Annexes : D'Eau et de Feu

Chapitre 11 : Ardente : Partie 3

3037 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 01/11/2026 20:58



Lorsqu’elle ouvrit les yeux, les deux demi-lunes éclairaient le ciel et le camp silencieux. Seul le chant des grillons résonnait dans l’air encore chaud. 


Sans un bruit, elle se leva et poussa légèrement Azur de la patte pour le réveiller. 


  • Réveille-toi, c’est l'heure. 


  • Hummm ? Fit le dragon, ensommeillé. 


Évidemment… je devrais peut-être le laisser ici… 


Alors qu'elle s’apprêtait à se retourner, un sentiment de culpabilité lui serra le cœur. 


Elle poussa un profond soupir puis rapprocha son museau des oreilles d’Azur. 



  • Allez le feignant, lève-toi, il est temps de passer à l'action. Dit la dragonne d’un ton ferme. 


Un sourire niais apparut sur le museau d’Azur, puis il ouvrit un œil. 


  • En fait, je te charriais, ça fait un moment que je suis réveillé. 


Ardente cracha un petit nuage de fumée par ses naseaux et lui donna une tape derrière le crâne, lui enfonçant le museau dans le sable par la même occasion. 


  • Ce n'est vraiment pas le moment de plaisanter, idiot. 


  • Au contraire, c’est dans ce genre de moment qu'il faut savoir se détendre. Répondit Azur le plus sérieusement du monde. 


Il se leva d’un bond, et attrapa une sacoche de cuir qu’il avait gardée près de lui. 


  • Qu’est-ce que c’est ? 


  • Des provisions. J’ai été les piquer tout à l'heure, pendant que TU dormais. Je me suis dit que ça leur serait utile pour leur voyage. 


Ardente s’arrêta et fixa son ami, un sourire au coin de la gueule. 


Azur, j’ai vraiment du mal à te cerner parfois. 



  • C'est… une bonne idée. 


  • Tu n’es pas la seule à pouvoir prendre soin des autres, lui répondit le dragon avec un clin d’œil. 



Il sortit de la tente, laissant Ardente interdite pendant quelques instants. Elle sortit à son tour, et prit la tête du duo qui s’élança en silence au milieu des tentes d'où s’échappaient des ronflements plus ou moins forts. 


Alors qu’ils sortaient par une porte dérobée, Ardente se figea en entendant un craquement non loin de là. Immobile, ses sens étaient en alerte, guettant le moindre bruit suspect ou le moindre mouvement. 


Après un long moment, elle continua prudemment et retrouva Azur qui l’attendait dans l'ombre un peu plus loin. 



  • Ça va ? Demanda-t-il.


  • Oui, oui. Suis-moi. 



Les deux dragons avançaient d’un pas rapide dans les rues obscures, jonglant d’ombres en ombres le plus discrètement possible. 


Alors qu'ils arrivaient à l’angle d'un croisement, Ardente perçut un bruit métallique qui se répétait. Elle s’arrêta et tendit la patte vers Azur pour le stopper. 


Le bruit devenait de plus en plus fort, se rapprochant d’eux. 


Des gardes ! 


D’un geste vif, elle tira Azur par l’aile afin de l'attirer dans un renfoncement plongé dans le noir, et quelques courts battements de cœur plus tard, trois gardes traversèrent le croisement, leur armure cliquetant au rythme de leur pas. 



Ardente suivit des yeux les ombres mouvantes causées par les torches qu'ils portaient. La patrouille s'éloigna tranquillement, sans se douter de leur présence. 


Quand ils furent suffisamment loin, Ardente prit une grande bouffée d'air, sans s'être rendu compte qu’elle avait retenu sa respiration pendant tout ce temps. Elle se tourna vers Azur qui lui fit un sourire victorieux, puis un hochement de tête pour l’inviter à continuer. 




Tous deux reprirent leur route, et après un long moment à parcourir la ville, ils arrivèrent au quartier en ruine. Ardente ralentit le pas à l’approche de la maison où elle avait rencontré Echis hier et Azur l'imita. Elle se tourna vers son ami qui la fixait avec intensité. 


  • Reste ici pour l’instant. Mieux vaut… ne pas brusquer les choses. Dit-elle à voix basse. 


Le dragon hocha la tête, l’expression sérieuse, et s’assit dans le petit jardin entouré d’un mur effondré par endroits. 



