Le commencement
Chapitre 13 : Un sauvetage périlleux.
13430 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 28/06/2020 16:09
Chapitre 13 : Un sauvetage périlleux.
- Tommy… ? Réveille-toi…
La voix de Newt…? Belle… Apaisante… Elle m’appelle… Je grogne en ouvrant difficilement les yeux, encore ensommeillé. Sa voix douce m’arrache un frisson et un léger sourire malgré ma fatigue.
- Il est dix-neuf heures. Tu viens manger un peu ? Demande-t-il en caressant mes cheveux brun avec délicatesse.
- Ah… déjà… ? J’ai dormi toute la journée… ? souffle-je en laissant échapper un bâillement, mes yeux à peine ouverts.
Il me sourit, mais je remarque aussitôt cette petite pointe de tristesse qui assombrit son regard.
- Et oui, comme Minho… tu devais être bien fatiguée, me dit-il.
Je me redresse sur le lit, mes muscles encore engourdis, et je l’observe avec inquiétude.
- Ça ne va pas, Newt ?
- Si si… détourne-t-il rapidement le regard, juste… Alby… m’énerve un peu, souffle-t-il en grimaçant.
- Pourquoi ? qu'a-t-il fait encore ? Fronce-je les sourcils déjà énervé.
- Bien… Il te… dénigre… Il dit que d’avoir tué un Griffeur remet en cause tout le fonctionnement qu'on connaît. Qu'on est sûrement tous en danger à cause de toi… et certains prennent peur.
- C'est peut-être pas complètement faux, mais… On ne va pas rester éternellement ici, regarde-je Newt, posant ma main sur la sienne.
- Je suis entièrement de ton avis… Sourit-il, forçant visiblement pour que ses lèvres s’étirent.
Puis Newt baisse les yeux un instant, l’air pensif…
- Et…j’espère que t’as dit vrai… pour la sortie…
Je caresse doucement sa main, juste pour le rassurer, et un petit sourire s’ébauche sur son visage.
- Je suis sûr que c’est la clé, ce sous-sol ! dis-je, confiant.
Il me regarde, ses yeux brillants d’un mélange de fatigue et d’espoir.
- Hum… Allez viens manger, Tommy, dit-il en prenant ma main pour me tirer hors du lit.
On marche côte à côte vers le réfectoire, le silence ponctué par nos pas. Je remarque Jessy derrière le comptoir, à la place habituelle de Fry. Tout semble différent… Mais personne n'ose parler ou dire son avis à ce sujet… Pourtant, derrière ce comptoir, il devrait y avoir Frypan et non ce Jessy… Qui d’ailleurs nous sert notre plateau repas avec dédain…
Mais je décide de l'ignorer, car après avoir échappé à la mort, j'ai autre chose à penser. Une fois servi, nous rejoignons Minho et le reste de notre petit groupe à table. Je m’installe entre Newt et Chuck, et avant même que je puisse attraper une cuillère, Minho lève déjà la voix, un sourire carnassier aux lèvres.
- Alors, les gars… Je vous raconte ou pas comment Thomas s’est mis à détaler comme un lapin quand le Griffeur lui a sauté dessus ?
- Comme toi, lui renvoye-je amusé.
- Oh oui, raconte ! Avec la tête de Thomas, ça devait être bidonnant ! insiste Frypan, mort de rire. Et un brin moqueur… Et Winston en rajoute, tapant sur la table, hilare.
- Vas-y, on veut tout savoir !
Minho se tourne vers moi, faussement grave.
- Les amis… Je vous jure… j’ai jamais vu quelqu’un courir comme ça ! On aurait dit que ses jambes avaient décidé de prendre leur indépendance ! Il avait plus peur que les lapins de Steve !
- Mes jambes allaient très bien, merci, et j’avais aussi peur que toi ! Tente-je une défense. Mais Chuck étouffe un rire et cherche à me défendre.
- Moi je trouve que t’as assuré, Thomas ! Enfin… t’avais juste l’air… paniqué. Un peu… hihi, quand tu es revenue du labyrinthe.
- Autant qu'un de mes lapins ! Me lance Steve amusé.
- Super… Souffle-je un peu vexé.
Newt, lui, me lance un regard amusé, les yeux pétillants.
- Nous n’aurons plus honte d’avoir peur grâce à toi maintenant, Tommy, hihi !
- Merci du soutien, vraiment, répondis-je mais leur bonne humeur m’arrache un sourire malgré moi.
Minho pose un coude sur la table, me désignant du menton.
- Eh, avoue que t’as crié. Juste un petit cri. Un “aaah”. Tout mignon. Exagère-t-il.
- J’ai pas crié ! proteste-je aussitôt, outré. J'étais trop occupé à courir !
- Perso, moi j’aurais hurlé comme une fillette, me soutiens le petit Antoine.
- Moi aussi, dit Clint en haussant les épaules.
- Et moi dont ! s’exclame Steve avec un sérieux trop exagéré pour être vrai.
Newt rit doucement, et je sens sa cuisse frôler la mienne sous la table, un contact léger, presque accidentel, mais qui enflamme quelque chose en moi.
- T’es vivant, c’est ça qui compte, murmure-t-il, sa voix plus tendre tout à coup.
Je redresse la tête, croise son regard chaud, mon cœur battant trop vite…
- Ouais… c’est ça qui compte, souffle-je, incapable de détourner les yeux de son visage d’ange.
Frypan nous observe, un sourire moqueur au coin des lèvres…
- Oh hé, vous deux, on est encore là hein !
Je sens mes joues chauffer, mais avant même que je puisse m’écarter de Newt, Minho se fige. Son rire disparaît aussitôt, remplacé par une ombre dure dans son regard. Il ne rit pas, pas du tout. Il nous fixe, juste une seconde de trop, les mâchoires crispées, Minho… serait-il un peu jaloux…? Il coupe court à cet échange, sa voix un brin plus tranchante que d’habitude :
- Quoi qu’il en soit, Thomas, t’as géré. Même si ton cri de fillette et ta course de lapin m’ont bien fait rire.
Je ricane, essayant de détendre l’atmosphère.
- J’imitais seulement mon Maton !
La table éclate de rire, sauf Minho, dont le sourire revient trop vite pour être sincère. Sûrement un peu piqué par le lien fort que j’entretiens avec Newt. Malgré ça, pour la première fois depuis des heures, je sens la tension s’éloigner un peu : les rires fusent, les conversations s’animent, et le repas devient un vrai moment de soulagement. Le moral de tout le monde remonte, mais surtout le mien. Après cette nuit épouvantable dans le Labyrinthe, j’avais besoin de sentir cette légèreté, de respirer enfin.
Le repas terminé, je me lève, satisfait mais épuisé. Sans un mot, je retourne dans la chambre de Newt. Je m’allonge sur son lit, le parfum familier du blondinet m’entourant comme une couverture apaisante. Mes yeux se ferment presque instantanément. Les émotions de la nuit dernière m’ont vidé de toute énergie. Je sombre dans un sommeil profond, laissant derrière moi l’angoisse et la peur, au moins pour quelques heures.
Dans la nuit, je me réveille d’un coup, le ventre noué par une envie urgente qui me tire du sommeil comme une main froide. L’air est lourd, silencieux, seulement troublé par quelques respirations endormies. Je traverse les dortoirs encore engourdi, les pieds nus frôlant le sol glacé, et quand je reviens après m’être enfin soulagé, quelque chose cloche. Le lit que Newt devait prendre, juste à côté de Chuck, le mien… vide. Immaculément vide. Un petit frisson me traverse, un mélange d’inquiétude et d’un malaise sourd que je n’arrive pas à expliquer. Je me dis que c’est idiot de m’inquiéter autant, mais mes pas me portent d’eux-mêmes vers les autres couchettes. Je tire quelques rideaux, le souffle retenu, comme si je pouvais le faire apparaître rien qu’en le désirant assez fort. Et puis… je tombe sur eux… En ouvrant doucement le rideau de la chambre de Minho, la lueur faible des lampes éclaire une scène qui me serre le cœur. Newt dort, paisible, collé à Minho, la tête glissée contre son épaule comme si c’était la place la plus naturelle au monde pour lui. Minho garde un bras posé sur lui, détendu, protecteur. Je sens un picotement violent dans la poitrine. De la jalousie. Pure, brute. Elle me frappe avant même que je puisse la nommer. Mes doigts se crispent sur le tissu du rideau. J’aimerais détourner les yeux, mais je reste figé, stupide, à fixer ce qui me fait mal. Ce qui me rappelle trop ce que j’ai rêvé, fantasmé la nuit dernière, sa chaleur, son souffle contre ma peau, son corps glisser tout contre le mien… tout ce que je n’ai pas, tout ce que Minho, apparemment, peut avoir même en dormant. Je ravale un soupir, amer. Bien sûr. Pourquoi est-ce que je m’imaginais qu’il viendrait dormir près de moi ? Il connaît Minho depuis bien plus longtemps… Leur lien paraît si simple, si évident, si… intime.
Agacé, brûlant de l’intérieur, je referme le rideau d’un geste trop brusque et retourne vers mon lit. Mon cœur bat trop vite, trop fort pour une scène qui ne devrait pas me toucher autant. Mais je n’arrive pas à me convaincre que c’est normal. Pas quand l’idée de Newt endormi contre quelqu’un d’autre me donne l’impression qu’on m’arrache quelque chose que je n’ai même pas eu le droit d’admettre vouloir…
…
Pov Newt.
