Ceux qui survivent

Chapitre 23 : Vérité

3755 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 02/06/2026 19:49

Rosa monta sur le dos de son cheval. Elle était sanglée dans son équipement tridimensionnel et prête à partir. Quelles que soient les épreuves et les vérités qui puissent l'attendre de l’autre côté.

-Eh.

Elle baissa les yeux vers la voix et vit Livaï qui la dévisageait. Il avait toujours cet air un peu blasé mais ses yeux semblaient à chaque fois lire les personnes comme des livres ouverts.

-Quoi qu'il se passe là-bas, garde ta lucidité. Réfléchis avant d’agir. Y’a rien de pire que de foncer sous le coup de l'émotion.

Rosa l'écouta mais ne put s’empêcher de se demander ce qui lui valait une telle prévenance de la part du caporal-chef. Elle le connaissait peu et lors du seul et dernier échange qu'ils avaient eu, il n'avait pas hésité à poser des questions directes sans prendre de gants. Il sembla lire sa question dans ses pupilles car il ajouta : 

-C’est ce que ta mère t’aurait dit.

-Elle m’a dit que quoi qu'il se passe, ça n’invaliderait pas ce que je ressens.

-Ts. C'est bien elle.

-Vous la connaissez bien ? se risqua-t-elle à demander. 

-Un peu. Elle avait encore quelques contacts discrets avec le Bataillon lorsque j’ai été recruté. Elle était… différente des autres.

Il se tut, ne lâchant pas Rosa des yeux. Cette dernière sut qu'elle n’en saurait pas plus. Livaï n'était pas un homme de mots. Il communiquait davantage à travers les actes. Le fait qu'il ait pris la peine d'un dernier conseil alors qu'il la connaissait peu avait donné une sacrée information à Rosa. C'était parce qu'il respectait profondément Romilda qu'il s'était senti obligé, le temps d'un instant, de revêtir un rôle de mentor envers sa fille. Sa mère avait décidément marqué ses anciens camarades.


Sur les ordres du major, la troupe composée en majorité de soldats du Bataillon mais aussi de quelques Brigades Spéciales s'élança. Ils traversèrent les portes du district et mirent le cap sur Trost. La nuit commençait peu à peu à faiblir. Bientôt, le soleil se lèverait. Sur un jour incertain.

Jean chevauchait à côté de Rosa. Ils n'échangèrent pas de mot. Tous les deux concentrés sur la route mais également anticipant ce à quoi ils allaient devoir faire face.


A Trost, Erwin retrouva le commandant Pixis. Il ordonna aux soldats d’attendre la suite des instructions. C'était le moment d'une pause, notamment pour ménager les montures en vue d'une possible longue expédition à l'intérieur du mur Rose qui n'était désormais plus synonyme de sécurité. 

Rosa attacha son cheval à côté de celui de Jean. Elle tentait de conserver son calme et une figure neutre mais elle se sentait fébrile. A l'intérieur d’elle, son coeur battait un peu plus fort. Un peu plus rapide. Ses pensées se brouillaient parfois, comme une pelote de laine emmêlée. Elle ne parvenait pas à en trouver une extrémité pour tenter d’en tirer le fil. Elle avait eu tout le temps du voyage jusqu'à Trost pour passer dans son esprit les scénarios possibles. Celui qu'elle préférait était évidemment celui de l’erreur, des soupçons balayés par une preuve irréfutable. Mais après quelques temps à se battre contre son déni, elle avait dû faire de la place à la petite voix qui lui disait que ce fait avait peu de chance de se produire.

Sentir le vent dans ses cheveux et les premiers rayons de soleil sur sa peau l’avaient aidée à se calmer quelque peu. Le mouvement du cheval, la présence des autres soldats et, surtout, Jean qui galopait à côté d'elle l’avaient rassurée. Elle s’était autorisée, le temps d’un instant, à faire face aux pensées qui la hantaient. A envisager que le major ait raison. Cela lui avait donné la chair de poule. Elle n’avait pas envie d’y penser et en même temps, son esprit y revenait sans cesse.

