Sous l'affiche d'un film pornographique

Chapitre 10 : Chapitre IX

6296 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 23/08/2020 21:00

Chapitre IX



Qu’y a-t-il au-delà des trois cent soixante-cinq jours de rires moqueurs ?

Celui qui tord nos cous est quelqu’un qui vit parmi nous.

On ne peut s’échapper avec notre pessimisme ;

Il y a à notre époque un cercle fermé de suspects.

Qui est le fautif ? Qui est le fautif ? *

 

Death game – amazarashi



« Qu’attends-tu pour revenir ?

– Attends un instant. Je crois avoir vu quelque chose de curieux… »


Dissimulée entre deux bâtiments, Mayura épiait les trois adolescents qui l’avaient repoussée. Elle avait rebroussé chemin lorsqu’elle s’était trouvée hors de leur vue, et s’apprêtait à suivre Ladybug et Carapace afin de découvrir leur identité, et éventuellement récupérer leurs bijoux. Cependant, voyant que Chat Noir était resté seul, elle s’était dit qu’il était une proie bien plus facile. Il n’avait cependant pas encore activé son pouvoir, et donc pouvait rester transformé aussi longtemps qu’il le voulait – ou le pouvait – ; aussi fallait-il qu’elle restât prudente.

Cependant, à l’instant où elle avait décidé de s’élancer, elle avait remarqué une silhouette qui s’approchait de lui. Une jeune femme, plus âgée que les deux garnements qu’elle et le Papillon avaient l’habitude de combattre, mais néanmoins plus jeune qu’elle-même. À en juger par son allure, elle aussi revêtait un Miraculous.


« Papillon, un autre héros est présent sur les lieux.

Comment ? D’où sort-il ?

– Je l’ignore. »


Elle se pencha un peu plus afin d’identifier plus en détail la personne qui dissimulait son corps grâce à son immense cape.


« Si j’en crois ses rayures… Il me semble qu’il s’agirait du Tigre.

Le Tigre ? Intéressant… Garde-la sous surveillance.

– Compris. »


Elle resta en retrait, et épia l’étrange scène qui se déroulait devant elle.


La nouvelle venue s’était doucement approchée du félin, et l’avait pris par surprise. Ils s’étaient échangé quelques piques, avant qu’elle ne parvînt à le rejoindre et à se retrouver très près de lui. Elle sentait sa peur suinter de chacune de ses pores, et semblait s’en délecter.


« Alors ? On a perdu sa langue ? lança-t-elle d’un air moqueur. À moins que tu ne l’aies donné au chat ? Suis-je bête. C’est toi le chat. »


Elle fondit sur lui sans un bruit, et tenta de le saisir à la gorge. Il esquiva de peu, et vint remettre un peu de distance entre eux. Que faire ? Elle semblait bien trop consciente d’elle-même et bien trop calculatrice pour être possédée par le Papillon, d’autant plus qu’elle n’avait rien ravagé sur son passage. Il refusait de croire que cette femme possédât un Miraculous ; le Gardien ne les avait-il pas tous ? Hormis, bien sûr, celui du Papillon et du Paon. Ces deux-là étaient-ils derrière tout ça ?


« Je ne cherche pas à m’emparer de ton bijou, siffla-t-elle. Je veux juste savoir qui se cache sous ce masque.

– Et qu’est-ce que ça t’apporterait ?

– Ce serait toujours un pas de plus vers mon but.

– Et quel est ton but ? »


Elle étouffa un rire. Comment ce garnement pouvait-il la comprendre ? Il n’avait même pas pris conscience de ses propres actes.


« Dis-moi qui tu es, et peut-être te répondrai-je, » grimaça-t-elle de nouveau avant de s’élancer vers lui.


Il n’avait plus d’autre choix que de se battre. Alors ils en étaient là…


Il para les quelques coups de poing et de coude qu’elle tenta d’asséner. Elle avait beau être agile, elle ne frappait pas fort, alors que le Miraculous était supposé pouvoir décupler les capacités des porteurs et donc devait augmenter la puissance de frappe. C’était curieux.

Il dégaina son bâton, et chercha à lui porter un coup afin de la repousser suffisamment pour prendre la fuite. Il ne se sentait pas de taille à l’affronter seul et sans préparation. Que diable faisait Ladybug ? Elle savait toujours se faire désirer, y compris lorsque ça n’était pas le moment.


