Ceux qui survivent

Chapitre 22 : Déni

3587 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 29/05/2026 19:03

L'air frais de la nuit fut comme une morsure brutale sur son visage. Instinctivement, Rosa rentra sa tête dans ses épaules, ses yeux parcourant l'agitation qui régnait dans les rues du district. Les soldats marchaient à grands pas, se mettant en ordre de bataille, conscients qu'il leur faudrait bientôt organiser la défense du mur restant et se préparer à accueillir nombre de réfugiés. Les membres du Bataillon, de leur côté, s’apprêtaient à prendre la route dès que le major l’ordonnerait. Ils devaient aller constater l’étendue des dégâts et aider à contenir l’invasion des titans. Étrangement, quelques Brigades Spéciales se mêlaient parmi eux. A croire que les derniers événements avaient changé la mentalité de certains d’entre eux qui avaient pris la décision de quitter le confort et la sécurité de la ville pour aller au-devant du danger.


Rosa fit quelques pas en sortant du bâtiment de commandement. Autour d’elle, les hommes et femmes en uniforme ne lui accordèrent pas un regard. 

Elle se sentait vide.

Les bras le long du corps, elle ne savait plus très bien ce qu’elle devait faire. Elle avait récupéré un équipement tridimensionnel mais ne l’avait pas encore enfilé. 

Les paroles du major Erwin tournaient dans sa tête. En boucle. Il avait parlé du Titan Féminin, qui s’était avéré être Annie. Cela lui avait asséné un premier coup. Elle avait eu du mal à y croire. Annie n’était pas la plus sociable ni la plus sympathique des personnes. Mais Rosa la respectait. Elle avait toujours pensé que son comportement distant pouvait s’expliquer par un traumatisme quelconque. Peut-être lié aux événements d’il y a cinq ans. Tant de gens avaient vu leur vie détruite ce jour-là. Mais Erwin lui apprenait qu’elle était elle-même un titan et qu’elle ne se battait pas pour l’humanité, contrairement à Eren.

Puis le major avait enchaîné. Il n’y avait pas eu d’hésitation dans son ton mais elle avait senti qu’il faisait des efforts pour la ménager.

Il lui avait parlé de l’enquête d’Hansi. Et des documents qui leur étaient parvenus, impliquant potentiellement Reiner et Bertolt. Car il affirmait et restait persuadé qu’Annie n’avait pas pu agir seule. 

Elle ne parvenait pas pour autant à croire que les soupçons d’Erwin puissent s’avérer fondés. Elle ne connaissait pas très bien Bertolt mais elle refusait la possibilité que Reiner puisse avoir quoi que ce soit à voir avec cette histoire. Après tout, il n’était pas si proche d’Annie que ça. Elle se contentait de lui balancer quelques phrases comme elle le faisait avec tout le monde. Et l’envoyer voler quand il l’affrontait à mains nues parce qu’elle était particulièrement douée dans le domaine.

Elle décida de se raccrocher à cette idée : il n’était pas proche d’Annie et tout ça n’était qu’une coïncidence. Elle n’avait pas envie d’entendre la petite voix lui dire qu’elle était peut-être dans le déni. Elle voulait oublier les paroles d’Erwin à propos des déductions d’Armin. Elle avait toujours admiré l’intelligence et la perspicacité de son ami. Mais pour une fois, elle ne voulait pas le croire. Elle voulait continuer de se dire que Reiner avait réellement affronté le Titan Féminin et manqué de se faire broyer entre ses doigts. Que le changement de cap d’Annie après cela était, là encore, une coïncidence.

Ca commence à faire pas mal de coïncidences, tu ne crois pas ? soufflait la petite voix qu’elle ne voulait pas écouter.

Ses mains qui tenaient l’équipement tridimensionnel qu’elle avait récupéré se crispèrent sur le matériel. Ses bras tremblaient légèrement.

Elle ferma les yeux, fronça les sourcils, comme pour chasser tout ce qu’elle avait entendu dans le bureau du major.

Reiner.

Ce n’était pas possible.

