Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
"Accroche bien tes bras autour de mon cou. Voilà, comme ça. Si tu en as la force, tu peux serrer tes jambes autour de ma taille, ce sera plus confortable pour toi. Ne t'en fais pas, j'ai l'habitude, ça ne me pose pas de problème ! Tu ne dois pas avoir peur, je te promets que je ne te laisserai tomber sous aucun prétexte."
Souriant d'un air qu'il veut le plus rassurant possible, Hawks fait comme il peut pour masquer sa gêne. Il lui arrive souvent de devoir transporter des civils blessés, et la proximité physique en plein vol n'a jamais été un problème pour lui. Ce qui le dérange plus, c'est la situation en tant que telle. Ne pas savoir qui est cette personne face à lui, ni de quoi il se rend complice en la prenant en charge, lui laisse un goût amer en bouche.
Mais elle est blessée, épuisée et terrifiée. Ces raisons sont largement suffisantes pour le convaincre de lui venir en aide et de l'amener quelque part en sécurité.
"Tu te sens prête ? On y va ?"
La jeune femme baisse le menton, la mine sombre. Difficile de supposer ce qui est en train de se passer dans sa tête en ce moment. Hawks ne peut que s'imaginer à quel point elle doit être confuse. Il ne sait pas ce qui l'a amenée à côtoyer Dabi, mais elle doit avoir du mal à accepter que le Numéro 2 des héros pactise avec un meurtrier recherché. Et comment lui en vouloir... Il se force à maintenir le sourire sur son visage. L'idée qu'une civile innocente le prenne pour un traître et un manipulateur des foules lui pince férocement le cœur.
C'est tellement difficile de ne rien pouvoir lui dire. Il se doute que Skeptic n'est pas en train de l'écouter au beau milieu de la nuit, mais ce dernier ne se gênera pas d'analyser tous ses enregistrements dans quelques heures, après avoir constaté une activité anormale dans les déplacements du héros. Il est obligé de garder sa couverture, même dans un moment pareil, même si ça lui fait mal de ne pas pouvoir être honnête. Mais il peut au moins se montrer bienveillant avec elle. En tant qu'allié du Front, ce ne sera pas suspect qu'il s'inquiète du bien-être d'une autre personne. D'autant plus qu'elle semble vouloir se joindre à eux.
"Attention, ça va secouer un peu." Il murmure d'une voix basse et douce, avant de prendre son envol, la blessée calée fermement entre ses deux bras. Elle pousse un petit cri étouffé, agrippant sa taille avec ses deux jambes comme un koala, les yeux résolument fermés. Probablement intimidée de se retrouver si rapidement haut dans le ciel. "C'est impressionnant au début, mais je te promets que tu vas vite t'y faire. Vraiment, il n'y a pas de sensation plus libératrice que de voler au-dessus du reste du monde ! Tu peux même laisser un moment tes soucis en bas, si ça peut te soulager un peu."
Il baisse les yeux, constate qu'elle est en train de le dévisager intensément. Elle semble indécise, et il peut bien la comprendre. De son point de vue, ça doit être difficile de savoir s'il est un allié, un ennemi, une menace ou un sauveur.
"Me... merci." Sa voix est hésitante mais calme. Hawks sourit. Elle semble enfin se relâcher un petit peu.
Ils volent de longues minutes sans rien dire. La fatigue commence à le rattraper, mais il sait qu'il peut encore tenir sans problème jusqu'à leur destination. Par contre, ce sera moins drôle quand il devra repartir en patrouille avec ses acolytes dans quelques heures... Stupide Dabi. Pour une fois qu'il s'était couché tôt pour reprendre des forces, il fallait que le vilain lui gâche complètement sa nuit de sommeil. À la pensée du brûlant criminel, tous les muscles de son visage se crispent. Quand il s'en rend compte, il se reprend, conscient que la jeune femme est toujours en train de l'observer et soucieux de ne pas la mettre mal à l'aise. Il décide d'engager la conversation pour détendre un peu l'atmosphère.
"Alors comme ça, tu veux rejoindre le Front ?"
