Gambit Tome 3

Chapitre 17 : Le Prédateur

2264 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 15/10/2026 12:20

Le lendemain soir, ni Fang ni Dunn ne sont à l’entraînement. Ils sont de retour le surlendemain, et Dunn est salement amoché. Encore une fois, Fang me fait signe de ne pas poser de questions. 

 

À la fin de la semaine, je guette notre heure de départ avec une certaine hâte, de même que Lucy qui s’impatiente de revoir Ti-Poe. Il est vrai que mon équipe me manque. 

 

La veille de notre départ, Louis vient nous trouver en salle. Il tend un petit bouquet de fleurs à Lucy :



  • Sache que ta présence va nous manquer, mademoiselle. 
  • Merci! Tu pourrais venir à la ville, de temps en temps?
  • Peut-être. Si votre prince ne pense pas que je viens pour le démettre de ses fonctions. 
  • On se tient loin de ce qui se passe avec les vampires de la ville. je réponds. Entendre dire que la situation politique est délicate. 
  • Ah ouais. Le Prince est un jeune paranoïaque qui détruit ceux qu’il redoute. Il n’est pas facile à approcher. Vous faites bien de rester prudentes… Vous feriez encore mieux de venir vivre ici, selon moi, mais bon!

 


Un peu plus tard, un serviteur vient quérir la présence de Lucy à la salle principale de l’Élysée. À titre de servante, je suis autorisée à la suivre, mais je devrais rester en retrait, sans droit de parole. Amusée, je me plie volontiers à cette demande tandis que mon ado devient nerveuse. 

 

Chaque personne se trouvant dans la salle de bal est richement vêtue, outre quelques renégats. Et moi, mais je ne suis qu’une humble servante! Lucy s’est rapidement habillée d’une robe de couleur bleue provenant d’un magasin à rayons. Je regrette presque de ne pas avoir acquiescé aux Louboutins… 

 

Mais cela fait mi chaud mi-froid à Fang qui vient vers nous pour inviter Lucy à la suivre. Elle lui explique : 



  • Sir Lockhart aimerait faire ta connaissance !
  • Qui?
  • C’est mon mentor : celui pour qui je travaille. Je lui ai parlé de toi, et il aimerait bien que tu lui tiennes compagnie, en attendant que le Prince n’arrive. 


 

Il y a quelque chose d’émouvant dans cette scène : je suis si fière d’elle. Elle me lance encore un regard avant de me laisser près de l’entrée et de suivre notre amie vers son maître. 

 

De loin, j'aperçois Sir Lockhart : un beau jeune homme à la peau très bronzée et au sourire étincelant. Il se lève, s’incline devant Lucy qui l’imite, et les deux s’assoient pour une discussion qui semble joviale et agréable. Fang me fait un petit geste complice auquel je réponds. 

 

Dame Lanceford vogue de personne en personne, s’arrêtant parfois pour faire la discussion et rire légèrement. C’est donc ce à quoi s’occupent les vampires? Des discussions pour l’éternité? C’est tellement… endormant… Et, quelque part, un peu révoltant. Ils peuvent devenir plus forts, ils ont eu des siècles pour apprendre à se battre, et tandis que l’ennemi devient plus fort à l’extérieur, ils préfèrent mettre de jolies robes et discuter. Je me doute bien que des ententes se prennent, que des liens se forment, que des cartes s’abattent ci et là et que des échanges ont lieu. Sous le couvert d’une soirée mondaine, des vies de mortels seront épargnées ou précipitées, des emplois seront créés ou perdus, des guerres se mèneront…

 

Un homme me repère : bien habillé, il est toutefois difficile à manquer, vu les brûlures à son visage. Est-ce que ce ne serait pas… 



  • J’imagine que vous êtes Jessie Fiset, le parent de la jeune Lucy? me demande-t-il doucement. 
  • Et vous êtes Raphaël Brown, le frère d’Omaël. 
  • Ça fait plaisir de vous rencontrer, mais ça aurait été mieux dans d’autres circonstances. Madame, je vous présente mes plus sincères sympathies.