Il était tellement… gentil avec tout le monde. Toujours de bon conseil et de bonne volonté. Il était un pilier pour la 104ème brigade. Il ne pouvait pas être à la fois ce parfait soldat et un ennemi de l’humanité. Et puis, quels avantages en tirerait-il ? Elle ne parvenait déjà pas à comprendre pourquoi Annie avait agi ainsi alors Reiner…

Ses pensées s’interrompirent lorsqu’elle sentit une main sur son épaule. Elle rouvrit les yeux en tressaillant.

Derrière elle se tenait Jean. Qui la regardait. Elle eut un air surpris. Elle ne pensait pas le revoir de sitôt et certainement pas ici.


Les deux amis s’assirent sur des caisses de matériel empilées contre un mur.

-Tu sais pour Annie ? commença Jean.

-Ouais. Le major Erwin me l’a dit.

-Le major ? Tu l’as rencontré ?

Elle ne répondit pas de suite. Les bras croisés sur la poitrine, elle regardait ses pieds. Elle sentait la présence rassurante de Jean à ses côtés mais cela ne suffisait pas à la décrisper. Finalement, elle décida de lui rapporter toute la conversation qu’elle avait eue avec ses supérieurs. Après tout, il était son ami et elle avait besoin de partager ce fardeau et ces questions.

Lorsqu’elle eut fini de parler, elle tourna la tête vers Jean pour guetter sa réaction. Il avait ouvert de grands yeux et sa bouche entrouverte trahissait un sentiment d’incrédulité.

-Attends… tu dis que Reiner…

-Je dis rien du tout. C’est le major qui le dit. Et Armin aussi, un peu, apparemment. Mais je ne l’ai pas vu pour l’entendre de sa propre bouche.

-C’est pas possible… t’étais avec moi, en plus quand on… enfin pendant l’expédition…

-Ouais, je sais, répondit doucement Rosa en regardant à nouveau ses pieds. C’est complètement insensé, hein ? Mais en soi, ils n’ont pas de preuves. Juste… des soupçons sur une coïncidence. 

-Et Bertolt ?

-J’en sais rien. Le major pense qu’ils peuvent être tous les deux impliqués. Il ne sait pas encore comment ni pourquoi. Mais il semble avoir toujours soupçonné qu’un ou plusieurs traîtres s’étaient glissés parmi nous. Ses soupçons n’ont été que plus renforcés avec l’apparition du Titan Féminin.

-Pourquoi il t’a raconté tout ça ?

-Parce que…

Elle s’interrompit. Ses bras croisés se crispèrent et elle mit du temps à trouver les bons mots. Ceux qu’elle voulait dire.

-Parce qu’il est au courant pour Reiner et moi.

-Comment ça, pour Reiner et toi ?

-Ben… qu’on est proches.

-Ah, oui, ça tout le monde est au courant, lâcha Jean avec un sourire nerveux. Vous étiez souvent fourrés ensemble quand il n’était pas avec Bertolt. C’était… ça crevait les yeux. Et puis ta façon de le regarder et de le taquiner tout le temps. Parfois on aurait dit qu’il était le meilleur cadeau que tu puisses recevoir. Presque comme Sasha devant un rosbif -et crois-moi, selon elle, rien n’égale jamais un rosbif. 

-Quoi ? s’exclama Rosa, en redressant la tête et fixant son ami, le rouge aux joues. T’es en train de me dire que tu m’as assez regardée pour voir tout ça ?

-Boh, y’avait pas besoin de te regarder trop longtemps. Faut juste avoir du flair comme le génie que je suis.

Il arbora cet air faussement hautain que Rosa aimait tant chez lui. Elle lui donna une affectueuse tape derrière la tête.

-Arrête de te foutre de moi ! En plus j’te signale que tu viens de comparer Reiner à un rosbif.

-C’est un compliment. Enfin, selon Sasha. C’est sa façon à elle de dire qu’elle aime les gens.

-Donc depuis tout ce temps t’as vu des choses et t’as rien dit ?

-Qu’est-ce que tu voulais que je te dise ? Je vois comment tu le dévores des yeux, t’as besoin d’aide ? Pas mon genre. Tu te débrouilles très bien toute seule.

-C’est vrai que c’est pas à toi que je serais venue demander des conseils. T’as pas avancé d’un iota avec Mikasa.

-Eh ! C’est moche d’attaquer les gens comme ça !

-C’est hautement stratégique, au contraire. J’exploite tes points faibles !