Elle se déplaçait avec assurance, et il se dégageait une certaine prestance ou beauté de ses mouvements. L’envergure de sa cape l’impressionnait, et il devait lutter contre lui-même afin de ne pas se laisser berner ni se laisser engloutir par la peur. Chaque pas qu’elle faisait résonnait en lui de ce son métallique que faisaient ses talons.


« Cataclysme ! » hurla-t-il en activant son pouvoir de destruction.

                                                                                                                                                      

Elle ne cilla pas, et au contraire afficha un air follement amusé.


« Tu oses invoquer ce pouvoir que tu ne maîtrises pas ? Tu es décidément plus stupide que ce que je pensais.

– Peut-être que je suis stupide, répliqua-t-il en affichant un large sourire afin de contenir son angoisse qui le gagnait peu à peu. Mais au moins je ne suis pas imbu de moi-même ! »


Elle leva un sourcil, intriguée, et s’apprêta à rétorquer, avant de sentir qu’on la tirait en arrière. Ah. L’autre était arrivée.

Ladybug avait discrètement noué le fil de son yo-yo autour de la poitrine de la jeune femme, et redoublait d’efforts pour la faire tomber et la rendre vulnérable. Elle se doutait que l’akuma était logé dans l’espèce de gantelet qu’elle portait sur sa main droite. Sinon  ?


La femme se laissa choir, et resta étendue au sol sans bouger, sans protester, sans rien dire. Au moment où Chat Noir s’apprêta à donner le coup de grâce et à briser l’élément qui renfermait le papillon malfaisant, quelque chose de curieux se produisit. Il ne fallut qu’une seconde pour que leur adversaire fût abritée par un dôme de pierre – de l’ardoise, comme celle qui recouvrait le toit où ils se trouvaient – brisant le mince fil translucide qui la retenait. Le blondinet ne put s’arrêter, trop pris dans son élan, et vint plaquer sa main droite contre la paroi de cette étrange construction qui était subitement apparue, la détruisant aussi soudainement grâce à son pouvoir.


« Intéressant, » murmura l’inconnue en contemplant sa main droite.


Elle afficha une fois de plus cet air mauvais et effrayant, et se tourna tour à tour vers l’un, puis l’autre. Chat Noir vit dans son regard une flamme intense ; cette haine qui l’animait était bien plus violente que toutes les émotions de ce genre qui lui avaient été données de voir.


« Vous tenez vraiment à risquer votre peau ? lança-t-elle. Si j’étais vous j’obtempérerais. Vous êtes immatures après tout, et vous ne pourrez tenir longtemps face à moi. »


La brunette remarqua le petit éclat lumineux qui émanait du dessous du gantelet de la jeune femme. La réalisation fut douloureuse, mais elle ne devait pas ciller.


« Dis donc, tu te vantes beaucoup pour quelqu’un qui a violé la loi ! Tu ferais mieux de me rendre ce Miraculous au plus vite, et je tâcherai d’oublier ce qui s’est passé. »


Le calme avec lequel Ladybug lui avait répondu surprit son acolyte. Ce qui le stupéfia le plus fut d’apprendre par la même occasion qu’il n’avait pas en face de lui une akumatisée, mais une porteuse de Miraculous. Une porteuse qui, visiblement, avait des pouvoirs assez surprenants. Il avait commencé à s’en douter quelque peu, mais cette découverte soulevait bien plus de questions qu’elle n’apportait de réponse. Qui était cette femme, et surtout, comment avait-elle mis la main sur ce bijou ?

Il se dépêcha de rejoindre sa Lady en un bond. Il voulut lui demander à quoi rimait tout cela, mais leur adversaire ne leur en laissa pas le temps.


« Je pourrais vous détruire, si je le désirais, dit-elle calmement. Vous m’avez mis toutes les cartes en main. C’est toi qui m’as conduite jusqu’au Gardien. »


Elle désigna d’un mouvement du visage la brunette, qui perdit ses moyens et déglutit. Elle ne comprenait pas tous ces sous-entendus, et cela était particulièrement désagréable.


« Bien. Je vois que vous n’êtes pas très loquaces. Tant pis. J’aurais aimé entendre un peu plus vos sublimes voix d’enfants, avant que vous ne criiez de douleur. Ce sera pour la prochaine fois. Je vous laisse avec un avertissement. »


Ses lèvres brillantes s’entrouvrirent pour laisser apparaître ses canines ; pour peu Ladybug aurait mépris le rouge de ses lèvres pour du sang coulant de sa bouche. Cette vision lui glaça le sang, et elle ne put que camper silencieusement, en position défensive, prête à riposter à la moindre attaque.