Silencieusement, elle s'avança vers l’entrée de la maison, passa la tête par l’encadrement de la porte et fit le tour de la pièce d'un regard. Elle ne distingua que des ombres et de la poussière flottante dans l’air. 


  • Echis ? Appela-t-elle d’une voix basse. 


Elle attendit un moment mais aucun mouvement, aucun bruit le lui parvint. 



  • Gerboise ? Insista-t-elle. 


Un petit bruissement lui parvint du fond de la pièce, elle fit un pas en avant quand un grognement étouffé suivit d'un choc lourd résonna derrière elle. 


Azur ! 


Elle pivota et sortit de la pièce en un bond puissant, atterrissant dans le sable chaud du jardin, ses griffes déployées. Ses yeux se posèrent sur Azur qui gisait immobile au sol, Echis se tenait au-dessus de lui, une poutre noircie dans les griffes. 


  • Qu'est-ce que tu as fait !? Gronda Ardente en se précipitant sur son ami. 


Prenant doucement sa tête dans ses pattes, elle vit à l’arrière de son crâne une bosse enflée. Elle jeta un regard furieux à Echis qui le lui rendit. 


  • Tu nous as trahi ! Voilà exactement pourquoi je ne te faisais pas confiance ! Tu ramènes d'autres soldats pour nous arrêter. 


  • Arrête ta paranoïa idiote ! On est venu vous aider ! 


  • C’est ça oui ! 


  • C’est pourtant vrai ! Tu n’avais pas à l’agresser comme ça ! Il est venu avec moi car il veut se rendre utile. 


  • J'ai encore assez de force pour t’assommer toi aussi. Gronda Echis. 


Ardente se releva lentement, une flamme dans les yeux. Elle fixait la jeune dragonne d’un air de défi. 


  • Essaye pour voir… 


Les deux dragonnes restèrent immobiles, leur regard plongé dans celui de l’autre. 


  • Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda une petite voix derrière Ardente. 


Elle se retourna, et vit Gerboise qui observait la scène avec appréhension. 


Echis jeta avec colère la poutre, et s'avança vers sa sœur. 


  • Prends tes affaires, on s’en va. Nous ne sommes plus en sécurité ici. 


Ardente attrapa la patte d’Echis quand elle passa à côté d’elle. 


  • Attends. Azur a eu une idée, quelque chose qui pourrait tout changer. 


Echis tira brusquement pour se dégager. 


  • Je ne te fais pas confiance, ni à lui. Fit-elle en désignant du menton Azur, toujours étendu au sol. 


  • Et c’est ça ton projet ? Fuir, se cacher, pour le restant de ta vie ? C’est ce que tu veux pour ta petite sœur ? S’emporta Ardente. 


  • Bien-sûr que non ! Mais nous n’avons pas le choix ! Répliqua la jeune dragonne. Je ne peux pas me permettre de faire confiance au premier venu. 


  • Si je voulais que tu sois arrêtée, tu le serais déjà, répondit Ardente, la voix lourde. Je risque ma vie, celle de mon meilleur ami pour vous deux, je te le rappelle. 


  • On ne t’a rien demandé à ce que je sache. 



Ardente soupira, elle s’apprêtait à répondre quand Azur émit un grognement de douleur. 


C’est alors que Gerboise s’approcha de lui, et lui caressa la tête de sa petite patte. 


  • Il a l’air de s'être fait mal, aidons-le Echis. 


La jeune dragonne fit une grimace, regardant sa sœur avec douceur. 


  • Ce n'est pas une bonne idée Gerby. Il est dangereux, ils sont dangereux. On doit partir. 


La dragonnette regarda à nouveau le museau d’Azur. 


  • Il n'a pas l’air dangereux pourtant. 


  • Gerby… 


Azur battit des paupières, puis ouvrit à demi ses yeux. Il les posa sur Gerboise, et lui fit un sourire tordu. 


  • Ils… recrutent très jeunes les médecins maintenant… dit le dragon d’une voix peu assurée. 


La petite lui sourit, et se tourna vers sa sœur. Cette dernière leva les yeux au ciel puis s’approcha d’Azur pour le soutenir en se glissant sous une de ses ailes. Sans un mot, Ardente se plaça de l'autre côté et toutes deux guidèrent le blessé qui avançait d’un pas chancelant. 



Une fois rentrées dans la pièce, les deux dragonnes aidèrent Azur à s’allonger. Echis s’écarta d’eux et attira sa sœur jusqu'à elle, surveillant les deux nouveaux venus. 