Après le repas, Thomas est parti se coucher presque aussitôt, Minho aussi. Je les ai regardés s’éloigner, encore incapables de marcher tout à fait droit après la nuit qu’ils ont passée dans le Labyrinthe. Rien que d’y repenser, mon ventre se serre. Je m’étais préparé à ne plus jamais les revoir… Et maintenant qu’ils sont là, sains et saufs, j’ai cette impression irréelle que le sol pourrait s’effondrer sous mes pieds d’un moment à l’autre, comme si mes émotions n’avaient pas encore décidé de redescendre. Moi aussi je suis épuisé. Je n’ai pas fermé l’œil la nuit dernière, rongé par un chagrin si vaste qu’il me paralysait presque. Perdre Minho… perdre Thomas… Je ne veux plus revivre ça.
Je reste pourtant un moment près du feu, avec Fry et Winston. Leurs voix me bercent, m’apaisent un peu. Le crépitement des braises m’engloutit dans une chaleur douce, presque hypnotique. Quand enfin je décide d’aller dormir, mes épaules sont lourdes, mon cœur encore plus...
Arrivé devant ma chambre, je me fige. Tommy est dans mon lit. Enfoncé dans les draps, profondément endormi, les cheveux encore ébouriffés par sa course dans la nuit. Une petite vague de tendresse me traverse. Bien sûr qu’il a cherché un endroit où s’écrouler. Je ne peux pas lui en vouloir, pas après ce qu’il a vécu… Alors je soupire doucement, résigné, et je tourne les talons pour aller prendre son lit. Mais au moment où je m’apprête à pousser le rideau de l’autre dortoir… une pensée me traverse, fulgurante. Minho…
L’idée de dormir loin de lui, ce soir, après avoir failli le perdre pour de bon… ça me donne la nausée. Et je me dis qu’il faut que je profite de chaque instant où je peux être près de lui. Qu’il faut que je le garde contre moi tant que j’en ai encore la chance. Alors, je change de direction. Je rejoins sa chambre, à pas de chat. L’obscurité enveloppe la pièce, éclairé seulement par une très faible lanterne, mais je reconnais sa silhouette immédiatement. Minho dort profondément, un bras replié au-dessus de sa tête comme toujours. Je retiens mon souffle en me glissant avec précaution dans ses draps. Le matelas s’enfonce légèrement… et ses yeux s’ouvrent aussitôt.
- Newt… souffle-t-il, sa voix encore pleine de sommeil, en m’attirant contre lui.
La chaleur de ses bras me fait fondre. Tout ce que j’ai retenu depuis vingt-quatre heures remonte d’un coup.
- Minho… j’ai eu si peur de te perdre… murmure-je en l’enlaçant avec toute la force que ma fatigue me laisse.
- Pareil… répond-il dans un souffle, se redressant pour se pencher au-dessus de moi. J’arrêtais pas de penser à toi… Il grimace faiblement. Pardon de t’avoir fait peur…
- Ne t’excuse pas, dis-je en posant ma main sur sa joue chaude.
Il inspire longuement, puis dépose sa tête contre mon torse, comme s’il cherchait à s’y cacher.
- Newt… dépose-t-il un rapide baiser sur mes clavicules.
Il se redresse, de nouveau. Ses yeux noirs accrochent les miens, brillants d’une intensité presque brûlante.
- Newt… Je t’aime…
Le monde s’arrête. Sa déclaration claque dans l’air, tendre et violente à la fois. Minho ne parle presque jamais de ce qu’il ressent. Le fait qu’il me dise ces mots-là, maintenant, si simplement, me coupe le souffle…
- J’avais qu’une envie… continue-t-il, ses doigts glissant sur ma nuque. Revenir vivant pour pouvoir te le dire… et redire… Newt… je t’aime… Je t'aime tellement…
Puis ses lèvres se posent sur les miennes, chaudes, longues, langoureuses. Tout en lui est urgence et douceur, puissance et fragilité. Je lui rends son baiser sans réfléchir, comme si mon corps savait mieux que moi ce que je désire. Une larme dévale ma joue, incontrôlable. Je m’accroche à lui, mes bras entourant sa nuque, refusant de le lâcher. Pas ce soir. Pas après ça…
- Minho… je t’aime aussi, souffle-je contre sa bouche, le cœur tremblant.
Et cette fois, c’est lui qui s’accroche à moi, fort, si fort, que le monde peut bien brûler autour de nous, tant que nos deux corps restent serrés l’un contre l’autre, tout nous est égal… et ça … jusqu’à l’aube.
Je glisse mes mains le long de son dos, sentant les lignes de muscles encore tendues par la peur, par la fatigue, par tout ce qu’il a dû supporter là-bas, loin de moi… Ses lèvres trouvent les miennes avec une intensité qui me fait chanceler. Ce n’est pas un baiser doux, pas un baiser patient : c’est un besoin. Un cri étouffé… Chaque contact semble voler un peu d’air autour de nous. Minho me pousse doucement contre les draps, son souffle court glissant contre ma gorge, et malgré la fatigue que je devine encore dans ses gestes, son corps, lui, répond comme si la vie dépendait de cet instant… Comme si le simple fait d’être contre moi réveillait en lui toutes ses forces.
Lentement, on se déshabille mutuellement. Dans des mouvements sensuels. Langoureux… Avec une lenteur qui nous fait profiter de chaque partie du corps qui se découvre… Nos torses se collent, nos doigts s’accrochent, se cherchent, se pressent. La chaleur monte, se déploie, s’enroule autour de nous comme une vague lente mais implacable. Je sens son cœur cogner contre ma poitrine, vif, urgent, comme s’il voulait prouver qu’il est bien là, qu’il bat encore. Il m’embrasse avec une faim nouvelle, une faim née de la peur de m’avoir perdu, de l’instinct brut de se sentir vivant à nouveau. Je réponds avec la même intensité, incapable de retenir la moindre émotion. La moindre larme. Le moindre désir…
Minho glisse ses mains dans mon dos, attrape mes hanches, me rapproche encore, jusqu’à ce qu’il n’existe plus aucun espace entre nos corps. Je sens sa fatigue fondre, disparaître entièrement sous cette vague d’énergie qu’il puise dans notre proximité, dans la façon dont je me serre contre lui, dans les tremblements de mon souffle.
- Newt… je veux… je veux te sentir… Sa voix n’est plus qu’un souffle presque brisé.
- Je suis là… Je suis là, Minho. Regarde-moi…
Il relève les yeux, et dans son regard noir, il y a tout : le désir, la peur, l’amour, l’urgence, la promesse silencieuse qu’il ne me quittera plus jamais comme ça.
Ses lèvres redescendent le long de ma mâchoire, de ma gorge, traçant une ligne brûlante qui me fait arquer le dos sous lui. Nos corps se cherchent, se trouvent, se pressent jusqu’à ce que tout se dissipe, le Labyrinthe, la douleur, la fatigue, la mort même… Il n’y a plus que nos souffles, entremêlés, irréguliers. Plus que nos mains, serrées l’une à l’autre comme si elles pouvaient empêcher la nuit de nous séparer encore. Et quand enfin nos corps se lient dans un mouvement plus profond, plus lent, plus intense, tout se brouille dans un mélange de chaleur, de gémissements retenus, de tremblements trop humains pour être dits. Je me cramponne à lui, mes doigts glissant dans ses cheveux pendant qu'il me fait l’amour. Et lui, se serre contre moi comme s’il voulait disparaître dans ma peau… Nous ne parlons presque plus. Nos respirations suffisent. Et quand l’intensité retombe dans un frisson partagé, il s’effondre contre moi, haletant, vidé mais apaisé. Ses bras s’enroulent autour de ma taille, son visage se niche contre mon cou. Je sens encore son cœur battre, rapide, vibrant. Je passe une main dans ses cheveux, et il soupire, comme si mon toucher était la seule chose qui pouvait l’ancrer au monde.
- Newt… Je suis rentré…
La fatigue revient d’un coup, mais cette fois, elle est douce. Minho s’endort contre moi, sa chaleur collée à la mienne, et je reste éveillé un moment, le tenant fermement, comme si mes bras pouvaient empêcher le monde de le reprendre…
…
Pov Thomas.
Le lendemain, la fatigue colle encore à mes muscles, mais je l’ignore. Avec Minho, on se prépare pour repartir explorer cette foutue “zone noire”. Rien que d’y penser, mon estomac se serre. On s’équipe en silence : lampes torches enfin fiables, machettes affûtées, corde, sac léger. Chaque geste semble plus lourd que d’habitude. Quand on se dirige vers la porte du Labyrinthe, Newt nous rejoint pour nous dire au revoir. Son regard accroche le mien une seconde de trop, comme s’il voulait me glisser quelque chose d’important que les mots n’arrivent pas à porter. Chuck nous rejoint aussi, inquiet, mais fier. Les autres coureurs tapent l’épaule de Minho. L’air est tendu, lourd de ce qu’on va devoir affronter là-bas. Je respire profondément. Je tente de rester calme. Mais au fond, j’ai peur de ce qu’on va trouver dans ces tunnels qui sentent la mort. Et puis, juste avant que la porte ne s’ouvre… un cri déchire le matin.
- LES GARS !!! AIDEZ-MOI !!!
Steve, le Trancheur tueur de lapin, déboule vers nous à toute vitesse, le visage livide. Il s’agrippe à mon bras avec une force qui me surprend, ses doigts tremblent, glacés, comme s’il allait s’effondrer.
- Un problème ?! demande-je, déjà tendu.
- OUI !! TONY A DISPARU !!!
Ses mots claquent dans l’air… On se fige… Tous.
- Quoi ? lâchons Minho et moi en même temps.
- Comment ça “disparu” ? enchaîne Minho, la voix plus dure qu’il ne l’aurait voulu.
Steve secoue la tête frénétiquement. Ses yeux sont rouges, pleins d’une panique brute, animale. Je sens qu’il est à deux doigts de s’écrouler.