« Vous n’êtes en sécurité nulle part, grimaça-t-elle. Quant à toi, Paonne, tu ferais mieux de t’éclipser, » lança-t-elle à l’attention d’une Mayura stupéfaite d’avoir été découverte, avant de se laisser tomber du toit, à plusieurs mètres d’eux, se dérobant de leurs regards, dans ce qui ressemblait à un rire.


Lorsqu’ils se penchèrent par-dessus les ardoises, ils ne virent rien de plus que des balcons et des voitures. La mystérieuse inconnue n’était plus dans les environs. Quant à la détentrice du Miraculous du Paon, elle s’était faite discrète et avait fui les lieux, comme si la menace de la jeune femme avait suffi à l’effrayer.


Il y eut un silence gêné, l’un comme l’autre ne sachant aucunement quel sujet aborder ni comment. Comme rappelés à la réalité par l’alarme sonore de la bague de Chat Noir, qui lui indiquait qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps avant la dé-transformation forcée, Ladybug dut prendre les devants et mettre fin à leur aphasie.


« Je dois aller rapporter tout cela au Gardien, murmura-t-elle. Désolée, j’aurais voulu qu’on ait enfin notre petite discussion. Est-ce que je peux te donner rendez-vous un peu plus tard… ?

– Bien sûr, souffla-t-il, encore quelque peu sous le choc de cette étrange et désagréable rencontre. Tout ce que tu voudras.

– Dans ce cas retrouve-moi à vingt heures, juste ici. Je compte sur toi, chaton. »


Sans plus de formalités, ils quittèrent rapidement les lieux, chacun se rendant là où il devait être.


*


Valentine s’effondra sur son canapé, laissant s’échapper un long soupir entrecoupés de rires. Roarr, qui virevoltait autour d’elle, chercha à se remémorer le peu d’événements dont elle avait pu prendre conscience. Elle avait ressenti une violente décharge d’énergie lorsque la jeune femme avait fait appel à son pouvoir de terre, mais à part cela, elle n’avait que de vagues sensations ; elle dut lui demander ce qui l’amusait tant afin d’en savoir un peu plus.


« Je ne me suis jamais sentie aussi bien de toute ma vie, Roarr.

– Que s’est-il passé pour que tu te retrouves dans… cet état ?

– Ton pouvoir est formidable. Vraiment. Formidable, je te jure. »


Elle souffla un grand coup, et se releva. Se préparant une tasse de thé elle en proposa une à sa camarade magique, qui refusa poliment ; elle lui tendit alors un bout de viande fraîche sortie du frigo, qu’elle méritait d’après elle. Roarr ne se fit pas prier et l’engloutit goulument, se léchant les pattes pour en savourer jusqu’à l’odeur que la pièce avait laissée.

Alors que les herbes infusaient, elle lui raconta ce qui s’était passé. Sa confrontation avec Chat Noir, puis avec Ladybug, les échanges verbaux, les échanges de coups, aussi, avant qu’elle ne se retirât. Le but avait été de les effrayer, et d’en découvrir un peu plus sur eux. Depuis qu’il n’y avait plus l’ombre d’un doute quant au fait que Marinette se cachait sous le masque rouge, la situation était bien plus amusante. Une étrange sensation de connaître Chat Noir lui collait à la peau sans qu’elle ne pût s’en détacher, mais l’exaltation de la décharge de pouvoir qu’elle avait ressentie éclipsait tous les autres sentiments. Elle ne cessa de remercier Roarr pour ce qu’elle lui avait apporté.


« Je n’aurais jamais cru que ce simple bijou puisse me rendre si forte, souffla-t-elle en contemplant la discrète parure de main. Je ne pourrai jamais m’en séparer.

– Fais attention, murmura Roarr. Un Miraculous utilisé avec des motivations personnelles finit toujours par apporter le malheur.

– Je suis prudente. Je sais où je vais avec tout ça. Je dois encore découvrir l’identité de Chat Noir, puis je pourrai en faire ce que je veux. Tu aurais dû voir les têtes qu’ils faisaient ! Ils étaient tétanisés. J’ai hâte de voir leurs mines déconfites lorsque je les appellerai par leur véritable nom, ils seront ravagés. »


Un sourire sinistre se dessina sur ses lèvres. Roarr trembla.


