Annexes : D'Eau et de Feu
Chapitre 2
Les lunes éclairaient le ciel nocturne ; il devait être le milieu de la nuit. Ardente était allongée et fixait le feu crépitant, son esprit refusant de se reposer.
Pourquoi je n’arrête pas de penser à cette dragonne ! J’ai fait ce que j’ai fait, je ne peux rien faire de plus.
Mais quelque chose au plus profond d’elle ne cessait de croître depuis leur rencontre. Elle sentait un poids peser sur son estomac.
Elle posa ses yeux sur Azur qui dormait paisiblement à côté d’elle, son museau balafré impassible.
Je devrais peut-être le réveiller ? Lui parler de tout ça ?
Tendant la griffe vers Azur, elle arrêta soudainement son geste.
Non… il a déjà assez risqué sa vie…
Après un moment d’hésitation, elle se leva aussi silencieusement qu’elle le pouvait, prit un sac rempli de provisions qui traînait dans le coin de leur tente et, après un dernier regard vers Azur, s’éloigna discrètement.
Les soldats ayant quartier libre après leur service, elle put sortir facilement du camp pour se faufiler dans les rues désertes et sombres.
D’un pas rapide et décidé, elle se dirigeait vers l’allée où elle avait attrapé la dragonne. Après des années à parcourir cette ville, elle en connaissait les moindres recoins.
Arrivée sur place, elle s’arrêta et regarda dans la direction où elle était partie.
Où a-t-elle pu aller se planquer… Elles sont deux, hybrides, hors-la-loi… donc… elles sont dans un endroit caché et relativement sûr.
Pendant qu’elle faisait les premiers pas, elle énumérait dans sa tête les différents lieux possibles.
Trop dangereux, là-bas… trop de patrouilles dans la partie ouest, elle doit sûrement rester près du marché pour disparaître facilement… je sais ! Le quartier des maisons brûlées !
Elle accéléra le mouvement en direction d’une zone qui, il y a quelques mois, avait été ravagée par le feu après une dispute entre deux Ailes de Sable. Plusieurs maisons avaient brûlé et les habitants avaient déserté les ruines. C’est l’endroit idéal !
Alors qu’elle arpentait une longue avenue déserte que les habitants avaient couverte d’une longue toile finement assemblée afin de les abriter du soleil, elle se souvenait de la chaleur étouffante du feu lorsqu’ils avaient été déployés pour l’éteindre.
Plusieurs croisements plus tard, elle arriva dans la zone sinistrée ; certains murs encore noircis semblaient disparaître dans la nuit sombre.
Lentement, elle inspecta la première maison dont il ne restait qu’une simple poutre brisée et noire de suie plantée au centre. Elle passa à la seconde, guettant chaque bruit suspect.
Elle continua ainsi jusqu’à l’avant-dernière bâtisse. Cette fois, hormis l’encadrement de la porte, les autres murs en pierre avaient tenu, mais le toit avait disparu. Elle entra dans le terrain et s’approcha de l’entrée quand un grincement se fit entendre de l’autre côté du mur.
Elle retint sa respiration, ses muscles tendus à se rompre, et, pas après pas, s’approcha de l’entrée. Avec précaution, elle passa sa tête dans l’encadrement de la porte et regarda à l’intérieur. Quasiment toute la pièce centrale était plongée dans le noir par l’ombre du bâtiment d’à côté. Elle plissa les yeux, mais ne distingua aucun mouvement.
Posant une griffe sur le sol de la pièce, elle grimaça quand le bois en partie calciné grinça légèrement. En un instant, une ombre sortit de l’angle de la pièce et se jeta sur elle. Les deux adversaires roulèrent sur le sol en grognant et sifflant, brisant plusieurs planches en bois qui dépassaient du sol.
Ardente était toujours en pleine mêlée avec son assaillant. Elle n’arrivait pas à voir suffisamment pour distinguer son environnement, ni qui l’attaquait. Les deux dragons roulèrent dans la pièce sombre et, soudain, Ardente sentit un mur contre son dos.
Prenant appui dessus à l’aide de son dos, elle poussa de toutes ses forces avec ses puissantes pattes, envoyant le dragon s’écraser contre le mur à l’autre bout de la pièce.
