La bande au complet

Chapitre 2 : Pardon

2042 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/10/2026 08:17

Le cliquetis des chaînes de fer du panier résonna alors que le groupe de Teiko franchissait la barrière de grillage éventrée. À leur entrée sur le terrain, l’ambiance se glaça instantanément. Sous les projecteurs blafards. Yuto, Inaba et Amano s’interrompirent net. Leurs regards se durcirent.

Un peu plus loin, Kanji Sanda cessa de faire rebondit son ballon. Il le coinça fermement sous son bras, fixant les nouveaux arrivants d’un œil d’une froideur polaire. Ses yeux vert opaline, d’ordinaire si expressifs, brillaient d’une lueur d’indifférence calculée qui fit frissonner Kise. Sentant la menace, Yuto, Inaba et Naotane convergèrent immédiatement vers leur meneur. D’un mouvement fluide et synchronisé, ils se positionnèrent juste devant lui, leurs silhouettes imposantes faisant physiquement barrage de leur corps pour faire écran entre Kanji et les Miracles.

En retrait, Kagami profita de ce moment de flottement pour détailler minutieusement Kanji. Au premier coup d’oeil, le rouquin fut déstabilisé. Ce mec n’avait franchement rien d’exceptionnel en le regardant comme ça. Il était petit, assez maigre, presque chétif à côté de colosses comme Murasakibara ou lui-même. Ses bras fins ne laissaient deviner aucune musculature impressionnante. Pourtant, Kagami sentit une étrange décharge d’adrénaline lui traverser l’échine. La prestance qui émanait de Kanji était tout simplement incroyable. C’était l’aura invisible mais écrasante d’un véritable prédateur des parquets, le magnétisme d’un roi de l’ombre qui contrôlait le rythme du jeu d’un simple battement de cils.

Akashi fit un pas en avant, dépassant, Kuroko. Il baissa légèrement la tête, adoptant une posture d’une humilité rare qui stupéfia ses propres camarades.


-Sanda. Hamano, commença Akashi, sa voix d’ordinaire si impérieuse résonnant avec une sincérité désarmante. Je sais que notre présence ici est un affront après la manière dont les choses se sont terminées à Teiko. Au nom de toute l’équipe, et en mon nom propre, je tiens à vous présenter nos excuses les plus sincères.

 

Il releva les yeux, croisant le bloc défensif formé par les trois amis.

 

-Mon comportement à l’époque a été dicté par une vision égoïste et destructrice du basket. J’ai piétiné le collectif que vous chérissiez tant, et je vous ai poussés à bout. Ma plus grande erreur est de ne pas être venu plus tôt vers vous pour assumer mes actes et formuler ces regrets. Vous méritiez meixu que nos mépris.

 

Les mots d’Akashi restèrent suspendus dans l’air lourd du terrain, mais l’effet escompté n’eut pas lieu. Un rire sec et dénué de joie s’échappa des lèvres de Yuto. Ses yeux rubis étincelèrent de colère sous la lumière jaune du lampadaire.


-Tu te fous de nous, Akashi ? lâcha brutalement Yuto en faisant un pas menaçant en avant. Vous débarquez après toutes ces années, la bouche pleine de grands mots et de regrets, et vous pensez que ça va effacer ce que vous avez fait ? C’est beaucoup trop facile de revenir maintenant que vous avez bien profité de votre gloire de génies ! Vous avez brisé notre passion, vous avez détruit Kanji à l’époque, et maintenant un simple «pardon» devrait tout régler ? Garde tes excuses, on n’en a rien à foutre.

 

Un silence de plomb retomba. C’est alors qu’une main fine se posa doucement sur l’épaule de Yuto.

