Les fantômes d’Halloween

Chapitre 6 : La chasse aux fantômes

1624 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 31/10/2026 18:25

 Ils ne retournèrent au Terrier que le lendemain. La Meute fut surprise de voir Renard revenir non pas avec deux Henry, mais huit.

Ils expliquèrent le résultat de leur nuit de travail : les échos temporels, le bug de la machine à voyager dans le temps, le portail et ses accessoires — la castazapette et les castatraqueurs, nouveaux venus que la nuit passée au labo avait laissé le temps de construire en plusieurs exemplaires.

— Si je comprends bien, dit Raph, il va falloir trouver tous les fantômes un par un–

— Cinq par cinq, corrigea Henry. Il y a cinq castatraqueurs.

— Cinq par cinq, les attirer jusqu’ici, les zapper, et leur faire franchir le portail ?

— C’est ça.

— Ça va prendre un temps fou… se plaignit le jeune homme.

— On pourrait mettre de la musique, proposa un enfant.

— C’est pas bête ça, approuva Raph.

Les Castafolte se tournèrent vers lui, interloqués.

— En quoi mettre de la musique va-t-il aider ?

— Quand vous êtes partis hier, on a mis de la musique, expliqua Raph. On ne pouvait rien faire en ce qui concernait la présence des fantômes, et la plupart étaient occupés à leurs affaires ; alors on a décidé de reprendre la fête. On a branché la sono prêtée par Francis, et là — Surprise ! — les fantômes se sont mis à danser.

— Ils sont sensibles à la musique ?

— Apparemment.

— Pourquoi ?

— Comment ça « pourquoi ? » Comment je saurais ?

— Je veux dire, comment ? corrigea Henry, et Raph se renfrogna. Le son ne passe pas entre les dimensions, alors comment peuvent-ils réagir à la musique ?

— On s’en fiche, non ? Tant que ça marche…

Un silence suivit, le temps que l’idée fasse son chemin. En quelques minutes, ils avaient un plan.

Renard et Raph iraient dans le passé à la recherche de musique, lecteurs mp3 et enceintes Bluetooth. Entre ce que possédait Raph et ce qu’il pourrait emprunter à ses amis, ils comptaient pouvoir trouver le matériel nécessaire sans rien avoir à acheter.

Puis, cinq groupes munis d’un castatraqueur et d’un lecteur de musique partiraient à la chasse aux fantômes dans les couloirs — uniquement des adolescents encadrés par un adulte, c’était une mission dangereuse à cause des zombies. Les fantômes repérés à l’aide du traqueur et ceux attirés par la musique seraient ensuite guidés jusqu’au Terrier, où les plus jeunes leur feraient traverser le portail. Un Castafolte en charge de la castazapette s’occuperait de la calibration.

— On a joué plein de musique pendant la fête, expliqua un petit. Ils aiment bien le rock et le reggae, pas trop le classique. Ce qu’ils préfèrent, c’est le jazz !

— Ces fantômes ont mauvais goût ! s’exclama Renard.

— C’est quoi votre problème avec le jazz ? s’enquit Raph, mais il ne reçut qu’un regard dédaigneux en guise de réponse.


*


Renard et Raph revinrent du passé avec de quoi jouer la musique préférée des fantômes. Les lecteurs mp3 furent distribués aux groupes de chasseurs ; Renard refusa catégoriquement de se joindre à eux s’ils ne changeaient pas la musique. Finalement, Raph, Belette, Henry et un fantôme Castafolte se répartirent les adolescents, tandis que Renard partit seul de son côté : il pouvait utiliser la machine à voyager dans le temps pour téléporter les fantômes, il n’avait pas besoin de musique pour les attirer.


*


— Le traqueur n’est pas très précis, expliqua Henry à son groupe alors qu’ils arpentaient un couloir à la recherche d’échos temporels. C’est pour ça que la musique est utile : s’il y en a un pas trop loin, il viendra tout seul jusqu’à nous.

— Oui, répondit un ado, mais ça va aussi attirer les zombies…

— C’est pour ça que vous êtes armés et qu’on a laissé les petits à la maison.


*


Le groupe de Belette était monté à la surface. Ils se dirigeaient vers un fantôme indiqué par le détecteur et en profitaient pour tendre des pièges aux zombies qu’ils attiraient. Deux échos les suivaient déjà.


*


Raph et sa troupe étaient presque de retour au Terrier avec leur premier fantôme ; ils n’avaient eu aucun mal à le localiser. Ils seraient certainement les premiers à ramener une prise !

— Attention, des zombies ! cria quelqu’un.

Les jeunes se jetèrent sur eux et se frayèrent un chemin à coups de bâton et d’armes diverses. Raph se sentit bête et impuissant : sa peur des zombies était toujours aussi forte, il était paralysé et devait être secouru par les enfants qu’il était supposé protéger…

— Je peux en avoir une ? demanda-t-il à un ado en désignant sa batte de base-ball.


