SNK : La Guerre des Fantômes

Chapitre 37 : Le point d’entrée

1377 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/04/2026 16:07

La côte réapparut dans une lumière grise qui mangeait les reliefs avant de les rendre d’un coup plus durs.


Le vent remontait du rivage avec l’odeur du sel, des algues et de la roche mouillée. Kairo reconnut l’endroit avant même d’en retrouver toute la ligne. La cassure du terrain. Le creux sale où ils s’étaient glissés la première nuit. Plus loin, la masse tordue d’un rocher qui lui avait paru plus haute dans l’obscurité.


Ils revenaient au point exact où tout avait commencé.


Personne ne parla.


Alexandra avançait devant avec Vael et Naor. Lior marchait à côté de Kairo. Ilia, un peu plus loin, gardait les yeux sur le rivage comme si elle recomptait déjà ce qu’ils y avaient laissé.


La première fois, ils étaient entrés ici en ignorant presque tout. Maintenant, le lieu n’avait pas changé, mais eux, si.


Naor s’arrêta le premier.


Pas brutalement. Juste assez pour signaler qu’il avait vu ce qu’il fallait voir.


Vael leva légèrement les yeux vers la ligne basse de la côte. Alexandra fit encore deux pas avant de s’immobiliser à son tour.


Kairo suivit leur regard.


D’abord, il ne distingua que des formes.


Puis quatre silhouettes.


Du matériel. Une progression tenue. Pas de geste inutile. Pas de signe large. Juste une approche sérieuse, fatiguée, comme celle de gens qui avaient appris eux aussi à ne plus gaspiller de mouvement.


Ils étaient là.


Le premier réflexe de Kairo ne fut pas la joie.


Ce fut de compter.


Quatre.


Vivants.


À côté de lui, Lior expira par le nez.


— C’est eux.


Personne ne répondit.


Ce n’était pas nécessaire.


À mesure qu’ils approchaient, les visages devinrent nets.


Tomas d’abord.


Il tenait debout. C’était la première chose. La seconde, c’était qu’il ne le faisait plus tout à fait de la même manière. Quelque chose dans sa posture s’était tassé autour d’une dureté plus lourde. Pas une faiblesse. Une densité.


Mira avançait à sa gauche, droite comme avant, mais plus resserrée dans le regard. Nerla, elle, donnait presque l’impression de n’avoir pas changé si on la regardait vite. Mais en y restant une seconde de plus, Kairo voyait bien que tout chez elle paraissait plus fermé, plus net encore.


Et Varek. Présent. Fatigué. Là comme il fallait l’être. Ni plus, ni moins.


Le groupe de l’île ralentit sans s’en rendre compte. Celui qui arrivait fit pareil.


Quelques mètres.


Puis moins.


Puis juste assez pour que chacun puisse lire complètement ce que l’autre rapportait avec lui.


Tomas s’arrêta en face de Kairo.


Il avait le visage tiré, et ce calme étrange des gens qui avaient assez vu pour ne plus parler plus que nécessaire.


Kairo s’arrêta aussi.


Ils se regardèrent une seconde. Pas longtemps. Juste assez.


Puis Tomas dit :


— T’es debout.


Kairo répondit :


— Toi aussi.


Rien d’autre.


Pas besoin.


Un peu à côté, Mira s’était arrêtée devant Ilia.


Elle la regarda de haut en bas, sans dureté, sans douceur non plus. Comme pour mesurer ce qui avait tenu et ce qui avait été mangé en route.


— T’as pas ralenti, dit-elle.


Ilia répondit :


— Toi non plus.


Nerla ne dit rien tout de suite. Elle posa seulement brièvement sa main sur l’épaule d’Ilia. Un geste court. Sans chaleur appuyée. Juste une vérification vivante.


Lior rejoignit Varek.


Varek secoua une fois la tête, comme s’il constatait encore la scène en direct.


— Je vous imaginais plus loin que ça.


Lior répondit :


— Nous aussi.


La phrase resta là, nue, assez juste pour ne pas demander qu’on en rajoute.


Derrière eux, Alexandra observait déjà le groupe arrivé autrement. Pas comme on accueille seulement des alliés revenus. Comme on évalue en une seconde ce qu’ils ont traversé, ce qu’ils peuvent encore porter, ce qu’ils ne diront pas d’eux-mêmes tant qu’on ne leur demandera rien.