La violence du choc fit vibrer ce qu’il restait de la bâtisse et une pluie de poussière tomba autour d’eux. Ardente se releva en même temps que l’inconnue. Au même moment, un gros nuage termina sa traversée du ciel nocturne et un rayon de lune éclaira son visage : l’Aile du Ciel reconnut la voleuse.
Cette dernière secoua la tête et leva ses yeux bruns vers elle, furieuse.
- Stop ! Calme-toi !
- Qu’est-ce que tu fiches ici ? Pourquoi tu m’as suivie ? Tu as changé d’avis, finalement ? demanda la jeune dragonne, ses griffes déployées.
Ardente s’assit et leva ses pattes en signe d’apaisement.
- Non. Je ne suis pas là en tant que soldat.
La dragonne inspecta Ardente du bout de la queue jusqu’à ses ailes, l’air méfiante.
- Alors quoi ?
L’Aile du Ciel ramassa la sacoche qui était tombée pendant leur lutte et la lui envoya.
Avec prudence, elle ramassa le sac et l’ouvrit. Ses yeux s’agrandirent devant la quantité de nourriture qui s’y trouvait. Elle releva la tête vers Ardente, surprise.
- C’est quoi ça ?
- C’est pour ta sœur et toi, répondit l’Aile du Ciel.
- Pourquoi ? Qu’est-ce que ça peut bien te faire qu’on ait faim ? On ne se connaît même pas.
Ardente poussa un soupir et baissa les yeux vers ses griffes, la queue balayant des débris calcinés éparpillés partout.
- Je… J’en sais rien. Je ne sais pas pourquoi… j’ai juste pris ce sac et… je me suis dit qu’il vous serait plus utile qu’à nous.
La dragonne regarda vers l’entrée, semblant s’attendre à voir une armée débarquer.
- Je suis venue seule, tu n’as rien à craindre de moi, la rassura Ardente.
- S’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est que rien n’est gratuit en ce monde, répondit la dragonne, l’air méfiante.
- Pourtant je t’ass…
- Echis ? dit une petite voix provenant de la pièce derrière la dragonne.
Cette dernière se redressa, déployant ses ailes pour cacher la pièce aux yeux de l’Aile du Ciel.
- Echis ? Ça va ?
- Oui. Ne reste pas là ! Cache-toi ! s’empressa de répondre la dragonne en gardant Ardente dans son champ de vision.
- J’ai faim… répondit la petite voix…
Les deux dragonnes restèrent immobiles, les yeux dans les yeux.
- Écoute, je comprends ta méfiance, mais je te jure sur ma vie que je suis venue seule et uniquement pour aider. Il y a de l’eau et des vivres, suffisamment pour vous deux.
La jeune dragonne regarda le sac, puis Ardente… avant de s’asseoir et de rabattre ses ailes contre ses flancs. C’est à ce moment-là qu’Ardente réalisa combien elle était maigre.
Pourquoi je ne l’ai pas remarqué avant… j’aurais dû amener plus de vivres.
Une petite tête d’un jaune tirant sur le rouge pâle passa son museau dans l’encadrement de la porte.
- C’est bon ? Vous êtes plus en train de vous disputer ?
- Non… viens, Gerboise… dit la dragonne en levant son aile pour l’accueillir.
Une dragonette d’à peine deux ans sortit de la pièce du fond. Elle avait tout de l’apparence d’une Aile du Ciel, hormis sa couleur extrêmement pâle.
Elle regardait Ardente avec peur, mais s’approcha et se réfugia sous l’aile de sa sœur. Cette dernière fit glisser le sac jusqu’à la petite.
- Tiens, mange ma grande.
Sans demander son reste, la dragonnette commença à manger avec un appétit farouche.
- Alors… toi, c’est Echis, hein ? demanda Ardente d’une voix hésitante.
- Oui. Et elle, c’est Gerboise.
- Et toi, tu t’appelles comment ? demanda la dragonnette entre deux bouchées.
- Moi, c’est Ardente, répondit-elle en lui souriant.
Un long silence pesant s’installa. Ardente, mal à l’aise, se mit à observer la pièce. C’était sale, une odeur de bois pourri envahissait l’atmosphère.