Il ne sait pas si elle est vraiment en mesure de discuter avec lui, vu à quel point elle a l'air bouleversée. Mais il ne peut s'empêcher de vouloir en savoir plus. Le mystère de sa présence, et surtout, de l'insistance de Dabi (qu'il n'aurait jamais cru voir un jour se soucier de qui que ce soit) à la ramener au Manoir l'intrigue au plus haut point.
Elle semble hésiter, ouvrant et fermant la bouche à plusieurs reprises, avant de se mettre finalement à parler d'une voix faible et fatiguée.
"Je... je crois. Je vous avoue... Que je ne sais pas ce qu'est le Front..."
Hawks n'en croit pas ses oreilles. Il est subitement pris d'une envie de faire demi-tour pour aller trucider le vilain qu'ils ont laissé derrière eux, en colère de s'être encore fait berner par ce dernier.
"Hein ?! Mais Dabi a dit que tu voulais l... nous rejoindre !"
La boulette. Il espère que la légère hésitation sur son appartenance au Front passera inaperçue si quelqu'un devait écouter leur conversation. Face à lui, la jeune femme a presque l'air désolée, ce qui l'embarrasse au plus haut point. Il continue sans lui laisser le temps de répondre, les émotions accélérant son débit de paroles :
"Il t'a manipulée ? Il t'a fait du mal ? Tu peux me le dire, tu sais, je ne t'en voudrai pas ! C'est mon allié, mais tu ne dois pas avoir peur de moi." Cet enfoiré... il verra quand je le retrouverai, tout à l'heure. Il grince des dents, à présent énervé, même s'il fait tout pour ne pas alerter la pauvre victime face à lui.
Mais elle secoue la tête.
"Da... Dabi..." Elle marque une pause, comme pour imprimer son nom dans sa mémoire. "N... Non. En fait, il m'a sauvée... Enfin... C'est grâce à lui que vous m'emmenez loin de..."
Elle ne finit pas sa phrase. Hawks lève un sourcil, hautement incapable d'imaginer Dabi sauver qui que ce soit.
"Je n'ai nulle part où aller... alors... alors vous pouvez m'amener n'importe où. Ça me va."
Le héros la dévisage un instant sans rien dire. Elle a l'air triste, mais résignée, et sa voix tremble déjà beaucoup moins que tout à l'heure. Toute dans cette situation déplaît au jeune homme, mais il a déjà un peu moins l'impression de se rendre coupable d'un enlèvement. Et puis, les contusions sur son corps et son visage indiquent qu'il est plutôt en train de l'emmener loin d'un danger probable. Il soupire.
"Le Front de Libération du Paranormal est... un regroupement de personnes révoltées contre la société héroïque. On veut changer notre monde et les lois qui entourent l'utilisation de nos alters pour être libres d'exister tels que nous sommes. Une fois que tu nous aura rejoints, tu seras complice du mouvement et opposée aux héros et aux autorités. J'aimerais que tu en aies bien conscience... Ce n'est pas une décision à prendre à la légère."
Les lèvres de la jeune femme se mettent à trembler. Elle semble au bord des larmes, et il a l'impression d'avoir réveillé chez elle tout un tas de peurs et de pensées négatives. Son cœur à lui s'emballe, conscient qu'il s'apprête à arracher à cette inconnue sa vie d'avant, sans trop lui laisser le choix. Il ferme les yeux, serre les dents, et lui accorde un peu de temps pour se calmer. Dans sa tête à lui aussi, les émotions se bousculent. Il ne veut pas se rendre complice d'une chose pareille. Non, il ne peut pas se résoudre à ça... C'est dur, très dur, et complètement en désaccord avec ses propres valeurs.
Ses pensées s'arrêtent à nouveau sur Dabi. Mais qu'est-ce que cet illuminé peut bien avoir en tête pour les mettre dans une situation pareille ? Il le maudit intérieurement, l'insultant de tous les noms d'oiseaux qui lui viennent à l'esprit. Il ne comprend pas du tout son plan, et au plus il y réfléchit, au moins il a envie de l'aider à le concrétiser.
Hawks soupire, prêt à regretter immédiatement ce qu'il s'apprête à dire.
"Je peux te laisser partir, si tu veux."
La jeune femme, qui avait fermé les yeux pour empêcher ses larmes de couler, les rouvre d'un coup, étonnée. Elle le fixe comme si elle venait de l'apercevoir pour la première fois.
