Paris n'oublie jamais
Adrien était en pleine révision quand il reçut un SMS de Nathalie.
Je viens d’atterrir. On se voit pour le dîner chez moi. On commandera.
Adrien sourit et répondit simplement oui. Il allait reprendre ses révisions quand son téléphone sonna.
— Salut, Nino.
— Adrien, désolé, je sais que tu révises, mais ça te dit qu’on se voie juste tous les deux ? Je viens de m’engueuler avec Alya.
— Passe à la maison.
— Merci, mec.
Il soupira, referma son livre et rangea un peu ce qui traînait quand on sonna. Il alla ouvrir et fit entrer Nino, qui semblait fatigué. Son ami s’assit sur le canapé et laissa échapper un long soupir.
— J’te jure, les femmes sont incompréhensibles.
— Ce n’est pas à moi qu’il faut dire ça. Qu’est-ce qu’il s’est passé encore ?
Adrien sortit une limonade fraîche, en posa une devant lui et en ouvrit une autre pour lui-même. Nino prit la bouteille et la regarda un moment avant de dire :
— Ce matin, on a été appelés en renfort.
Adrien leva la tête, confus, et Nino reprit :
— Ladybug avait besoin d’aide pour un akumatisé.
Adrien hocha la tête. Il en avait vaguement entendu parler ce matin à la télévision.
— Sauf qu’Alya n’a pas voulu bouger. Elle a juste dit : “Qu’elle se débrouille toute seule.” J’ai essayé de lui faire comprendre que si Ladybug demandait de l’aide, c’était qu’elle en avait vraiment besoin, pas juste pour un caprice, mais elle est têtue comme une mule.
Adrien hocha la tête, jouant le jeu. Alya et Nino leur avaient dévoilé leur identité secrète, à Marinette et lui, peu après la mort de son père. Bien sûr, Nino, Alya et Marinette ignoraient qu’il était Chat Noir à l’époque. Mais il se souvenait de cet après-midi. C’était tellement plus facile de ne pas être Chat Noir.
— Je ne comprends pas vraiment la rancune qu’a Alya contre Ladybug.
— Je ne sais pas, mec. Au début, je m’étais dit que c’était à cause de la dispute entre Chat Noir et Ladybug, mais ça a commencé quelques semaines avant… Tu sais, Alya n’est plus la même depuis que Marinette est partie.
Adrien baissa la tête, le cœur serré en repensant à Marinette.
— Ce n’est pas la seule…
Nino releva la tête.
— Oh non ! Mec, je suis désolé… Parfois, j’oublie aussi à quel point tu as dû souffrir.
— C’était dur, mais elle devait vraiment souffrir pour partir sans rien dire. Je veux dire, Marinette a toujours fait passer tout le monde avant elle. Elle était si empathique, et je n’ai pas vu qu’elle n’allait pas bien alors qu’on sortait ensemble.
— Peut-être, mais elle aurait pu faire ça autrement.
— Oui, mais on était des ados… Je me demande ce qu’elle est devenue. Personne n’a de nouvelles.
Nino détourna le regard et enleva sa casquette.
— Ce n’est pas totalement vrai. Je sais que Luka en a.
Adrien releva la tête.
— Vraiment ? Comment est-ce que tu sais ça ?
— C’est Juleka qui me l’a dit. Quand elle est partie en vacances avec lui l’année dernière, elle a surpris plusieurs conversations entre Luka et Marinette.
— Alors Luka sait où se trouve Marinette… J’ai toujours pensé qu’elle avait coupé les ponts avec tout le monde.
Nino hocha doucement la tête et soupira.
— Tu sais, Alya fait comme si elle n’avait jamais existé. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé entre elles. Je ne sais pas si c’est à cause de ça que Marinette est partie. Mais ne pas donner de nouvelles, ce n’est vraiment pas bien. Elle aurait pu au moins écrire une lettre.
— Tu sais, avec des si, on refait le monde…
Adrien se leva et prit les verres pour les ranger. Nino soupira.
— Adrien… tu sais, depuis que Marinette est partie, tu n’as pas vraiment…
— Ça ne m’intéresse pas, c’est tout. Je préfère vivre ma vie comme je veux. Toi et Alya vivez ensemble depuis trois ans maintenant, et je suis très heureux pour vous. Mais moi, j’adore ma vie de célibataire.
Nino eut un sourire gêné, et Adrien soupira.
— Tu peux rester ici si tu veux. Je ne suis pas là pour le repas, mais je reviendrai sûrement dans la soirée.
Il attrapa ses clés, puis reprit :
— La chambre d’amis est prête si tu en as besoin.
Nino hocha la tête et le laissa partir, se retrouvant seul dans l’appartement.
Une fois dans le couloir, Adrien soupira. Il n’aimait pas parler de Marinette. Son départ avait été un coup de poignard pour lui. Il ne l’avait jamais compris. Il avait seulement une conviction : il avait loupé quelque chose de grave.
Il frappa à la porte de Nathalie. Elle lui ouvrit et sourit. Adrien l’enlaça doucement.
— Ton voyage s’est bien passé ?
— Oui, j’ai réussi à obtenir le contrat.
Elle le fit entrer et ils s’installèrent à table, où Nathalie avait déjà pris soin de commander ses plats préférés. Ils discutèrent un peu de son voyage, puis, fatalement, la conversation se tourna vers la présence de Nino dans son appartement.
— Ils sont en couple depuis si longtemps que j’oublie parfois qu’ils peuvent se disputer.
— Oui… répondit distraitement Nathalie.
Adrien releva la tête de ses nouilles chinoises et la regarda.
— Quelque chose ne va pas, Nathalie ?
Elle posa ses baguettes et reprit :
— Nous devons parler de quelque chose d’important, Adrien.