« Ils ne sauront jamais qui je suis et ne pourront que me craindre. Ils finiront par m’obéir, et je pourrai accomplir ma vengeance. Aah, j’ai tellement hâte… »


Elle sirota un peu de son thé. Son visage afficha une expression paisible, calme, et ravie.


« Si tu savais combien ça me rend heureuse… C’est vraiment fantastique ces pouvoirs, tu le sais ?

– Bien sûr que je le sais ! C’est de mes pouvoirs dont il s’agit, je te rappelle ! » répliqua Roarr avec humour, non sans dissimuler une pointe d’amertume.


Elle observa silencieusement sa porteuse. Était-ce donc ça, son quotidien, désormais ? Elle sentait le potentiel de la jeune femme, elle savait qu’elle était capable de grandes choses. Seulement, elle se laissait aveugler par son envie de se venger, et ne parvenait à voir ce qui se passait autour d’elle. Roarr avait l’interdiction de quitter les murs de l’appartement, aussi avait-elle fait des recherches pour s’occuper. Elle avait fouillé les placards dans les moindres recoins à la recherche d’un journal intime ou d’un autre support grâce auquel elle aurait pu en apprendre plus sur cette personne. Elle avait trouvé un vieil album photo à peine rempli ; quelques photos seulement y étaient gardées, et y figuraient Valentine et un homme plus âgé, sûrement son père. Ils souriaient sur chacune de ces photographies, et on pouvait ressentir la joie de Valentine par l’expression du plus pur des bonheurs qui s’affichait sur son visage.

Roarr ne pouvait concevoir que Chat Noir était à l’origine de son état. Quelque chose devait sûrement être là avant l’incident. Mais il n’y avait rien à ce sujet dans les carnets, et l’ordinateur portable de la jeune femme étant protégé par un mot de passe, elle n’avait su y pénétrer.


Et voilà à présent qu’elle devenait complice de la destruction de cette femme. Est-ce que Nooroo se sentait lui aussi ainsi, sale, de devoir obéir à des ordres qui allaient à l’encontre de ses principes ?


Et pourtant


Et pourtant, elle était convaincue qu’elle pouvait l’aider. Elle espérait lui apporter le soutien dont elle avait besoin. Elle avait ressenti cette même vibration de son âme récemment, un soir où elle veillait dans son coin, comme à son habitude. Pour qu’un tel sentiment lui parvînt jusque dans la poche dimensionnelle contenue dans la Miracle Box, ce devait être parce qu’elles étaient liées d’une certaine manière. Elle ne croyait pas vraiment au destin, mais certains signes comme celui-ci la laissaient penser que certaines personnes et créatures de ce bas-monde étaient faites pour se rencontrer.


Elle espérait simplement pouvoir l’aider à se sortir de ce labyrinthe obscur dans lequel son cœur s’était perdu.


« Ah, mince, j’allais oublier. Thomas arrive dans deux heures. Il serait temps de nous préparer, qu’en dis-tu ?

– Nous ?

– Tu auras droit à ta part du festin, ne t’en fais pas, lui déclara Valentine en accompagnant ses paroles d’un clin d’œil. Tu le mérites bien. »


Roarr acquiesça, ne sachant pas si elle devait se réjouir ou s’inquiéter, et attendit patiemment qu’elle prît une douche, se vêtît et s’apprêtât pour la soirée. Lorsque Valentine fut fin prête, elles s’attelèrent à la préparation du dîner – Roarr eut même le droit de picorer quelques morceaux de viande – et attendirent patiemment que leur plat cuisît, ainsi que la venue de l’invité, qui ne tarda pas à sonner à l’interphone.


*


« Marinette, te revoilà ! Entre, entre. »


Fu s’écarta, permettant à la brunette de franchir de nouveau le seuil de sa maison. Une odeur de thé noir emplissait la pièce, et elle remarqua rapidement la théière fumante posée sur la table basse. Une tasse de céramique à demi-pleine trônait à côté, et fut rapidement rejointe par l’une de ses sœurs apportée par le vieillard. Elle fut presque aussitôt remplie du liquide chaud, que l’adolescente porta à ses lèvres.

Lorsqu’il s’assit en face d’elle, elle lui tendit tout d’abord le bracelet qu’elle lui avait emprunté. Wayzz grimaçait et semblait lui en vouloir pour quelque chose. Pourtant, elle l’avait rangé dans la poche dimensionnelle de son yoyo tout le temps du combat, il n’avait pas été conscient lors de son affrontement avec cette étrange femme.