Azur se frotta l’arrière du crâne, grimaça et tourna un regard penaud vers Ardente. 


  • Ouch. Il s’est passé quoi au juste ? 


  • Elle t’a cogné la tête avec une poutre, répondit froidement Ardente en jetant un regard en biais à la jeune dragonne. 


Echis leva le menton et replia ses ailes contre ses flancs. 


  • Et je ne regrette rien. 


Azur la regarda quelques instants, puis posa ses yeux sur Gerboise qui était assise auprès de sa sœur. 


Il eut un petit sourire et fixa Echis. 


  • Ce n'est pas grave, je comprends. 


La dragonne sembla surprise puis détourna le regard. Ardente l’attrapa par une corne et inspecta la bosse qui semblait grandir de minute en minute. 


  • On était quand même venus pour elles. Et elle t’assomme…grommela-t-elle.


Azur prit la patte d’Ardente et plongea son regard dans le sien. 


  • Ardente… tu sais qu’elle n’a fait que protéger sa sœur. 


Je sais… 


L’Aile du Ciel ne répondit rien, mais glissa un regard vers Echis. 


  • Bon… déjà on voulait vous amener ça. Finit par dire Ardente en tendant la sacoche en cuir remplie de nourriture. Et… Azur a entendu quelque chose qui pourrait vous aider. 


Le dragon s'assit en chancelant légèrement, se secoua la tête comme pour se remettre les idées en place puis se tourna vers Echis. 



  • Il y a quelque temps, j'ai entendu parler d'un groupe qui se battait pour que les hybrides soient mieux traités. Du coup, je me dis que si vous réussissiez à trouver ce groupe, ils pourraient vous aider. 


Cela sembla piquer l’intérêt de la jeune dragonne qui se redressa légèrement, et le fixa en tentant de garder le museau fermé. Cependant, ses yeux trahissaient sa curiosité. 


  • Et… il est où ce groupe ? Ici ? Demanda-t-elle. 


  • Non, en tout cas, pas que je le sache. Celui qui m’en a parlé disait qu'il avait rencontré un de ses représentants au Repaire du Scorpion. Ils s'appellent les Deux-Griffes. 


Echis parut déçue, elle baissa la tête et se concentra sur les grains de sable entre ses griffes. 


  • C’est… c'est trop loin. Trop dangereux. On ne pourrait pas faire le voyage. 


Elle n’a pas tort, il faut trouver une autre solution. C’est trop dangereux pour Gerboise, et Echis a besoin de force pour tenter un tel voyage. 



  • Et si on vous escortait ? Proposa Azur. 


Ardente le regarda, agacée. 


  • Tu crois vraiment que le commandant nous laisserait partir comme ça ? Tranquillement ? On demande une semaine de vacances ? Visiblement elle t’a cogné plus fort que je ne le croyais.


  • Bien sûr que non, c’est pour cela qu'on ne lui demandera pas la permission. Répondit Azur, le plus sérieusement du monde. 


  • Azur… cela nous condamnerait à mort. C'est le sort des déserteurs. Nous serions traqués toute notre vie, c’est vraiment ça ce que tu veux ? 


  • Et toi ? Répondit simplement le dragon. 


Ardente, surprise, recula de quelques pas et s’assit, fixant ses griffes. 


Tout quitter ? Du jour au lendemain, pour un futur aussi incertain… 


  • Je… je ne pourrais pas Azur… 


  • Si. Tu le peux. Tu peux tout faire, pas juste être soldate. C’est l’occasion d’enfin vivre nos vies comme nous l’avons toujours voulu. J’en ai marre de suivre des ordres absurdes… pas toi ? 


Mais j'ai toujours connu les ordres ! La hiérarchie, c’est simple, ils ordonnent, j’exécute. Ça je sais faire, je peux contrôler… mais tout ça… 



  • Si… répondit-elle finalement sans même le vouloir. Mais, comment faire ? 


  • On part là, maintenant. Dit Azur en se tournant vers les deux sœurs. Vous pouvez être prêtes dans combien de temps ?


  • Un instant. Nous n'avons même pas donné notre accord ! Ce voyage est périlleux, je ne suis pas convaincue que ça en vaille la peine surtout qu'on ne sait même pas si ces rumeurs sont vraies ! 


  • Elle n’a pas tort. Et si on prenait tous ces risques pour rien ? S’interrogea Ardente. 


