Les petites histoires de Lady Oscar

Chapitre 5 : L'amour est une chose splendide !

1821 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 26/03/2024 19:23

Pensive, un livre à la main, Louise peinait à avancer dans sa lecture. Elle ne pouvait empêcher les images surprises le soir-même, de tourner et retourner dans sa tête. La culpabilité de ne rien avoir compris plus tôt la submergeait : comment avait-elle pu passer à côté de l’évidence en elle-même ? Son esprit la torturait en lui rappelant combien elle avait été aveugle tandis que son cœur, lui, ressentait de la tendresse envers ces souvenirs. Tout ce qu’elle souhaitait était le bonheur de chacune de ses filles, et Oscar en faisait partie. Elle était sa dernière fille, bien que son éducation fût celle d’un garçon, ce qu’elle avait toujours désapprouvé. Mais son mari était si entêté qu’elle était en incapacité de lutter contre lui. Son mari… Et si le général avait à être mis au courant par une tierce personne, comment réagirait-il ? Il était nécessaire que ce soit elle-même qui en touche un mot à Rainier.


Elle laissa un soupir s’échapper d’entre ses lèvres quand elle entendit la porte de sa chambre s’ouvrir, lentement et sans le moindre bruit. Le parquet craquait à peine, et pourtant le corps illuminé d’une chandelle de son époux apparut. Celui-ci, pensant trouver sa femme endormie, ne désirait pas la réveiller : c’est pour cette raison qu’il pénétrait dans la chambre avec délicatesse et finesse. Il eut un hoquet de surprise en réalisant qu’elle ne dormait toujours pas, referma la porte puis la regarda attentivement. Ses longs cheveux ondulés retombaient en cascade autour de ses épaules, son visage fin et ses yeux bleus pétillaient en le fixant en silence. Son cœur se mit à battre plus vite dans sa poitrine, n’ayant rien oublié de l’amour qu’il avait immédiatement ressenti pour elle. Le général s’approcha enfin de son lit, déposa la chandelle avec précaution sur sa table de chevet et s’assit pour commencer à se dévêtir. Louise, quant à elle, referma son livre, le reposa sur sa propre table bordant son lit, avant de nouer ses mains entre elles sur la couverture. Cherchant ses mots, elle se décida à partager sa découverte avec son mari.


-      Rainier, chéri, ne trouves-tu pas qu’Oscar a changé ces derniers temps ?


Le général, surprit par cette question, arqua un sourcil avant de se positionner de biais et pouvoir lui faire face. Un sourire vint néanmoins s’installer sur son visage aux traits si tendus : qu’est-ce qu’il appréciait pénétrer dans l’intimité de leur chambre et envoyer valser toutes les convenances. Louise et lui formait un tout, c’est pour cela qu’ils avaient rapidement abandonné le vouvoiement au sein de leur chambre. Ils n’étaient pas uniquement des époux : ils étaient amants et meilleurs amis. Malgré cette appréciation, l’interrogation de sa femme le troubla tant qu’il avait cessé de se déshabiller. Pendant un petit instant, il resta mutique, cherchant à savoir où elle désirait en venir. Louise, quant à elle, ne lâcha pas ses lèvres de ses yeux, ayant tout à la fois hâte qu’il ne se décide à lui répondre, mais aussi désirant caresser ses lèvres des siennes. Le rose lui monta aux joues à cette pensée, ce que le général ne manqua pas de réaliser. Avec un petit sourire aux coins des lèvres, il se remit à sa tâche première.


-      J’ignore s’il a changé. J’ai simplement remarqué qu’il s’affirmait davantage, qu’il ne se laissait plus marcher sur les pieds, même par

moi, son propre père.


Louise soupira, agacée par le pronom utilisé par son mari pour désigner leur benjamine. Elle ne put se retenir de le reprendre sur ce point.


-      Elle, Rainier. Oscar est née et elle restera une femme jusqu’à la fin de ses jours. Je sais combien tu aurais aimé avoir un garçon, mais cela est trop. Tu n’as pas besoin de la rendre masculine avec moi.

-      Voyons, nous en avons déjà parlé des centaines de fois, Louise. De plus, Oscar a fait son choix. Quand nous lui avons laissé la possibilité de se marier, elle a elle-même choisi la vie militaire. Elle a choisi une vie d’homme.


Le général se glissa sous les draps et les couvertures, commençant à se rapprocher de son épouse, désireux de recevoir de l’affection charnelle émanant d’elle. Une tempête secouait l’esprit de Louise : son mari n’avait pas tort, Oscar n’avait pas pu s’empêcher de garder sa vie militaire. Elle avait grandi en garçon puis en homme, il aurait été trop difficile de lui retirer ce qui faisait d’elle une personne d’exception. Soudain, ses yeux se fermèrent contre sa volonté quand, d’un geste doux, son mari avait poussé ses cheveux afin d’embrasser le creux de son cou. Elle ne devait pas perdre la face, même si elle avait envie de répondre aux caresses de ses lèvres contre sa peau. Elle reprit :


-      Justement… Ne penses-tu pas que nous nous sommes trompés sur les véritables raisons de son refus ? Certes, Oscar a pu choisir de mener jusqu’au bout sa vie de militaire, mais peut-être aussi qu’il y a quelqu’un d’autre derrière ce choix… souffla-t-elle.