« Merci beaucoup, Maître, souffla-t-elle en esquissant un sourire gêné alors que son cerveau se tournait et retournait afin de trouver la formulation adéquate pour annoncer la mauvaise nouvelle. Wayzz nous a été d’une aide précieuse, cette fois encore.

– Comme à son habitude, sourit le vieillard en sirotant sa boisson. Je ne pouvais rêver d’un meilleur compagnon de route. »


Elle afficha elle aussi une expression ravie. Mais ses craintes revinrent l’assaillir rapidement.


« À propos de Roarr, commença Fu en la regardant droit dans les yeux, veux-tu bien m’aider à la retrouver ? J’ai bien peur de ne pas pouvoir regarder sous les meubles, mon dos me fait horriblement souffrir ces jours-ci. »


Il était vrai qu’elle l’avait vu plus courbé qu’à l’accoutumée. Mais là n’était pas la question.

Oh misère, comment formuler cette douloureuse nouvelle afin de la lui annoncer ? Elle détestait être dans cette position.


« Ce ne sera pas nécessaire de retourner votre maison pour la retrouver, fit-elle en détournant le regard. Je… Je sais où elle est.

– Oh, c’est merveilleux ! Où ça, donc ? »


Marinette plongea ses yeux bleus dans ceux d’amande du vieil homme, qui sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas.


« Maître, commença l’adolescente, j’ai bien peur que la personne qui est entrée par effraction dans votre salon ne vous ait volé quelque chose.

– Impossible…

– Chat Noir et moi avons fait face à une personne inconnue. À première vue j’ai cru que c’était un nouvel akumatisé. Puis j’ai rapidement compris que la personne contre qui nous nous battions possédait elle aussi un Miraculous… Celui du Tigre…

– C’est impossible ! éructa Fu. Personne ne pouvait se douter que le gramophone en était la cachette, et encore moins trouver les codes secrets pour l’ouvrir. Non, non et non, c’est impossible !

– Maître, j’en suis absolument certaine, elle portait le bracelet du Tigre, et elle avait des motifs de patte et de rayures sur sa tenue. Ça ne fait pas l’ombre d’un doute ! »


Lorsqu’elle vit le regard stupéfait du Chinois, elle réalisa qu’elle s’était laissé emporter, et que sa voix avait tonné plus fort qu’elle ne l’aurait voulu. Autour d’eux Wayzz et Tikki assistaient impuissants à la scène, et le bruit aurait largement pu rameuter tous les autres kwamis si le son pouvait parvenir jusqu’à la poche dimensionnelle dans laquelle ils se trouvaient.


« Quelqu’un vous a dérobé Roarr, et compte l’utiliser avec de mauvaises intentions, comme le Papillon et Mayura…

– Mais qui diable cela pourrait-il être ?

– Je ne l’ai jamais rencontrée, tout du moins son visage ne m’est pas familier. Elle a un teint un peu mat, et des cheveux bruns tout ébouriffés. Et surtout, chose intrigante, elle ne portait pas de masque, comme si elle ne craignait pas d’être reconnue. »


Tous la dévisagèrent avec stupéfaction, comme s’ils doutaient de ce qu’elle avait vu. Elle eut beau l’affirmer à plusieurs reprises, ils ne semblèrent pas la croire. Puis Tikki fit une remarque pertinente : Mayura aussi se présentait sans dissimuler son visage d’une quelconque manière. Mais Marinette brisa sa théorie en rappelant que, tandis que le teint de Mayura était complètement inhumain – aucune personne en bonne santé n’avait la peau bleue ni les yeux teintés de la même manière que cette femme – et préservait relativement bien son identité, cette femme, elle, n’avait rien d’étrange dans son apparence. Chacune de ses caractéristiques physiques pouvait se retrouver chez n’importe quel humain ou presque. Tout cela était particulièrement étrange.


« D’autant plus, ajouta-t-elle, qu’elle a pu se créer un dôme de protection à la manière de la protection de Wayzz, mais avec des tuiles en ardoise ! Je croyais que le pouvoir de Roarr était le rugissement ?

– C’est bien cela, acquiesça le vieil homme. Mais il y a quelque chose que tu ignores au sujet des Miraculous, Marinette. Je ne t’en ai jamais parlé puisque tu possèdes l’un des deux Miraculous primaires, qui n’ont aucun pouvoir de ce genre, et parce que nous n’avons jamais eu le temps d’aborder cela avant que tu ne prennes un autre Miraculous pour tes combats… »


Il voulut boire une gorgée de thé ; il était froid.