- Je le trouve nulle part dans le Bloc ! sanglote-t-il presque. Et les portes ne sont même pas ouvertes ! Il n'a pas pu entrer dans le labyrinthe ! Je… Je le trouve vraiment nulle part !
On ne l’a jamais vu dans cet état. Steve a toujours été le genre plutôt calme, solide, même un peu effacé. Mais là… Là, il tremble comme s’il avait perdu un morceau de lui-même. Comme si Tony, son Tony, avait été arraché de ses bras. Newt s’approche, doucement.
- Calme-toi, Steve. Tony doit être dans le coin. Tu as dû le louper, tente-t-il.
Mais il n’a pas le temps de finir qu’un hurlement mécanique traverse le Bloc. L’alarme de la Boîte…! Elle remonte…! En plein milieu du mois !
- Ça c'est pas normal… souffle Chuck, agrippé à mon t-shirt.
En un instant, tout le monde court vers la Boîte. Le métal vibre. Les câbles crissent. Un grondement sourd remonte des profondeurs… La totalité des Blocards se rassemble. Gally prend les devants, bien sûr. Il ouvre la trappe, descend d’un pas raide. Un silence pesant s’abat. Puis sa voix remonte, dure, cassante :
- Y’a… rien. Il réapparaît, tenant une petite note dans sa main. Enfin… presque rien.
Tout le monde se tend. Steve s’avance, les yeux fous. Gally déplie le papier et lit à voix haute :
- Trois chances, trois amis, trois clés.
Un froid glacial s’abat sur nous. Il relève la tête, et ses yeux viennent se planter dans les miens, comme si j’étais censé comprendre.
- Quoi ? C’est quoi cette connerie ? grogne Minho, perturbé.
- Qu’est-ce que ça veut dire ? demande Newt, la voix basse, inquiète, ses doigts crispés sur le tissu de sa manche.
Alby croise les bras, exaspéré.
- Aucune idée.
Puis Gally ajoute :
- Thomas, une idée, toi qui es si brillant ? dit-il avec un dédain qui m’agace aussitôt.
Je fronce les sourcils, le cœur battant.
- Hum… non… souffle-je, pensif.
Mais mon esprit tourne déjà. “Trois chances”. “Trois amis”. “Trois clés”... Ça ne peut pas être un hasard. Et ça a forcément un lien avec la zone trois, celle que Minho et moi avons débloquée avant-hier. Là où quelque chose nous observait. Je touche mon menton, plus inquiet…
- Hum… réfléchis, Thomas… Trois chances… trois amis… trois clés…
Un frisson me traverse. Parce que si quelqu’un est capable d’enlever Tony sans ouvrir les portes… alors tout ce qu’on croyait savoir du Labyrinthe est peut-être faux. Et la zone noire… ne me semble tout à coup plus seulement dangereuse. Elle me semble vivante.
- C’est quoi cette connerie ?! s’emporte Gally, la mâchoire serrée, incapable de comprendre l’énigme.
- Sûrement un indice pour sortir, répond Minho, calme malgré la tension.
- Un indice ?! Gally se met presque à rire nerveusement. Tu t’fous de moi ? C’est une menace, ouais ! La Boîte qui remonte au milieu du mois, c’est PAS normal ! Et en plus, on reçoit ce truc ?!
Il brandit la note comme une preuve irréfutable.
- Moi je dis que tout ça, c’est la faute de Thomas ! Depuis qu’il a buté un Griffeur, les règles du jeu ont changé ! On n’est plus en sécurité à cause de lui !
Son cri résonne dans tout le Bloc. Et malgré moi, mon cœur se serre. Steve blêmit encore plus, la peur dévorant son visage.
- Alors… alors si ça se trouve… Tony a été pris par une créature ! lâche-t-il, presque en sanglot.
- Mais non… souffle Newt, tentant de calmer tout le monde.
Mais à ce moment-là, quelque chose s’allume dans ma tête. Une connexion. Une certitude…!
- Mais oui ! Échappe-je.
Tout le monde se tourne vers moi d’un même mouvement.
- Mais oui ?! répètent mes amis en écho, surpris.
Alby serre les dents.
- Pardon ? T’as un truc à dire, Thomas ? grogne-t-il, le regard noir.
- Oui ! Je prends une grande inspiration. Je pense que Tony se trouve dans la zone noire !
Un silence lourd tombe. Steve pâlit encore, mais une lueur d’espoir traverse son regard.
- Quoi ? Comment ça il est dans la zone noire ?! demande Minho. Comment peux-tu en être sûr ?
- Je ne suis pas sûre… Mais je pense que c'est la réponse à l’énigme !
Je passe une main dans mes cheveux, nerveux. Je suis sûr de rien. Mais on doit aller vérifier. C’est la seule piste. La seule réponse qui colle à cette énigme. Newt fronce les sourcils.
- C’est bizarre, non…? murmure-t-il, un peu inquiet.
- Ouais, je sais… mais écoute. “Trois chances”, ça correspond sûrement à nos chances de sortir d’ici grâce à trois clés. Et “trois amis”, ça voudrait dire qu’on doit sauver trois d’entre nous dans la zone noire pour obtenir ces clés. Et c'est sûrement pas un hasard que ce soit trois chances, trois amis et trois clés quand on sait que la zone qu'on a débloqué c'est la zone trois ! Ça a forcément un lien !
Le blondinet m’observe, la tête légèrement penchée. Comme tous les autres Blocards.
- Tu penses… ?
- Bien-sûr ! Pourquoi nous envoyer ça juste après qu’on ait débloqué la zone trois sinon ? Et après qu’on ait ouvert le passage sur le Labyrinthe noir. Ça ne peut pas être un hasard les amis !
Minho réfléchit… puis acquiesce, venant poser sa main sur mon épaule.
- C’est un peu tiré par les cheveux… mais vu qu’on a rien d’autre… J’te suis.
Steve s’avance aussitôt, déterminé malgré les larmes qui menacent.
- Moi aussi ! Si Tony est là-bas j'y vais sans hésiter !
Newt soupire, mais recule d’un pas pour se placer derrière moi.
- Bon… alors moi aussi, cette fois je viens, pose-t-il sa main sur mon bras.
Je me tourne vers eux, le cœur serré et en même temps gonflé de gratitude.
- Ok… super. Merci, les amis. Plus on est nombreux, plus on a de chance de le retrouver ! Et peut-être de sortir !
Gally croise les bras avec mépris.
- Moi c’est hors de question que je vienne juste parce que Thomas a une intuition !
Minho sourit, provocateur :
- Tss… t’as juste peur de venir toi.
- T’as dit quoi ?! grogne Gally en avançant franchement, menaçant.
Je lève la main entre eux, agacé par cette dispute inutile.
- Personne te force, Gally ! Ceux qui veulent venir viennent. Mais n’oubliez pas : un Blocard a besoin de nous et c'est peut-être notre chance d’enfin sortir ! Tente-je de motiver les blocards à me suivre.
Un léger silence tombe… puis…
- Je viens aussi ! dit Antoine, les poings serrés mais la voix ferme. Je lui souris et pose ma main sur son épaule.
- Merci mec.
- Tony est un vrai pote. Et je refuse de l’abandonner, déclare-t-il pour soutenir Steve.
Ce dernier baisse la tête, soulagé.
- Merci… vraiment.
Et un à un, tous les amis, les plus fidèles, de Tony, et de Steve, se joignent à nous. Leur détermination gonfle l’air comme une vague. Puis viennent ceux de notre petit groupe secret. L’un après l’autre, ils s’approchent, se placent à nos côtés. Finalement… nous sommes quatorze. Treize Blocards prêts à entrer dans le Labyrinthe : Moi. Minho. Newt. Chuck. Winston. Frypan. Steve. Ben. Antoine. Zart. Peter. Louis. Kay. Treize cœurs battants. Treize chances de sauver Tony. Et soudain… la zone noire me semble un peu moins sombre.
J'espère juste, du plus profond de mon cœur, que je ne me trompe pas. Que je ne suis pas en train d’embarquer mes amis vers une mort certaine… Cette pensée me martèle le crâne alors qu’on se met en marche vers la salle des cartes pour s’équiper. Mes pas deviennent lourds, presque tremblants. J’ai l’impression que chaque battement de mon cœur fait vibrer ma poitrine, comme si mon corps lui-même voulait m’empêcher d’avancer. La zone noire… Rien que d’y penser, un frisson glacé me traverse l’échine. On ne connaît rien de cet endroit. Rien, excepté le silence étouffé qui y règne, et l’obscurité qui y avale la lumière comme si elle avait faim. Et moi… Moi, je suis en train d’y conduire quatorze blocards.
Je serre les dents, la gorge soudain sèche. Minho marche à mes côtés, confiant en apparence, mais je vois bien la tension crispée dans son poignet. Newt, un peu plus derrière, garde les yeux rivés sur moi comme s’il essayait de deviner si je vais flancher. Chuck trottine près de lui, inquiet, mais silencieux. Steve tremble encore, rongé par la peur de perdre Tony… ou de découvrir ce qu’il en reste. Et moi… Je prie. Je prie intérieurement pour que mon intuition soit la bonne, pour que cette foutue énigme ne soit pas un piège, pour que Tony soit réellement là-bas, vivant. Parce que si jamais je me trompe… Si jamais on s’enfonce là-dedans pour rien… Si jamais je reviens les mains vides, ou pire, si on rentre avec moins de monde que maintenant… Je sais ce qui m’attend. Alby me brisera en deux avec un sourire froid. Gally sautera sur l’occasion pour me jeter hors du Bloc, pour me livrer au Labyrinthe comme une offrande au monstre. Et encore… ça, c’est dans le meilleur des cas. Dans le pire… Je n’aurai même pas l’occasion de défendre ma peau. Je déglutis difficilement, une sueur froide coulant le long de ma nuque. Mais malgré tout… Je continue d’avancer. Parce que quelqu’un a disparu. Parce que quelqu’un compte sur nous. Et parce qu’au fond, même si la peur me dévore de l’intérieur… Je ne supporterais jamais de ne rien faire.