"Que l'autre épouvantail aille au diable... Je refuse que tu prennes une décision aussi importante pour ton avenir sans l'avoir choisie toi-même. Si tu veux rejoindre les idéologies du Front, fais-le en ton âme et conscience, et pas par obligation. Ce sera difficile de te considérer comme une véritable alliée si tu es parmi nous en tant qu'otage et que tu n'as rien voulu de tout ça." Il marque une légère pause, lui laissant le temps de digérer ce qu'il vient de dire. Puis il reprend : "Alors, je suis prêt à te laisser faire ta vie comme tu l'entends... à condition que tu ne révèles rien de ce que tu as appris sur moi cette nuit."
Ce paris est très risqué, et oh que le vilain lui en voudra si elle décide de partir... Il est bien conscient des gros ennuis qui l'attendent si ce dernier apprend qu'il n'a pas ramené sa précieuse recrue à bon port. Mais non, il ne peut pas se résoudre à lui obéir aveuglément au vu des enjeux de la situation.
Pour la première fois depuis qu'il l'a rencontrée, la jeune femme lui sourit. Une chaleur se diffuse dans la poitrine du héros, soulagé de réussir enfin à la rassurer.
"Vous êtes quelqu'un de bien, Hawks. Merci de vous soucier de moi."
Il lui renvoie son sourire, un peu plus apaisé à son tour.
"Tu peux me tutoyer. Ici, je ne suis pas le Numéro 2." Il rajoute, un peu gêné. "D'ailleurs, je me rends compte que je ne t'ai même pas demandé ton prénom, je m'excuse...
— Yumei.
— Enchanté, Yumei."
Elle prend une grande inspiration, à présent tout à fait calme, avant de reprendre.
"Dabi... et toi... Vous n'imaginez pas à quel point vous m'avez aidée ce soir. Alors, je veux venir avec vous. Je veux rejoindre le Front."
Hawks ne peut pas s'empêcher de déglutir, une boule de stress coincée dans sa gorge. Il s'en veut énormément de la pousser vers une vie d'instabilité et de criminalité. Mais en ce moment, il ne peut rien y faire, et elle semble être en paix avec sa décision.
"Très bien. Alors on continue."
Le reste de leur vol se passe sans encombre. Yumei s'est remise à somnoler pendant une partie du trajet, laissant Hawks à ses pensées intrusives. Enfin arrivés au Manoir, il se pose à terre et la prend délicatement dans ses bras, s'aidant de quelques plumes, soucieux de ne pas la réveiller ou de lui créer de l'inconfort au contact de ses blessures. Il l'amène en silence à sa chambre à lui, où elle sera en sécurité pour le restant de la nuit. Quand il l'installe dans son lit, elle entrouvre les yeux, l'esprit encore embué. Il lui sourit, à moitié penché au dessus d'elle.
"Je te laisse ma chambre. Je vais bientôt devoir partir travailler, mais on se reverra très bientôt. D'ici-là, repose-toi, tu en as besoin."
Elle acquiesce d'un faible signe de tête, et il quitte la pièce, fermant doucement la porte derrière lui. Adossé à cette dernière, il souffle, complètement épuisé. Il attrape son téléphone dans sa poche. 5h passées, et aucune nouvelle de Dabi. En prenant les premiers transports, le criminel devra être de retour vers 7h du matin. Ça leur laissera tout juste le temps d'avoir une petite discussion avant qu'il ne doive partir pour son agence.
Hawks s'installe dans le canapé usé de l'une des salles communes de la résidence. Il envoie un rapide message à Dabi pour lui confirmer la bonne livraison du "colis", puis ferme les yeux, s'autorisant une grosse heure de sommeil.
Son alarme le réveille un peu avant 7h. Il se lève en grommelant, très insatisfait d'avoir dormi si peu cette nuit. Mais il ne traîne pas : il n'a aucune envie de croiser de visages familiers ce matin, pas avant d'avoir pu discuter avec le manieur de flammes. Et puis il n'est vraiment pas d'humeur à sociabiliser. Il quitte discrètement la pièce et sort du Manoir, s'installant sur un des bancs du jardin de la résidence, guettant le retour de son complice.
