Ceux qui survivent

Chapitre 6 : La bataille de Trost (part.2)

3910 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/04/2026 08:01

Les battements de son cœur résonnaient dans ses tempes. Trost était devenu un véritable champ de ruines. Là où des combats avaient fait rage, les bâtiments étaient détruits et des corps humains jonchaient le sol ou les toits. Des éclaboussures de sang venaient recouvrir la brique. L’odeur âcre de la mort emplissait les narines. 

Au début, Rosa avait dû se retenir de vomir.

Puis l'accoutumance avait fait son travail. A force de respirer la mort à chaque coin de rue, elle avait fini par s’y habituer. Elle avait croisé quelques survivants effrayés qu’elle ne connaissait pas. Ce qu’elle avait deviné précédemment s’était confirmé : les premières lignes avaient été décimées. Une forme de désespoir semblait envahir les troupes restantes. Si les plus forts et les plus expérimentés d’entre eux s’étaient faits dévorer, que pouvaient-ils espérer faire ?

Le son de la cloche résonna comme un appel à l’espoir. On sonnait le repli temporaire ! 

Cependant, Rosa fronça les sourcils, préoccupée. Se déplacer dans la ville, abattre le titan qui avait broyé les jambes d’Hannah lui avait demandé une grande consommation de gaz. Et elle n’avait toujours croisé aucune équipe de ravitaillement. Aussi, elle se demandait si elle en aurait assez pour passer le mur et se réfugier de l’autre côté avec les autres.

Son pouls accéléra à la pensée qu’elle pourrait tomber à court de gaz. Dans une situation pareille, perdre de la mobilité équivalait à une mort certaine. Il n’y avait aucun moyen de survivre en se déplaçant à pied dans les rues ou en restant stationnée sur un toit sans équipement capable de fonctionner pour éliminer les titans qui viendraient immanquablement à sa rencontre.

Alors qu’elle réfléchissait sur les conséquences désastreuses qu’impliquait l’absence des équipes de ravitaillement, son regard périphérique capta plusieurs silhouettes, se tenant immobiles sur un toit.

Dans un réflexe, elle cessa sa course en avant et, d’un mouvement agile, utilisant avec précision son équipement, elle décrivit un arc de cercle pour faire demi-tour et rejoindre les soldats repérés.

Avec un soulagement certain, elle reconnut de nombreux visages.

Jean était assis, la tête basse, l’air concentré, une vague de désespoir sur ses traits. Sasha regardait ses camarades, crispée. Elle semblait vouloir les encourager mais aucun d’eux ne bougeait. Conny avait un regard sombre qu’elle ne lui connaissait pas. Reiner, Bertolt, Annie et Marco se tenait au bord du toit, eux aussi préoccupés, les poings serrés. Ils relevèrent la tête lorsque Rosa se posa près d’eux.

-Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle d’un ton ferme.

-Aucune trace des équipes de ravitaillement, expliqua Marco. On ne passera jamais le mur… Et toi, tu…

Il s’interrompit. Il remarqua l’air sombre qu’affichait Rosa et comprit qu’elle avait fait le même constat pour son propre équipement.

Les yeux de la jeune femme dévisagèrent les autres recrues. La plupart étaient prostrés, certains sanglotaient, d’autres marmonnaient des paroles incompréhensibles d’où pointait une inextinguible angoisse. Puis, assis à l’écart, elle remarqua Armin. Il avait les yeux fixes, grands ouverts. Il semblait en état de choc.

-Qu’est-il arrivé à Armin ? Où est Eren ?

Un silence suivit sa question avant que Reiner ne réponde : 

-Je ne sais pas, Armin était seul. Il est… catatonique.

Rosa avait envie d’aller voir son ami mais quelque chose la retenait. Peut-être avait-elle peur de voir dans son regard les horreurs qui l’avaient laissé dans cet état de sidération ? Elle sentait encore la main froide d’Hannah dans la sienne. Elle entendait encore le bruit des corps disloqués d’Olga, Hans et Aliocha. Elle sentait encore l’odeur du sang et cette sensation poisseuse sur ses vêtements. Ils avaient tous dû affronter leurs pires cauchemars et elle n’était pas sûre d’avoir les épaules pour lire dans les yeux d’Armin ceux qu’il avait traversés. Elle avait conscience que ce comportement était purement égoïste et qu’à sa place, sans doute que le jeune homme serait venu la voir, l’épauler, la rassurer. Mais elle se sentait incapable de faire preuve d’autant d’aultruisme que lui. Elle avait peur de s’écrouler si elle engrangeait trop d’horreurs et ne voulait pas tomber avant d’être en sécurité de l’autre côté du mur. Car elle avait conscience que s’écrouler ici voulait dire ne jamais sortir de cette ville maudite.