…
Juste avant de partir, le reste du groupe s’équipe de lampes torches et de machettes. Les sangles claquent, les doigts tremblent légèrement, les respirations se resserrent dans l’air froid qui stagne au seuil du Labyrinthe. La pierre humide renvoie une odeur métallique et moisie qui me colle déjà à la gorge… comme si le lieu cherchait à nous avaler avant même que nous en franchissions la frontière. Minho nous donne ses dernières recommandations, rapides, précises, tranchantes. Sa voix résonne contre les murs étroits, étouffée, avalée par l’écho du couloir. Puis, sans attendre, il s’élance, et nous derrière lui, tous en courant, avalés par l’obscurité mouvante du Labyrinthe. Je sens chacun d’eux derrière moi : leurs pas lourds, leur souffle coupé, la peur qui pulse contre ma nuque comme un tambour. Ils suivent Minho en silence absolu, obéissants, serrés, presque collés les uns aux autres. Le groupe forme un seul corps… un seul cœur battant trop vite. Personne ne veut se retrouver seul ici.
Les murs se resserrent à mesure que nous approchons de la zone trois. Les ombres deviennent plus épaisses, presque vivantes. La lumière de nos torches glisse sur la pierre comme des touches fragiles qui n’osent pas vraiment éclairer. Le silence du lieu est si profond qu’il semble absorber nos pas, nos craintes, nos pensées. Quand nous arrivons enfin en zone trois, je lève la main et tout le monde s’arrête d’un seul mouvement. Je sens leur tension derrière moi, presque palpable, une vibration dans l’air. Beaucoup n’ont jamais mis les pieds ici… et ceux qui l’ont fait, comme Newt, en portent encore les cicatrices dans leurs yeux, dans leurs gestes trop raides, dans la façon qu’ils ont de regarder les murs comme s’ils allaient se refermer sur eux. Je me tourne vers eux, et leurs visages éclairés par les torches semblent plus pâles, plus jeunes aussi. L’angoisse leur brouille les traits. Le Labyrinthe les oppresse déjà… et moi aussi, si je suis honnête. J’inspire puis déclare d’une voix que j’essaie d’assurer, même si mon cœur cogne trop fort :
- Bon… ok, tout le monde. Nous voici en face de la zone noire. Une fois en bas, vous allez vous sentir encore plus angoissés. Ça va vous serrer la poitrine, vous glacer le dos… Alors si vous voulez faire demi-tour, c’est maintenant ou jamais.
Un silence suit. Un silence lourd. Je continue, les yeux passant de visage en visage, cherchant leur courage, leur décision, leur confiance en moi :
- Mais sachez que si on reste groupés. Si on reste unis. On peut traverser cette épreuve. Ensemble. Compris ?
Ils se redressent un peu. Certains déglutissent difficilement, d’autres serrent plus fort la machette entre leurs doigts. Mais aucun ne bouge pour partir. Aucun ne fuit.
- Compris, répondent-ils. Une seule voix, un seul souffle, même si leurs yeux tremblent encore.
Une chaleur étrange me traverse, un mélange de fierté et de peur pure. J’acquiesce, avance d’un pas vers l’ombre béante qui mène à la zone noire, et murmure d’une voix ferme :
- Ok. Alors allons-y.
L’obscurité nous avale et c’est d’un pas un peu moins assuré que nous entamons la descente de l’escalier. Les marches grincent sous nos semelles, la pierre glacée semble absorber toute chaleur, et l’air se fait plus lourd, plus stagnant à mesure que l’on s’enfonce. Chaque respiration devient un effort. Je sens les autres juste derrière moi, leurs souffles plus courts. Le Labyrinthe change ici. Il se resserre. Il oppresse… J’ai l’impression que les murs nous observent…
On parcourt ensuite le long couloir, interminable, où nos pas résonnent comme des battements de cœur trop rapides. La lumière de nos torches glisse sur les parois rugueuses, révélant des fissures, des traces anciennes, des ombres qui bougent sans bouger réellement. Et puis… La tablette apparaît enfin, toujours là, posée comme un cœur froid attendant qu’on le réveille. C’est maintenant le moment de vérité. Ai-je raison… ou tort ? Cette question tourne en boucle dans ma tête, me tord le ventre. Minho se précipite avant moi, attiré par la tablette comme par une bouée de survie.
- T’avais raison, Thomas ! déclare-t-il, les yeux fixés dessus.
Il la soulève, la montre à tout le monde, et un frisson parcourt le groupe. Deux points jaunes brillent sur la carte noire. Deux pulsations. Deux vies.
- Nous… et probablement Tony, souffle Minho.
Un choc chaud me traverse la poitrine, mêlé de soulagement et d’adrénaline.
- Je le savais… Tony se trouve là ! dis-je en pointant l’un des points jaunes, au centre de la zone obscure.
- Allons-y vite ! Ne perdons pas une seconde ! s’exclame Steve, qui trépigne nerveusement, incapable de tenir en place.
Mais Son énergie n’est que le masque d’une peur sourde… Soudain, la voix de Newt fend le silence :
- Attends… c’est quoi le point rouge ?
Et dans son ton, je perçois une inquiétude glacée qui me serre immédiatement le cœur. Je déglutis. Pas question de mentir…
- Probablement un Griffeur, répondis-je très honnêtement.
Le mot tombe comme une lame. Un souffle coupé. Un silence qui claque… Le groupe se fige, les épaules se tendent… certains pâlissent, d’autres retiennent un juron. On dirait que le sol vient de basculer sous leurs pieds.
- Tu nous avait pas dit qu’il y aurait des Griffeurs… ! proteste Jack, la voix tremblante.
Minho réplique, froid, presque sec, la peur chez lui se transforme en irritation :
- Tu aurais dû t’en douter.
Le silence reprend, lourd comme une chape de plomb. Je sens la panique qui menace de remonter dans le groupe, une vague chaude et glacée à la fois. Pas maintenant. Pas ici… Steve s’avance d’un pas, déterminé malgré la frayeur dans ses yeux.
- On ne doit pas perdre de temps ! Si des Griffeurs rôdent, Tony tout seul n’a aucune chance de s’en sortir !
- Il a raison, confirme-je, d’une voix qui se veut ferme. Il faut qu’on se dépêche de le rejoindre !
Je me tourne vers Minho, ancrant mon regard dans le sien :
- Minho, tu gardes la tablette et tu surveilles le point rouge. Compris ?
Il acquiesce immédiatement, sans détour, sans peur apparente.
- Compris !
Sa voix claque dans l’air froid, comme une promesse. Et le Labyrinthe nous observe toujours… prêt à refermer sa gueule sur nous…
C’est donc avec empressement qu’on repart en courant, nous engouffrant dans un couloir choisi presque au hasard, parce qu’ici, tout se ressemble, tout se déforme, tout semble vouloir nous perdre.
Dès les premiers mètres, je comprends que ce n’est pas du tout le même Labyrinthe que celui que je croyais connaître. Les murs se resserrent. Les plafonds s’abaissent jusqu’à frôler nos têtes. L’air se charge d’une lourde odeur de moisissure, de métal et… de quelque chose d’indéfinissable, presque animal. À chaque inspiration, j’ai l’impression d’avaler un poison épais. Ma gorge brûle. Mon cœur cogne trop fort. Plus on avance, plus courir devient un supplice. L’air est si étouffant, si saturé, qu’il nous arrache le souffle à chaque pas. Nos respirations deviennent saccadées, irrégulières. Je sens derrière moi le groupe qui ralentit malgré eux, comme si le Labyrinthe tirait sur leurs chevilles pour les retenir.
Chuck halète bruyamment, ses pas lourdement désordonnés. Frypan suffoque presque, chaque inspiration un grognement étranglé… Même moi, j’ai l’impression que mes poumons se referment.
- On est presque en face de l’autre point jaune ! annonce Minho, même pas essoufflée…
Et son ton ravive brièvement le groupe.
- Dépêchons-nous ! lance-je en prenant la tête, tentant d’ignorer la pression dans ma poitrine, ce mélange d’angoisse et d’urgence qui me dévore.
Mais au détour du couloir, alors que je crois apercevoir enfin une ouverture plus large, je m’arrête net…! Les autres manquent presque de me rentrer dedans. Un petit escalier plonge devant nous, mais ce n’est pas ça le pire… En bas… tout est inondé. Une eau sombre, opaque, stagnante, remplit la zone. Elle reflète nos lampes par des éclats maladifs, comme si quelque chose remuait lentement en dessous… Un frisson glacial remonte ma colonne. Autour de moi, les autres s’immobilisent, surpris, interdits. Personne n’ose parler… Personne ne sait quoi faire. Le Labyrinthe, lui, nous observe… et il vient de poser un nouvel obstacle entre nous et Tony.
- On… doit entrer là-dedans… ? souffle Chuck, les yeux écarquillés, cramponné au bras de Newt comme si celui-ci était son dernier repère.
- Jamais de la vie… murmure Fry, complètement tétanisé, son visage devenu livide sous la lumière tremblante des lampes.
Moi aussi, mon ventre se noue. Cette eau trouble, sombre, qui remplit le couloir… rien que la regarder me donne la sensation qu’elle va m’engloutir dès que j’y mettrai un pied. Elle pue le renfermé, la pourriture, le métal corrodé. Elle cache tout, avale tout. Impossible de voir ce qui s’y trouve… ou ce qui y bouge. Mais l’image de Tony, seul de l’autre côté, affolé, blessé peut-être, me frappe en pleine poitrine. J’entends son nom résonner dans ma tête, comme un appel à travers cette obscurité humide. On ne peut pas l’abandonner. On ne peut pas.
