que vous êtes pleinement consciente. Maintenant je vais vous ausculter.


Il passe une sorte de stylo avec une lumière aveuglante qui me fait cligner des yeux.


- Pupilles réactives. Bien. Suivez mon doigt.


Son doigt grand et fin se ballade devant mes yeux de droite à gauche, je le suivis comme l’aiguille d’un métronome. Il semble satisfait car il approuve d’un mouvement de tête.


- Essayer de serrer ma main. Parfait. Pouvez-vous bouger les pieds.


Je remue des orteils, alors que je voulais lever ma jambe. Je commence à paniquer, mais le médecin me rassure en me disant que c’est normal de ne pas pouvoir bouger complètement mon corps.


- Il vous faudra plusieurs jours pour retrouver vos forces motrices. Une dernière chose et vous pourrez vous reposer. Souvenez-vous de votre accident ?


Un accident ? C’est pour cela que je suis ici ? Je ferme les yeux pour m’éloigner de mon environnement et je cherche à atteindre ma mémoire. Je n’y vois que du noir. Je force un peu, mais une douleur vive m’incite à ne pas continuer.


- Aïe, je réponds en grimaçant. Rien… Je… ne vois… rien.

- D’accord. Ne forcez pas. Après le traumatisme crânien que vous avez subi, il se peut que votre mémoire vous fasse défaut pendant quelques jours. Reposez-vous, maintenant.


Le médecin signale aux infirmières qu’elles peuvent me débrancher et qu’à partir d’aujourd’hui, la nourriture sera donnée sous forme liquide, plutôt que par la perfusion. Puis il se retourne vers ma mère, lui indique la sortie pour pouvoir s’entretenir avec elle.

Je passe ma langue sur mes lèvres sèchent afin de les humidifier tout en gardant mon regard sur la conversation qui se déroule de l’autre côté de la vitre. Une des infirmières remarquant ma gêne et, après un court séjour dans la salle de bain, m’apporte un verre d’eau. Tout en m’aidant à me redresser, elle colle le contenant près de ma bouche. Je trempe les lèvres à peine, le liquide se déverse lentement dans ma gorge, froid et rassasiant, calmant l’irritation de ma gorge.

Alors que je voulais continuer à décrypter la réaction sur le visage de ma mère dont les traits montrent de l’inquiétude, la fatigue finit par me rattraper. Je replonge dans un sommeil moins profond en me demandant si mon corps pourra de nouveau se mouvoir comme avant mon accident. Si ma place d’agent du NCIS était toujours d’actualité. Et que mes amis et collègues ne m’avaient pas oublié.

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