Gambit Tome 3

Chapitre 19 : Retour à la ville

1495 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 29/10/2026 11:09

Lucy me semble particulièrement heureuse, sur le chemin du retour. Heureuse et… surtout soulagée. Encore une fois, je lui laisse choisir la musique que nous écoutons et nous filons dans la nuit en discutant de sujets légers et en écoutant, parfois, une chanson ou deux en silence. C’est confortable : je pourrais rouler comme ça avec Lucy pendant plusieurs heures d'affilée.   

 

Lorsqu’enfin les lumières de la ville nous accueillent, un soupir de soulagement m’échappe. 

 

Nous sommes à la maison. 

 

Je stationne la TransAm devant l’immeuble que j’ai acheté sur un coup de tête. La bâtisse haute de sept étages nous regarde débarquer, avec ses quelques fenêtres illuminées. Quand je repense à cette dépense monstrueuse que j’ai fait… Ça aurait pu être pire. 

 

Ti-Poe nous attend à l’extérieur, une cigarette au bec. Lorsque je descends de la voiture, il me perce du regard, comme s’il cherchait quelque chose. 



  • T’as pas l’air différente… Juste plus musclée.
  • C’est que j’ai laissé ma cape et mes dents dans ma valise.


 

Nous nous faisons une accolade. Il fait ensuite un pas de recul pour me détailler encore et constate : 



  • En tout cas, tu as l’air mieux. 
  • Ça m’a fait du bien. Et là, je sais un peu plus où on s’en va. On s’en parle avant de voir les gars, OK? 
  • Yup. Hey!


 

Lucy lui saute au cou. Ti-Poe la sert fort en lui frottant le dos. Il demande:  



  • Ils t’ont pas trop fait de misère?  
  • C’était trop bizarre, Papi. 


 

Papi… Insulte ou surnom affectueux? Mon second ne semble pas s’en offusquer en la décoiffant d’une main bienveillante. Il nous aide à monter nos bagages à notre appartement et moins d’une heure plus tard, nous sommes rejoints par Lola. Autour de la table de notre appartement plus modeste, nous  racontons notre mois. Je les vois parfois faire les yeux ronds et devenir grave, parfois se passer la main dans la figure, ou rire un peu. À la fin de notre rapport, Ti-Poe acquiesce : 



  • OK. Bon. C’est moins pire que ce que je m’attendais. 
  • Je sais pas à quoi tu t’attendais, mais tu as une imagination fertile… lance Lucy. 
  • Oh… que’que chose comme un cimetière avec une vampire hyper sexy dans sa crypte, avec un décolleté plongeant jusqu’au nombril…
  • ARK!
  • C’t’une joke, voyons!  
  • Est-ce que tu as entrepris des moves pour approcher les vamps de la ville? je demande à Lola.
  • Pas encore. Je préférais attendre que tu sois de retour et prendre le pouls. 
  • Good. Faut réfléchir. Là, on a deux représentations approximatives de “systèmes vampiriques” sous les yeux. Le Sabbat, qu’on nous vend comme l’ennemi à abattre et qui tend à le démontrer, et la Camarilla, qui a “l’air” d’être les good guys. Mais c’est que “l’air”, il n’y a pas la musique.
  • Pourquoi tu dis ça? demande Ti-Poe. Tu crois que c’est une façade?
  • Je me méfie encore. Le Russe est cool : je ne doute pas du tout de lui ou des goules. Mais chaque vampire qui s’est présenté à moi était trop… sweet. Édulcoré. Comme si on avait voulu nous soustraire au pire. Mais à voir ce qui s’est produit avec Audrey… Ils l’ont crissement échappé. 


 

Lucy baisse la tête et joue avec ses doigts. Ma main trouve son épaule pour la réconforter et j’ajoute : 


 

  • Je veux juste pas qu’on se fasse aveugler par des paillettes. Et je n’aime pas cette ambiance : les courbettes, les baise-mains, les robes… Ça avait l’air d’une immense pièce de théâtre. Plus j’y pense, plus je me dis que ça ne colle pas du tout avec l’image du Russe. Plutôt, avec celle de Lanceford. Bref, j’invite à la prudence. Et il va falloir en apprendre plus sur l’ennemi.


 

Tandis que Ti-Poe et Lola acquiescent, Lucy lève une timide main. Elle déclare d’une petite voix: 



  • J’en sais un peu sur le Sabbat. 