« Il existe trois sortes de Miraculous. Primaires, Secondaires, Tertiaires. Les premiers sont les plus puissants – Création et Destruction – tandis que les derniers sont les plus faibles. Mais il existe plusieurs paramètres qui peuvent changer les rapports de force… »


De la même manière que Roarr l’avait expliqué à Valentine quelque jours plus tôt, Fu détailla à Marinette tous les rapports de force entre les différents types de Miraculous. L’adolescente l’écouta avec grand intérêt, et afficha tour à tour une mine surprise, intriguée, puis terrorisée lorsqu’elle réalisa l’ampleur du pouvoir que possédait cette personne contre qui ils s’étaient battus.


« Connaître l’ennemi est une chose, murmura le vieil homme, mais encore faut-il que vous puissiez rivaliser contre lui. Chat Noir et toi êtes fusionnels, aussi bien avec vos kwamis qu’entre vous deux. Mais que se passera-t-il si elle aussi se lie fortement avec Roarr ? J’ai peur des conséquences que cela implique. »


Il resta un instant silencieux et songeur, comme s’il était plongé dans une profonde méditation.


« Tu m’as dit qu’elle avait manipulé des ardoises ? Il doit s’agir du Tigre de Terre, ou bien celui de Métal peut-être. Ce devrait être simple de pouvoir trouver cette personne, en procédant par de telles éliminations. Si toutefois son apparence physique n’a pas été grandement altérée par le Miraculous… »


Marinette releva la tête, et envoya à Fu un regard plein d’assurance.


« Ne vous en faites pas, Maître. Je la retrouverai. Je connais son physique, et je n’ai que quelques possibilités pour son année de naissance. Et puis, si jamais cela ne me suffit pas, je connais sa voix. Je suis sûre et certaine que je saurai la reconnaître. Comptez sur moi, je vous ramènerai le Miraculous du Tigre ! »


*


Adrien attendait, patiemment, le moment où vingt heures sonneraient, et où il retrouverait enfin Ladybug afin d’avoir cette fameuse conversation qu’ils auront tant repoussée. Il avait compté chaque minute qui s’écoulait en espérant que l’aiguille progressât plus vite sur le cadran, en vain.

Il s’était alors dit que jouer du piano lui permettrait de s’occuper le corps et l’esprit ; il se lança dans un semblant d’improvisation, d’abord sur le rythme d’une valse, puis partant peu à peu sur un air en binaire auquel il avait apposé bien trop d’altérations. Plagg volait autour de lui, dansant avec un morceau de camembert bien formé, un large sourire plaqué sur sa figure sombre. Ses yeux verts pétillaient d’excitation et de gourmandise, et il finit par craquer et engloutir en une seule bouchée son compagnon de danse. Il salua Adrien comme s’il avait été à lui seul une foule de spectateurs venus le regarder se donner en spectacle, et tous deux s’esclaffèrent.


« Tu souris plus que ces derniers jours, lança le kwami à son porteur. Ça fait plaisir de te voir comme ça.

– Tu trouves ? Je ne m’en étais pas rendu compte.

– Tu crois vraiment que ça va marcher avec moi Adrien ? J’ai presque cinq mille ans, j’ai suffisamment de sagesse pour voir clairement quand quelqu’un ne va pas bien. »


Adrien haussa les épaules, comme s’il ne voyait pas ce qu’entendait par-là la petite créature.


« Je te vois pleurer en t’endormant, Chaton. C’est à cause de Ladybug ? À cause de ton père ?

– Un peu des deux, admit le blondinet. Je m’en veux de ma bêtise. J’ai été si stupide que j’ai failli provoquer une catastrophe. »


Failli provoquer une catastrophe ? Tu veux rire, manqua de répondre le kwami du Chat Noir, alors qu’il se remémorait la violente décharge de pouvoir qui avait peu à peu envahi son Miraculous lorsque l’akuma du Papillon avait possédé l’adolescent. Pour peu il aurait cru y laisser sa peau tant celui-ci avait été puissant. Par ailleurs, un autre sentiment désagréable lui restait dans la gorge, mais il ne put poser de souvenir dessus afin de l’expliquer. Ce doit être mon imagination, se dit-il. Oui, c’était forcément cela.