- Donc vous vivez ici ?
- Ici, puis à d’autres endroits. On essaie de ne pas rester trop longtemps au même endroit.
- Et ça fait longtemps que… que vous…
- Que nous sommes seules ? Deux ans et demi. Notre mère est morte avant l’éclosion de Gerboise, dit Echis en posant sa patte sur la tête de sa sœur.
- Je vois…
Deux ans et demi qu’elles se débrouillent seules ? C’est dingue, ça.
Un respect sincère pour Echis commença à naître dans l’esprit d’Ardente. Elle observa la jeune dragonne couver du regard sa sœur comme si elle était le plus grand trésor du monde.
- C’est quoi vos plans pour la suite ? Je peux vous apporter des provisions de temps en temps si vous le voulez.
Echis plissa les yeux vers Ardente, cherchant à lire à travers ses écailles.
- Non merci. On n’a pas besoin de votre charité, on sait se débrouiller seules.
- En volant ? C’est ça l’idée ? Jusqu’à ce que tu te fasses rattraper et enfermer, voire pire ? Et qu’arrivera-t-il à ta sœur après ? répondit froidement Ardente.
Cela sembla perturber Echis, qui bafouilla quelques instants avant de se taire et de regarder de nouveau sa sœur, une lueur d’inquiétude dans les yeux.
- Je… je ne peux pas faire autrement… finit-elle par avouer.
Il faut trouver une solution plus pérenne, mais laquelle ? réfléchit Ardente…
Elle leva les yeux vers le ciel qui commençait à prendre des couleurs pastel.
Faut que je rentre au camp rapidement.
- Bon… laisse-moi réfléchir. Je reviens ce soir. Promets-moi que vous serez ici, dit Ardente d’un ton pressant en fixant Echis.
- Je ne promets rien. Je n’ai toujours pas confiance en toi.
Avec un soupir résigné, l’Aile du Ciel se leva puis secoua ses ailes pour se dépoussiérer.
Bon, bah, je vais m’en contenter, je suppose.
Elle jeta un dernier regard vers les deux sœurs et sourit à Gerboise qui lui faisait des signes de la main, la bouche pleine de viande séchée. Puis elle sortit du bâtiment avant de courir à toute vitesse vers le camp.
Peu de temps après, elle entra dans leur camp où seuls quelques dragons particulièrement lève-tôt se préparaient pour la journée. Elle se glissa dans la tente où Azur dormait tranquillement.
Alors qu’elle s’asseyait pour reprendre son souffle, son ami ouvrit ses yeux et bailla.
- Bonjour.
Elle sursauta et se tourna vers lui.
- Ah, euh… salut. Alors, tu te sens mieux ?
- Moui… encore un peu mal mais ça passera, j’ai connu pire.
- Tant mieux… je suis tellement désolée…
- C’est rien. Bon, j’ai un p’tit creux, moi !
Il pivota vers le fond de la tente en tendant sa patte, puis arrêta son geste.
- Tiens ? Où sont nos provisions ?
- Euh… elles… elles ne sont pas là ? Tu les as peut-être déjà dévorées.
Azur se tourna vers Ardente et la regarda d’un air mystérieux.
- Cela a quelque chose à voir avec ton expédition nocturne en solitaire ?
La dragonne tressaillit puis fit face à son ami qui la regardait avec un air sérieux qu’elle ne lui connaissait pas.
- Ne sois pas si surprise, je t’ai vue partir cette nuit… sans parler du fait que tu as des traces de suie un peu partout sur toi… tu t’es rendue dans l’ancien quartier ? Comme je t’ai dit, j’ai confiance… mais, si tu as des ennuis, j’aimerais être au courant. Je veux t’aider, Ardente.
- C’est plus compliqué que ça.
- Si tu le dis, mais on forme un duo, alors si tu en as besoin, tu as mon aide.
Je devrais lui dire…
- C’est…
- La voleuse que tu as attrapée hier ?
- Oui… ce n’est pas aussi simple qu’une voleuse lambda. Je crois que… j’aimerais l’aider, les aider… mais j’ignore comment.
