Sous l'affiche d'un film pornographique

Chapitre 2 : Chapitre I

2370 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 23/08/2020 20:52

Chapitre I



Si vivre est un ennui, mourir l'est aussi

Composer des chansons est un ennui,

N'importe qui en ce monde est un ennui. *


Sous l'affiche d'un film pornographique – amazarashi



La cloche annonçant la fin des cours sonna. Dix-sept heures. Les élèves rangèrent leurs affaires bruyamment, discutaient ensemble, reprenaient le cours de leur vie quotidienne.

L'enseignante, leur professeur d'anglais, Mme Bustier, était une jeune femme énergique, et consciencieuse. Elle replaça une mèche rousse derrière son oreille décorée par une boucle d'oreille ronde couleur ivoire, avant de dire quelques derniers mots à ses élèves.


« Avant de partir, veuillez écouter ce que Valentine a à vous dire. »


Quelques soupirs se firent entendre, mais tous restèrent silencieux, guettant la fin du discours afin de rentrer au plus vite chez soi.


Une jeune femme, de la vingtaine, s'approcha et monta sur l'estrade. Elle avait apporté avec elle une pile de documents qu'elle comptait distribuer aux élèves. Elle n'était qu'une assistante de langue anglaise dans ce collège, mais ayant le contact facile avec les jeunes gens avec lesquels elle travaillait, les professeurs lui faisaient très souvent confiance pour prendre en charge quelques portions des cours, parfois pour son plus grand malheur.

Elle réajusta quelque peu sa veste couleur chocolat, et posa son regard bleu-vert pétillant sur l'assemblée qui se tenait devant elle.


« Nous avons convenu, Mme Bustier et moi-même, de vous faire faire un exercice de présentation orale en binômes. Nous avons une liste de thèmes, et parmi ceux-ci vous pourrez choisir le sujet de votre exposé. Les consignes sont détaillées dans les polycopiés que j'ai là. »


Elle prit la première feuille qui lui venait sous la main, et commença à énoncer les différents choix qui se proposaient aux élèves. Une mèche ondulée tomba sur ses yeux, elle la balaya d'un revers de main pour la ramener avec ses semblables dans sa queue de cheval basse reposant sur son épaule droite.


« Si vous avez la moindre question, n'hésitez pas à en parler à votre professeur, ou bien à moi. Je serai la responsable de la validation du sujet ; si je considère que vous ne pourrez trouver suffisamment de sources, je vous aiderai à réfléchir à un autre. »


La classe se leva, et commença sa lente marche vers la porte d'entrée de la salle. Chaque élève se saisit de ce qui lui était donné, certains le gardant à la main, d'autres le rangeant immédiatement dans leur sac, plus ou moins correctement. Elle garda son regard posé sur deux adolescents marchant non loin l'un de l'autre – les deux seuls dont elle avait retenu le nom, le prénom, la classe et l'adresse.


Marinette Dupain-Cheng, et Adrien Agreste.


*


« Sérieux, c'est quoi cette idée de présentation orale ? grommela un des collégiens, un jeune garçon au teint mat, en revissant sa casquette rouge sur ses cheveux bruns. L'annoncer à la fin du cours en plus, c'est abusé, on peut poser aucune question avant la semaine prochaine. Elle est reloue l'assistante.

– On y peut rien si le cours a été très rempli, soupira une jeune fille aux lunettes à la monture noire. En tout cas, on peut dire qu'on a une carte quasi blanche sur le sujet. »


Cette jeune fille se nommait Alya Césaire, et était la petite-amie du collégien qui avait exprimé son mécontentement juste avant, dont le nom était Nino Lahiffe. Elle posa ses mains sur ses larges hanches, et afficha un large sourire, faisant tressaillir le grain de beauté qui logeait près de sa bouche. Sa chevelure brune aux reflets roux s'agita sous une légère brise, et son regard pétillait d'excitation, puisqu'une nouvelle idée venait de germer dans son esprit.


« Qu'est-ce que tu as prévu de présenter toi, Marinette ? »


Sa question était adressée à sa meilleure amie, et camarade de classe. Celle-ci, quelque peu perdue dans ses pensées, la regarda avec de grands yeux bleus ébahis, et bégaya quelques mots, avant qu'Alya ne répétât sa question.


« Je pensais à choisir la Chine, la province de naissance de mes grands-parents, souffla-t-elle. Mais j'étais pas trop sûre...