Les deux amis se regardèrent puis eurent un éclat de rire. Cela faisait du bien à Rosa. Elle avait l’impression, pendant un instant, de parvenir à mettre à distance les propos d’Erwin. Les soupçons qui, s’il s’avéraient exacts, impliquaient des conséquences qu’elle n’osait même pas imaginer. 

-En tout cas, reprit Jean plus doucement, n’allons pas nous faire des plans sur la comète.

-Ouais. C’est juste… des soupçons, hein ? Rien de concret ?

-Ouais. Juste des soupçons.

Ils se turent. Ils ne se regardaient plus et avaient tous deux reporté leur attention sur le sol. Rosa sentait que Jean était comme elle : il ne voulait pas y croire. Tant que cela restait des hypothèses confirmés par aucune preuve matérielle, ils voulaient tous les deux s’accrocher à l’idée de la coïncidence. 

-Après tout, reprit Jean, il n’était pas proche d’Annie. Et venir d’un même village ne veut pas dire…

Il se tut. Comme s’il réalisait la futilité de ce qu’il allait dire. Au fond de lui, il comprenait les soupçons et redoutait fortement qu’ils soient confirmés. Trois soldats, venant du même village, l’une d’eux peut se transformer en titan et tue des humains et les deux autres n’en sauraient rien ? Ils étaient au mieux complices de n’avoir rien dit, au pire complices d’avoir agi avec elle. Une part de lui le savait. Mais il ne pouvait se résoudre à le formuler à voix haute. Parce qu’il ne voulait toujours pas y croire. Et parce qu’il voulait épargner Rosa.

Pourtant, celle-ci en était arrivée à la même conclusion. Qui lui faisait froid dans le dos. Elle tentait de repenser à toutes les fois, toutes les discussions, tous les rires, les sourires. Aurait-elle dû comprendre quelque chose ? Mais elle ne parvenait pas à penser distinctement. Tout se brouillait en elle.

Une image, cependant, lui revint clairement. Une sensation, plutôt. Celle de ses lèvres contre les siennes. Cette chaleur doucereuse qui avait bercé son ventre et sa poitrine. 

-Et si c’est vrai, commença-t-elle d’une petite voix, est-ce que ça veut dire…

Que j’ai embrassé un traître ? Que je suis tombée amoureuse d’un ennemi de l’humanité ?

-Je comprends pas pourquoi il ferait ça, marmonna Jean pour toute réponse. Ça dépasse l’entendement. Des titans et des humains… alliés… contre le reste de l’humanité… Et Bertolt, toujours discret, gentil et attentif…

-Ouais. C’est pas possible, hein ?

Rosa posa ses mains crispées sur ses genoux. Elle constata qu’elle tremblait un peu. Elle avait envie de savoir. Connaître la vérité. Et en même temps, avait très peur d’y être confrontée.

Erwin lui avait indiqué qu’ils allaient bientôt mettre le cap sur Trost puis aller à la rencontre de l’escouade d’Hansi partie rejoindre les jeunes recrues. Dont Reiner. Si elle souhaitait venir, elle était la bienvenue. Aussi, il l’avait empressée de récupérer un équipement et de se préparer. 

-Tu sais, reprit Rosa, si Erwin m’a convoquée ce n’est pas uniquement pour me faire part de leurs soupçons. Après, il m’a expliqué que comme je suis proche de Reiner, plus proche que vous autres, on pourrait me soupçonner moi aussi de…

-Déconne pas, coupa Jean sans la regarder. T’as rien fait. Je le sais.

-Tu le sais ? Ou tu l’espères ?

Sa question le décontenança et il tourna vers elle un visage anxieux. 

-Me dis pas que…

-Bien sûr que non. Je n’ai rien à voir là-dedans et, pour une raison que j’ignore, le major en est aussi persuadé.

-C’est parce qu’il a du bon sens.

-Bon sens ou pas, il a expliqué qu’il se pouvait que certains soldats commencent à me voir… différemment. En tant que major, il fera en sorte que rien ne m’arrive. Mais…

-Qu’ils essaient de s’en prendre à toi, grogna Jean. Je leur apprendrai ce qu’il en coûte !

Rosa eut un sourire attendri et posa une main sur le bras de son ami.