 

Ses paroles me touchent, et je le remercie d’un mouvement de tête :



  • Paty nous disait que vous avez passé du temps à l’Élysée pour vous entraîner avec Dunn et Fang. Ça se passe bien? 
  • Oh oui. Nous rentrons en ville demain soir. 
  • Permettez que je vous présente ma femme? Ne soyez pas surprise de son nom… 

 


Il lève une main, et une ravissante et lumineuse jeune femme rousse aux grands yeux verts vient vers nous. En l’observant, je note une toute petite lueur de tristesse dans son regard.



  • Jessie Fiset, voici ma femme, Lucie Graymes.
  • La “Jessie” dont nous parle Paty? Ça fait drôlement plaisir de vous rencontrer ! Nous risquons de travailler ensemble, dans un an ou deux! 


 

Je lui souris, et je dois un peu me pencher pour lui serrer la main. 



  • Vous avez le même prénom que ma fille. Elle l’écrit avec un “y”.
  • Sa mère a du goût, c’est certain!
  • Et pourquoi vous dites que nous travaillerons ensemble? 
  • C’est moi qui repère le Sabbat, dans la métropole…


 

Un bruit assourdissant lui coupe la parole. Quelque chose se brise, à l’autre bout de la pièce. Mon regard se dirige vers Lucy ; Lockhart la déplace derrière lui pour la protéger, et Fang se place devant lui pour le protéger. Peu importe la raison de ce bruit, ma fille est entre de meilleures mains avec eux qu’avec moi. 

 

Le son des conversations s’éteint d’un seul coup. La foule se scinde en deux. Un bruit sonore et régulier résonne dans la pièce. Ça me fait penser à… Des sabots. 

 

Dépassant tout le monde en hauteur, sur son cheval qui me semble nettement plus haut que ce que j’ai pu voir de chevaux dans ma vie, un homme avance vers le centre de la pièce. Cheveux noirs, yeux noirs, pommettes hautes, une petite moustache bien taillée, la carrure d’un combattant… Dans une armure médiévale recouverte à demi d’une cape rouge. S’il fallait mettre une photo dans le dictionnaire à côté du mot “panache”, ce serait certainement celle de cette personne. Certains se mettent à genoux sur son passage, d’autres préfèrent quitter les lieux, mais il ne porte d’attention à absolument personne, les yeux rivés devant lui, les traits sévères. 

 

Je lance un regard à Raphaël qui me fait signe de ne pas bouger. 

 

La tension est palpable dans la pièce. 

 

Le cavalier descend de sa monture qui se soulage glorieusement sur le carrelage. L’homme appelle d’une voix blanche en lançant un regard circulaire sur la salle : “Dame Laeticya Lanceford?”. 

 

Je vois la gardienne des lieux figée à l’autre bout de la salle. Elle se fait violence et donne des ordres aux serviteurs : palefreniers et autres sont convoqués immédiatement. Une fois devant le cavalier, elle s’incline bien bas : 



  • Sir Romano, quelle surprise ! Sa Majesté sera heureuse de vous savoir parmi nous. 
  • Bien sûr. Plaisez à mon ennui. 


 

Plaire à son ennui? C’est coloré, et je ne suis pas certaine que ça se dise… Toutefois, à en croire l’effet qu’il projette autour de lui, cet homme a le droit d’inventer une langue ou une syntaxe en pure improvisation. 

 

La gardienne lui répond d’une voix un peu tremblante :



  • La primogène Gangrel arrivera d’une minute à l’autre, nous l’attendons avec une grande impatience. Sir O’Connor revient un peu plus tard d’un voyage à Ottawa, et Sir Lockhart de New York est notre invité…


 

Le cavalier semble un peu ennuyé. Il baisse la tête, repère Lucy derrière Lockhart. Ma fille est pétrifiée et n’ose pas remuer un cil. J’amorce un pas dans sa direction, mais Raphaël me retient en me glissant : 



  • Pas un mouvement. Elle ne l’intéressera pas. 


 

Effectivement : il la fixe un peu, penche la tête de côté, et la délaisse pour se tourner vers moi. Très directement. Comme dans un film d’horreur. 

 

Je ne baisse pas les yeux. 

 

Pendant de longues secondes, nous nous fixons. J’analyse tout ce que je vois : sa posture, la forme de ses yeux d’un noir profond, le poids de son armure, les bosses dans le métal qui témoignent des coups portés, l’épée à sa taille… Lorsqu’il amorce un mouvement en ma direction, c’est sa démarche qui m’interpelle : cet homme maîtrise son environnement. Il est à l'affût, comme si quiconque pourrait, à tout moment, tenter de le défier.   