Pourquoi Annie, Reiner et Bertolt se battraient-ils contre l’humanité ? Pourquoi avait-elle décimé tous ces soldats lors de la dernière expédition ? Pourquoi avoir vécu pendant trois ans parmi eux si c’était pour tous les éliminer au bout du compte ? Pourquoi… Reiner lui avait-il dit qu’il l’aimait autant, pourquoi l’avait-il embrassée, pourquoi l’avait-il prise dans ses bras ? S’ils étaient des ennemis de l’humanité et complotaient depuis tout ce temps, n’était-elle, contre son gré, qu’un pion sur leur échiquier ? S’était-il servi d’elle ? Mais pour quelle finalité ? Elle avait eu le sentiment qu’il était sincère, ce soir-là. Puis elle repensa à ses hésitations. Qu’elle avait interprétées comme un besoin de temps. La phrase en suspens, celle qu’il n’avait jamais finie : tu comptes beaucoup. Tu es quelqu’un de bien. Et c’est pour ça que je ne peux pas…

Elle n’avait jamais su ce qu’il avait voulu dire. 

Mais si les soupçons d’Erwin s’avéraient exacts, son esprit pouvait imaginer le poids que revêtaient ces mots. Si Reiner était effectivement leur ennemi -quelle qu’en soit la raison- et qu’il était effectivement sincère ce soir-là, il avait dû se sentir dépassé. Vouloir la sauver. Maladroitement. De lui-même. 

A cette pensée, Rosa avait senti sa gorge se nouer et ses mains serrer d’autant plus fort la bride de son cheval. Elle ne savait plus si elle avait envie de crier ou de pleurer. Peut-être les deux. Mais elle n’avait rien fait. S’était contentée de serrer les dents. Avait voulu arrêter là les scénarios et les interprétations. Après tout, elle avait convenu avec Jean que tout ceci n’était que des hypothèses. 


Elle avait la tête lourde. Elle regardait les autres soldats qui ravitaillaient leurs chevaux et vérifiaient à nouveau leur équipement. Livaï les avait suivis jusqu’à Trost mais il était entendu qu’il n’irait pas plus loin du fait de sa blessure à la cheville. Elle nota qu’il lui avait jeté un rapide regard. Comme pour s’assurer, à sa façon, que ça allait.

Les soldats de garnison n’avaient pas encore vu de titans aux alentours de Trost. Ce qui était étrange car cela faisait presque un jour entier que le mur avait été brisé. Les créatures auraient dû être nombreuses et avoir déjà atteint, pour certaines, les districts. Mais rien à signaler.

-Eh, Livaï, clama un homme arborant le blason des Brigades Spéciales, on est venus ici pour charcuter du titans ! Ils sont où ?

-Oh, désolé qu’ils vous aient posé un lapin, répondit le caporal-chef d’une voix pinçante d’où pointait une ironie glaciale. Mais vous en faites pas, la prochaine fois vous viendrez en expédition avec nous. Vous aurez l’occasion d’en charcuter, du titan.

Après un dernier regard froid, il se détourna. L’homme n’osa pas répliquer, conscient de sa propre bêtise. Il n’avait aucune légitimité à jouer les durs alors qu’il n’était jamais monté au front. 

-Il en jette quand même un peu, murmura Rosa à l’adresse de Jean.

-C’est sûr qu’on l’ouvre pas quand il est comme ça.

-Mais dans le fond, il est attentif.

-Tu trouves ?

-Oui. A sa manière. Comme Mikasa. On pourrait croire qu’elle ne jure que par Eren et se fiche du reste. C’est pas vrai. Elle est là. Mais d’une autre façon.

Elle nota le léger trouble qui parcourut Jean lorsqu’elle évoqua Mikasa et lui lança un sourire taquin : 

-Sois pas jaloux d’Eren comme ça !

-Ce n’est pas… je suis pas jaloux !

-Tu parles. T’es quelqu’un de bien, Jean. Un jour, elle te verra. Si ce n’est pas elle, ce sera quelqu’un d’autre. 

Il eut une moue mais ne répliqua pas.

-Et si tu veux que je fasse passer une lettre ou un truc comme ça, je peux ! Mais je ne promets pas d'arriver à négocier une réponse positive.

-Va pas jouer les entremetteuses, Rosa. T’as déjà assez à gérer de ton côté.

Il s’interrompit en grimaçant. Il avait parlé trop vite. Les mots étaient sortis sans réfléchir. Avant qu’il n’ait pu en peser l’impact.

-Pardon je…

-C’est pas grave, dit-elle doucement en posant une main sur son avant-bras. 

Ils se regardèrent. Elle lut dans le regard de Jean une attention sincère. Une pointe d’inquiétude. Au milieu de ses propres tourments personnels. 

-Tu n’as pas peur ? demanda-t-il après un temps. De la vérité.