– Toi aussi ? Je pense avoir entendu Adrien évoquer la Chine aussi ! »


La brunette afficha un large sourire, en voyant le visage de son amie s'illuminer d'espoir ; elle avait un béguin sans pareille pour son camarade de classe, un blondinet aux yeux verts, fils d'une riche famille. Son père était le célèbre Gabriel Agreste, un créateur de mode réputé dans le monde entier, et Adrien en était l'égérie. Ils étaient dans la même classe, c'était un miracle qu'il pût se rendre au collège ; étant donné la prestance de sa famille, il paraissait improbable qu'il allât dans un établissement public. Pourtant, il était là. Et si leurs vies étaient bien différentes, ils avaient, lui et Marinette, quelques points communs ; si Marinette avait des origines chinoises, lui prenait des cours, et parlait le mandarin de manière très fluide. Et bien qu'ils l'ignorassent mutuellement, tous deux avait un secret inavouable à qui que ce fût.


« Tiens, quand on parle du loup, sourit Nino, on en voit la queue. »


Se retournant, elle vit l'objet de son désir d'adolescente arriver en haut des marches du perron du collège, toujours aussi beau à ses yeux qu'un coucher de soleil sur la plage un soir d'été. Elle vit aussi Alya se précipiter vers lui, avant même qu'elle ne pût réagir.


« Eh, Adrien, lança-t-elle en toute désinvolture, tu sais ce que tu vas prendre comme sujet pour ton exposé ?

– Je ne sais pas, je n'ai pas encore réfléchi.

– Tu penses pas que la Chine ce serait intéressant ? Tu pourrais dire quelques trucs en chinois, en plus !

– Si tu le dis, répondit le blondinet, gêné et pris au dépourvu.

– En plus Marinette a des idées de sujet ! Elle aussi va bosser sur la Chine ! Vous pourriez faire un binôme !

– D—D'accord, » souffla-t-il.


Ce n'était pas qu'il n'appréciait pas Alya, loin de là, mais Adrien avait parfois du mal à la suivre. Elle était toujours pleine de vie, et d'un enthousiasme inégalable. À peine leur discussion terminée, elle s'était enfuie pour rejoindre son groupe – c'est-à-dire Nino et Marinette. Il vit d'ailleurs celle-ci s'offusquer de quelque chose, avant de reprendre un air normal lorsqu'il les rejoignit.


« Alya m'a parlé de ton idée, fit Adrien avec un large sourire qui fit fondre le cœur de Marinette, qui voyait en lui bien plus qu'un simple camarade de classe. Je pense qu'on peut faire un bon exposé, je pourrais même demander de l'aide à mon professeur de chinois si on a besoin !

– C'est super ! Ça te dit de commencer à réfléchir ce week-end ? On lui présentera lundi notre idée, et si elle accepte on pourra rapidement s'y mettre !

– Maintenant que j'y pense, interrompit Alya en affichant un air songeur, il n'y a pas exam lundi ? Compréhension écrite ou je sais plus quoi... »


Tous affichèrent une mine agacée au souvenir de l'épreuve qui les attendait.


Cependant, lorsqu'ils se dirent au revoir, chacun prenant la direction de son chez-lui, Marinette ne put retenir un petit sourire.


Elle allait pouvoir travailler sur un projet avec Adrien... Le week-end s'annonçait si bien.


*


Le lendemain, une akumatisation changea les plans de la jeune fille. Elle entendit les infos à la radio évoquer un énième monstre attaquant la ville et semant le chaos.

Sitôt eût-elle connaissance de l'information qu'elle interpella sa camarade, Tikki.


Tikki était un kwami, une créature divine enchâssée dans le bijou que portait Marinette, nommé Miraculous. Celui que possédait la jeune fille prenait la forme de boucles d'oreilles rouges, et servaient de réceptacle lorsqu'elle se transformait en héroïne. Tikki avait une apparence pour le moins particulière ; à peine plus grande qu'une main, sa tête ronde équivalait à la moitié de la totalité de son corps rouge, et trois taches rondes et noires l'ornaient sur le front et les côtés. Deux antennes partaient de l'arrière de sa tête et s'élançaient sur les côtés ; elle ressemblait de loin à une coccinelle – c'était après tout l'animal représenté par le Miraculous auquel elle était rattachée. Elle fixa Marinette de ses grands yeux bleus, et la pressa de se transformer afin de mettre fin à la menace dont il était question.


Une simple formule banale permit à la jeune collégienne de se changer en l'héroïne protégeant Paris : Ladybug. Son pouvoir de création, accordé par le bijou magique, l'avait aidée à de nombreuses reprises, et cette fois-ci n'en fit aucunement exception. Elle avait retrouvé Chat Noir en cours de route, et ensemble ils avaient vaincu leur ennemi. À la fin de leur combat, alors que leurs bijoux – les boucles d'oreilles de Ladybug et la bague de Chat Noir – brillaient et signalaient d'un avertissement sonore que leur temps de transformation était presque écoulé, il lui prit la main et lui demanda un rendez-vous à la fin de la journée, une heure plus tard.


Ce fut une erreur, puisque le rejet – qui devait être violent, au vu de la noirceur de son cœur lorsqu'elle l'eût retrouvé alors qu'il était possédé par le Papillon – de la jeune fille mena, sans qu'elle ne le sût, une jeune femme à essuyer la perte d'un être cher.