  • Et bien, on trouvera d'autres solutions. Mais quoi qu'il en soit, c’est maintenant ou jamais… pas sûr qu’on puisse ressortir sans qu’ils nous repèrent. 


Un grincement résonna derrière eux, au niveau de la porte. 


  • C’est déjà trop tard pour ça. Répondit une voix moqueuse. 


Ardente et Azur se retournèrent, puis se figèrent. Leur commandant se tenait dans l’encadrement de la porte, un sourire ravi sur le museau. 


Le sang d’Ardente gela dans ses veines, elle avait le souffle coupé. 


Ils nous ont suivis ! 


Echis cacha Gerboise derrière son aile, tentant de paraître intimidante. Mais le commandant balaya la pièce du regard avec dédain. 


  • Alors c’était donc ça. Deux soldats et deux vermines. Bon, on va régler ça rapidement. Gardes ! Tuez les hybrides et attrapez ces deux déserteurs ! 



Soudainement, deux dragons surgirent de l’ombre, au milieu des poutres calcinées de ce qui restait du toit. L’un d'eux sauta sur Azur et le plaqua au sol, et l’autre s’approcha d’Echis et de Gerboise. 


Ardente se cabra pour sauter sur celui qui retenait Azur, mais au dernier moment, une patte la saisit par la queue et la tira en arrière. Le commandant la prit par le cou et la plaqua contre le mur, plongeant son regard méprisant dans ses yeux. 


  • Tu me déçois, Ardente. J'ai toujours cru que tu avais le potentiel pour être une bonne chef, mais ta compassion a pris le pas sur ta loyauté. 


Une bouffée de rage l’envahit puis d’un mouvement leste, elle abaissa ses pattes avant et frappa de toutes ses forces au niveau du torse de son attaquant. Sous la violence du choc, il eut le souffle coupé et recula légèrement. Elle fit un mouvement pivot et balaya le sol de sa queue, faisant lourdement tomber le commandant au sol, puis d’un même geste, elle ferma son poing et le propulsa dans la mâchoire du dragon, qui s'effondra au sol. 



Quand elle releva la tête, elle remarqua qu’Echis tenait en respect le garde qui l’attaquait dans un coin de la pièce, et Azur avait repoussé son assaillant. Elle se précipita vers son ami et donna un violent coup d’épaule au garde, qui se cogna contre le mur adjacent. Il se releva péniblement, et se plaça face à Ardente et Azur. 


Au même instant, un troisième garde atterrit dans la pièce. Il remarqua Gerboise qui s’était tapie dans un coin et s’approcha d’elle. 



Alors qu’Ardente plaqua le garde qu’ils affrontaient contre le mur, Azur tentait de lui bloquer les griffes. Dans la lutte, le garde réussit à donner un grand coup de griffes au cou d’Azur qui recula en sifflant de douleur. C’est alors qu'il remarqua le garde qui s’approchait de Gerboise, sans hésiter, il pivota sur lui-même et se jeta sur lui, toutes griffes dehors. 



Echis réussit à arracher un morceau de poutre noircie, puis, alors que son adversaire se jeta sur elle, elle s’écarta vivement et abattit le morceau de bois sur le crâne du dragon, qui s’écroula au sol, sonné. 



Ardente qui tentait encore de contenir le garde contre le mur, ce dernier se débattant à l’aide de ses griffes et de ses crocs, grogna de colère puis, attrapa la tête du dragon par les cornes et cogna de toutes ses forces sa tête contre le mur de pierre. Avec un craquement, le dragon s’affala au sol à son tour. 




Il ne restait plus qu’un seul garde, il était déjà couvert des griffures qu’Azur lui avait infligées quand, Echis et Ardente rejoignirent le combat. Le garde resta debout, à fixer les trois féroces combattants qui se tenaient face à lui. Il cracha au sol avec dégoût. 


  • Traîtres ! 


Il recula jusqu'au corps du commandant et le traîna à l’extérieur de la maison. 



  • Ils vont faire venir des renforts, il faut partir, maintenant. Aboya Ardente. 


Echis, à bout de souffle, s'éclipsa dans la pièce du fond et revint quelques instants plus tard avec un sac en toile. 


  • On y va. Dit Azur. 


Ardente décolla la première et sortit par le toit en ruine, suivie par Azur. Tous deux restèrent à faire du surplace pour observer les environs. Il n'y avait rien ni personne. 


Echis et Gerboise les rejoignirent et les quatre dragons prirent de l’altitude et pivotèrent en direction du désert éclairé par la lumière des lunes. 













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