-Habituellement, j’évite de poser les questions dont je redoute les réponses. Mais là… j’ai extrêmement peur de la réponse tout en ayant absolument besoin de l’entendre. C’est bête, hein ?

-Non, je trouve pas ça bête. C’est… normal. Moi aussi, je suis comme toi. J’ai peur que ça remette en question les trois années qu’on a tous vécues ensemble. Mais j’ai besoin de savoir.

Elle sentit le poids dans sa poitrine s'alléger un peu. Le fait que Jean la comprenne et ressente la même chose lui faisait du bien. Elle lui prit doucement la main et la serra. Comme une promesse muette de faire face ensemble. 


Soudainement, un soldat arriva en trombe. Le commandant Pixis fut demandé d’urgence. Bientôt, l’homme fut entouré de soldats curieux, du commandant et du major Erwin.

-Aucune faille n’a été détectée dans le mur. Les équipes l’ont longé mais rien. 

Il était essoufflé. Il était arrivé aussi vite que possible. Sur son visage, Rosa y lut l’urgence mais aussi une pointe de peur. La faille -ou l’absence de faille- dans le mur n’était clairement pas la seule nouvelle qu’il avait à annoncer. Et en effet, il enchaîna : 

-En revenant, nous avons croisé l’escouade du capitaine Hansi. Parmi eux, il y avait des jeunes recrues sans équipement. Et trois d’entre elles se sont avérées être des titans !

La nouvelle eut l’effet d’un ras-de-marée sur l’assemblée.

-QUOI ? s’exclama Jean. Qui ?!

Erwin l’arrêta d’un geste.

Rosa faisait ses calculs.

Trois ? Elle n’avait jamais envisagé un scénario avec trois… traîtres. Le major avait-il loupé une information ? Quelqu’un d’autre était-il passé sous les radars ?

-Que s’est-il passé ensuite ? demanda calmement Erwin.

-Tout a dégénéré ! Le Bataillon s’est retrouvé confronté aux Titans Colossal et Cuirassé. On a tenté de venir en renfort mais c’était peine perdue. Eren Jaeger s’est transformé mais… ils l’ont enlevé ! 

Les yeux du soldat étaient écarquillés sous l’effet du stress et du sentiment d’urgence. Rosa resta figée. Ces nouvelles informations avaient ajouté du poids là où les propos de Jean avaient permis de l’alléger quelque peu.

Le Titan Colossal et Cuirassé ?

Eren enlevé ?

Elle avait l’impression que ses pires scénarios étaient en train de prendre vie.

-Il n’y a pas un instant à perdre ! clama le major. On rejoint l’escouade d’Hansi ! On amène de quoi faire passer le mur aux chevaux ! Il faut qu’on les rattrape et qu’on récupère Eren. C’est notre priorité ! Ce garçon est un atout essentiel pour l’humanité, on ne peut pas laisser l’ennemi l’emmener !

La voix claire et autoritaire du major électrisa les soldats.

Elle sortit Rosa des méandres de ses pensées.

Elle ne devait plus faire de plans ou de conjectures. Elle ne devait plus se demander si ce qu’elle avait envisagé de pire était en train de se produire ou non. Elle devait agir !


Immédiatement, les soldats s’activèrent. Les gestes étaient précis. Vifs. Les chevaux de nouveau attelés. Bientôt, la cohorte s’ébranla, laissant derrière elle Livaï qui les regarda partir sans rien dire. 

Lorsqu’ils rejoignirent l’escouade d’Hansi, la première chose que nota Rosa en levant les yeux vers le mur fut la preuve évidente de combat. Les pierres avaient été ébranlées, une partie au sommet avait été détruite.

Sans hésiter, elle se hissa à l’aide de son équipement. Sa respiration était courte. Ses yeux cherchaient à analyser rapidement la scène. Et, surtout, à repérer qui était là. Une très maigre part d’elle-même avait continué à vouloir croire en un dénouement heureux. Elle s’était dit que si Reiner et Bertolt étaient là, parmi les autres, ça voudrait dire qu’ils s’étaient trompés.

Mais il ne lui fallut que quelques secondes pour sentir ce dernier fol espoir s’évaporer. Elle ne vit ni l’un ni l’autre.

En revanche, Armin arrivait vers elle. D’un pas hésitant. Elle le scanna rapidement. Il n’avait pas l’air blessé. Elle fut rassurée. 

-Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-elle en comblant la distance entre eux. Comment tout ça a merdé à ce point ?