- Allez, les gars ! dépêchons ! Je passe en premier ! dis-je, la voix un peu trop forte pour masquer ma propre angoisse.
- Hein ?! On… on ne cherche pas un autre chemin ?! panique Fry, au bord de la crise, ses mains tremblantes comme des feuilles.
- Pas le temps ! répondis-je en descendant les marches sans lui laisser l’occasion d’hésiter plus longtemps.
Chaque marche me fait descendre un peu plus dans le froid. Quand mes pieds touchent l’eau, un choc glacial remonte brutalement jusqu’à ma colonne vertébrale. En avançant, elle m’arrive à la taille… bien plus haute que je ne l’espérais. Et elle est tellement froide que mes muscles se contractent sans que je le veuille. Je me sens exposé, vulnérable, prêt à être saisi par quelque chose sous la surface… Mais je garde le visage fermé, déterminé. Je refuse de montrer ce que je ressens.
D’un pas lent, on s’enfonce dans le couloir noyé, éclairés seulement par les faisceaux tremblants de nos lampes torches qui dessinent des éclats maladifs sur l’eau noire. Autour de moi, je perçois les respirations saccadées de mes amis, la panique étouffée par un silence forcé… Mais soudain, une faible pression sur mon bras. Je baisse les yeux. Newt… Le blondinet s’est accroché à moi, ses doigts tremblants mais fermes, ses yeux larges et humides reflétant une peur qu’il tente de cacher derrière un calme fragile. Sa proximité me réchauffe un peu, malgré l’eau glaciale. Je lui adresse un petit sourire… et c’est là que je remarque quelque chose qui me serre le cœur. Tous… ils se tiennent par la main. Chuck accroché à Newt, Fry agrippé à Steve, Winston et Antoine à Minho… Un seul groupe, un nœud de peur et de courage mêlés.
Alors, sans hésiter, j’attrape la main libre de Newt et la serre fort, aussi fort que je peux sans lui faire mal, pour qu’il ne glisse pas, pour qu’il sache que je suis là. Que je ne le laisserai pas tomber.
- Tenez bon, les gars…! dis-je pour les motiver, même si ma voix tremble un peu.
- J’ai peur, Thomas… marmonne Chuck d’une toute petite voix qui fend le silence comme une lame fragile.
Newt resserre sa prise sur lui et lui murmure doucement :
- Ça va aller…
Sa voix est douce, mais on y sent la tension, la peur retenue, la détermination fragile qui le traverse. Puis, d’un coup, je m’arrête net… Mon pied vient de heurter quelque chose de lourd, solide, enfoui dans l’eau. Un choc sourd. L’impact résonne dans ma jambe et une vague glacée de panique me traverse… Quelque chose est là. Sous nous. Dans l’eau…
- Tommy, un problème ? souffle Newt derrière moi, sa voix basse résonnant contre les parois mouillées.
Je sens sa présence juste derrière mon épaule, sa chaleur légère dans ce froid poisseux. Ça me rassure un peu… mais pas assez.
- J’ai senti un truc sous mon pied… attendez, dis-je, le cœur battant trop vite, la gorge serrée.
Je plonge ma main dans l’eau. Elle est glacée. Épaisse. Elle colle à ma peau comme un piège. Mes doigts rencontrent l’objet : rond… mou… et étrangement lourd. Une texture visqueuse glisse contre ma paume. Un frisson violent me traverse.
- Tommy, attention… Tu sais pas ce que c’est…! murmure Newt, déjà inquiet. Je sens dans sa voix une tension qu’il tente de cacher, mais qui me donne encore plus envie d’être solide, de tenir bon pour eux.
- Je l’ai, souffle-je, resserrant ma prise.
Je remonte l’objet hors de l’eau. Et le monde bascule…! Une tête humaine, gonflée par la décomposition, la peau verdâtre, les cheveux collés par la vase, pend entre mes doigts. Les orbites creusées semblent encore me fixer, m’accuser… L’odeur, d’abord faible, explose soudain : un parfum de mort, de pourriture humide qui me retourne l’estomac. Je lâche la tête dans un cri étranglé, un hoquet d’effroi qui me brûle la gorge. Elle retombe dans l’eau avec un ploc obscène. Tout explose autour de moi. Des cris. Des éclaboussures… Le clapotis frénétique de nos pas affolés.
Mon cœur tambourine comme s’il voulait m’arracher les côtes. Je n’ai qu’une pensée : sortir, sortir, sortir et les sortir eux aussi.
- Courez ! hurle-je, la voix brisée mais déterminée.
On s’élance dans le couloir noyé, l’eau montant jusqu’à nos tailles, freinant chaque pas. Le Labyrinthe Noir semble se refermer sur nous, ses murs trempés déversant des gouttes froides comme du sang. L’air devient plus lourd, presque irrespirable. Derrière moi, j’entends Chuck trébucher, Frypan haleter, Newt m’encourager d’une voix tremblante mais ferme. Je ne me retourne pas, pas par peur, mais parce que je dois avancer, ouvrir la voie, leur prouver que ça ira, que je ne les laisserai jamais tomber. La détermination me brûle, nourrie par quelque chose de plus fort que la terreur : la responsabilité.
Je sens leurs pas se caler sur les miens, la panique qui nous traverse, mais aussi cette solidarité féroce, viscérale, qui nous tient debout. On forme un bloc, un seul souffle, un seul élan dans cette obscurité étouffante. On atteint enfin la rive de l’autre côté, en bondissant hors de l’eau comme si elle tentait de nous retenir. Je m’écroule à genoux, haletant, trempé, glacé… mais vivant. Et eux aussi…
- Putain… c’était horrible…! souffle-je en pliant mon corps en deux, la tête cachée entre mes genoux.
J’essaie de reprendre mon souffle, mais l’image de la tête gonflée, verdâtre, avec ses yeux vides qui semblaient me fixer, tourne encore derrière mes paupières. Mon estomac se contracte si fort que j’en ai les tripes qui brûlent.
- Mais… c’était une tête…!! Burr…! s’écrie Chuck avant de courir dans un coin pour vomir bruyamment.
L’odeur de bile se mélange à celle, plus lourde, plus infecte, de la putréfaction. Ça me donne envie de vomir à mon tour. Je ferme les yeux une seconde. Ça ne change rien. Je revois la peau gonflée qui glisse entre mes doigts, l’eau noire dégoulinant du cou tranché. Un frisson me déchire la colonne.
- C’était Akira… annonce soudain Minho, sa voix plus basse, presque étranglée.
Je relève la tête, surpris. Minho s’est adossé au mur trempé, les yeux perdus dans le vide, le visage livide. On dirait que toute la force qui d’habitude brûle en lui s’est évaporée d’un seul coup.
- Ah ? Tu le connaissais ? demande-je, un peu bêtement peut-être.
- Oui… répond-il simplement.
Mais ce mot-là… il le dit en tremblent. Je le fixe, inquiet. Son teint devient blanc comme un linge, sa respiration se saccade. Minho… le coureur le plus solide du Bloc… est en train de paniquer. Ça me retourne complètement. Et soudain, tout me revient. Ce nom… Akira… Je l’ai déjà entendu. Lors de leur dispute, l’autre jour… Minho et Alby parlaient d’un coureur disparu. Alors il est mort ici… quelque part dans le Labyrinthe Noir. Et on vient de retrouver sa tête. Cette idée me glace le sang…
Autour de nous, c’est comme si un voile de silence se posait. Frypan détourne le regard, sa mâchoire serrée. Winston reste immobile, les yeux rouges. Même Jeff semble secoué. On sent qu’ils le connaissaient tous un minimum. Et ça me frappe soudain : voir un ennemi mort, déjà, c’est dur… mais voir un ami décapité, c’est une autre douleur, plus profonde, presque intime.
Newt s’approche doucement de Minho. Je ne dis rien, mais mon cœur se serre malgré moi. Il glisse ses bras autour de lui. L’enlace avec cette douceur qui lui est propre… Il lui murmure quelque chose, une phrase étouffée que je n’arrive pas à entendre. Sa voix est basse, chaude, presque tendre. Les mains de Newt se posent dans le dos de Minho, le serrant contre lui comme pour le maintenir debout. La gorge de Minho se soulève dans un souffle déchiré. Il ferme les yeux, secoue légèrement la tête, un geste pour chasser les images, la peur, peut-être le souvenir de son ami. Newt resserre son étreinte. Et ça marche. Je le vois reprendre une respiration plus stable, retrouver un semblant d’ancrage. Et moi… Je ne devrais pas ressentir ce que je ressens. Mais c’est plus fort que moi. Un pincement violent dans la poitrine. De la jalousie, pure et simple, qui me brûle un instant la gorge. Je détourne le regard avant que Newt ne surprenne mon expression. Ce n’est pas le moment. Il faut être un leader, être solide, leur montrer qu’on peut continuer. Mais au fond de moi, je me répète encore et encore : Akira est sûrement mort ici. Le Labyrinthe Noir l’a décapité… Et on vient à peine d’y entrer…
L’oppression du lieu se referme sur moi comme une mâchoire. Mais je refuse de reculer. Je refuse de laisser cette peur gagner. Pas devant eux… Il comptes tous sur moi après tout…
- Il faut qu’on se dépêche, les amis… Remettons-nous en route ! Minho, la tablette ? lance-je, la voix encore tremblante mais ferme. Le danger me revient en pleine figure… comme une gifle froide.
Minho sursaute légèrement, sortant de son trouble.
- Heu… Le… le point rouge est à l’opposé, dit-il d’une voix enrouée, encore brisée par le choc.
- Ok… ouf…! souffle-je, un léger soulagement me traversant. Continuons. On n’est sûrement plus très loin.