Elle serra les poings jusqu’à en faire blanchir ses articulations.

Elle avait besoin d’action. De se remettre en mouvement. Pour ne pas laisser la peur la submerger de nouveau.


-Bon, alors c’est quoi le plan ? demanda-t-elle d’une voix forte.

-Si on parvient à atteindre le QG, on pourrait se ravitailler nous-mêmes en gaz, lança Marco d’une voix incertaine.

-Tu parles, répliqua Jean d’une voix grinçante. Comment tu veux qu’on atteigne le QG ? Déjà on n’est pas sûrs d’avoir assez de gaz pour ça. Mais en plus…

Il passa une main désespérée dans ses cheveux et Rosa nota que ses doigts se crispaient. Un léger tremblement l’agita.

-Ils ont tous trop peur pour se lancer, acheva-t-il dans un souffle.

Rosa ne répondit rien mais constata que Jean n’avait pas tort. La plupart d’entre eux étaient toujours prostrés, tremblants.


Tout à coup, le bruit d’un équipement tridimensionnel qu’on rembobine attira son attention. Mikasa venait d’arriver. Ses yeux noirs balayèrent l’assemblée et se posèrent sur Rosa puis sur Jean. Elle semblait avoir compris la situation.

-Où est Eren ? demanda-t-elle.

-Il… je sais pas. Armin est là-bas, répondit Rosa dans un souffle.

Elle suivit sa camarade des yeux tandis qu’elle allait s’agenouiller auprès de son ami. La déclaration d’Armin qui suivit glaça tout le monde sur place. Dans un cri de tristesse et de rage, les larmes coulant sur ses joues, il annonça la mort de tous les membres de son équipe. Y compris Eren Jaeger. 

Ce fut comme une douche froide pour Rosa. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle ne l’avait pas imaginé mourir comme ça. En vérité, elle était incapable d’imaginer un seul de ses camarades mourir en ce jour tellement elle avait fait de projections sur leur vie d’après, les missions au sein des corps d’armée, les éventuelles retrouvailles quelques fois dans l’année. Mais quelque chose dans la farouche détermination d’Eren faisait qu’elle n’avait pas songé un seul instant qu’il pût ne pas sortir vivant de cet enfer. 

Un instant, elle eut peur que Mikasa ne s’écroule. Qu’elle défaille. Qu’elle laisse tomber. Elle demeurait la meilleure d’entre eux. Qu’elle soit venue à eux était sans doute un signe du Destin. Sa force et son assurance pouvaient les guider et les remotiver. Mais si elle s’écroulait à son tour…

Ses craintes furent balayées lorsqu’elle la vit se relever et se tourner vers les jeunes recrues prostrées. Son regard ne trahissait pas de faille. Mais au contraire une froide volonté. D’aller de l’avant.

Suivant la logique de Marco, elle demanda : 

-Si on fonce vers le QG, on pourra se ravitailler en gaz et passer le mur, n’est-ce pas ?

Le jeune homme hocha la tête.

-Alors on y va, asséna-t-elle.

Rosa hocha la tête imperceptiblement mais la plupart des autres soldats ne bougèrent pas, trop désespérés et cloués au sol par la peur.

-Ils sont beaucoup trop nombreux, fit remarquer Marco, même pour toi.

-J’y arriverai, déclara Mikasa d’un ton qui ne souffrait aucune remise en question. Je suis forte, bien plus forte que vous, que vous tous, je suis extrêmement forte. Alors je vous promets que je suis capable de me débarrasser de tous ces titans, même si je dois le faire toute seule. Vous n’êtes que des trouillards et des lâches, tous incompétents. Vous ne pouvez rien faire pour aider, alors restez ici et regardez-moi me battre. Regardez-moi et crevez de jalousie.

A mesure qu’elle déroulait son discours, un léger sourire vint se dessiner sur les lèvres de Rosa. 

-On ne peut pas gagner sans se battre, acheva Mikasa, lançant un dernier regard décidé à ses camarades.

Sur ce, elle sauta du toit et s’envola en direction du QG.

Rosa secoua la tête avec un sourire amusé. Sa rhétorique était étrange mais au moins, ça devait avoir l’effet de toucher l’égo de chacun. Et les galvaniser à nouveau pour prouver que non, ils n’étaient pas des lâches.