Derrière elle, elle sentit Jean qui approchait également.

Armin déglutit, jeta un coup d'œil sur le paysage au-delà du mur. Il semblait hésitant.

-Sois franc, lança-t-elle. Dis-moi tout. Je peux encaisser.

Le jeune homme lança un regard à Jean, comme pour s’assurer que ce qu’elle disait était vrai. Il hocha imperceptiblement la tête. 

-Ymir est un titan, commença Armin, rapidement interrompu par les exclamations de ses deux amis qui n’avaient absolument pas vu la nouvelle arriver. Enfin, je ne l’ai pas vue mais ce sont les autres qui l’ont dit. Elle les a sauvés des autres titans qui ont attaqué la tour où ils étaient. 

-Bordel, grogna Jean. Mais y’en a combien parmi nous ?!

-Pour le moment, en tout et pour tout, cinq, répondit Armin d’un ton bas. Parce qu’après… on est montés sur le mur… Reiner et Bertolt ont voulu parler à Eren. Tu sais, Hansi nous avait dit…

-Oui, je sais, coupa Rosa. Le major m’a raconté. Il m’a aussi dit pour tes déductions.

-J’espérais me tromper. Mais… je sais pas pourquoi, Reiner a tout raconté à Eren.

-Il a… quoi ? s’exclama Jean, incrédule. C’est pas vous qui l’avez démasqué ?!

-Ben… non. Hansi nous avait bien dit de faire comme si de rien n’était. Parce qu’on devait les confiner comme on a tenté de le faire avec Annie. Mais… il a tout dit à Eren et a demandé à ce qu’il les suive. Après ça… Mikasa est intervenue, elle n’est pas parvenue à… enfin…

Il jeta un regard embarrassé vers Rosa. Comme si les mots étaient trop lourds à prononcer. Trop durs à encaisser. Elle nota son trouble, son regard fuyant. Elle décida de l’aider.

-Les tuer ?

-Oui, souffla-t-il, soulagé que ce soit elle qui pose les termes. Et ils se sont transformés. Bertolt est le Titan Colossal, Reiner le Titan Cuirassé. Eren a essayé ce qu’il a pu, il avait le dessus mais… Le Colossal lui est tombé dessus. La vapeur brûlante qu’il dégageait a fortement blessé Hansi et plusieurs autres soldats.

Rosa lança un regard vers la capitaine allongée sur le mur. Des traces de brûlure se voyaient sur son visage. Elle eut un air pincé mais ne dit rien.

-Après ça, ils ont emmené Eren. On ne peut pas les poursuivre sans chevaux. Et on a besoin des monte-charges pour leur faire passer le mur.

-Ouais, le major a prévu ça, indiqua Jean en désignant les hommes qui s’étaient attelés à faire monter les chevaux.

-Alors c’est vrai, murmura Rosa en regardant ses pieds, les poings crispés. Les soupçons du major sont fondés ?

-Malheureusement…

-Non, moi je veux pas y croire, lança Conny qui s’approchait. Je veux pas croire que Reiner et Bertolt soient des traîtres. En tout cas pas tant que je ne l’aurai pas entendu de leur propre bouche ! 

Rosa l’observa, le regard empli d’une triste compréhension. Elle aussi, elle aurait aimé réussir à se réfugier dans ce déni. Mais la Rosa lucide, pragmatique, ne pouvait que constater les faits. Même si cela lui tordait le ventre.

-Et puis, reprit Conny d’une voix tremblante, ça rime à rien. Pourquoi ils voudraient détruire l’humanité ? Pourquoi ils nous trahiraient, nous, leurs amis ?

Il ferma les yeux, sembla ravaler quelques larmes.

-Qu’importe le pourquoi, dit froidement Mikasa qui rejoignait Armin. Ils ont enlevé Eren. On doit les rattraper. C’est tout.

-Ils ont aussi pris Ymir, ajouta Christa, d’une petite voix. Je dois la retrouver. Elle est gravement blessée.

-Et cette fois, continua Mikasa, le regard dur dirigé sur l’horizon lointain, je n’hésiterai pas. Je les tuerai.

-Arrête, murmura Armin, tu peux pas dire ça.

Ses yeux bleus légèrement paniqués passèrent de Mikasa à Rosa. Cette dernière se renfrogna. Elle comprenait la détermination de sa camarade. D’autant que la vie d’Eren était en jeu. Elle avait toujours su qu’elle n’hésiterait pas à accomplir les plus sales besognes si c’était pour le sauver. Et en même temps, malgré les preuves accablantes, elle ne pouvait se résoudre à se dire qu’il fallait les tuer. 