« Ne t’en fais pas. Vous allez vous revoir tout à l’heure et en parler, non ? Elle n’a pas l’air de t’en vouloir, sinon elle ne t’aurait pas donné rendez-vous, non ? »


Sa remarque était pertinente. Adrien afficha un large sourire, qui s’éclipsa lorsqu’on vint frapper à la porte de sa chambre. Plagg se cacha dans le piano à queue, et observa en silence.


« Adrien ? Votre dîner est prêt, il sera bientôt servi, annonça la voix calme de l’assistante placide du père de l’adolescent.

– Merci Nathalie. Est-ce que père sera là ce soir ?

– Non, il a beaucoup de travail. »


Il baissa la tête, un peu abattu. Elle sembla vouloir le consoler, mais se ravisa, gardant son allure imperturbable et vide d’émotions. Elle tourna les talons, et laissa Adrien seul – avec Plagg – dans sa chambre, dont elle ferma la porte.


« Bon, je vais y aller, souffla-t-il. Je te ramène un nouveau fromage ?

– Si tu trouves du chèvre, ça me ferait extrêmement plaisir !

– Je vais voir ce que je peux prendre, » répondit le blondinet en quittant la pièce.


Une fois en bas, il constata le plateau posé sur l’immense table, où seul lui s’assiérait, et commença son dîner en silence. Seul le bruit des couverts frottant contre l’assiette et son contenu flottait dans la pièce. Encore un dîner seul. Comme il en avait l’habitude…

Bien que la perspective de retrouver sa Lady le réjouît, le dîner lui parut fade et insipide. Le Gorille se tenait non loin de là, veillant à ce que nul ne pénétrât dans la pièce sans y être invité – mais il n’y avait aucun invité dans le manoir, alors pourquoi diable monter la garde avec autant de zèle ? – au préalable, mais sa compagnie n’en était pas vraiment une.

Il se hâta de finir son repas, constatant que l’heure de son rendez-vous approchait à grands pas d’aiguille. Un des employés vint reprendre le plateau pour le ramener en cuisine, tandis qu’il remontait dans sa chambre. Il plaça sur la porte un écriteau indiquant qu’il ne voulait pas être dérangé de la soirée car il révisait, et après avoir tendu à Plagg le morceau de fromage de chèvre qui lui avait été servi, ce dernier l’engloutissant d’une traite, il lui ordonna de le transformer.


Ainsi Chat Noir s’éclipsa en toute discrétion de la chambre, rejoignant le lieu de rendez-vous en sautant allègrement de toit en toit.

Une fois sur place, constatant qu’elle n’était pas encore arrivée, il décida de patienter en jonglant avec son bâton telle une majorette. Il entendit un bruit de pas, qu’il reconnut comme étant celui de sa camarade, et il se retourna pour la voir arriver. Son visage s’illumina lorsqu’il aperçut sa silhouette, et il l’accueillit avec une courbette.


« Vous me faites honneur de votre présence, ma Lady.

– Désolée Chat Noir. C’est de ma faute si on en est là. »


Il fut quelque peu surpris qu’elle entrât tout de suite dans le vif du sujet. Elle semblait quelque peu nerveuse, presque pressée. Il se demanda un instant s’ils devaient encore une fois repousser leur discussion, ce à quoi une petite voix lui répondit par la négative, insistant en affirmant qu’il fallait régler cette histoire au plus vite. Ils s’assirent côte à côte sur le bord d’un toit, les jambes pendant dans le vide. Elle garda les mains liées sur ses cuisses, le dos courbé en avant. Il étira les bras en arrière et tourna son visage vers le ciel.


« Je n’aurais pas dû m’emporter l’autre jour, commença Ladybug. À cause de moi on a failli…

– Non, non, ne t’en fais pas, sourit-il en posant sa main griffue sur son épaule. J’avoue avoir été complètement stupide. Règle numéro un : on garde son identité secrète. Si je te la dévoilais, elle ne serait plus secrète.

– C’est vrai… Seul le Gardien est capable de garder ça pour lui. Nous devons en faire de même.

– Pardonne-moi, ma Lady. J’ai été un sombre idiot. J’ai mis nos vies en danger en me laissant akumatiser. Ce n’est pas digne d’un Chat Noir. »


Le ton grave qu’il avait employé imposa un silence quelque peu lourd.

Ladybug s’étira de tout son long, avant de répondre.


« Que serait un Chat Noir qui n’apporte pas la poisse ? rit-elle en lui adressant un sourire complice.