 

Le silence se fait. Elle raconte alors : 



  • Tu sais, quand Paty a payé sa dette avec moi? Elle m’a expliqué des trucs. Genre : beaucoup de trucs. Elle m’a parlé de ce qui pousse une personne à marcher sur ses valeurs pour combler un “besoin primal”, et elle a dit que c’est un peu comme ça que fonctionne le Sabbat. Ils créent un besoin extrême et font croire, ensuite, que le fait de piler sur ses valeurs fait de soi un monstre. Alors ils poussent encore plus pour que les vampires deviennent de vrais monstres. Elle m’a raconté les rituels de shovelheads : c’est des vampires qui attrapent les premiers venus dans la rue, peu importe la personne. Ils les Étreignent et les enterrent. Ceux qui réussissent à sortir de leur trou ont ensuite des chances de faire partie d’un groupe. Ou des fois, ils font juste relâcher les shovelheads dans les rues de la métropole pour les regarder aller et faire des décomptes de victimes mortelles. Elle m’a aussi parlé de Toy, le bébé Étreint…


 

Lola se couvre la bouche tandis que la mienne s’ouvre d’indignation. Ti-Poe, pour sa part, semble piqué par une mouche, car il se lève pour aller se prendre une bière. Lucy continue : 



  • Il y a aussi ce qu’ils appellent des “sewers”: des studios placés à certains endroits de la ville où on retrouve des gens qui ont vécu ce que tu as vécu, Lola. Et ça se compte par centaines. Et il y a le prêtre pédophile qui s’en prend presque exclusivement aux enfants des premières nations… 
  • Mon Dieu… murmure Lola. 
  • Ça ne lui faisait pas plaisir de me raconter tout ça. Mais elle a insisté, parce qu’elle croit que je pourrais vouloir faire partie du Sabbat un jour. Que c’est le genre de chose qui peut arriver à tous les vampires après un certain nombre d’années d’existence.
  • Elle est complètement givrée, votre copine! s’exclame Ti-Poe après une gorgée de bière. 


 

Ma main sert fort celle de Lucy : 



  • Merci de nous avoir raconté tout ça. Ça n’a pas dû être simple à recevoir pour toi, pas vrai? 
  • Non, mais elle disait aussi que même le plus monstrueux peut être sauvé si on s’y prend bien. 
  • Je crois qu’elle est là, la grande différence entre Paty et moi. Faire réfléchir quelqu’un pour lui faire entendre raison est une chose. Le sauver malgré lui en est une autre.


 

Mes paroles semblent la faire réfléchir. 



  • Grâce à toi, on en sait un peu plus sur notre adversaire. Merci.


 

Elle acquiesce avec un petit sourire fier et je continue : 



  • On va s’inspirer du parcours que nous avons testé à la métropole pour entraîner les gars. Lola, tu as encore le contact que nous a donné Élyse pour le hangar?
  • Oui.
  • Appelle-le demain, vois avec lui si c’est possible d’avoir des modules déplaçables. En fait, je pense que ça peut même devenir une idée lucrative à long terme… Travaille avec Patrick et Toby : ils avaient une idée pour faire du hangar un immense “laser tag” ou je ne sais plus quoi. Regardez ensemble ce que ça prend. 
  • Toby était pas un des gardiens de la ville?
  • Yup, et ça va prendre du financement à nos gardiens, justement. Voici une façon légale et clean de s’en faire. 
  • Pendant ton absence, on a des nouveaux vendeurs qui ont commencé à distribuer de la dompe sur notre territoire. rapporte Ti-Poe. Ça fait à peine une semaine que les gardiens s’en sont aperçus, on sait pas encore grand-chose. 
  • Qu’ils continuent à chercher : les gangs de rue sont nombreuses, mais c’est certain qu’il y a une grosse tête qui gère le tout. Probablement à distance, en plus. Avec la réputation qu’on a, je suis pas sûre que quelqu’un soit assez brave pour venir commencer à nous faire chier sur notre territoire. Demande à Ti-Christ de bosser là-dessus et dis à Thérèse de garder un œil sur les filles qui sont restées. Contact aussi “Le Poulet” : ça fait trop longtemps qu’on a eu de ses nouvelles, c’est louche. 


Laisser un commentaire ?