Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 0 : Prologue

1625 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 02/05/2026 23:24

Cours.


Une respiration haletante, saccadée. Un profond désespoir qui lui noue la gorge. Un poids sur la poitrine qui l'empêche de remplir convenablement ses poumons d'air. Et la terreur, oui, quelle terreur. Tout son corps hurle, elle a mal partout et la douleur est de plus en plus difficile à supporter. Ses bras, ses jambes et son visage sont couverts de bleus, ses cheveux rouge flamme coupés maladroitement en une frange inégale sont trempés de sueur et lui tombent dans les yeux. Elle est épuisée. Mais elle ne s'arrête pas. Même si ses jambes menacent de la lâcher à tout moment, elle ne s'arrête pas.


Cours. Cours, cours, COURS ! Éloigne-toi de là.


Ses muscles brûlent, son corps à bout de souffle lui crie de réduire la cadence mais la voix dans sa tête est plus forte et continue d'animer ses jambes. Des larmes commencent à perler sur ses joues, elle serre les dents. Il faut fuir, elle n'a pas le choix. Ne plus jamais y retourner. Peu importe où elle va. De toute façon, n'importe quel endroit sera plus enviable que l'enfer qu'elle laisse derrière elle.


Elle en était tellement convaincue. Et pourtant, cette nuit-là, son cauchemar était loin, très loin d'être terminé.


Au croisement de deux ruelles, elle marque une pause, essoufflée, et risque un regard par-dessus son épaule. Elle se rend compte qu'elle a fui aussi loin et aussi vite qu'elle a pu, sans même se demander si quelqu'un la suivait. Le souffle court, elle constate qu'il n'y a personne. Derrière elle, la petite rue dans laquelle elle vient de s'engouffrer est vide. Vide, silencieuse et froide. 


La tension redescend, mais son soulagement n'est que de courte durée. C'est à ce moment précis que, grondant, le véritable enfer est venu la trouver.


Des voix à sa gauche. Elle n'est pas seule. Alors qu'elle tourne lentement la tête vers le chemin pavé au bout duquel elle vient de s'arrêter, ses yeux s'élargissent et son cœur loupe quelques battements. L'enfer en question s'étend subitement devant elle en de gigantesques flammes bleues qui viennent lui lécher le bout du nez. Des cris les accompagnent, et avec eux, une ignoble odeur de chair brûlée qui lui provoque immédiatement un haut le cœur. Comment... Qu'est-ce... La chaleur intense et cette vision infernale lui font perdre toute consistance. 


Elle vient d'échapper de justesse à la mort. La mer de flammes bleues s'est dressée à peine à quelques mètres d'elle, carbonisant sur son passages trois autres personnes. Sous le choc, elle n'en peut plus : ses jambes la lâchent pour de bon.


Elle halète, pétrifiée, terrifiée. Trois cadavres gisent à quelques mètres à peine. Mais ce n'est pas ce qui lui fait le plus peur. Un homme se tient debout, face à elle, une fumée sombre s'échappant de ses bras et des coins de sa bouche. Elle ne le distingue pas bien dans la pénombre de la nuit, mais de là où elle se trouve, elle les voit très clairement : ses deux yeux bleus luisant dans le noir, aussi brillants et intenses que les flammes qui ont failli l'atteindre quelques secondes plus tôt.


"Mmh... ?"


L'homme semble avoir remarqué sa présence. Il s'approche lentement, alors que son cœur à elle s'emballe de plus belle. Qu'est-ce qu'il lui veut ? Est-ce qu'il va la tuer ? Est-ce qu'elle finira carbonisée, comme les trois victimes qui gisent toujours juste à côté d'elle dans une horrible odeur de brûlé ? Elle a peur. Elle est terrifiée. Et pourtant, elle se dit qu'elle aurait plus peur encore s'il la renvoyait d'où elle vient.


Il s'arrête à quelques pas d'elle, semble la dévisager un moment. Elle distingue enfin nettement sa chevelure noire en bataille, sa peau nécrosée, un épais manteau sombre aux manches retroussées qui dissimule en partie les cicatrices de son menton et les nombreux piercings qui recouvrent son corps. Elle est incapable de bouger, ses jambes ne lui répondent plus. Tout ce qu'elle parvient à faire en cet instant, c'est de lever fébrilement vers lui le couteau de cuisine taché de sang qu'elle tient toujours dans ses mains. Sa gorge est nouée, impossible de parler, de crier, d'appeler à l'aide. Elle peut juste prier intérieurement pour qu'il se détourne d'elle et passe son chemin, l'abandonnant à son sort.


"Si tu espères m'impressionner avec ton jouet, tu es mal tombée."


Trop désespérée que pour tenter quoi que ce soit d'autre, elle lève un peu plus haut le couteau. Elle essaie comme elle peut de prendre un air menaçant, mais elle sait qu'elle a l'air plus misérable qu'autre chose face à cet homme capable de tuer plusieurs personnes d'un simple geste de la main. 