– Je te remercie ! répliqua-t-il d’un ton faussement offusqué. Je fais de mon mieux pour nous ôter ce préjugé, tu sais ! »


Ils éclatèrent de rire, leurs voix résonnèrent entre les cheminées des hauts bâtiments. Le ciel nocturne s’ouvrait à eux, il n’y avait pas le moindre nuage à l’horizon. Si cela ne tenait qu’à eux, ils auraient bien passé le reste de leur soirée là, à discuter et rire ensemble, comme si leur mésaventure passée n’avait jamais eu lieu.


« Il faut que je te parle d’un truc, annonça-t-elle d’une voix grave qu’il ne lui reconnaissait pas. L’inconnue de tout à l’heure…

– La tigresse ?

– Oui, elle. Elle portait un Miraculous.

– C’est ce que j’ai cru comprendre. Mais d’où le sort-elle ? »


Elle laissa planer un silence, qui laissa comprendre à Chat Noir quelle était la situation.


« Elle l’a volé. Au Gardien. Il y a eu une effraction chez lui l’autre nuit, quelqu’un est entré par la fenêtre. Il affirme que c’est impossible, mais cette femme a bel et bien dérobé le Miraculous du Tigre.

– Je croyais que la Miracle Box était gardée secrète dans un lieu sûr ?

– Il y a un code, ou même plusieurs, je ne sais pas trop. J’ai beau l’avoir vaguement vu faire des dizaines de fois, je ne saurais pas l’imiter. Alors j’ignore comment elle a fait, mais cela me terrifie. »


Ses yeux exprimaient la même appréhension que celle dont sa voix lui faisait part. Il voulut la réconforter, mais chez lui aussi naissait cette inquiétude terrifiante. Cette femme, qui qu’elle fût, était dangereuse.


« Elle a trouvé la demeure du Gardien, et l’endroit où était cachée la boîte, pour se servir dedans ? Mais qui c’est celle-là ?

– Une dangereuse prédatrice. Une véritable tigresse…

– Et surtout… elle est compatible.

– Qu’est-ce que tu entends par ça ? »


Ladybug lui rapporta, du mieux qu’elle put, la discussion qu’elle avait eue avec le Gardien. Les yeux verts à la pupille de chat du blondinet s’arrondirent et s’écarquillèrent sous la surprise. Il restait incrédule : était-ce réellement possible que d’autres personnes pussent être bien plus puissantes qu’eux deux ? On leur avait pourtant bien fait comprendre que leurs kwamis étaient les plus anciens et les plus forts de tous, nul n’était supposé pouvoir rivaliser avec eux !


« Cet étrange système de compatibilité et de maturité rend les choses bien plus compliquées. Si je comprends bien, cette… tigresse, elle pourrait nous battre aisément juste parce qu’elle est plus vieille, et née l’année du tigre ?

– Je crains que oui. Si nous étions adultes, peut-être pourrions-nous la vaincre facilement, mais… j’ai bien peur que ce ne sera pas le cas… »


Il posa sa main sur son épaule, et lui afficha un large sourire réconfortant, qu’elle imita.


« Ne t’en fais pas, lança-t-il, je suis convaincu qu’on y arrivera, et qu’on récupèrera ce qu’elle a volé. Je te le promets.

– Merci Chat Noir. Je compte sur toi pour m’aider à réparer ses dégâts ! »


Il fut pris d’une étrange réflexion. Comme il était d’humeur un peu joueuse, et puisqu’il voulait calmer un peu la situation tendue, il énonça une question à laquelle il n’avait pas encore réfléchi.


« Comment s’appelle-t-elle ? Elle ne nous a rien dit à ce sujet.

– C’est vrai ça… Tu veux qu’on lui donne un surnom ?

– Je me disais juste que, vu qu’elle est un poil dangereuse, et qu’elle porte le Miraculous du Tigre… Tigresse lui irait bien, tu ne penses pas ? »


Ladybug laissa s’échapper un léger rire. L’entendre réchauffa le cœur de son acolyte, dont le faible haussement d’épaules qu’il esquissa fit légèrement tinter le grelot doré accroché à la base de son cou.


« Va pour Tigresse alors, dit-elle finalement.

– Ne t’en fais pas, ma Lady, on l’aura. On y arrivera, ensemble. »



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* 『冷笑の365日の向こうに何がある?

僕らの首を絞めてるのは この中に居る誰かだ

悲観主義では逃げ出せない 時代のクローズドサークル

悪い奴は誰だ 悪い奴は誰だ』


「デスゲーム」 - amazarashi

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