 

Et lui aussi m’analyse. Je sens son regard me transpercer jusqu’à mon âme, analyser chaque particule, son attitude s’intéresser et s’amuser à la fois. Et j’ai le sentiment que ce n’est pas bon signe.

 

Lorsqu’il est assez proche, Raphaël et Lucy ploient le genou devant lui. À mon doigt, la bague pulse très doucement. 

 

C’est comme avec Le Russe. Nous sommes sur un ring. Mais ici, mon adversaire n’est pas encore décidé à savoir s’il me veut du bien ou non. Et il m’intéresse, cet adversaire. Il n’a rien des vampires qui se complaisent à gérer le monde des mortels. Ce vampire, il fait autre chose, je le sens.  

 

Lanceford intervient, blanche comme neige : 



  • Pardonnez à cette personne son manque de savoir-vivre, Sir Romano. Elle est encore bien jeune dans la vie, et c’est une future Brujah, son attitude tend à la prouver… 


 

Il lève une main pour la faire taire, s’approche encore de moi. Nous sommes maintenant à portée de main. Il répond à la gardienne sans jamais la regarder : 



  • Elle ne se prosternera pas puisqu’elle ne l’a pas appris. Et ça, c’était votre travail de le lui apprendre, Laeticya.


 

Dame Lanceford agrandit les yeux de terreur. Effectivement, elle voulait m'apprendre les bases de la nuit, mais jamais le temps ne s’y est prêté. Et puis, je me l’avoue sans peine, entre des leçons de courtoisie et l’urgence de pouvoir préparer mes hommes aux frappes de jour, mon choix a été vite fait quant aux priorités.  

 

De plus en plus intéressé, il s’adresse à moi : 



  • Mes hommages. 
  • Je vous remercie. 
  • Messieurs - dames, le Prince de la Métropole. 


 

La voix forte de Miles attire l’attention de la salle. Le regard de Sir Romano finit par quitter le mien avec un certain amusement et la pression se relâche dans la salle. 

 

Le Russe se présente dans la salle, droit et sévère. Les gens s’inclinent. 

 

De même que Romano. 

 

D’un pas lent, le prince vient vers nous. Il dégage énormément d’autorité dans sa démarche, au point où je m’en sens moi-même impressionnée. Il se plante devant Sir Romano qu’il invite à se relever. Le Russe demande :



  • Vous avez rencontré ma future Infante?



Un murmure naît dans la salle. Et je dois admettre que je ne comprends pas la stratégie de la carte qu’il vient d’abattre.


 

  • Je me dois de complimenter les préférences de Votre Majesté. 
  • N’est-ce pas? Il fait plaisir de vous voir des nôtres à nouveau, Sir Romano. Accompagnez-moi à mon bureau, je vous prie. 


 

Les deux hommes traversent donc la salle sous les murmures et se soustraient de la vue de tous. 

 

Lucie Graymes se redresse avant Raphaël et dit tout bas : 



  • Mais quel sang froid! J’espère qu’il ne s’est pas aperçu que votre bague y est pour quelque chose…


 

Elle est interrompue par ma Lucy qui m’étreint avec force :



  • J’ai cru qu’il allait… Je sais pas quoi précisément, mais… 
  • Ça va, t’inquiète. 

 


Fang nous rejoint. 



  • C’était un staring contest de loups prêts à se sauter à la gorge, d’où j’étais. commente-t-elle. Qu’est-ce qu’il t’a dit?
  • Il m’a dit “Mes hommages”.
  • … Ben voyons… 
  • Et c’était sur un ton respectueux. ajoute Lucie Graymes. Je n’ai pas mémoire de l’avoir déjà entendu aussi… Peu hargneux? De toute façon, je ne crois pas que ce soit mademoiselle Fiset qui ait gagné des points négatifs, ce soir, mais bien dame Lanceford. 


 

Tous nos regards se tournent vers la dame Toréador qui tente de cacher son mal-être.

Fang me tape le bras comme si elle me punissait : 



  • M’apprendre comme ça que le Prince va faire de toi sa Childe! Tu devais pas être sa goule?
  • Huh… Oui? Mais on en reparlera à un autre moment, d’accord?    

  



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