Cette jeune femme n'était autre que Valentine Leclerc, une étudiante en licence LEA – Langues Étrangères Appliquées – qui devait retrouver ce jour-là son père pour un rendez-vous privilégié. L'horreur de la découverte du corps sans vie de ce dernier la plongea dans un tel désarroi que son cœur se referma sur lui-même.


Mais cela, Ladybug et Chat Noir – ou plutôt, Marinette et Adrien – l'ignoraient.


Et le week-end passa en un clin d’œil. Bientôt, lundi arriva. Leur examen eut lieu. Marinette, hantée par ce qui s'était passé avec Chat Noir n'avait pas pu se concentrer sur ses révisions. Son kwami avait beau avoir tenté de la réconforter, elle n'avait pas pu fermer l’œil du week-end, la scène tournait en boucle dans son esprit. Elle était si préoccupée par ses problèmes qu'elle ne remarqua pas que, situé à la place juste devant la sienne, Adrien avait lui aussi de grosses cernes sous les yeux.


Lui non plus n'avait pas dormi. Il avait passé le reste du week-end à ruminer. S'il avait tenté de révéler son identité à Ladybug, c'était par pur amour pour elle. Il ignorait qui elle était, mais il lui faisait confiance aveuglément. Son kwami, nommé Plagg – une sorte de chat noir à l'apparence similaire à celle de Tikki, ainsi qu'aux longues antennes partant du sommet du crâne, – l'avait sévèrement réprimandé pour ses actes, mais cela lui importait peu. Tout ce qui le préoccupait était les paroles prononcées par sa belle inconnue. Allait-elle l'ignorer désormais ? Lui en voulait-elle ?


Il rendit sa copie en même temps que la majorité des élèves. Lorsqu'il sortit de la salle, il remarqua que Marinette était affalée sur sa table, un air déprimé durcissant ses traits et son visage juvénile. Elle aussi avait dû passer un sale week-end, songea-t-il, avant de quitter la pièce.


Mme Bustier, ramassant les dernière copies alors que le temps était écoulé, les tendit à son assistante. Valentine voulut refuser, elle n'était pas d'humeur à corriger des devoirs, mais elle accepta tout de même.


Elle s'était juré de faire comme si tout allait bien.


Personne n'avait remarqué ses yeux gonflés et encore un peu rougi.


Personne n'avait remarqué les cicatrices sur son poignet gauche.


Personne n'avait remarqué combien elle était au plus mal.


Lorsqu'elle rentra à son appartement, elle envoya le tas de copies valser sur son bureau, et s'effondra sur son divan. Combien de temps allait-elle devoir tenir ? Cela ne faisait que deux jours, et elle n'avait plus aucune force.

Elle contacta le secrétariat du collège, indiqua qu'elle était malade et qu'elle ne pourrait participer aux cours de cette semaine-là. Elle prévint son amie et camarade de classe qu'elle ne pouvait pas se rendre à l'université. Elle envoya cependant un message à sa professeur référente au sein de l'établissement scolaire qui l'employait pour la prévenir qu'elle corrigerait les devoirs qui lui avaient été confiés, peu importait le temps que cela prendrait. Ce n'était pas urgent, lui répondit-on, les notes ne compteraient peut-être même pas dans la moyenne. Alors elle pouvait prendre le temps qu'il lui fallait.


Ce soir-là, encore, elle eut une autre pulsion. Elle ne mangea rien au dîner, ne but absolument rien de plus. Elle se contenta de fixer le vide, assise sur le rebord du lit, quelques gouttes de sang perlant des coupures que les lames de rasoir avait creusées sur son poignet.

Elle s'endormit, ce soir-là, en pleurant. Les draps devinrent humides sous les larmes et les reniflements de la jeune femme, alors qu'une mince tâche de sang s'élargissait peu à peu.


Si seulement elle n'avait pas à vivre avec cet horrible sentiment...


*


« Salut, ça fait un petit moment qu'on ne s'est pas vu. Ça te dirait d'aller boire un verre un de ces prochains jours ?

Je suis malade, alors je ne peux pas sortir.

C'est pour ça que je ne te vois plus ! C'est grave ?

Non, ça ira rapidement mieux.

Envoie-moi un message si tu veux qu'on se retrouve dans un contexte plus privé.

Je verrai ça. »


*


Dans son petit appartement décoré avec des influences asiatiques, un vieil homme frémit.


Quelque chose de terrible arrivait. Une forte menace, comme il en avait – par chance – rarement senti.


Mais cette fois, il ne pourrait rien y faire.


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* 『生きてくのが面倒なら 死んじまうのも面倒だ

曲を作るのも面倒だ 世界中みんな面倒だ』


「ポルノ映画の看板の下で」 - amazarashi


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