Kanji sortit lentement de derrière ses trois amis, qui s’écartèrent pour lui laisser le passage. Il fit face à la Génération des Miracles, le ballon toujours calé sous son bras. Son regard vert opaline balaya le groupe. Quand ses yeux se posèrent sur Kise et Aomine, l’intensité froide qui s’en dégageait fut telle que les deux as se tendirent instantanément. Kise, d’ordinaire si expressif, baissa les yeux, fuyant ce reproche silencieux qui le mettait profondément mal à l’aise. Aomine, quant à lui, serra les dents et détourna la tête, incapable de soutenir le regard du meneur qu’il avait autrefois tant respecté et pourtant abandonné.

C’est à ce moment que Kuroko prit une profonde inspiration et s’avança à son tour, se plaçant aux côtés d’Akashi pour parler directement à son ancien ami.

 

-Kanji-kun..., murmura Kuroko, sa voix trahissant une immense émotion. Yuto-kun a raison. Ce que nous avons fait est impardonnable. Je m’en veux terriblement d’avoir été si faible à l’époque, de ne pas avoir su me battre assez fort pour préserver notre amitié et notre vision du basket. Mais s’il te plaît, sache que si nous sommes là aujourd’hui, ce n’est pas pour nous soulager d’un poids. C’est parce que nous avons enfin compris ce que nous avions perdu. Je n’ai jamais oublié le basket que nous partagions, Kanji-kun. 


Le regard vert opaline de Kanji se posa enfin sur Kuroko.pendant quelques secondes, le temps sembla s’arrêter. Kuroko retint son souffle, cherchant désespérément une étincelle de l’ancien Kanji dans ces yeux magnifiques mais désespérément froids.

 

-C’est du passé, Kuroko, répondit vaguement Kanji d’une voix monocorde, presque détachée. Ça n’a plus d’importance aujourd’hui.

 

Sans un regard de plus pour les Miracles, le jeune homme ramassa son sac de sport posé contre le grillage, cala son ballon sous son bras et commença à quitter le terrain d’un pas rapide, fuyant cette confrontation qui ravivait de trop vieilles blessures. Surpris par ce départ soudain, Yuto jeta un regard noir au groupe de Teiko avant de s’élancer à sa suite.

 

-Kanji ! Attends-moi ! lui cria Yuto en courant pour le rattraper dans la pénombre du parc.


Sur le terrain, le silence était total, brisé seulement par le cliquetis métallique du panier. Kagami observait la scène, les sourcils froncés, touché malgré lui par la détresse silencieuse du meneur.

Amano Naotane s’avança alors que quelques pas, brisant la chape de plomb. Il retira lentement son casque audio pour le laisser reposer autour de son cou, fixant la Génération des Miracles avec des yeux gris acier remplis de reproches.

 

-Vous ne vous rendez vraiment pas compte du mal que vous avez fait, pas vrai ? lâcha Naotane d’une voix basse et pesante. Vous croyez qu’il suffit de débarquer pour que tout s’arrange. Mais après ce qui s’est passé à Teiko, après votre petit crise d’ego, Kanji a été complètement brisé.

 

Il marqua une pause, laissant ses mots s’enfoncer dans l’esprit coupable d’Aomine et des autres.

 

-Il a eu un mal de chien à remettre un pied sur un terrain. Et quand il a enfin recommencé, reconstruire une équipe et se faire de nouveaux amis a été un calvaire sans nom. À chaque fois qu’il passe le ballon, à chaque fois qu’il s’attache à un coéquipier, il est terrifié. Il a une peur bleue de revivre le même cauchemar, d’être à nouveau trahi, rejeté et abandonné par les gens en qui il a confiance. Il a tout simplement peur de souffrir à nouveau par votre faute.

 

Kagami serra les poings si fort que ses articulations en devinrent blanches. Entendre les mots de Naotane lui avait retourné l’estomac. Pour lui, le basket était synonyme de confiance absolue, de liens fraternels forgés dans l’effort. Savoir que ces types avaient détruit cela chez quelqu’un d’autre le rendait fou de rage.


-Vous faites vraiment pitié, lâcha Kagami en se tournant vers la Génération des Miracles, sa voix vibrant d’une colère sourde. Jouer au basket en ayant peur de faire confiance à sa propre équipe... Vous avez une idée de l’enfer que vous lui avez fait vivre ?