Nos pas reprennent, lourds, hésitants, traînants. L’ambiance du Labyrinthe Noir nous a déjà avalés. On avance moins vite, comme si nos propres ombres pesaient sur nous. Le silence entre nous est épais, presque palpable. Chaque respiration résonne trop fort, chaque goutte qui tombe d’un mur semble être un avertissement.
Au bout de plusieurs minutes, un bruit étrange me parvient. Une vibration. Une pulsation… Je m’arrête net, levant la main…
- Chut. Attendez
- Quoi ? grogne Fry de sa grosse voix.
- Chut ! répéte-je, plus sec.
Le silence se tend autour de nous. Et là… ce que j’avais cru entendre devient distinct, oppressant. Des battements… Des battements de cœur… Aussi lourds que des coups de marteau dans la pierre. Ils résonnent dans tout le couloir, vibrent dans ma cage thoracique, se calent sur mon propre rythme, l’écrasent, l’imposent…
Puis… au bout du tunnel, une lueur violette apparaît. D’abord faible… puis de plus en plus vive, comme une pulsation vivante. Comme un souffle monstrueux. Je sens ma gorge se serrer. La sueur froide coule le long de ma nuque… Mes mains tremblent. Ma respiration se bloque. Je crois que mon cœur cherche à s’enfuir sans moi… On reste figés. Tous… Un silence de mort. Un silence qui hurle. Minho jette un œil rapide à la tablette, ses yeux s’arrondissant.
- C’est… c’est la créature… putain…
La lueur s’étire, se déforme… et alors elle apparaît. Et je crois, que je n’oublierai jamais ça…
Une silhouette humanoïde… gigantesque. Deux mètres cinquante, peut-être trois. Elle se plie et se déplie lentement, comme une marionnette déformée. Ses pattes, parce que oui, ce ne sont pas des jambes, ce sont des pattes, longues, arquées, osseuses, claquent doucement contre le sol. Des articulations trop visibles, trop anguleuses, comme si la peau était trop fine pour les cacher. Sa peau… Blanchâtre. Moite. Veinée de noir… Elle semble translucide par endroits, comme si quelque chose grouillait sous la surface. Et ses yeux… Deux sphères blanches. Pas de pupilles… Juste du blanc qui brille dans l’obscurité, comme deux lunes mortes… Sa bouche s’ouvre soudain dans un craquement horrible, une bouche ronde, presque circulaire, remplie d’au moins trois rangées de dents fines, longues, aiguisées, toutes tachées d’un sang si frais qu’il goutte encore, en filets sombres, sur son menton… Elle est à moitié squelettique, comme si on avait étiré le corps d’une créature vivante pour en faire quelque chose d’impossible. Ses côtes ressortent, trop courbées, trop longues. Une pulsation violette bat dans son torse, à l’endroit où un cœur devrait être. Chaque battement illumine ses os de l’intérieur… Et ce rythme… oh bordel… c’est LUI que nous entendons résonner dans tout le couloir…
Je suis paralysé. Je ne sens plus mes jambes. Je n’entends plus mes amis. Je n’entends que mon cœur qui cogne si fort que j’ai l’impression qu’il va exploser. Puis la créature ouvre la bouche en grand… Et hurle…! Un hurlement déchirant, aigu, inhumain, qui me transperce la poitrine. Qui résonne dans mes os.
Qui arrache un cri à Chuck, fait jurer Frypan, fait reculer Newt d’un pas tremblant… Avant que je ne comprenne vraiment ce qu’il se passe… Elle bondit. D’un seul mouvement rapide. Trop rapide…! Un flash blanc et violet qui fend l’air…!
- COUREZ !!! hurle-je, la voix brisée, mais suffisamment forte pour casser notre paralysie.
On se met tous à courir. Pas à réfléchir. Pas à choisir. Juste fuir…! Je ferme la marche, mes jambes brûlent déjà sous l’effort, mes poumons se comprimant. On court sans savoir où l’on va, guidé par une seule obsession : nous éloigner de cette abomination. De cette chose qui ne devrait même pas exister.
L’air semble vibrer derrière nous, comme si la créature déchirait le couloir entier en nous poursuivant. Son souffle me gratte la nuque. Ses pattes martèlent le sol. Son hurlement continue de résonner dans ma tête, m’arrachant presque un sanglot de terreur. Je sens la panique de mes amis juste devant moi, leurs respirations brisées, leurs pas désordonnés. Chuck pleure. Fry jure sans s’arrêter. Newt m’appelle à voix basse, comme s’il cherchait à se rassurer que je suis toujours là… Je n’ai pas le droit de ralentir. Je n’ai pas le droit de tomber. Je n’ai pas le droit de les perdre…! Alors je cours encore plus vite… Parce que si je m’arrête… je serais le premier à mourir…!
Mais alors qu’on court à s’en déchirer les poumons, traversant les couloirs déjà pris à l’aller, je prends la tête de la troupe voulant les guider. Seulement mon pied glisse soudain sur une dalle étrange. Je n’ai même pas le temps de comprendre que CLAC ! Elle s’enfonce sous mon poids. Un grondement sourd déchire le sol. La dalle s’ouvre derrière moi comme une gueule immense…! Un trou béant apparaît, noir, sans fond…!
- PUTAIN !! hurle-je en pivotant d’un coup, persuadé qu’un de mes amis vient de tomber dans le vide.
Mais non, par miracle, ils arrivent tous à freiner, puis à sauter un par un pour me rejoindre de mon côté. Leurs silhouettes bondissent au-dessus de l’abîme, leurs visages crispés par la terreur. Tous… sauf Peter…
Peter reste de l’autre côté, figé, les jambes tremblantes, les yeux écarquillés devant le vide. Il souffle comme un enfant en crise, incapable de bouger d’un centimètre. Et derrière lui… la créature arrive. En courant…! À quatre pattes…! Ses yeux blancs braqués sur lui…!
- SAUTE !!! hurle-je, en choeur avec mes amis, la voix déchirée par la panique.
Peter pousse un cri étranglé et saute. Mais… Trop court. Beaucoup trop court. Il tombe droit dans le vide, et la dalle se referme aussitôt sur lui dans un claquement sec, comme un couvercle de tombe. Aucun son ne remonte. Aucun…
Je n’ai même pas le temps de réaliser que Peter vient juste de mourir sous mes yeux, parce que la créature bondit sur nous. Elle surgit de l’obscurité comme un éclair. Ses pattes griffent le sol, puis CHRAK…! Une douleur monstrueuse déchire mon bras. Je suis projeté en arrière, contre Newt et Minho. Mon dos percute leur torse, et un poids suffocant me coupe la respiration.
- Thomas !! crie Newt, mais il n’a pas le temps d’ajouter un mot.
Le monstre revient à la charge. Il fond sur le groupe, plus rapide encore, puis attrape Kay. Tout se passe en une seule seconde. Une… Seule… Seconde...
Les griffes s’enfoncent dans son ventre dans un bruit horrible, épais, humide. Kay hurle… Un hurlement déchirant, animal, irréel. Il est arraché du sol comme une poupée de chiffon, tiré vers la créature qui le traîne en arrière en grognant.
- KAY ! hurle-je en fonçant vers lui, sans réfléchir, le cœur explosant dans ma poitrine.
Mais avant que je n’atteigne Kay, Minho me saisit par le bras. Sa prise est si forte qu’elle me brûle…!
- NON, ATTENDS !! me crie-t-il en me tirant violemment vers lui.
- Lâche-moi !! Il faut l’aider !!!
- LAISSE TOMBER ! IL EST FOUTU !! hurle Minho, la voix brisée mais implacable… Cette phrase me transperce…
- MAIS… !
- VIENS…! dit Newt en m’attrapant à son tour, les doigts tremblants, mais fermes. Sa voix est basse, étranglée, pleine d’une douleur qu’il tente de cacher.
Derrière nous, Kay hurle une dernière fois. Puis un bruit atroce résonne, un CRAC sec, suivi d’un gargouillement… Et une immense giclée de sang éclabousse le mur, chaude, épaisse, presque noire dans la lumière violette. Je veux vomir. Je veux revenir en arrière. Je veux le tirer hors des griffes de cette chose… Mais je n’ai pas le temps. On n’a pas le temps…
La créature lève la tête vers nous, les dents rouges, la peau vibrante. Elle pousse un hurlement terrible, qui fait vibrer tout le couloir.
- COUREZ !!! hurle Minho.
Et là, la course reprend. Une course désespérée. Une course où on ne pense plus. Où seuls les réflexes nous maintiennent vivants…
La créature bondit derrière nous, ses griffes frappant le sol avec des CLAK sinistres. Chaque pas qu’elle fait semble rapprocher la mort… Mes jambes brûlent mais je force encore, encore. Je fonce dans les couloirs comme un fou, le bras en sang, le souffle coupé, la vision brouillée par la panique.
Derrière moi, j’entends Frypan trébucher, Newt respirer en saccades, Chuck pleurer, Winston prier entre deux halètements. Le monstre rugit encore, si fort que j’en ai les oreilles qui sifflent. Les lumières violettes pulsent dans les murs comme un cœur vivant. Le sol tremble sous nos pieds. Tout semble vouloir nous trahir. Je guide mon groupe à l’aveugle, suivant mon instinct, la tablette dans les mains de Minho, la terreur dans le ventre…
- Thomas, plus vite ! crie Newt, la voix brisée par l’angoisse.
