Paris n'oublie jamais
Marinette regarda sa montre pour la vingtieme fois. Ce n’était pas une question de mal être. Elle était assise dans l’un des plus beau restaurant de New York et dans une salle privée en plus. Non s’était l’attente qui était interminable. Elle passa distraitement sa main sur ses oreilles, caressant les petites boucles qui ne la quittait jamais. Tikki voletait autour d’elle et reprit :
- Tout va bien ce passer Marinette ! C’est juste Nathalie.
Elle appuya sa tete sur sa main le coude poser sur la table et regarda la vu.
- Ce n’est pas nathalie qui me rend nerveuse. C’est que si j’accepte ce contrat super avantageux, je vais devoir retourner à Paris.
- Tu sais Paris c’est grand !
- Tikki, tu ne connais pas l’expression le monde est petit ?
Elle se redressa en entendant la porte s’ouvrir sur un serveur et Nathalie entra juste derriere. Elle se leva et elles se serrerent la main.
— Bonjour, Marinette.
— Nathalie, contente de vous revoir.
Elles s’assirent toutes les deux. Marinette soupira légèrement avant de reprendre :
— Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu de vos nouvelles.
— Oui, j’étais occupée. Et vous aviez vous-même des choses à faire.
Il y eut un moment de blanc. Marinette finit par sortir une pochette de son sac et la posa sur la table.
— J’ai lu attentivement le contrat, et j’ai quelques demandes.
— Eh bien, nous sommes là pour en discuter.
— Bien. Déjà, je voulais parler de Paris…
— Marinette, c’est non négociable. Notre siège est à Paris. Vous devez passer la majorité de votre temps là-bas. Vous ne pouvez pas faire du télétravail.
Marinette se mordit l’intérieur de la joue.
— La majorité de mon temps, c’est-à-dire ? Parce qu’avec les pouvoirs de Ladybug…
— Marinette, je ne pense pas que vous vouliez utiliser les pouvoirs de Ladybug de cette façon.
Elle se tut, et Nathalie reprit d’une voix plus douce :
— J’ai compris pourquoi vous êtes partie il y a cinq ans. Vous n’étiez qu’une adolescente à qui on avait demandé beaucoup trop. Mais maintenant, vous êtes adulte. Vous êtes diplômée, connue, respectée. Et je pense qu’il est temps, aussi, d’affronter Paris. Vous ne pouvez pas fuir toute votre vie.
— Je… je pourrais, murmura-t-elle.
Nathalie eut un sourire triste et posa sa main sur celle de Marinette.
— Oui. Mais je connais assez Ladybug et Marinette pour savoir qu’elle ne le fera pas.
Marinette leva les yeux vers elle et inspira profondément.
— Je propose six mois par an.
— Dix mois.
— Sept mois.
— Huit mois. Et je ne compte pas les voyages à l’étranger dedans.
Marinette hocha doucement la tête et continua d’énumérer ses demandes : des produits écologiques et naturels, aucune délocalisation, un droit de veto sur les personnes avec qui elle travaillerait, ainsi qu’un regard sur son image.
À la fin, elle était assise sur la banquette devant la fenêtre, alors que le soleil commençait à se coucher. Elle avait déjà mangé, pris un café, puis un thé. Le soir allait bientôt tomber. Nathalie, debout à côté d’elle, regardait elle aussi les lumières de la ville commencer à s’allumer.
— Bien. Nous garderons l’identité de Red secrète pendant encore trois semaines, le temps que vous repreniez vos marques à Paris. Ensuite, nous vous présenterons au monde entier lors d’un grand défilé de vos dernières créations.
Marinette hocha la tête. Un silence s’installa, puis Nathalie reprit :
— Marinette, je pense qu’il faut en parler à Adrien. Lui dire que nous allons bientôt travailler ensemble.
Marinette resta un moment sans répondre, avant de reprendre :
— Vous voulez lui donner une autre raison d’arrêter de vous parler ?
— Il a mûri. Ce n’est plus un adolescent. Et ce n’est pas comme si nous étions restées en contact pendant cinq ans. Vous devriez mûrir aussi et accepter les demandes d’interview de votre amie Alya.
Marinette se leva et répondit plus sèchement :
— Alya n’est plus mon amie.
Nathalie la regarda, avant de reprendre :
— Ce n’est pas bon de garder autant de rancune.
— Ce n’est pas de la rancune. Vous n’étiez pas là pour entendre tout ce qu’elle m’a dit. Même si elle était blessée, même si je comprends qu’elle puisse m’en vouloir… je ne peux pas pardonner ce genre de paroles.