-Soit vous restez ici et vous mourez à coup sûr, lança-t-elle alors d’une voix forte. Soit vous la suivez, et vous vous offrez peut-être une chance de survie. Moi, j’ai fait mon choix.

Sans plus attendre, elle s’élança, en même temps que Sasha qui lança un “trouillards !” à la figure des jeunes recrues encore dubitatives.

Le départ de trois des leurs sembla remobiliser les foules car bientôt, tous se mirent en branle et les grappins des équipements fusèrent à nouveau.


Le vent fouettant le visage de Rosa lui donnait à nouveau un sentiment d’être en vie. Son cœur battait à tout rompre, elle avait conscience de la précarité de leur situation. Jamais la possibilité de mourir dans ce lieu n’avait été aussi réelle. Mais, aussi bizarre que cela puisse paraître, la peur avait été mise en sourdine. A la place, elle ressentait une étrange lucidité sur la situation -elle ne sortirait peut-être jamais de là- accompagnée d’une pointe d’excitation qui la conduisait à vouloir aller toujours plus loin.

Manoeuvrant avec agilité son équipement, elle s’évertuait à contourner les titans. Elle savait qu’elle n’avait pas assez de gaz pour engager des combats. Et avait conscience que si elle se dépensait trop, elle pourrait aussi manquer d’énergie au bout du compte. Ici, la fatigue était leur pire ennemie. Car les réflexes et la lucidité ne sont plus les mêmes en cas d’épuisement. Elle avait besoin d’être la plus alerte possible en cas de combat inévitable.

Elle constata cependant que sa façon de faire n’était pas celle de Mikasa. Celle-ci se lançait corps et âmes à l’assaut des titans croisant leur route, comme un besoin irrépressible de faire, d’agir pour ne plus penser.


-Je ne crois pas qu’elle puisse se permettre de… commença Rosa.

Ses propos moururent dans sa gorge lorsque ce qu’elle redoutait se produisit. La chute fut brutale. Avec des yeux horrifiés, elle vit sa camarade, à court de gaz, disparaître derrière des bâtiments, perdant par la même occasion ce qui lui restait de mobilité.

-Jean ! cria Armin. Conduis les autres vers le QG ! Je vais voir Mikasa !

Sans attendre de réponse, le jeune homme changea de direction, rapidement suivi par Conny.

-Et merde, pesta Rosa.

Sur son visage, un masque d’inquiétude s’était dessiné.

-Ils vont y rester tous les trois…

-Ce n’est pas le moment de jouer l’héroïne, prévint Reiner. Tu n’as pas beaucoup plus de gaz qu’eux, tu ne pourras rien faire de plus.

Un air incertain sur le visage, Rosa le regarda.

-Pense à ta propre survie d’abord, acheva le jeune homme sans la quitter des yeux.

Dans son regard ambré, elle y lut un mélange d’ordre et de supplication. Il savait qu’il ne pourrait rien faire si elle choisissait de ne pas l’écouter. Mais il lui demandait -ou la suppliait- de suivre la voix de la raison.

Les fameuses leçons maternelles lui revinrent alors de plein fouet. Il est inutile d’aider autrui si on n’est pas capable de s’aider d’abord soi-même. Parce que mort, on ne peut plus rien pour personne.

Baissant légèrement la tête, elle lança d’une petite voix : 

-Finalement, toi aussi tu es capable de paroles pleines de sagesse.

Elle sentit quelque chose se détendre chez Reiner car elle eut l’impression que ses épaules étaient moins crispées. Il s’autorisa même un sourire.

-En trois ans, on va dire que j’ai appris auprès de la meilleure en la matière.

Un petit rire secoua les épaules de Rosa et elle crut sentir ses joues rougir légèrement. Elle ne savait plus très bien si c’était l’effet du vent fouettant son visage ou l’appréciation du compliment. 


Soudainement, elle nota Jean qui s’était arrêté sur un toit. Comme s’ils ne formaient qu’un même corps, les autres soldats s’arrêtèrent derrière lui.

La respiration de Rosa accéléra lorsqu’elle remarqua ce qui l’avait interrompu. Plusieurs titans erraient dans les rues. S’ils tentaient de passer, ils pouvaient être sûrs que plusieurs se feraient attraper. Ils n’avaient ni le gaz ni l’expérience pour affronter autant de titans d’un coup.

Un cri lui fit écarquiller les yeux. Un jeune homme se tenait en bas, effrayé, visiblement à court de gaz. Jean jura, tétanisé. Elle pouvait presque voir les mille pensées qui se bousculaient dans sa tête.