Je cours… mais mon cœur reste coincé là-bas, là où Kay a disparu dans cette gerbe de sang. Je sens encore sa main qui tente d’attraper la mienne, puis le claquement sec et son hurlement qui s’arrache de sa gorge avant d’être englouti par les ténèbres. Je l’ai laissé mourir. Je l’ai abandonné. Je l’ai condamné. J’ai l’impression que mes propres poumons se déchirent à chaque foulée. Je sais que je m’en voudrais toute ma vie d’avoir pris cette décision, mais je ne pouvais rien faire pour l’aider… Rien… Je me répète ces mots, encore et encore, comme si ça pouvait alléger le poids monstrueux qui m’écrase la poitrine. Mais ça ne marche pas. J’ai exposé mes amis à un danger que je n’avais pas imaginé. Pas comme ça… Pas… aussi horrible. C’est pire que ma rencontre avec les Griffeurs. Tellement pire… Ici, tout pue la mort, la cruauté pure, aveugle. Et c’est moi qui les ai menés dans cet enfer.
On réussit à semer la créature, mais la peur nous colle à la peau, nous étouffe, nous tire en arrière. Soudain, on débouche devant une gigantesque porte de métal, massive, imposante, couverte de rouille et de symboles étranges.
- Ho ! Les gars, doucement ! Regardez ça ! souffle-je, essoufflé, le bras encore brûlant là où la créature m’a griffé.
- On n’a pas le temps ! réplique Minho, complètement paniqué, sa voix tremblant malgré lui.
- C’est une porte ! Probablement une sortie ! dit Newt en venant à mes côtés, ses yeux cherchant désespérément quelque chose qui ressemble à une issue.
- Oui, c’est sûrement ça ! Je suis sûr que si on trouve Tony, on trouve la clé ! déclare-je, persuadé, parce que j’ai besoin d’y croire.
J’ai besoin qu’on s’en sorte. Qu’au moins eux s’en sortent…
- Possible. Mais Tony est la priorité ! rappelle Steve, les sourcils froncés, la colère mêlée à l’angoisse.
- LES GARS PUTAIN ! s’exclame soudain Minho. Il y a deux créatures maintenant ! Ses yeux sont fous, dilatés, presque vitreux.
- QUOI ?! crions-nous tous en même temps. Et le coup de grâce :
- Et putain… ! L’une des créatures est sur le point jaune !! dit Minho d’une voix étranglée.
Le visage de Steve se décompose.
- Non…? NON !!! hurle-t-il.
Il arrache la tablette des mains de Minho en un geste brutal et se met à courir sans réfléchir.
- Attends-nous ! crie-je en sprintant derrière lui, même si mes jambes tremblent encore de l’adrénaline et de la culpabilité.
Les autres me suivent, haletants, affolés. On poursuit Steve qui fonce tête baissée, son souffle haché, son dos tendu comme une corde prête à se rompre. On retraverse le couloir inondé, mais cette fois nos pas éclaboussent l’eau à une vitesse folle. Chaque seconde compte… Chaque seconde nous rapproche ou nous éloigne du pire. On déboule enfin dans le long couloir du deuxième point jaune… Et là… Je comprends tout de suite. On arrive trop tard…
- NON !!!!! hurle Steve, sa voix se brisant comme du verre.
Il s’effondre littéralement au sol, les genoux heurtant la pierre, les mains tremblant alors qu’il touche le corps de Tony… ou du moins ce qu’il en reste. Tony… Le pauvre Tony… Il est… mangé…
Je sens mon estomac se tordre violemment… Il n’a plus de visage. Plus de ventre. Ses entrailles ont été arrachées, dévorées. Ses bras sont tordus dans des directions qui n’ont plus rien d’humain. Chuck commence à sangloter, Frypan aussi… Même Winston détourne la tête, les yeux brillants. Je m’agenouille près de Steve et pose doucement ma main sur son épaule… Sa peau tremble sous mes doigts.
- Je suis désolé… murmure-je, la voix brisée.
Je me sens responsable. Je me sens tellement coupable. J’aurais dû être plus prudent… J’aurais dû prévoir. J’aurais dû… tout... Tout faire autrement…
- Tony… Putain…!! sanglote Steve en se penchant sur le corps déchiqueté.
Sa voix n’est plus une voix. Juste un souffle broyé par la douleur… Le voir comme ça me serre le cœur à en pleurer. Steve est toujours calme, toujours fort pour les autres… mais là, il se brise…
- Il faut partir, dit Minho soudain, paniqué, presque hystérique.
- Attends… souffle Newt en posant une main sur son bras, cherchant à le calmer, mais…
Minho l’attrape violemment par les épaules et le plaque contre le mur, fou de terreur :
- ATTENDRE QUOI ?!!! QU’ON SE FASSE BOUFFER COMME ÇA AUSSI ?! hurle-t-il, au bord de la rupture.
Les veines de son cou ressortent. Ses yeux tremblent… Il panique…
- Oh, Minho, calme-toi ! dis-je en me hâtant de les séparer, la voix sèche, cassée par la peur.
Il me lance un regard noir, mais se recule et attrape la tablette.
- On se casse, magnez-vous ! ordonne-t-il d’une voix froide, sans scrupule, mais je vois bien : il panique. Il a peur. Comme nous tous…
Je me tourne vers Steve, toujours à genoux.
- Allez, viens Steve… On ne peut pas rester là… souffle-je en posant une main sur son épaule encore tremblante.
Il ferme les yeux un instant, puis hoche la tête, le visage ravagé de larmes. Avec une lenteur infinie, presque sacrée, il retire sa veste… Des mains tremblantes, il vient recouvrir ce qu’il reste du corps de Tony… Il effleure le bras mutilé, ses doigts caressant la peau encore tiède.
- Au revoir… mon amour… murmure-t-il, la voix brisée, tremblante, tendre.
Il dépose un baiser sur le tissu qui cache ce qui fut un visage. Un geste si doux que j’en ai mal au cœur… Je détourne les yeux. Parce que regarder Steve dire adieu… Ça me tue...
Parce que moi aussi, je me sens responsable de cette horreur. Parce que j’ai entraîné tout le monde dans un enfer pire que tout ce que j’imaginais.
Puis Steve se redresse lentement, les épaules brisées sous le poids de son chagrin, et il quitte le corps de son amant en suivant Minho dans le couloir… Ses pas sont lourds, noyés dans un silence bouleversant. Il ne pleure plus vraiment, ses larmes semblent s’être figées quelque part en lui, mais son visage parle pour lui. Je n’ai jamais vu quelqu’un aussi détruit. Je m’apprête à le rejoindre quand un éclat métallique attire mon regard. Je baisse les yeux. Dans la main froide de Tony… Une clé. Une immense clé de métal, lourde, presque irréelle dans cette scène de carnage. Mon cœur se serre violemment.
- Les gars ! Il a la clé ! dis-je en la prenant avec précaution, mes doigts tremblant encore.
Ils se retournent tous, les yeux écarquillés malgré la panique.
- Sérieux ?! s’exclament-ils, presque à l’unisson.
- Oui ! souffle-je, le cœur accéléré. La clé de la grande porte en métal ! Si on y retourne, on peut sortir d’ici !
Minho inspire brusquement, comme si un souffle d’espoir venait de lui traverser la poitrine.
- Ok ! Allez, on bouge ! dit-il, la voix tremblante mais déterminée.
On se remet à courir, tous ensemble, nos pas éclaboussant l’eau glaciale du couloir inondé. Le bruit de l’eau, de nos respirations hachées, de nos chaussures qui claquent contre le sol métallisé… tout se mélange en un chaos assourdissant. Et soudain… un cri… Un cri strident. Surhumain…. Horrible. Il déchire l’air comme une lame et nous fige sur place. Je n’ai même pas le temps de tourner la tête qu’une masse blanchâtre surgit de l’obscurité et m’écrase, me projetant dans l’eau avec une violence inhumaine…!
Je perds immédiatement mes repères…. L’eau glacée me claque au visage. La créature est sur moi. Je sens son poids monstrueux, ses griffes cherchant ma gorge. Je hurle, mais seul un flot de bulles m’échappe. Je me débats comme un fou, mes mains glissant sur sa peau visqueuse, mes jambes frappant dans le vide. Je ne vois plus rien : juste des ombres floues et le rouge de ma propre panique qui pulse dans mes yeux. Une douleur brûlante me transperce le bras et j’ai l’impression qu’elle m’arrache la chair. Puis, d’un coup… Des mains me saisissent. Me tirent. Me ramènent…!
Je sors de l’eau dans un mélange de hoquets et de gémissements, et Newt m’attrape contre lui, son bras passé autour de ma poitrine pour me maintenir debout. Je sens son cœur battre comme un fou contre mon dos, sa chaleur qui contraste violemment avec l’eau glacée. Il me tire, m’entraîne, m’éloigne de la créature.
- Tommy ! Ça va ! Je t’ai ! Je t’ai ! souffle-t-il d’une voix tremblante.
Elle surgit de l’eau à son tour, dans un grand remous, ses yeux blancs fixés sur nous. Puis elle bondit… et attrape Antoine par la jambe…!
- NON !!! ANTOINE ! hurle-je en me jetant vers lui.
J’agrippe son bras avec toute la force qui me reste, mes doigts s’enfonçant presque dans sa peau. Les autres accourent, Fry, Minho, Winston, Newt… tous…! On le retient comme on peut, comme des désespérés pendus à un fil de vie. Antoine crie. Un cri d’enfant… Un cri qui me transperce, qui me détruit… La créature tire. Encore…. Encore…! Je sens Antoine glisser entre mes doigts, son corps se tordre, son bras trembler comme une branche prête à céder.
- Tenez-le !! hurle-je, mais ma voix se casse.
Puis un craquement monstrueux éclate. Sec. Horrible. Final… Et soudain, Antoine… se déchire…! La créature lui arrache littéralement la moitié du corps et s’enfuit dans l’ombre avec ce qu’il en reste Nous, nous restons avec… le haut. Juste… le haut…
Je lâche prise immédiatement, horrifié, et Antoine retombe dans l’eau, déjà sans vie. Une mare de sang remonte à la surface, s’élargit, se dilue, colore l’eau d’un rouge sombre. Je n’arrive plus à bouger. Je n’arrive plus à respirer.