Nathalie hocha la tête et reprit :
— Pour Adrien…
— Oui, dites-lui si vous le souhaitez. Mais ne me rendez pas responsable ensuite de sa réaction.
— Ce n’est pas mon genre, et vous le savez.
Elle marqua une courte pause, puis reprit d’un ton plus professionnel :
— Bien. Avec vous, notre retour dans la mode va être exceptionnel. Vous avez fait un travail remarquable durant ces dernières années.
Marinette laissa échapper un léger sourire et baissa les yeux vers le contrat, dûment rangé et signé.
— Il ne me restait que ça…
Elle soupira, puis reprit :
— Vous savez, après ma dispute avec Chat Noir et le fait que Chrysalide ait presque réussi à m’akumatiser… j’ai eu très peur de devenir une arme contre mes proches.
Nathalie baissa les yeux.
— Je comprends… mais vous avez fait de votre mieux.
— Mais faire de son mieux, parfois, ça ne suffit pas.
Marinette attrapa son sac à main et reprit :
— Pendant longtemps, je me suis retrouvée seule à New York. Sans Luka, je ne sais pas comment j’aurais fini.
— Je suis contente que vous ayez trouvé quelqu’un. Est-ce qu’il sait ?
— Il sait tout. Enfin… nos attentes de la vie étaient trop différentes pour que nous allions plus loin que l’amitié, mais je sais que je pourrai toujours compter sur lui.
— Mais pas sur Adrien ?
Marinette baissa les yeux et finit par répondre :
— C’est différent. Je n’ai pas assisté à la mort du père de Lucas, et je ne lui ai pas menti sur son père pendant des mois.
Nathalie ne répondit pas.
Marinette eut un sourire triste, puis se détourna.
— À la semaine prochaine, Nathalie.
Le soir, les rues de New York étaient bondées. La ville qui ne dormait jamais lui correspondait en tout point. Elle dut attendre presque vingt minutes avant de trouver un taxi, et elle fut ravie quand elle poussa enfin la porte de son appartement.
Ce n’était pas le grand luxe. Même après avoir commencé à gagner des prix et de l’argent, elle n’avait jamais vraiment voulu investir dans l’immobilier, au grand dam de son banquier. Elle adorait son appartement : une pièce de vie baignée de lumière naturelle, une salle de bain — avec une baignoire, élément primordial après de longues journées à travailler et étudier — et deux chambres, dont une avait été reconvertie en atelier pour ses créations.
Sur la table, un plat de fruits avait été déposé avec un petit mot de Jess.
Marinette, ton frigo est vide !! Pense à manger !
Elle sourit, amusée. Depuis son arrivée dans la ville, il lui était arrivé à plusieurs reprises de donner un coup de main aux Héros Unis, et Jessica était devenue l’une de ses amies proches. Elle et Aeon passaient presque toutes les semaines prendre de ses nouvelles.
Marinette lui envoya un message aussitôt et sourit aux smileys renvoyés. Puis elle prit une pomme sur le plateau et se dirigea vers sa chambre tout en appelant sa mère, qui décrocha presque immédiatement.
— Bonjour, ma chérie ! Comment est-ce que tu vas ? Alors, tu as pris une décision ?
— Demande-lui si elle a dit oui ! Est-ce que ma petite chouquette va rentrer à la maison ? entendit-elle son père dire derrière.
Marinette rit avant de répondre :
— Oui, j’ai signé. Je reviens à Paris.
Son père cria de joie, tandis que sa mère tentait de le calmer au téléphone. Marinette les laissa faire un moment, un sourire attendri aux lèvres, puis sa mère reprit :
— Ça va aller pour toi ?
— Oui… On m’a fait comprendre qu’il fallait que j’affronte Paris.
— Tu ne seras pas seule. On sera là aussi ! lança son père.
Sa mère reprit aussitôt, plus doucement :
— Il a raison, ma chérie. Nous serons toujours là pour toi.
— Merci, maman. Merci, papa.
— Marinette ! Je pensais que tu ne nous aimais plus. Tu es passée hier à Paris et tu n’es même pas venue nous faire un petit coucou !
— Tom !
Marinette rit avant de reprendre :
— Désolée, Papounet, mais je ne pouvais pas rester plus longtemps. Et puis, tu m’auras bientôt pour toi pendant des mois !
— Tu as raison ! Ma petite chouquette revient à la maison ! Je suis si fier de toi !