 

Kise cacha son visage dans ses mains, des larmes de culpabilité au bord des yeux, tandis qu’Aomine frappa violemment du pied dans un mur de briques adjacent, jurant entre ses dents.

Inaba Tadasue s’avança alors, le visage fermé. Contrairement au calme glacial de Naotane, son tempérament volcanique bouillonnait. Il pointa un doigt accusateur vers Akashi et les autres.


-Arrête de leur chercher des excuses, le rouquin, lança Inaba à Kagami, avant de braquer son regard ambré et tranchant sur les Miracles. Mon pote Naotane est bien trop gentil avec vous. Moi, je vais vous dire vos quatre vérités. Vous vous pavaniez ici avec vos airs de brebis repenties, mais la réalité, elle est là : vous n’en aviez strictement rien à foutre !

 

Il s’arrêta un instant, son sourire provocateur s’étant transformé en un rictus de pur mépris.

 

-Ca fait des mois, des années que Kanji et Yuto ont quitté Teiko. Si vous aviez la moindre once de vrais regrets, vous auriez bougé vos fesses bien avant aujourd’hui pour les retrouver. Mais vous ne l’avez pas fait. Ce n’est que parce que vous avez eu le pur hasard de croiser Yuto au coin d’une rue que vous êtes là. C’est juste l’occasion qui a fait le larron. Sans ce coup de chance, vous auriez continué votre petite vie de stars du basket sans jamais vous soucier de la manière dont vous avez brisé Kanji. Vos excuses c’est juste pour vous donner bonne conscience. Vous me dégoûtez.

 

Kuroko encaissa le coup, les yeux fixés sur le sol élimé du terrain de rue. Les paroles d’Inaba étaient d’une violence extrême, mais elles étaient d’une vérité indiscutable. Ils avaient attendu le hasard pour agir.

Un silence de plomb retomba sur le terrain délabré après la tirade cinglante d’Inaba. Plus personne n’osait bouger. Les mots du jeune homme avaient mis à nu leur lâcheté collective, et la vérité faisait mal.

Pourtant, contre toute attente, Akashi ne se braqua pas. Il ferma brièvement les yeux, encaissant la charge sans ciller, puis prit une lente inspiration. Lorsqu’il rouvrit les yeux, son regard hétérochrome avait perdu toute trace de sa supériorité d’autrefois. Il n’y avait plus que de la droiture et une lucidité implacable.

 

-Tu as parfaitement raison, Inaba, déclara Akashi d’une voix calme, mais dont le ton posé résonna nettement dans la fraîcheur du soir. Je ne chercherai pas à nier l’évidence. Nous avons été passifs. Nous avons attendu que le destin mette Yuto sur notre chemin pour faire face à nos propres fautes. C’est lâche de notre part.

 

Kise et Midorima relevèrent la tête, surpris par la concession totale de leur ancien capitaine. Akashi fit un pas de plus vers Inaba, ignorant la posture défensive du jeune homme aux yeux ambrés.


-Mais le fait que cette rencontre soit le fruit du hasard ne change rien à la réalité de nos regrets. Aujourd’hui, nous sommes face à vous, et nous mesurons l’ampleur des dégâts que notre ego a causés à Kanji. Alors je te le demande, à toi qui es son ami actuel et qui connais ses blessures : comment pouvons-nous lui prouver notre sincérité ? Que devons-nous faire pour qu’il comprenne que nous ne cherchons pas simplement à nous donner bonne conscience, mais à réparer ce que nous avons brisé ?

 

Inaba croisa les bras, jaugeant Akashi d’un œil sceptique. À ses côtés, Naotane remit calmement son casque autour du cou, curieux de voir jusqu’où irait la détermination des anciens génies de Teiko. De son côté, Kagami observa Akashi avec un grognement d’approbation discret : au moins, le capitaine de Rakuzan ne se défilait pas. 


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