La bande au complet

Chapitre 1 : Une rencontre inattendue

2165 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 24/10/2026 23:59

Le crépuscule étirait de longues ombres dorées sur le trottoir. Kise riait aux éclats, mimant avec de grands gestes la dernière maladresse de Kagami, tandis que ce dernier lui hurlait dessus, le visage rouge de colère. À leurs côtés, Midorima réajustait ses lunettes d’un geste sec, son éternel objet chanceux du jour serré contre lui, sous le regard blasé d’Aomine et les grignotages réguliers de Murasakibara. Kuroko et Akashi fermaient la marche, observant cette agitation habituelle avec une complicité tranquille.

Ke rire de Kise s’éteignit d’un coup. Le groupe ralentit, puis s’immobilisa au milieu de la rue.

À quelques pas d’eux, un jeune homme venait de s’arrêter devant la vitrine d’un magasin. Ses cheveux d’un blanc céruse captaient les derniers rayons du soleil, et lorsqu’il se tourna vers eux, ses yeux d’un rouge rubis profond s’arquèrent de surprise. Il portait un sweat-shirt noir surdimensionné, un jean brut légèrement usé aux genoux et des baskets montantes bicolores.

C’était Yuto Hamano.

L’atmosphère devint instantanément pesante. Kagami cligna des yeux, sentant la tension soudaine paralyser ses camarades. L’ailier défensif hors pair, le pilier silencieux du collectif de Teiko, se tenait face à eux.

Un silence de plomb s’installa. Les regards se croisèrent, chargés du poids des regrets et des non-dits. Tous se rappelèrent le jour exact où Yuto avait claqué la porte du club. C’était juste après la violente rupture idéologique entre Akashi et Kanji Sanda, ce meneur stratégique au physique pourtant si frêle, avec ses cheveux noir de jais et ses yeux vert opaline. Kanji avait tout tenté pour s’opposer à la dérive individualiste de la Génération des Miracles, refusant de voir le basket collectif se dissoudre dans l’arrogance du talent pur. Fatigué des conflits et brisé par cette fracture, Yuto avait choisi de s’effacer, abandonnant les parquets.

Yuto esquissa un sourire un peu triste, brisant le silence d’une voix douce.

 

-Tiens. Ça fait un bail, les gars.


Akashi fit un pas en avant, brisant la paralysie générale. Son regard hétérochrome se posa sur son ancien ailier, analysant chaque micro-expression. Derrière lui, le reste de la Génération des Miracles et Kagami restaient figés, pris dans un malaise palpable.

 

-Hamano, murmura Akashi d’une voix calme mais parfaitement distincte. C’est en effet une surprise. Je vois que tu as gardé ta posture droite, même loin des parquets de Teiko.

 

Yuto glissa ses mains dans les poches de son sweat noir surdimensionné. Ses yeux rubis passèrent de Kuroko à Aomine, puis s’arrêtèrent sur Kagami, dont le maillot de Seirin dépassait du sac de sport.

 

-On change de décor, mais le monde du basket reste petit, visiblement, répondit Yuto avec un détachement teinté d’amertume.

 

Kuroko fit un pas de côté, ses yeux bleus grands ouverts. Il scruta les alentours, cherchant une silhouette familière qui, autrefois, ne quittait jamais le côté de Yuto. Son absence créait un vide presque douloureux.


-Où est Kanji-kun ? demanda doucement Kuroko.

 

La question jeta un froid encore plus vif. Kise baissa les yeux, tandis que Midorima resserra nerveusement sa prise sur son objet fétiche. Akashi, quant à lui, ne sourcilla pas, bien qu’une lueur d’intérêt traverse ses yeux. Kanji Sana, le meneur de jeu de l’ombre, le stratège au corps frêle et aux yeux vert opaline, avait été le premier à se dresser contre la tyrannie du talent pur. Sa rupture dramatique avec Akashi avait précipité le départ de Yuto.

 

-Il n’est pas là, répondit simplement Yuto, son ton se refroidissant d’un coup. Kanji a tourné la page de Teiko définitivement ce jour-là. Vous avez choisi de briser le collectif pour vos statistiques individuelles. Il a refusé de cautionner ça. Et moi aussi.

 

Yuto stoppa une seconde.