-Merci. Pour ton soutien.

Il lui rendit son sourire et hocha la tête. Il voulait encore croire que ses amis étaient sincères. Que Rosa était celle qu’elle montrait : la jeune fille courageuse, sensible, empathique, taquine et parfois drôle. Gérer les suspicions concernant Reiner et Bertolt était bien trop lourd à porter pour ne pas vouloir en plus ajouter Rosa dans la balance.


Ils se turent à nouveau, chacun plongé dans ses pensées. Autour d’eux, l'agitation ne retombait pas. Livaï, blessé depuis sa confrontation avec le Titan Féminin dans la forêt des arbres géants, ne comptait pas prendre part à l'expédition de soutien. Il supervisait néanmoins les préparatifs d’un œil attentif. Il disait peu de choses mais dirigeait les soldats d'un regard appuyé ou d'un geste du menton.

Erwin n'avait pas encore quitté le bâtiment de commandement. Sans doute qu'il était en train de finaliser ses dernières stratégies. Il devait être prêt à faire face à toutes les situations : une invasion difficilement gérable de titans dont une bonne partie pouvait être des déviants, une brèche dans le mur qu'il serait impossible de reboucher, entraînant de ce fait le déplacement de la totalité de la population du mur Rose. Mais pire que tout, le passage à l'action des autres traîtres. Ils avaient eu des difficultés à gérer Annie seule et y étaient parvenus uniquement grâce au pouvoir d’Eren. Qu’en serait-il si Reiner et Bertolt étaient effectivement complices et décidaient de se coordonner pour une attaque ? Eren saurait-il faire face aux deux en même temps ? Sans compter le fait qu'il s’agissait d'anciens camarades. Même en le niant, les sentiments ne disparaissaient jamais totalement. 


-Rosa, appela doucement une voix.

La jeune fille releva la tête et vit une silhouette à la fois familière et réconfortante.

-Maman ! s’écria-t-elle en sautant sur ses pieds.

Elle se précipita vers Romilda qui l'accueillit avec un sourire tendre.

-Mais qu'est ce que tu fais là ?

-Je suis là pour répondre à la demande d’un vieux camarade. Et pour ma fille.

Rosa lui lança un regard interrogateur.

-Erwin a souhaité que je sois la garantie de ton intégrité. Je suppose qu'il t’a parlé.

Elle hocha la tête silencieusement tandis que les pièces du puzzle commençaient à s'assembler dans son esprit. Le major s'était questionné sur sa fiabilité compte tenu de ses liens proches avec Reiner. Elle était cependant la fille d'une ancienne membre du Bataillon et à ce titre, il avait dû considérer qu'il était peu probable qu'elle soit réellement une ennemie de l'humanité. Mais il avait eu besoin d’en avoir la confirmation par Romilda en qui il devait avoir assez confiance pour prendre ses propos pour argent comptant. 

-Alors c'est grâce à toi qu'il n’a pas douté de mon engagement lorsqu'il m'a demandé si mon serment de protéger l'humanité était sincère ?

-A moi, mais aussi à toi, répondit doucement sa mère. J'ai dit à Erwin qu'il n’avait aucune raison de douter de toi mais c’est toi qui lui as donné toutes les raisons de le croire. 

Rosa tourna la tête en entendant des bruits de pas qui s’approchaient. Elle vit Jean, qui s'était levé à son tour, et semblait ne pas trop savoir où se mettre au milieu de ces retrouvailles mère-fille. Faisant un pas en arrière pour ouvrir le groupe, Rosa reprit :

-Maman, voici Jean. On a fait notre formation ensemble.

-Enchantée, lança Romilda en tendant sa main et adressant à Jean un sourire doux.

Le jeune homme s’en saisit d'une poigne ferme :

-Content de vous rencontrer, Madame Ackerman. 

-Tu peux m’appeler Romilda. Je suis heureuse de rencontrer l’un des camarades de Rosa. A ce qu'elle m'a dit, elle est bien entourée.

Le regard clair de Romilda passa alternativement de sa fille à Jean. Elle n'ajouta rien de plus mais les deux jeunes sentirent la tension sous-jacente. Bien entourée, oui. Jusqu'à ce qu'ils apprennent que l'une était un titan et que deux autres étaient potentiellement des complices et des ennemis de l'humanité.