- Raconte-moi, deux cerveaux valent mieux qu’un, même si c’est le mien, plaisanta Azur.
Elle s’assit et planta ses griffes dans le sable chaud.
- La voleuse d’hier, elle s’appelle Echis. Si elle a volé, c’est pour sa petite sœur. Ce sont des hybrides, et elles sont seules. Et… et je ne sais pas pourquoi, mais j’ai ce… besoin… de les aider.
Observant la réaction d’Azur, elle fixa ses yeux qui étaient perdus dans le vague. Après un silence interminable, il se secoua la tête.
- Ok… bon, je résume. Tu t’es prise d’affection pour deux hybrides inconnues, et là, tu cherches comment les aider. J’ai bon ?
Ardente poussa un soupir d’exaspération et se mit à griffer le sable, comme s’il cachait la solution.
- Oui, et ça m’énerve, ça m’énerve car je ne sais pas pourquoi je veux ça, ça m’énerve car je ne sais pas comment résoudre ce problème, ça m’énerve car ça te met en danger, ça les met en danger, et moi aussi. Et ça me rend folle !
Quand elle releva le museau, elle tomba sur les yeux rieurs d’Azur qui la fixait en souriant.
- Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Car je sais exactement pourquoi tu fais ça. Sous cette carapace de fer, enfouie dans ton cœur de pierre, se cache la dragonne que je vois tous les jours, même si tu essaies de la cacher. C’est elle qui te rend folle.
Il est sérieux ?
- Arrête…
Azur haussa les épaules l’air de rien mais sans s’arrêter de sourire.
- C’est pourtant vrai.
Un long silence s’installa entre eux, Ardente le fixant avec intensité, cherchant à savoir s’il pensait ce qu’il disait, quand la dragonne remarqua le bruit à l’extérieur de leur tente qui s’intensifiait.
- Bon… parlons-en plus tard. Il faut nous préparer, dit Ardente en soupirant.
Elle s’écarta pour aller chercher son équipement pendant qu’Azur restait assis quelques instants à fixer le sable entre ses griffes.
En quelques instants, elle avait revêtu son armure et attrapé sa lance avant de sortir de la tente et d’attendre Azur. Peu de temps après, il sortit à son tour en boitant légèrement, ce qui raviva la culpabilité d’Ardente.
- Allez, voyons voir notre affectation d’aujourd’hui, dit Azur en marchant aux côtés de son amie.
- Ça va aller avec ta patte ?
- Oui. J’ai connu pire, rappelle-toi l’incident avec la lance, quand on était petits, gloussa Azur.
Ardente ne put s’empêcher de pouffer avant de se reprendre.
- Ça, je ne risque pas de l’oublier, j’en ai pleuré de rire pendant des semaines.
- Mon derrière aussi s’en souvient… depuis, je vérifie toujours quand je m’assois.
Tous deux arrivèrent jusqu’à la file d’attente journalière et firent la queue en silence. Une fois leur tour arrivé, le commandant regarda Azur d’un œil inquisiteur.
- J’espère que tu as compris cette fois, Azur.
- Oui, chef. Je vais me reprendre, répondit le dragon.
Ardente vit une petite flamme moqueuse dans les yeux bleu clair de l’Aile du Ciel. Cependant, le commandant sembla satisfait et consulta son parchemin.
- Bien. Aujourd’hui, vous serez en patrouille dans la ville. Mais gare à vous s’il y a un autre incident.
Cette fois, c’est Ardente qu’il fixa, semblant attendre une réaction. Mais elle resta droite et impassible.
- Du vent, fit leur chef.
Les deux dragons ne demandèrent pas leur reste et partirent en direction de la ville.
Une fois qu’ils furent assez éloignés, ils marchèrent côte à côte. Ardente surveillait chaque dragon par les fentes de son casque.
Après un long moment à déambuler dans les rues sinueuses, sans échanger un mot, Azur s’arrêta et se tourna vers Ardente, ses yeux pétillants.
- Suis-moi ! dit Azur en attrapant la patte d’Ardente pour la traîner dans une ruelle adjacente.
- Qu’est-ce qu…
Une fois dans l’ombre de la ruelle, il lâcha et se tourna vers elle, surexcité.