Des exclamations retentirent tandis que deux soldats se précipitèrent, hurlant qu’ils allaient le sortir de là. Rosa voulut leur crier de ne pas bouger mais elle ouvrit la bouche sans pouvoir sortir le moindre son. Une main attrapa son poignet et en se retournant, elle croisa le regard de Reiner qui semblait lui répéter de ne pas jouer l’héroïne. Elle n’en avait, de toutes les façons, pas l’intention. Elle avait retrouvé sa lucidité et avait bien compris qu’elle n’aurait aucune chance. Avec une ironie triste, elle songea qu’à sa place, Eren se serait peut-être précipité, tête brûlée comme il l’était. Mais elle n’avait pas le même instinct de survie que lui. Disons que le sien était meilleur et qu’elle savait reconnaître ses propres limites.

Elle jeta un coup d'œil à Jean, attendant ses instructions. Elle n’enviait pas sa position. Se retrouver soudainement à devoir guider une bande de bleus inexpérimentés comme eux, ressentant sur ses épaules le poids de cette responsabilité. Elle pouvait lire dans la tension de son corps à quel point cette position était lourde à tenir. Elle se mordit la lèvre inférieure, tentant d’évaluer, elle aussi, leurs chances de survie.

En contrebas, les deux soldats s’étant élancés dans un sursaut de bravoure avaient été attrapés par des titans. Elle détourna les yeux pour ne pas voir leurs corps se faire déchiqueter. Elle déglutit, refoulant les images qui défilaient malgré tout.

Tout à coup, la voix de Jean résonna, haute et forte : 


-Allez-y tout le monde, on fonce vers le QG maintenant !

Le corps de Rosa réagit sans attendre. Elle sentit autour d’elle que ses camarades s’activaient également. Il n’était plus temps de regarder où étaient les autres, ce qu’ils faisaient. Il fallait courir, foncer droit devant avant de tomber à court de gaz ou de se faire attraper par les titans.

Synchronisant son saut avec sa respiration, elle se força à se concentrer sur cette dernière pour ralentir son rythme cardiaque et garder une concentration à toute épreuve. Habilement, elle manœuvra pour contourner les titans occupés sur les corps déchiquetés de leurs camarades. Une partie d’elle se sentait terriblement coupable d’utiliser ainsi la mort d’autres soldats pour survivre. Une autre, plus pragmatique, lui disait que ce n’était pas elle qui les avait poussés à la mort, qu’elle ne pouvait rien pour les sauver alors autant utiliser cette tragédie pour en éviter d’autres. Cela sembla l’aider à ravaler sa culpabilité et elle fonça, comme Jean le leur avait intimé.

Le QG était là.

Proche.

Grandissant de plus en plus à mesure qu’elle approchait.

Volant au-dessus des toits à l’aide de son équipement, elle avait l’impression d’avoir des ailes. La peur lui tenaillait l’estomac mais un sourire incompréhensible se dessina sur son visage. Son cœur se gonfla à nouveau d’une exaltation qui lui était inconnue. L’adrénaline parcourant ses veines la faisait se sentir si… vivante. Rien de comparable à ce qu’elle avait connu auparavant. Cette fois-ci, c’était un sentiment brut, violent, qui l’aidait à déployer ses ailes et son potentiel.

Elle laissa échapper un rire que personne n’entendit, perdu dans la cohue des cris de guerre et de douleur.

Elle ne comprenait pas quelle était cette transformation qu’elle sentait la traverser.

Depuis que la bataille de Trost avait commencé, elle avait senti par petites touches cette sensation d’énergie face à la mort, cette volonté infaillible qui venait l’envahir pour lui permettre de survivre.

Mais là.

Là.

C’était autre chose.

C’était plus, c’était mieux.

C’était. Gigantesque.

Sa poitrine se gonfla tandis qu’elle inspirait profondément, tentant de canaliser ce qu’elle sentait déborder d’elle.

Elle esquiva de peu la main d’un titan qui tenta de la saisir au vol. Cette manœuvre la déséquilibra quelque peu, elle mit une seconde avant de rétablir sa trajectoire. Mais étrangement, ce loupé ne lui fit pas peur. Au contraire. Il intensifia cette sensation au creux de l’estomac qui la portait. Plus loin. Plus fort. Plus vite.