Elle revoyait le visage de Reiner dans le clair-obscur de la lampe. La façon dont il l’avait regardée dans la bibliothèque. Avec une sincérité touchante, une vulnérabilité attendrissante. Elle était persuadée que rien de ce soir-là n’était calculé. Ni sa déclaration, ni leur baiser, ni ses questions, ni…

-Tu m’empêcherais de tuer Reiner ? demanda froidement Mikasa.

La question sortit Rosa de ses souvenirs. Ses yeux bleus se plantèrent dans ceux, plus sombres, de sa camarade.

-Tu me tuerais si je le faisais, se contenta-t-elle de répondre calmement.

Les deux jeunes filles se dévisagèrent en silence. La tension était palpable. Jean et Armin se lancèrent un regard, se demandant l’un et l’autre s’ils devaient faire quelque chose. Intervenir.

-Je t’aiderai à sauver Eren, reprit Rosa. C’est la seule chose sur laquelle je m’engage.

-Ca me va. Je suppose que si tu es là, c’est que le major te fait confiance.

-Je n’ai rien à me reprocher. 

Sa réponse sembla satisfaire Mikasa qui se détendit. Un peu plus loin, Hansi, qui avait repris connaissance mais n’était clairement pas en état de poursuivre Reiner et Bertolt, échangeait stratégie avec Erwin.


En attendant les nouveaux ordres, Rosa tourna son attention sur l’horizon. Au-delà du mur Rose. Quelque part là-bas étaient Reiner et Bertolt. Tenant en otage Eren et Ymir.

A nouveau, ses pensées dérivèrent. Vers cette nuit de bascule. A nouveau, elle fut persuadée que Reiner avait tenté de la protéger. Et soudainement, elle se rappela. 

-C’était ça… murmura-t-elle pour elle-même, les yeux fixés dans le vague.

-Quoi ? demanda Jean qui était à côté et l’avait entendue.

-Si tu devais sacrifier cinq camarades pour sauver tous les autres, le ferais-tu ? commença Rosa d’une voix un peu plus forte, les yeux toujours ancrés sur l’horizon. Et si ces cinq camarades étaient de très proches amis, le ferais-tu ? Et si leur sacrifice te permettait de sauver à la fois les autres mais aussi l’humanité toute entière, le ferais-tu ?

Elle eut l’impression que son cœur venait de rater un battement. Soudainement, elle comprenait absolument différemment sa dernière conversation avec Reiner. Le souffle court, les yeux agrandis par la surprise, elle se tourna vers ses camarades dubitatifs : 

-Il y a deux nuits, Reiner m’a demandé si je sacrifierais mes camarades pour mon devoir si cela était indispensable.

-Qu’est-ce que t’as répondu ? voulut savoir Armin.

-J’espère que t’as dit non ! s’écria Conny.

-J’ai dit que j’en savais rien. Qu’on ne peut jamais savoir avant d’être réellement confronté à la situation. Parce qu’il y a tellement de choses à prendre en compte. Le lien affectif, les enjeux, les conséquences probables.

Elle serra les poings. Elle lut dans le regard d’Armin qu’il commençait à comprendre où elle voulait en venir. Mais le visage des autres n’exprimaient que de la perplexité.

-Je pense que si Reiner et Bertolt nous ont trahi, c’est qu’ils ont estimé que les conséquences s’ils ne le faisaient pas seraient plus terribles que celles s’ils le faisaient. Même si je n’arrive pas à me figurer quelle cause pourrait valoir de trahir tous ses amis et de chercher à anéantir l’humanité…

-Tu racontes n’importe quoi, s’exclama Conny. Quelles pourraient être les conséquences plus terribles que la destruction de l’humanité et la trahison de ses amis !

-J’en sais rien… Ou alors, on n’a jamais compté pour eux. Alors nous tourner le dos a été d’autant plus facile. Personnellement, je préfère me dire qu’on a compté et qu’ils ont estimé avoir une bonne raison de nous poignarder comme ça.

Ses poings crispés se mirent à trembler. Elle ravala un sanglot. Elle ne voulait pas croire que tout n’était qu’illusion. Parce que ses sentiments étaient vrais. Alors elle voulait s’accrocher à l’idée que pour Reiner aussi, c’était réel. 

-Allons sauver Eren, dit calmement Mikasa. Et on leur posera la question.

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