Quand il le voit enfin arriver, la démarche nonchalante et les mains dans les poches de la large veste qui dissimule ses cicatrices, son regard se durcit. Le vilain ôte le masque et la capuche qui cachaient son visage et vient se poster juste devant lui, ne prenant pas la peine de parler. Hawks remarque qu'il a la mine sombre et qu'il semble avoir passé un très mauvais trajet, mais c'est le cadet de ses soucis pour l'instant.
"Tu me dois des explications, Dabi."
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Yumei se réveille en sursaut, expulsant sa couette hors du lit dans son mouvement brusque. Elle prend un petit moment pour s'acclimater à son nouvel environnement, les souvenirs lui revenant les uns après les autres alors que tous les muscles de son corps sont encore contractés. Elle observe la petite chambre modeste et très vide dans laquelle elle se trouve. Au-dessus de son lit, la lumière du jour perce à travers les rideaux, baignant ses jambes des doux rayons du soleil matinal.
Elle pose une main sur son visage, se détend peu à peu. Elle se rappelle de tout. La chambre de Hawks, c'est ça... ? Elle analyse tous les recoins de la pièce. Froide et impersonnelle, rien de sa décoration n'évoque la chaleur et la gentillesse du héros qui lui est venu en aide hier soir. Mais elle doit bien admettre que le silence et la propreté des lieux aident grandement à calmer l'angoisse qui dévore encore ses entrailles.
Elle glisse ses jambes hors du lit pour se mettre en position assise, la main sur l'une de ses côtes douloureuses. Son corps est salement amoché, mais ce n'est pas ce qui la préoccupe le plus actuellement. Elle fixe la porte fermée face à elle, indécise. Elle n'a aucune, vraiment aucune idée de ce qu'elle va trouver derrière celle-ci. Elle ne sait rien de l'endroit où elle a été amenée, ni des personnes qui habitent entre ces murs. Elle aurait tellement aimé retrouver Hawks pour qu'il lui explique à quoi va ressembler sa nouvelle vie... Malheureusement, elle se souvient que le héros ne sera pas là, aujourd'hui. Son absence la rend un peu triste. Il a été la seule présence rassurante à ses côtés depuis longtemps. Lui, et...
Un frisson parcourt son corps entier, alors qu'elle se rappelle d'un intense regard bleu. Même si Dabi lui a offert la sécurité, elle doit admettre qu'il lui fait toujours peur. Elle préfère ne pas penser à sa prochaine confrontation avec lui, encore mal à l'aise au souvenir de la détresse dans laquelle elle l'a plongé hier soir. Elle se rappelle de tout : toutes les visions de son futur. Et elle comprend exactement pourquoi il en a été autant chamboulé.
Elle se lève, parvient enfin à se tenir sur ses jambes. Elle n'a pas de téléphone et n'a donc aucune idée de l'heure qu'il est : mais vu l'intensité des rayons du soleil, elle suppose que la matinée doit déjà être avancée. Après un rapide passage à la salle de bain (elle renonce à se doucher, réticente à l'idée de devoir enfiler de nouveau ses vêtements crasseux), elle se rassied sur son lit, hésitante. Est-elle prête à sortir et découvrir sa nouvelle réalité ?
Elle est rapidement tirée de ses pensées par des coups sur la porte. D'abord timides, ils se transforment vite en martèlements, ce qui lui provoque un frisson de peur. Ça doit sûrement être Dabi... Figée et incapable de se résoudre à accueillir son visiteur, Yumei ne se lève pas. Finalement, la personne de l'autre côté semble perdre patience et se permet d'entrer sans gêne, ouvrant la porte d'un geste brusque, faisant une entrée fracassante dans la pièce.
Surprise, Yumei cligne plusieurs fois des yeux. Un grand homme en costume moulant et une lycéenne de petite taille se tiennent debout devant elle, de larges sourires sur leurs visages, dans une position théâtrale des plus absurdes. La gamine n'attend pas pour parler, visiblement très enthousiasmée par la situation.
"Salut la nouvelle ! Oh là là, mais tu es trop mignonne !! J'ai trop hâte de faire ta connaissance !"