Se recroquevillant sur elle-même, elle traversa une vitre du QG et déboula à l’intérieur du bâtiment. Elle se réceptionna sur ses pieds avec agilité et regarda autour d’elle. Elle était essoufflée. Pas tant par l’effort des derniers mètres mais par l’énergie déployée pour canaliser cette force qu’elle avait senti surgir en elle. A présent qu’elle était parvenue à son but, elle la sentit s’évanouir peu à peu. La tension se relâcha dans ses épaules et sa lucidité froide reprenait peu à peu le dessus. La pulsion protectrice qui l’avait conduite à se dépasser semblait se mettre en sommeil. Jusqu’à la prochaine fois.

Reportant son attention sur ses camarades, elle se demanda combien d’entre eux avaient réussi à passer le barrage de titans. A priori, pas tous. Car ils étaient moins nombreux qu’au départ.

Elle jeta un coup d'œil à Jean qui semblait avoir fait le même calcul. Elle voulut lui dire qu’il n’avait pas à s’en vouloir, il avait agi de la meilleure façon possible compte tenu de la situation. Mais elle n’en eut pas le temps car le jeune homme repéra des jeunes recrues cachées derrière une table. Les escouades de ravitaillement.

L’explosion ne se fit pas attendre. Laissant libre cours à son énervement, Jean leur reprocha de ne pas avoir assuré leur mission et d’avoir conduit nombre d’entre eux à la mort. Son interlocutrice semblait terrorisée mais pas à cause du ton employé. Lorsqu’elle expliqua d’un ton hystérique que les titans avaient pris le bâtiment et occupaient le sous-sol, Rosa comprit la peur qui se lisait sur son visage. 


-Couchez-vous !

La voix de Reiner tonitrua et, d’instinct, Rosa recula de quelques pas, juste à temps pour éviter les débris d’un mur qu’un titan venait de défoncer.

-Merde, jura-t-elle, dégainant ses lames dans un réflexe.

Elle regarda autour d’elle. Aucun d’entre eux n’était réellement prêt à se battre. Ils manquaient d’expérience et n’avaient pas envie de tenter leur chance avec le peu de gaz qui leur restait. S’ils tombaient à court en essayant de découper la nuque de ce titan, ils pouvaient s’écraser dans la rue en contrebas. Soit la chute leur serait fatale, soit les autres créatures rôdant autour s’occuperaient de les achever.

Rosa réfléchit. Ils étaient cernés. A priori, il y en avait aussi au sous-sol. Là où se trouvaient les bonbonnes de gaz. En bref, il y avait peu d'échappatoires.

-Qu’est-ce qu’on fait…? gémit-elle plus pour elle-même que pour les autres.

Elle n’eut pas le temps de réfléchir davantage.

Un énorme poing s’abattit contre le visage du titan qui alla s’écraser plus loin. Au même instant, Mikasa, Armin et Conny déboulèrent par les fenêtres.

-Vous ?! s’exclama Rosa, ne cachant pas sa surprise. Qu’est-ce que…

-On ne sait pas pourquoi, commença Armin, mais ce titan ne s’intéresse pas à nous et détruit les autres titans.

Tout en parlant, il désigna d’un geste la créature qui les avait sauvés de leur prédateur et était en train de s’acharner sur un autre.

-On se fiche de savoir le pourquoi, répliqua Mikasa d’un ton calme et décidé. Le plus important pour le moment, c’est qu’il se déchaîne le plus longtemps possible. 

Jean hocha la tête. Il savait qu’il y avait plus urgent. Faire le plein de gaz. Et partir d’ici avant de finir réduits en bouilli. Cela sembla convenir à tout le monde.

Prenant à nouveau les directives des opérations, Jean leur fit signe d’avancer dans le bâtiment : ils devaient définir combien de titans occupaient le sous-sol et trouver une façon de les éliminer afin d’accéder aux bonbonnes de gaz. Personne ne protesta et tous le suivirent. Mais au moment où elle allait partir, Rosa nota que Bertolt, Annie et Reiner regardaient l’étrange titan avec une sincère surprise dans le regard. Comme eux tous, songeait-elle. Mais elle avait l’impression qu’il y avait autre chose derrière le choc de découvrir un titan en massacrant d’autres. Elle ne sut pas mettre le doigt dessus et ne prit pas davantage le temps d’y réfléchir. Le temps pressait.

-Eh, bougez-vous, leur lança-t-elle en s’engouffrant dans la pièce attenante à la suite d’Armin et Conny.

Les choses allaient trop vite.

Elle n’avait pas le temps de réfléchir.

Il y avait un temps pour tout. Et à cet instant, elle sentait que c’était toujours un temps pour l’action. La réflexion viendrait plus tard. Lorsqu’ils seraient à l’abri derrière le mur.


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