*


Renard s’était rapidement téléporté à tous les endroits où il avait relevé la présence de fantômes la veille. Ceux-ci s’étaient assez peu déplacés, et il les ramena à vitesse record au Terrier. Il fut surpris et amusé de voir que les pique-niqueurs de la Tour Eiffel n’étaient autres qu’Henry et lui.

Il se téléporta ensuite au hasard dans Paris et chercha la présence d’échos à l’aide du castatraqueur.


*


Au Terrier, on aurait pu croire que la fête battait son plein : le portail remplissait le Terrier de sa lumière bleutée, et quand un fantôme passait au travers, un éclair rouge et blanc illuminait la salle. La sono avait été rebranchée et diffusait sa musique jusque dans les couloirs adjacents. Les accès étaient bien gardés : seuls humains, robots et échos temporels étaient autorisés à entrer. Les zombies étaient refoulés d’office.


*


— Un Tourbizom ! s’exclama quelqu’un.

Toutes les têtes se tournèrent vers le zombie qui les suivait, et qui se dandinait tant bien que mal sur la musique tout en tournant sur lui-même.

— Celui-là il faut le ramener, il est trop drôle !

— Ça va pas la tête ! s’offusqua Raph. C’est quand même un zombie !

— Tant qu’il danse il mange personne.

— Mais si tu coupes la musique, il va arrêter de danser. Et si tu ne coupes pas la musique, Renard ne remettra jamais les pieds au Terrier !

Les adolescents considérèrent la menace. Ils se concertèrent rapidement, avant de bondir sur le zombie pour lui régler son compte.

— Il faudra en parler au docteur Castafolte, nota Raph. Si ça marche sur d’autres zombies, ça peut être pratique.

— Sauf s’ils essaient de manger Renard, rigola un ado. Il sera le seul sans défense !


*


La chasse continua tout le reste de la journée et le lendemain. Les grappes de fantômes ramenées par chaque groupe se faisaient plus petites au fil des heures, et l’ordre revenait doucement au Terrier. Entre deux sorties, les adolescents dévoraient les friandises d’Halloween. Renard, lui, ne restait jamais longtemps — la musique résonnait toujours à plein volume.

L’opération était facilitée par le fait que la grande majorité des fantômes était centrée sur le laboratoire et le Terrier, et avec la machine à voyager dans le temps, ramener les plus éloignés était presque plus rapide encore.

— Je pense qu’on y est, annonça Renard en criant. Le traqueur ne détecte plus rien à part les derniers qui sont ici, ajouta-t-il en désignant du coude les Castafolte qui étaient restés pour assister la manœuvre.

— Débouche-toi les oreilles et arrête de crier, le réprimanda Henry.

— Quoi ?

Henry soupira, irrité, et coupa la musique.

Renard soupira à son tour, de soulagement.

— Pas trop tôt, je n’en pouvais plus de ce bruit ! se plaignit Renard en sortant les doigts de ses oreilles.

— Mais ça a été efficace, intervint Raph. Beaucoup de fantômes sont venus sans qu’on ait eu à aller les chercher.

— En tout cas je sais quelle est la prochaine catastrophe à annuler : l’invention du jazz !

Les autres secouèrent la tête, mi-amusés mi-agacés : ils avaient l’habitude des frasques du Voyageur du Temps, qui n’était que drame, comédie ou exagération. Pour cette fois cependant, son sourire indiquait que le jazz n’avait pas de soucis à se faire.

Le calme s’était répandu dans le Terrier ; après deux jours de vacarme, c’était presque étrange. La fin de la musique agit comme un signal sur les fantômes Castafolte, et ceux-ci se mirent en rang devant le portail transdimensionnel. Henry les renvoya un par un dans leur ligne temporelle propre, en échangeant des adieux discrets.

— Et voilà, fit Raph, il ne reste plus qu’un docteur Castafolte.

— Enfin, un parmi beaucoup d’autres… précisa Renard.

— Mais le meilleur ! se vanta Henry.

— Évidemment, approuva Renard. La moustache fait toute la différence.

Ils rirent de bon cœur en savourant le retour de la normalité.

— Il reste des gâteaux ! annonça un enfant qui s’approchait d’eux avec un plat. Raph, tu veux un chapeau de sorcière ?

— Non merci. Je vais plutôt prendre un œil de zombie.

— C’était super Halloween, y a même eu des vrais fantômes ! On recommence quand ?

— C’est tous les ans, répondit gentiment Belette.

Le petit prit un air ravi, et leur abandonna son plateau pour courir annoncer la bonne nouvelle aux autres. Raph le regarda partir en souriant. Il était heureux d’avoir apporté Halloween au Terrier — et à voir les visages des résidents, adultes et enfants, le sentiment était partagé.

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