- Mais qu’est-ce qui te prend ? gronda Ardente.
- Je viens enfin de me rappeler ! Il y a quelque temps, j’avais entendu parler d’un groupe par un marchand. Je ne me souvenais plus du reste, mais ça m’est revenu. Ils s’appellent les Deux-Crocs… non, attends… Griffes, les Deux-Griffes. Apparemment, ils luttent pour aider les hybrides. Peut-être qu’ils pourraient les aider ?
Mais oui ! Eux auraient plus de marge pour aider Echis et Gerboise !
- Azur, tu es un génie ! s’enthousiasma Ardente, ravie.
Mais en un instant, son sourire s’éclipsa.
- Mais… comment on les contacte ? Le marchand t’avait dit quoi exactement ?
Azur plissa les yeux pour se concentrer, ses griffes entrant et sortant du sable par réflexe.
- Raaah, je ne me souviens pas de tout. Il… il a parlé du Repaire du Scorpion, il disait qu’un Aile de Sable était là-bas et faisait du bouche-à-oreille à ce sujet, cherchant des hybrides. Mais je ne crois pas qu’il m’ait dit de nom…
Bon, ça reste mieux que rien… je devrais aller en parler à Echis ce soir. Peut-être qu’elle connaît ce groupe ?
- C’est déjà pas mal. Je verrai avec elle ce soir.
- Car tu les revois ce soir ? s’étonna Azur. Une nouvelle expédition nocturne ?
- Oui, pas le choix. Je ne peux pas y aller de jour, elles risqueraient de se faire repérer.
- Bon, on ira cette nuit alors, dit Azur.
- Azur…
- Je sais, je sais. Mais j’aimerais venir avec toi, s’il te plaît.
Elle fixa son ami à l’air déterminé.
J’espère que je ne fais pas une erreur.
- Ok…
Ils passèrent le reste de la journée à patrouiller, calmer quelques disputes et surveiller les quartiers commerçants. Le temps passa rapidement, Ardente n’étant qu’à moitié concentrée tant elle tournait et retournait le problème sous tous les angles.
Si elles partent là-bas, elles doivent trouver ce groupe. Mais par où commencer ? Avec ce que j’ai entendu de cet endroit, elles ne peuvent pas juste débarquer, se présenter comme hybrides et espérer que tous les aideront.
C’est rempli de voleurs, d’assassins et de mercenaires en tout genre. Ils ne feront qu’une bouchée d’Echis et de sa sœur…
Alors qu’ils marchaient dans une des rues principales, à un croisement, ils tombèrent sur leur chef avec son escorte. La dragonne ne les avait pas remarqués ; elle regardait la grande toile qui couvrait la rue, admirant ses couleurs vives et les formes complexes tissées.
- Regarde, dit Azur discrètement en désignant le petit groupe qui s’approchait d’eux.
Ardente sortit de sa torpeur et tous deux s’arrêtèrent en position d’attente réglementaire. La dragonne remarqua un regard rapide et dédaigneux que lui lança leur supérieur en passant, mais il ne leur dit rien et continua sa route.
Le soir venu, Azur et Ardente retournèrent au camp. Elle s’étonna qu’Azur se soit montré aussi calme aujourd’hui.
C’est la sanction ?... Ou autre chose ?
Alors qu’ils arrivaient à leur tente, tous deux commencèrent à retirer leur équipement. Azur s’étira de tous ses membres et s’allongea en soupirant.
- La journée a été loooooooongue.
- Bizarrement, pas pour moi, répondit Ardente.
- Ça, c’est sûr, je ne sais pas où tu étais, mais pas ici. J’ai essayé plusieurs fois de te parler, mais tu étais absente.
- Je sais. C’est toute cette histoire qui me travaille.
- On va trouver une solution. On s’éclipsera au milieu de la nuit, comme tu l’as fait la dernière fois ?
Ardente hocha la tête puis s’allongea à son tour.
- Tâche de dormir un peu, tu veux ?
- Oui, m’dame ! répondit Azur avec un air insolent.
Azur se roula en boule tandis qu’Ardente posa sa tête au sol. Son cerveau épuisé ne tarda pas à s’endormir.