"Ah... Ce n'était pas prévu, ça..."


L'homme face à elle soupire, passant une main dans ses cheveux. Il parait étrangement détaché. Son absence de remords face aux meurtres qu'il vient de commettre est troublante, dérangeante. Elle ne parvient pas à le cerner, à comprendre ses intentions. Est-ce vraiment l'attitude de quelqu'un qui s'apprête à l'assassiner ?


"Ne te méprends pas : je n'ai rien contre toi. C'est dommage, mais tu t'es retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Je pourrais te laisser vivre... Après tout, ces meurtres me servent à faire passer un message et un témoin ne me poserait aucun problème. Mais..."


Il s'approche encore davantage. Elle laisse échapper un petit cri, brandissant plus haut son couteau, mais ses mains tremblent tellement fort qu'elle semble prête à le laisser glisser de ses doigts à tout moment. Il s'accroupit à sa hauteur, pas impressionné le moins du monde par l'arme ensanglantée dirigée vers son visage.


"Quelque chose me dit qu'il ne te reste plus grand chose, je me trompe ?"


Ses mots lui transpercent le cœur, l'atteignent beaucoup plus qu'elle ne l'aurait cru. Les larmes jaillissent soudain de ses yeux, et elle baisse la tête, lâchant son couteau et laissant retomber ses bras en même temps. Non, il ne lui reste plus rien. Elle ne peut plus rentrer chez elle maintenant. Elle ne veut plus. Plus jamais, elle ne récupérera sa vie d'avant. Plus jamais.


Il la regarde pleurer toutes les larmes de son corps, le visage parfaitement neutre, presque ennuyé. Cette absence d'émotion et d'empathie réveille une légère colère au fond d'elle, mais c'est trop tard pour y prêter attention. Il va la tuer, et elle va se laisser faire. De toute façon, à quoi bon continuer, alors que sa vie a atteint un tel point de non-retour...


"Non. Il ne me reste plus rien."


La voix de la jeune femme est tremblante, presque inaudible. Face à son désespoir, les lèvres de l'homme s'étirent en un sourire dérangeant. Pourtant, elle croit déceler une certaine tristesse dans son regard. Son visage la terrifie, et en même temps, elle ne peut s'empêcher de penser qu'il la comprend un peu.


Il se relève et s'approche encore d'un pas. Il se tient désormais juste au-dessus d'elle, tendant sa main couverte de marques de brûlures vers son visage larmoyant.


"Une autre victime de notre charmant système, pas vrai ? Laisse-moi deviner... les héros t'ont aussi tourné le dos ? On t'a catégorisée de déviante à cause de ton alter ? Ou alors... tu n'as peut-être pas eu de chance, toi non plus ?"


Elle ne répond pas. Elle ferme les yeux, résignée à son sort. Elle a fui l'enfer pour en trouver un autre. Mais étrangement, même si cet homme produit des flammes, même s'il a carbonisé des personnes juste sous ses yeux... malgré tout, elle trouve sa présence étrangement réconfortante. Je me sens... libérée... J'ai l'impression qu'il comprend... qu'il m'a cernée immédiatement. Au fond, j'ai peut-être eu de la chance d'être tombée sur lui ce soir. 


Il continue, d'une voix plus forte cette fois :


"Je t'offre le repos, déviante. Remercie-moi, ce sera certainement mieux que le futur qui t'attend dans ce monde de merde !"


D'un mouvement brusque, il agrippe son front, prêt à engouffrer sa tête dans ses flammes dévastatrices pour l'aider à partir sans douleur. 


La décharge est vive, intense. Mais ce n'est pas le feu qui les paralyse tous les deux, cloués sur place par le déclenchement inattendu de l'alter de la jeune femme. L'homme est figé, sa main toujours collée à la figure intacte de sa victime. Il respire fort, nerveusement, son visage devient blême. Derrière ses yeux ronds défilent des images, certaines très nettes, d'autres beaucoup plus floues. Des images de lui-même, de ses compagnons. Des images de bataille et de sacrifices. Un homme imposant entouré de fières flammes oranges. Un adolescent aux cheveux bicolores. Et lui, lui entouré de son propre feu bleu, consumé, puis vaincu par la glace. Enfin, un tas de tuyaux, une capsule de verre, et le vide.

Ils restent comme ça quelques instants, raides, choqués. La jeune femme a vu les mêmes images que lui. Au bout d'un moment, elle recommence à pleurer.


L'homme s'éloigne de quelques pas d'elle, une main tremblante cachant sa bouche, le regard beaucoup moins assuré qu'il y a quelques secondes à peine. Il fronce les sourcils, sa voix est faible mais teintée de peur et de colère.


"Bordel... Qu'est-ce... qu'est-ce que tu viens de me faire ?!"


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