-      Peu importe, Louise… Laissons Oscar tranquille…


Les mains du général commençaient à se balader sous le tissu qui recouvrait le corps de Louise avant de lui voler un baiser, chaste puis progressivement langoureux. Tels des amants du premier jour, Louise peinait à résister à ses propres pulsions. Malgré tout cet amour débordant, elle souhaitait en terminer avec le sujet d’Oscar. Réalisant que son mari n’était pas coopératif, la seule chose qu’il lui restait à faire était de lâcher l’information du tac-au-tac.


-      Chéri, j’ai quelque chose à te dire sur Oscar…

-      Mmh… Louise…

-      J’ai vu Oscar et André qui s’embrassait devant sa chambre. Je n’ai pas fait exprès, j’allais simplement me chercher un verre d’eau quand je les ai surpris. Ils paraissaient vraiment amoureux, Rainier…


Cette information eut pour effet de refroidir le général de Jarjayes. André et Oscar s’aimaient ?! Mais comment cela pouvait-il être possible ?! Et cet André, en qui il avait toujours eu confiance… Ainsi il était parvenu à lui prendre sa dernière fille, la chair de sa chair, et sans même lui en parler. Abasourdi, il se réinstalla à côté de son épouse.


-      Je vais le tuer puis je ferai enfermer Oscar au couvent. De quel droit ont-ils bafoué l’honneur des Jarjayes de cette façon ?! murmura-t-il, glacial.

-      Rainier… Cela ne te rappelle donc rien ? Cette histoire… N’est-elle pas une répétition de la nôtre ?

-      Voyons ! Louise ! Il n’y a rien de comparable ! Nous sommes tous les deux issus de la noblesse ! André, lui, n’est rien ! C’est un valet !

-      Chéri, tu as la mémoire courte. Quand nous nous sommes rencontrés, je n’étais pas noble, tout du moins, nous l’ignorions. Quand le roi nous a refusé notre mariage, n’est-ce pas toi qui voulait que nous nous enfuyions ? Tu étais prêt à perdre ton titre et ton honneur pour moi, pour m’aimer fidèlement, de corps et d’âme, lui souffla-t-elle avec amour.


Ces souvenirs semblèrent ranimer une forme de nostalgie chez Rainier de Jarjayes. Ce que Louise lui racontait était vrai. De plus, ils n’avaient pas pu attendre leur mariage avant de consommer leur amour, ce qui allait tôt ou tard arriver avec sa petite fille, si cela n’était pas déjà fait. Louise essuya du revers de son index, une larme qui se mit à rouler le long de la joue pâle de son époux. Il avait un cœur, seulement elle avait la possibilité de le voir. Plusieurs fois il s’était effondré dans ses bras en ayant peur pour ses enfants. Même s’il était fier de sa dernière-née, il n’ignorait pas qu’elle n’avait pas les mêmes conditions physiques que les hommes, que le danger était palpable dans le monde masculin dans lequel elle évoluait chaque jour. Avec elle, le général de Jarjayes n’existait plus : seul Rainier, son époux, était présent à ses côtés. La bouche pâteuse, il se remit à parler, tout bas.


-      Tu as raison… Faisons comme si nous ne savions pas… C’est préférable de faire comme si nous ne savions pas.


Un léger sourire souleva ses lèvres, ses yeux plongés dans ceux de son épouse. Posant sa longue et fine main sur sa joue, Rainier inclina légèrement sa tête pour savourer ce contact avant de prendre la main de Louise et de l’embrasser.


-      Tu es toujours d’une infinie sagesse, jamais je n’ai eu le moindre regret de t’avoir épousée. Et même si tu n’avais pas été noble, je t’aurais enlevée pour m’unir à toi clandestinement. Tu es devenue ma vie, Louise, et si tu avais à disparaître, je n’y survivrai pas. Je… Je suppose qu’Oscar et André ressentent la même chose. Je veux le bonheur de ma fille, et il faut être aveugle pour ne pas comprendre que depuis toujours, André est celui qui tient la vie d’Oscar entre ses mains.

-      Oh, Rainier…


Les larmes mouillant ses yeux, Louise saisit franchement le visage de Rainier pour l’attirer dans un baiser profond. Plus aucun mot ne fut dit cette nuit-là, juste quelques soupirs et gémissements tus, et l’union de deux corps se comprenant parfaitement, sans paroles.

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