- Barrons-nous ! hurle Minho, la voix déformée par la panique.
Il attrape Newt et Fry, les tire avec une brutalité désespérée. Je cours aussi, parce que mes jambes le font par instinct. Je cours alors que mon cerveau hurle qu’on vient de perdre encore un enfant. Je cours parce que rester serait mourir…
Mais ce n’est pas fini… On n’a même pas le temps de comprendre ce qui nous arrive qu’un clic résonne sous nos pieds. Sous le pied de Chuck.
- Chuck, non… ! Hurle-je trop tard.
D’immenses piques surgissent des murs dans un bruit métallique assourdissant, fendant l’air comme des lances envoyées pour nous massacrer. Je me jette en avant par pur réflexe, sentant une pointe frôler ma joue à quelques centimètres près… J’ai de la chance. Mais les autres…
Newt pousse un cri étranglé, un pique lui a ouvert la cuisse sur toute sa longueur. Minho chancelle, le dos explosé par une entaille sanglante. Et Louis… Louis ne bouge plus. Un pique traverse son œil… Il s’effondre comme une poupée de chiffon, déjà parti.
- Putain, les gars, ça va ?! hurle-je, la voix cassée par la panique.
Je me tourne vers Newt au même moment où il s’écroule au sol. Ses mains se plaquent instinctivement sur sa cuisse ouverte, d’où le sang coule en abondance, chaud, sombre, effrayant…
- Ça va moi… répondent Fry et Winston, essoufflés mais indemnes.
- Pareil… juste une égratignure… souffle Minho, même si je vois très bien qu’il a du mal à tenir debout.
Mais moi, je ne vois plus qu’une seule personne : Newt. Je me précipite vers lui… Je m’agenouille et pose une main instinctivement sur son épaule.
- Newt…! Ça va ?! Montre moi…! Regarde-je sa plaie sanglante de plus près. Tu peux te lever ? Dis-moi…?! demande-je, la gorge sèche.
Il relève les yeux vers moi… et je vois tout de suite que quelque chose ne va pas du tout. Ses pupilles sont dilatées. Sa respiration déraille. Il tremble comme une feuille.
- Je… Je sais pas…! souffle-t-il, et sa voix se brise.
Il panique. Il panique vraiment… Son souffle s’accélère, ses mains deviennent glacées, sa jambe tressaute comme si elle refusait de lui obéir. Je sens la terreur qui s’empare de lui, une terreur brute, animale, incontrôlable. Je viens immédiatement lui prendre la main, fermement, mes doigts s’entrelacent aux siens pour le ramener ici, avec moi, avec nous.
- Newt ! Regarde-moi. Regarde-moi ! dis-je en posant ma main libre sur sa joue, pour capter son regard. Calme-toi. Je suis là. Je te lâche pas.
- Tommy… je… j’y arrive pas…! J’arrive pas à bouger…! dit-il, la voix secouée, au bord des larmes.
Il panique tellement que j’ai l’impression qu’il n’entend plus rien autour de lui. Alors je rapproche mon front du sien, je respire profondément pour qu’il sente mon souffle, pour qu’il se cale dessus.
- Si, Newt. Écoute-moi. Tu peux. Je suis là, je te lâche pas…!
Je lui prends le bras et je l’entoure de mon autre main pour le soulever.
- Accroche-toi à moi. Allez… Un, deux, trois…
Je le tire vers moi autant que je peux, mais sa jambe lâche instantanément sous son poids. Il gémit de douleur et retombe au sol…
- Aïe… Putain…! souffle-t-il en serrant les dents, un filet de sang coulant sur sa cuisse.
- Newt, courage ! Allez ! dis-je avec une voix que je veux forte, mais qui tremble un peu malgré moi.
Je m’agenouille encore à côté de lui, je recommence. Pas question de l’abandonner. Je glisse son bras autour de mes épaules et mes doigts s’agrippent à sa taille pour le soutenir autant que possible…
- On va y arriver, d’accord ? Tu restes avec moi. Je te porterai s’il le faut…!
Il hoche la tête, minuscule mouvement, fragile, et je sens sa main serrer la mienne avec autant de force qu’il lui reste. Rapidement, Minho arrive de l’autre côté pour l’aider aussi…
- J’suis là, ça va aller… le rassure-t-il, le soutenant tel un mur solide.
On laisse derrière nous le cadavre de Louis, et même si ça me retourne l’estomac, on ne peut plus rien faire pour lui… On doit avancer. Chuck pleure, la voix cassée :
- Je suis désolé… !
- Ce n’est pas ta faute…! le rassure-je aussitôt, mais je sens sa culpabilité vibrer contre mes nerfs déjà à vif.
- Avance… ! gronde Minho, la voix tranchante, presque méconnaissable.
Lui non plus ne supporte plus le chaos autour de nous. Mais dans mes bras, Newt gémit, la douleur déchirant sa voix :
- Minho… Tommy… Tommy lâche-moi, j’ai… j’ai trop mal… !
- Non ! Hors de question ! réplique-je sans même réfléchir, d’un ton qui claque comme un ordre.
Il secoue la tête, le front trempé de sueur, les lèvres tremblantes. Son souffle est court, trop court, et je vois dans ses yeux cette panique brute, animale, celle qui surgit quand le corps lâche et que l’esprit hurle qu’il va mourir là, maintenant.
- Laissez-moi là… Si le monstre nous rattrape, je ne pourrais pas fuir de toute façon…!
- Tss… Ça suffit ! grogne-je…
Je m’arrête net, et avant que Newt puisse protester davantage, je glisse mes bras sous lui et le soulève contre moi, comme une princesse. Son corps se crispe violemment, un petit cri étranglé lui échappe, et ça me transperce… Il est hors de question que j’abandonne encore un ami. Hors de question que je l’abandonne, lui.
- On continue ! dis-je fermement en avançant d’un pas décidé.
Portant Newt sous le regard de Minho qui semble complètement déstabilisé par tout ce qu'il se passe. Newt s’agrippe à moi malgré lui, ses doigts tremblants crispés contre ma nuque.
- Tommy… arrête…! Je… Je vais t’épuiser…!
- Tais-toi…! rétorque-je d’un ton sec, mais mon bras se resserre un peu autour de lui.
Sa respiration est chaude contre mon cou, irrégulière, tremblante, et je sens à quel point il lutte pour ne pas paniquer davantage. Sa jambe blessée s’heurte parfois sur mon corps et chaque choc arrache à Newt un gémissement étouffé qui me donne envie de courir encore plus vite, juste pour l'éloigner de la douleur…
On poursuit notre chemin jusqu’à la grande porte sans jamais s’arrêter… Quand on l’atteint enfin, je dépose Newt au sol avec précaution, et l’effort me coupe presque les jambes. Mine de rien, il pèse son poids, et l’adrénaline commence à retomber. Je fouille ma poche. Puis l'autre… Rien…
- Alors ?! demande Minho, déjà prêt à pousser la porte.
- Je… je la trouve pas…!
- Quoi ?! s’exclame tout le monde en chœur.
- Elle n’est plus là !!!
Minho explose :
- Putain… C’est une blague ?!
- Non ! Je… J’ai dû la perdre en route…! dis-je, la gorge serrée.
Je fouille à nouveau, frénétiquement, mais je sais… je sais que je l'ai laissée tomber dans l’eau quand cette putain de créature m’a sauté dessus.
- Putain de merde !! hurle Minho en frappant la porte de toutes ses forces.
Un silence d’horreur s’abat sur nous. Puis, soudain, Minho reprend le contrôle, d’une voix glaciale, déterminée :
- On ressort.
Il se penche, attrape Newt, et son adrénaline semble le transformer. Il le hisse comme si Newt n’était qu’un poids plume et part en courant, à une vitesse irréelle. On lui emboîte le pas… Et là… je le vois vraiment. La manière dont Minho se repère instantanément, sans hésiter, comme si les couloirs étaient gravés dans son sang. Voilà pourquoi c’est lui, le meilleur Coureur. Voilà pourquoi on lui confie nos vies sans réfléchir. Quant à moi, je me sens terriblement coupable. J’ai perdu la clé. On laisse des amis derrière. Et mes propres blessures commencent à brûler comme si le feu me rongeait de l’intérieur… À la fin, j’aide même Chuck qui trébuche, épuisé, incapable de tenir encore debout tout seul. On atteint le dernier couloir… Et la créature nous a retrouvés…! Un sursaut collectif. Un dernier sprint. Je ferme la marche, mon cœur prêt à exploser, et je vérifie sans cesse que personne ne reste derrière.
Au moment où je franchis les marches, la créature s’arrête net et fait demi-tour… Comme si une barrière invisible l’empêchait de sortir. On grimpe l’escalier dans un état second, et à l’instant où on atteint l’extérieur, on s’effondre tous, terrassés par la peur, la fatigue, la douleur. Mais Minho nous ramène à la réalité :
- On ne s’arrête pas !!
- Il a raison ! repris-je en tirant Chuck et Winston par les bras.
Il est presque dix-neuf heures. On n’a plus le droit à l’erreur. On court ce qu’il reste de nos vies, nos forces, nos jambes, jusqu’à enfin rejoindre le Bloc… Éreintés. Écrasés. Vides. Mais vivants… Et pour l’instant… c’est tout ce qui compte…
A suivre…
Prochain chapitre : Un terrible constat.
Je tiens à remercier
Yumbebykira et Maczin03
pour tous les commentaires sur ma fan-fiction Labyrinthe !
Donc, merci à vous !
Bye !