SNK : La Guerre des Fantômes

Chapitre 27 : Drôle d’impression

1250 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 16/04/2026 19:43

Les coups de feu ne s’arrêtèrent pas d’un seul coup.


Ils s’éloignèrent.


Rue après rue.

Angle après angle.


Comme une bête qui reculait sans cesser de montrer les dents.


Les cris changèrent aussi.


Moins de hurlements.

Plus d’ordres.

Plus de souffles cassés.

Plus de gens qui comptaient leurs morts, leurs blessés, leurs disparus, sans encore avoir le temps de les pleurer.


Autour de Kairo, la rue gardait l’odeur chaude de la poudre, de la pierre éclatée et du sang frais. Les deux corps qui allaient l’abattre gisaient encore à quelques pas, dans des positions trop brèves pour avoir l’air naturelles. Un peu plus loin, la gamine recroquevillée contre la marche n’osait toujours pas retirer ses mains de ses oreilles.


Des défenseurs passèrent en courant derrière la fumée.


L’un cria qu’ils tenaient enfin le marché.

Un autre répondit que deux ennemis avaient été pris vivants plus loin.

Quelqu’un demanda un médecin.

Quelqu’un d’autre hurla un nom qui ne reçut aucune réponse.


La bataille tombait d’un cran.


Pas plus.


Kairo voulut se relever seul.


Sa jambe lui rappela aussitôt qu’il n’en avait pas le droit. La douleur remonta de la cuisse jusqu’au bassin d’un seul bloc. Son flanc lança aussi, plus sourdement, comme si quelque chose y brûlait encore sous la peau. Il serra les dents, posa une main contre le sol noirci, et resta bloqué une seconde dans cette position absurde entre chute et redressement.


Alors la femme lui tendit la main.


Pas doucement.

Pas comme un geste de consolation.


Comme quelqu’un qui n’allait pas attendre.


Kairo leva les yeux vers elle.


Puis il prit sa main.


Le flash le frappa aussitôt.


Une femme.


Cheveux noirs.


Une écharpe rouge.


Le ciel au-dessus d’un mur immense.


Le même mur.


Pas le même qu’en rêve.

Pas un autre non plus.


En face, les doigts de la femme se crispèrent une fraction de seconde.


Un garçon.


Cheveux noirs.


Des yeux bleus ou verts, impossibles à fixer.


Là-haut, sur le mur.


Puis tout revint.


La fumée.

La rue.

La douleur.

Le vacarme plus loin.

Sa main encore dans la sienne.


Kairo inspira trop vite, comme s’il remontait d’un endroit sans air.


La femme le tenait toujours.


Pas fort.


Juste assez pour l’empêcher de retomber.


Il se remit debout avec son aide, plus lentement qu’il ne l’aurait voulu. Sa jambe protesta, son flanc tira, mais il resta debout.


Ils se regardèrent.


Pas longtemps.


Juste assez pour qu’aucun des deux ne puisse encore ranger l’autre parmi les inconnus ordinaires.


Autour d’eux, la ville ne leur laissait pourtant aucun vrai silence.


Des défenseurs traînaient deux prisonniers ennemis vers l’arrière, les mains liées dans le dos, le visage écrasé contre le mur à chaque arrêt. L’un saignait du front. L’autre gardait la bouche fermée malgré les coups et les cris. Plus loin, des civils sortaient enfin de certaines maisons, le visage gris, comme s’ils n’étaient pas encore sûrs d’avoir le droit de survivre.


Ilia arriva la première.


Vite.

Trop vite pour que sa colère soit complètement cachée.


Son regard passa de Kairo à la femme, puis redescendit aussitôt sur la cuisse blessée.


— T’es vraiment con.


Pas pour l’humilier.


Parce qu’elle avait eu peur.


Lior surgit une seconde après elle, plus poussiéreux encore qu’avant, le souffle un peu court. Il jeta un coup d’œil aux deux cadavres, puis à Kairo, puis à la femme debout près de lui.


— T’as failli y rester.


Kairo ne répondit pas tout de suite.


Parce que c’était vrai.


La femme les observait tous les trois avec cette retenue particulière de ceux qui jugent vite sans le montrer. Elle ne semblait ni tendue à l’excès, ni relâchée. Seulement présente. Trop présente, peut-être, pour que Kairo oublie complètement ce qu’il venait de voir au contact de sa main.


Ce fut elle qui parla la première.


— Je suis lieutenant dans les forces armées locales.


Sa voix était nette.

Simple.

Pas froide pour le plaisir.


Elle regarda Kairo, puis Ilia, puis Lior.


— Et j’aimerais savoir qui vous êtes.


Ilia échangea un bref regard avec Lior.


Puis avec Kairo.


Ils n’avaient aucun intérêt à tout donner.

Pas plus qu’à mentir stupidement après ce qu’ils venaient de faire au milieu de la rue.


Ce fut Kairo qui répondit.


— On est karsiens.


Elle ne bougea pas.


— On a été envoyés pour comprendre ce qui se passe sur l’île. Plus rien ne sort. Plus rien ne rentre. On entend trop de choses. On devait voir ce qu’il y avait de vrai.


Lior ajouta, sobrement :


— Et maintenant on sait déjà que c’est pire que les rumeurs.


Ilia ne quitta pas la femme des yeux.


— On n’est pas là pour vous planter dans le dos.


La phrase était sèche.


Mais droite.


La femme regarda encore une fois leurs visages.

Leurs armes.

Le sang.

La fatigue.

La jambe de Kairo.

Les corps dans la rue.

La gamine, enfin récupérée plus loin par deux défenseurs.


Puis elle hocha légèrement la tête.


Pas comme quelqu’un qui faisait confiance.


Comme quelqu’un qui venait d’écarter une hypothèse.


— Vous auriez pu partir.


— On pouvait pas, répondit Kairo.


Cette fois, elle le regarda un peu plus directement.


Pas assez pour suspendre le monde autour.


Juste assez pour qu’il sente que la phrase n’était pas tombée au hasard entre eux.


Ilia croisa les bras.


— Tu nous crois ?


La femme prit une seconde avant de répondre.


— Je crois surtout ce que vous avez fait dans cette rue.


C’était la bonne réponse.


Pas de naïveté.

Pas d’intuition magique.

Pas de grand discours.


Seulement les actes.


Un défenseur passa derrière eux avec un brassard sombre, tenant un prisonnier par le col. Le type capturé avait les lèvres fendues, mais gardait la bouche fermée malgré les coups et les cris. Un autre soldat hurla qu’il fallait fouiller les maisons encore accessibles avant la nuit. Plus loin, quelqu’un venait d’annoncer qu’un feu reprenait dans le quartier ouest.


La femme reporta son attention sur le trio.


— Suivez-moi. Vous devez être soignés.


Son regard s’arrêta une demi-seconde sur la cuisse de Kairo.


— Et si vous dites vrai, vous verrez l’état-major. Ce sera plus simple là-bas.


Kairo sentit Ilia se raidir légèrement à côté de lui.


Lior, lui, inclina juste la tête, comme s’il validait intérieurement qu’ils n’avaient pas de meilleure porte d’entrée que celle-là.


Kairo voulut répondre.


Mais avant qu’il n’ouvre la bouche, un soldat déboula depuis l’angle de la rue, le souffle court, le visage noir de suie.


Il s’arrêta net devant la femme.


Et lança, sans même regarder les autres :


— Lieutenant Ackerman, vous êtes convoquée chez le capitaine. Vous devez y aller tout de suite.

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