 

-Même toi, Tetsu..., murmura Yuto en fixant Kuroko. Tu as essayé de les retenir, mais la cassure était déjà là.

 

Kuroko serra les poings, incapable de répliquer. La culpabilité de n’avoir pas su sauver leur amitié à l’époque pesait lourd. Kagami, sentant l’électricité dans l’air, s’apprêtait à intervenir pour défendre son ombre, quand des pas rapides résonnèrent sur le bitume.

 

-Hé Yuto ! Tu traînes ? On va rater le début du quart-temps si on ne se dépêche pas !


Deux adolescents débouchèrent du coin de la rue. Le premier à parler, Inaba Tadasue, affichait un sourire provocateur. Ses cheveux châtains, coupés courts et coiffés en pointes désordonnées, encadraient un visage dynamique illuminé par des yeux d’un jaune ambré très vif. Il portait un blouson de sport rouge et blanc ouvert sur un t-shirt graphique, et faisait tourner un ballon de basket flambant neuf sur l’index de sa main gauche.

Derrière lui marchait Amano Naotane, beaucoup plus calme. Plus grand, Naotane possédait de longs cheveux noirs attachés en un chignon lâche à l’arrière de la tête, laissant s’échapper quelques mèches sur son front. Ses yeux gris acier balayèrent le groupe de la Génération des Miracles avec une indifférence presque glaciale. Il portait une veste de mi-saison vert olive et un casque audio imposant posé autour du cou.

Inaba s’arrêta net en captant la tension ambiante. Son regard passa des cheveux rouges d’Akashi aux cheveux bleus de Kuroko, avant de s’ancrer sur le ballon que tenait Midorima. Son sourire s’élargit, plus carnassier cette fois.

 

-Oh... Attends un peu, dit Inaba en arrêtant son ballon d’un coup sec. Ces têtes-là... Ne me dis pas que c’est le fameux club des génies égocentriques ? 


Naotane posa une main sur l’épaule d’Inaba pour le canaliser, sans détacher ses yeux gris d’Aomine, qui commençait déjà à froncer les sourcils de colère.

 

-Calme-toi, Inaba, dit Naotane d’une voix basse et posée. Kanji nous attend sur le terrain du quartier. Ne perdons pas de temps avec des fantômes du passé.

 

Yuto jeta un dernier regard chargé de nostalgie et de regrets à Kuroko, avant de tourner les talons. Inaba rangea son ballon sous son bras avec un sourire provocateur, tandis que Naotane se contenta d’ajuster son casque audio, son regard gris acier rivé droit devant lui. Sans un mot de plus, les trois adolescents s’éloignèrent, laissant la Génération des Miracles plantée au milieu du trottoir.

Le silence qui suivit fut presque suffocant. Kise fixait le sol, les poings serrés, tandis que Murasakibara arrêtait enfin de mâcher ses confiseries, le visage sombre.

 

-Attendez une minute..., commença Kagami, brisant la chape de plomb en se grattant vigoureusement l’arrière du crâne. C’était quoi ce délire ? Quelqu’un peut m’expliquer qui étaient ces types et pourquoi vous aviez tous l’air d’avoir vu des fantômes ? Et c’est qui ce Kanji ?

 

Kuroko baissa la tête, sa frange masquant ses yeux bleus. Ce fut Aomine qui poussa un profond soupir, adossé contre le mur d’une ruelle, les mains enfoncées dans les poches.

 

-C’était les deux seuls types qui en valaient la peine à Teiko en dehors de nous, lâcha Aomine d’une voix sourde, dépourvue de son arrogance habituelle. Surtout Kanji. Ce mec était un monstre sur le terrain, Kagami. Plus qu’un simple meneur stratégique.

 

Kagami fronça les sourcils, intrigué par le ton presque respectueux de l’as de Tôô.


-Il était d’une rapidité et d’une agilité effrayantes, continua Aomine en fixant le ciel qui s’assombrissait. Même moi, j’avais du mal à le cadrer quand il décidait d’accélérer. Et le pire, c’était son endurance. Une endurance totalement surhumaine. Le mec pouvait courir à fond pendant quatre quart-temps sans jamais montrer le moindre signe de fatigue. En plus de ça, sa précision au tir était chirurgicale, un vrai sniper. Quand il combinait sa vitesse avec Yuto Hamano en défense, ils formaient un binôme tout simplement destructeur. Yuto couvrait ses arrières en silence, et Kanji gérait le reste.