Vael, lui, gardait les yeux sur les corps, puis sur le matériel. Naor regarda la côte, les angles, la distance, puis revint au groupe.


— On s’attarde pas ici, dit-il.


Ce n’était pas une impatience déplacée.


Juste une vérité de terrain.


Alexandra acquiesça d’un mouvement minime.


C’est Ilia qui coupa la scène avant qu’elle ne cherche à devenir autre chose.


Elle tourna la tête vers la cassure du rivage.


— Les caches.


Tout le monde la regarda.


Elle reprit déjà en train de mesurer l’écart :


— On les reprend maintenant.


Kairo comprit tout de suite.


Bien sûr.


Les équipements laissés au premier passage. Enterrés, glissés, dissimulés au cas où. Le genre de chose qu’on pense au moment où l’on entre si on compte survivre assez longtemps pour repasser un jour par là.


Lior eut un souffle bref.


— J’y pensais plus.


Ilia lui lança à peine un regard.


— Moi si.


Alexandra demanda :


— Vous avez laissé quoi ?


Ilia répondit sans détour :


— Ce qu’on ne pouvait pas porter sans ralentir la première progression. Et ce qu’on préférait retrouver ici plutôt que devoir réimproviser plus tard.


Naor fronça légèrement les sourcils.


— Vous aviez prévu de revenir ?


Lior répondit avant même qu’Ilia ouvre la bouche.


— On avait prévu de pas dépendre de la chance.


Cette fois, Naor ne trouva rien à dire.


Ils se déplacèrent vers la zone de cache.


Le lieu n’avait pas oublié leur passage. Une bande de terrain meuble à peine différente. Une cassure couverte trop naturellement pour être naturelle si on savait où regarder. Un point inutile pour tout le monde, sauf pour ceux qui l’avaient préparé.


Ilia s’accroupit sans perdre de temps.


Kairo l’aida aussitôt. Lior couvrit l’autre côté du regard. Derrière eux, les autres observaient en silence.


Le premier élément apparut vite.


Puis un second.


Le matériel n’avait pas bougé.


Pas découvert.


Pas emporté.


Ilia le dégagea complètement et le tendit à Kairo sans commentaire. Son visage ne disait pas qu’elle était satisfaite. Seulement que le réel venait de confirmer ce qu’il devait confirmer.


Mira regarda le contenu, puis le point choisi, puis le travail de dissimulation autour.


— Vous aviez pas prévu de mourir vite, dit-elle.


Lior souffla du nez.


— On a essayé d’éviter.


Cette fois, Alexandra s’approcha un peu plus. Elle regarda la cache vide, la manière dont le sol avait été refermé, les angles couverts, le choix du terrain.


Puis elle dit :


— Vous vous infiltrez vraiment comme des serpents.


Le relâchement qui suivit dura à peine plus qu’un souffle.


Le coin de la bouche de Tomas bougea.


Lior baissa une seconde les yeux.


Même Ilia expira un peu plus lentement qu’avant.


Puis le moment passa.


Naor regarda encore le rivage.


Le vent revenait du large. La côte restait la côte. Ouverte. Mauvaise. Pas faite pour qu’on y règle ce qui devait l’être ailleurs.


Tomas releva enfin les yeux vers Alexandra.


— Vous les avez récupérés en bon état ?


— Suffisamment, répondit-elle.


Vael, qui n’avait presque pas parlé depuis l’apparition du groupe, regarda une dernière fois l’horizon avant de dire :


— On fait pas ça ici.


Personne ne demanda ce que “ça” voulait dire.


Le mot suffisait.


Pas ici :

- pas sur la côte

- pas au point d’entrée

- pas debout dans le vent avec deux groupes qui ramenaient chacun trop de choses derrière eux


Pas ici :

- pas le récit

- pas la mise en commun

- pas ce qui avait changé


Alexandra regarda le groupe réuni.


Kairo.


Lior.


Ilia.


Puis Tomas, Mira, Nerla, Varek.


Puis une dernière fois le matériel repris.


— On retourne au quartier général, dit-elle.


Personne ne discuta.

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