— Tu es malade ?
— Non ! Non, pas du tout. C’est à propos de Marinette.
Le visage d’Adrien se referma aussitôt.
— Qu’est-ce que vous avez tous à vouloir me parler de Marinette aujourd’hui…
— Adrien, je sais que c’est un sujet un peu tabou pour toi. Mais nous avons besoin d’en parler. La nouvelle styliste avec qui j’ai signé, Red… c’est Marinette.
Adrien lâcha ses baguettes.
— Pardon ?
— J’ai dit que Marinette Dupain-Cheng était la styliste avec qui j’ai signé cette semaine.
Il resta silencieux un moment, comme s’il avait besoin de remettre les mots dans le bon ordre.
— Alors… elle était à New York ? Elle va bien ?
— Adrien, c’est vraiment ce que tu veux savoir ?
— Je ne sais pas vraiment ce que je veux savoir… Tu étais au courant depuis le début ?
— Non, bien sûr que non. Je l’ai su quand nous avons commencé à nous intéresser à son travail, il y a deux mois. Je ne t’en ai pas parlé parce que je ne savais pas si elle allait vouloir signer avec nous.
— Je vois…
Il baissa les yeux vers la table, incapable de trouver quoi dire.
— Je ne sais pas quoi te dire, Nathalie.
— Marinette revient à Paris la semaine prochaine. Elle va travailler régulièrement avec moi, et nous allons la présenter au grand public dans trois semaines. Je voulais te prévenir avant que tout cela arrive.
— Je vois… donc le dîner, c’était pour m’annoncer tout ça ?
— Non. C’était pour te voir. Mais je pensais que plus tôt je te l’annoncerais, mieux tu serais préparé… et moins tu m’en voudrais.
Adrien la regarda et eut un sourire forcé.
— Je ne vais pas t’en vouloir pour ça. Marinette et moi, c’est du passé. Et toi, tu as toujours été là pour moi. Je ne suis plus un adolescent.
— Je le sais. Merci, Adrien, de me faire confiance.
Ils passèrent le reste du dîner à parler des futurs examens d’Adrien et du nouveau projet que Nathalie allait lancer. Quand il rentra chez lui, Nino était devant la télévision, en train de jouer à la console. Il leva rapidement la tête en le voyant entrer.
— Salut, mec ! Alors, ça s’est bien passé ?
— Marinette revient…
Nino éteignit aussitôt l’écran.
— Quoi ?
Adrien s’affala dans le canapé et reprit :
— Nathalie l’a engagée comme nouvelle styliste de la marque Agreste.
— Quoi ?!
— Ouais… Apparemment, Red, la styliste de la Fashion Week et de New York, c’est Marinette.
— Oh putain… Mais merde, et toi, ça va ?
— Je ne sais pas vraiment… Je pense que oui. Ça fait cinq ans. Il faut que je passe à autre chose.
— Mec… tu sais quoi ? T’as besoin de prendre une bonne cuite.
Il se leva et fouilla dans le frigo pour en sortir des bières, qu’il posa devant Adrien.
— Nino… je ne sais pas si c’est une bonne idée de boire.
— Ce n’est pas une bonne idée. C’est juste une façon de remettre à demain. Et avec tout le stress que tu as en ce moment, tu as bien le droit !
— Je dois aller en cours demain.
— Non, tu n’as pas cours demain. Tu me l’as dit hier : tu comptais t’enfermer chez toi pendant quatre jours pour réviser. T’es le major de promo, Adrien, t’as pas besoin de bosser autant. Il faut que tu te détendes aussi. Mais si tu ne veux pas, je ne te force pas. Je vais boire cette bière tout seul et oublier que ma vie va devenir un véritable enfer.
Il ouvrit la bière et commença à boire. Adrien le regarda, fatigué.
— Pourquoi ta vie va devenir un enfer ?
— Parce que quand Alya va découvrir la véritable identité de Red, elle va militer pour la détruire… Elle va crier au scandale, au favoritisme des autres journalistes… Enfin, tu connais Alya.
Adrien soupira, puis attrapa une bière.
— T’as raison. Bois.
Adrien finit par rejoindre Nino, mais de façon beaucoup plus modérée. Alors que la lune était haute dans le ciel, Nino dormait sur le canapé, plusieurs cadavres de bouteilles sur la table basse. Il murmurait dans son sommeil par intermittence :
— Alya… je te jure, je ne savais pas… Moi aussi, je t’aime.
Adrien sourit en le regardant. Plagg sortit alors du frigo avec un morceau de fromage.
— Tu vas le laisser faire la loque sur ton canapé ?
— Plagg… laisse-le. Il est fatigué.
Le petit kwami noir mangea son morceau de fromage en regardant Adrien.
— Tu bois rarement.
— Ouais. Marinette me met toujours dans cet état.
— Je ne vois pas Marinette.
— Tu sais ce que je veux dire.
— Mon cher, ne mets pas ton état sur le dos d’une personne qui n’est même pas présente.
— Justement, c’est parce qu’elle n’est pas présente… Tu te rends compte ? Cinq ans sans nouvelles et, d’un coup, on me dit qu’elle revient dans la semaine… et que Luka et Nathalie savaient où elle était.
— Peut-être, mais tu ne leur as pas demandé non plus.
Adrien resta silencieux un moment, puis reprit :
— Oui… Je crois qu’après avoir compris que Marinette était vraiment partie, je n’ai pas voulu en savoir plus. Tu sais, je crois que je l’aimais assez pour la laisser partir.
Plagg resta silencieux à son tour, avant de reprendre :
— C’est la plus belle preuve d’amour qu’on puisse donner.
— Oui. Mais est-ce que ça fait de moi un gros con de le regretter maintenant ?
— Non. Juste un humain.