La voix forte d’Erwin les interrompit. 

-Préparez-vous. Nous partons pour Trost, faites les derniers préparatifs.

-Tu devrais mettre ton équipement et ton uniforme, chuchota Jean à l'adresse de Rosa qui réalisa soudain qu'elle était effectivement toujours en civil. 

-Je vais y aller, maman. Je… le major m’a dit que je pouvais venir avec eux. Je… j’ai besoin….

De savoir. D’être sûre.

-Oui, je sais, répondit Romilda en lui embrassant le front. Sois prudente. Et rappelle toi : quoi qu'il se passe là-bas, quelle que soit la réalité à laquelle tu seras confrontée, rien de tout ça n’invalide tes sentiments. Ne doute pas de ce que tu ressens, n’aies pas honte de ce qui t’anime. Il n'y a rien de plus humain que d'aimer et de s’attacher. Et toi, tu sais faire ça mieux que n'importe qui. C’est ça ta force. A un moment donné, tu auras sans doute une décision à prendre. Quelle qu'elle soit, sache que je te soutiens. Et que tu n'as pas à nier ni à rejeter ce que tu ressens, même si certains te regardent de travers ou que ça ne facilite rien. Tu es comme tu es. C'est comme ça que tu es forte.

Les yeux de Rosa brillèrent d'une émotion intense et d'un remerciement muet. Quelques pas derrière, Jean regardait la scène sans rien dire. Puis son amie se tourna vers lui après une dernière étreinte avec sa mère. Ils échangèrent un regard et Rosa se dirigea vers le bâtiment militaire attenant au bâtiment de commandement afin de se changer, enfiler son uniforme et son équipement tridimensionnel.


Romilda regarda sa fille s'éloigner en compagnie de Jean. Elle avait eu un bon sentiment concernant ce dernier. Il semblait à la fois droit mais aussi attentif à Rosa. Elle aimait la dynamique qui se dégageait de leur relation. 

-Alors, Romilda, que vas-tu faire ? questionna Erwin en s’approchant.

Elle lui adressa un sourire avant de répondre :

-Je sais ce que tu sous-entends mais je passe mon tour. Ça fait trop longtemps que je n’ai pas remis le pied à l'étrier. Et là-haut, on ne verrait pas d'un très bon oeil qu'une soldate retournée à la vie civile accompagne soudainement le major du Bataillon. C'était l'accord. Je ne devais avoir plus aucun lien avec vous.

Une sorte de tristesse nostalgique passant dans le regard d’Erwin.

-Oui, je sais. Je prendrai soin de ta fille, je te le promets. 

-Merci. Ménage-la, tu veux ? Quoi que vous puissiez trouver là-bas, je pense que ça ne lui fera pas du bien. Elle est forte. Mais je n'ai aucune idée de comment elle pourra gérer ce genre de situation. Quand on aime trop fort on peut chuter tout aussi fortement.

-Je n'aurais peut-être pas dû lui proposer de venir.

-Tu as bien fait. Elle a besoin de ça. Elle ne restera pas les bras croisés en se posant éternellement les mêmes questions. Elle a besoin de savoir. Rester dans l'ignorance la détruirait plus sûrement que la vérité. 

-Tu penses que la vérité pourrait la faire basculer ? Je veux dire… 

-Qu’elle abandonnerait son devoir pour des sentiments ? Non. Ce n'est pas Rosa. Elle est droite et lucide sur ce qu'elle veut mais aussi sur le devoir qui pèse sur ses épaules. Elle aura mal mais rebondira. Par contre, je ne garantis pas la façon dont elle le fera. 

Erwin posa une main ferme sur l'épaule de Romilda. Un geste à la fois déterminé et affectueux, comme autrefois : 

-Elle tient de sa mère. Je sais qu'elle saura faire les bons choix quand cela s’imposera.

-Tu me raconteras quand vous reviendrez. Je vais rester encore un peu à Ehrmich. En attendant de savoir ce qu'il en est concernant le mur Rose.

Ils échangèrent un regard entendu. Puis Erwin reprit son rôle de major et s’éloigna, près à guider ses soldats jusqu'à Trost.

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