— On est fiers de toi, rectifia Sabine.
Tom rit aussitôt.
— Oui, on est fiers de toi ! J’ai hâte de pouvoir dire à tout le monde que notre petite fille est Red, la célèbre styliste ! Ça me démange tellement d’étaler les exploits de ma fille au monde entier !
— Je veille à chaque fois à ce qu’il ne dise pas un mot de trop, ajouta Sabine.
Marinette sourit.
— Merci à vous d’avoir gardé un autre de mes secrets.
— Ma chérie, comme on te l’a dit il y a cinq ans, nous sommes tellement fiers de toi. Nous garderons n’importe quel secret pour toi.
— Merci. Je vais vous laisser, parce que mon lit m’appelle.
— Alors va dormir, ma chérie !
— Bonne nuit, ma petite chouquette !
Elle raccrocha avec le sourire et finit par aller prendre un bon bain plein de mousse et de bulles. Alors qu’elle était installée, profitant de son moment de détente bien mérité, son téléphone sonna à nouveau. Elle décrocha en voyant la photo de Luka s’afficher.
— Salut, Marinette !
— Salut. Tu appelles tôt ou tard ? Je ne sais même plus.
— Tôt. Je suis à Bombay en ce moment.
— Tu n’étais pas à Shanghai il y a deux jours ?
— Si. Est-ce vraiment important ?
— Non, pas du tout, répondit Marinette en riant.
— Alors, ton entretien avec Nathalie ?
— Ça s’est bien passé. J’ai eu presque tout ce que je voulais.
— Je t’avais prévenue que tu ne pourrais pas échapper éternellement à Paris. Bonne nouvelle pour toi : je rentre avec toi !
— Tu vas à Paris ?
— Oui. Juste pour t’accompagner quelques jours. Ensuite, je repartirai parcourir le monde.
— Luka… c’est dangereux pour toi.
— Ce n’est que pour quelques jours. Et puis, si toi tu affrontes Paris pour y vivre, je peux bien affronter Paris pendant quatre jours sans me faire akumatiser.
— Merci, Luka.
— Bien. Parce que j’ai déjà pris ton billet d’avion et nos places. Comme ça, pas question pour toi de te défiler.
— Je ne défile pas, moi. Je crée.
Il rit à l’autre bout du téléphone avant de reprendre :
— Parfait. Si tu as encore de l’humour, c’est que ça va. Bon, je te laisse, Marinette. À la semaine prochaine !
Le lendemain, Marinette commençait à faire ses bagages quand on frappa à sa porte. Elle alla ouvrir et laissa entrer Jessica et Aeon.
— J’espère que tu as mangé, Marinette !
— Pas tout, mais oui, j’ai mangé.
— Bien, parce que nous t’embarquons pour l’une de tes dernières journées à New York !
— Ce n’est pas l’une de mes dernières journées à New York. Je vais revenir régulièrement.
— C’est ce que tout le monde dit au début, avant d’adopter totalement Paris, répliqua Jess en prenant une poire dans le plateau qu’elle avait ramené la veille.
Marinette sentit un pincement au cœur. Jess releva aussitôt la tête et reprit :
— Je ne voulais pas te faire de la peine, Marinette. Et est-ce qu’on ne dit pas que Paris n’a pas deux fois le même visage ?
— Non, c’est l’expression pour Londres, corrigea Aeon.
Jess leva les yeux au ciel, et Marinette reprit :
— Les Français sont bien trop têtus et fiers pour oublier quoi que ce soit.
— Bizarre, parce que toi, tu n’es pas du tout comme ça.
Marinette sourit.
— Peut-être. Mais je ne vais pas pouvoir sortir, de toute façon. Je dois faire quelques bagages avant de partir, je n’aurai pas le temps.
Aeon se redressa aussitôt.
— Je vais le faire !
— Non, attends, je…
Mais avant qu’elle ne puisse dire quoi que ce soit, Aeon commença déjà à tout faire. En moins de dix minutes, elle avait terminé. Elle se tourna vers Marinette avec un air satisfait.
— Voilà. Maintenant, tu as du temps pour venir avec nous !
Marinette sourit et prit son sac à main.
— Tu as raison. Merci, Aeon. Je mets toujours un temps fou à faire mes valises.
— Je suis là pour t’aider aussi, Marinette.
Jess se redressa, ravie.
— Allez, c’est parti pour la journée filles !
Marinette referma la porte derrière elle avec un sourire.
Pour une fois, elle allait laisser ses valises derrière elle et profiter simplement de New York.