 

Aomine s’arrêta un instant, son regard s’assombrissant.

 

-Mais ce qui le caractérisait le plus, c’est qu’il aimait le basket plus que quiconque. Il adorait passer du temps avec nous, jouer pour le plaisir du jeu, pour le collectif. Et puis... on a commencé à s’éveiller. On est devenus arrogants. On a arrêté de jouer ensemble, on ne jurait plus que par nos performances individuelles. On lui a littéralement tourné le dos. On a détruit ce qu’il aimait le plus.


Une lourde vague de culpabilité submergea le groupe. Pour la première fois, même Akashi garda le silence, les yeux fixés sur la direction qu’avait prise Yuto. Tous, à leur manière, ressentaient le poids étouffant de leurs erreurs passées. Ils s’en voulaient cruellement. En brisant le collectif de Teiko pour satisfaire leur ego, ils n’avaient pas seulement blessé Kuroko ; ils avaient chassé Kanji et Yuto, deux frères d’armes qui croyaient en eux, les poussant à détester le club qu’ils considéraient autrefois conne leur seconde famille.

 

-Même si on a changé aujourd’hui, murmura Kise, la voix tremblante, le mal est fait. Ils ne nous le pardonneront jamais.

 

Kagami croisa les bras sur sa poitrine, soufflant bruyamment par le nez pour évacuer la tension. Son regard passa sur chacun des visages décomposés de la Génération des Miracles.

 

-Vous êtes vraiment des crétins finis, lâcha l’as de Seirin, ce qui lui valut un regard noir d’Aomine. Mais si vous vous en voulez autant, qu’est-ce que vous foutez encore plantés là ? Allez les voir et présentez vos excuses , bordel ! C’est aussi simple que ça.

 

Les génies de Teiko écarquillèrent les yeux, déstabilisés par la logique brute et directe de Kagami. Kuroko, lui, redressa lentement la tête, une lueur de détermination nouvelle brillant dans ses yeux bleus.

 

-Kagami-kun a raison, dit doucement Kuroko. Nous ne pouvons pas effacer le passé, mais nous ne pouvons pas non plus rester sans rien faire.


Sans attendre leur réponse, Kuroko fit volte-face et s’élança d’un pas pressé dans la direction qu’avait prise Yuto. Akashi laissa échapper un léger soupir, un mince sourire aux lèvres, avant d’emboîter le pas à son ancien fantôme. Kise, Aomine, Midorima et Murasakibara suivirent le mouvement, poussés par un mélange de nervosité et de soulagement à l’idée d’affronter enfin leurs vieux démons. Kagami fermait la marche, curieux de voir ce fameux prodige de ses propres yeux.

Après une dizaine de minutes de marche, guidés par les bruits lointains de rebonds sur le béton, ils arrivèrent à l’orée d’un parc à moitié plongé dans la pénombre. Devant eux s’étendait un terrain de basket de rue à l’abandon. Le grillage qui l’entourait était déformé et rouillé par endroits, envahi par des touffes de mauvaises herbes qui perçaient à travers les fissures du bitume usé. Des graffitis colorés recouvraient les murets adjacents, et l’unique lampadaire fonctionnel oscillait, projetant une lumière jaunâtre et blafarde sur un panneau en plexiglas fêlé, dont le filet en chaîne de fer cliquetait au gré du vent.

Au centre du terrain, Yuto, Inaba et Amano discutaient, un ballon sous le bras. Mais ce qui figea instantanément Kuroko et ses anciens coéquipiers, ce fut le silhouette qui se tenait un peu plus loin, sous l’anneau opposé.

C’était Kanji Sanda.

Le temps semblait n’avoir eu aucune prise sur lui. Il était resté assez petit et gardait cette silhouette maigre, presque frêle, qui masquait si bien son endurance phénoménale. Ses cheveux noir de jais, légèrement ébouriffés par la brise, encadraient son visage concentré alors qu’il faisait rebondit machinalement un ballon usé. Soudain, comme s’il avait senti leur présence, il s’arrêta net et tourna la tête dans leur direction. Ses grands yeux d’un vert opaline, d’une clarté presque surnaturelle dans la pénombre du terrain, se posèrent directement sur le groupe de Teiko. 


Laisser un commentaire ?