Le Revers de L'Infini - Tome 6 (Bonus)
Septembre 2020….
Le gymnase de l'ancien lycée n'est plus qu'un squelette de béton et de métal hurlant. Dans un fracas immonde, une masse de chair corrompue s'écrase contre le mur du fond, pulvérisant les espaliers dans un nuage de poussière âcre.
Au centre du chaos, une silhouette minuscule mais d'une verticalité absolue se tient debout : Rin. Trempée de sueur, les poumons brûlants, elle maintient sa lance d'épines plantée dans le sol comme un étendard de victoire sur les restes fumants du Grade 2.
C'est alors que les doubles portes du gymnase volent en éclats dans un grincement dramatique.
— HA HA ! Fléau maléfique ! Tremble devant la puissance du plus grand exorciste de l'histoire : MOI !!
Gojo débarque en trombe, l'index pointé vers le vide, un sourire carnassier aux lèvres. Puis, il s'arrête net. Le silence retombe, pesant, entrecoupé seulement par le sifflement du vent dans les vitres brisées.
Gojo abaisse légèrement ses lunettes noires, son regard bleu d'une clarté surnaturelle balayant les débris avant de se fixer sur l'adolescente.
— ... C’est toi le fléau ? demande-t-il, sincèrement confus.
Rin ne cille pas. Elle essuie d'un revers de main une traînée de sang sur sa joue, son regard noir fusillant l'intrus.
— Vous entrez toujours en criant des inepties ou c’est un jour spécial ?
Gojo ne se démonte pas. Il tapote sa tempe avec un sérieux de façade, comme s'il révélait un secret d'État.
— Stratégie psychologique. L’ennemi est souvent déstabilisé quand on hurle son propre nom en pleine entrée.
— Moi, ça me donne juste envie de partir, tranche-t-elle sèchement.
Gojo penche la tête, son sourire s'étirant à nouveau.
— Et pourtant, t’es encore là. Tu viens de pulvériser un Grade 2 toute seule, non ?
Rin desserre enfin sa prise sur sa lance, les ronces commençant à se dissiper dans l'air.
— Je suppose que vous êtes là pour ça. Et vous êtes… ?
— Satoru Gojo. Légende vivante, professeur charismatique, et occasionnel sauveur du monde.
— Charmant. Vous êtes souvent aussi modeste ?
— Jamais, répond-il avec un sourire immense. Et toi, t’es Rin Enobara. Quinze ans. Niveau de dangerosité : élevé. Potentiel : explosif. Conclusion : tu viens avec moi à l’école d’exorcisme !
Rin recule légèrement, les sourcils froncés.
— Pardon ?
— T’as de l’énergie maudite brute, du contrôle, et un sacré mauvais caractère. T’es faite pour ça. Je t’embarque.
— Et si je refuse ?
Gojo s'arrête et prend une pose dramatique, une main sur la hanche.
— Alors je vais rester ici à faire des poses cool et te répéter à quel point tu gâches ton potentiel. Crois-moi, ce sera long.
Rin soupire, une expiration longue qui trahit sa fatigue, mais un coin de ses lèvres tressaille malgré elle.
— … Est-ce que je peux au moins réfléchir avant que vous ne recommenciez à hurler ?
— Si tu veux. Mais sache que le prochain cri, c’est pour commander un bubble tea. Tu préfères fraise ou matcha ?
Rin ramasse son sac de sport dans un coin en secouant la tête.
— Je sens que je vais le regretter.
— C’est ce que disent tous mes élèves au début ! s'exclame Gojo, rayonnant, en lui emboîtant le pas vers la sortie.
—
Le calme de la cour principale de l’école d’exorcisme de Tokyo est presque absolu, seulement troublé par le bruissement léger des arbres. Souta est assis seul sur les marches du pavillon principal, le regard perdu dans le vide, les mains jointes. Il profite de cet instant de silence pour stabiliser son énergie, une habitude de survie qu'il garde de ses années de pression constante. Sa posture est droite, distante, créant une zone de sécurité invisible autour de lui.
Soudain, le silence est assassiné.
— ZENIIIIN ! REGARDE ! J'AI TROUVÉ UN CHAT SAUVAGE !!!
Gojo débarque avec l'élégance d'un boulet de canon, traînant une Rin qui ressemble à une rescapée d'explosion, les cheveux en bataille et de la suie plein les joues.
Souta ne sursaute pas. Il prend une lente inspiration, ferme les yeux une seconde comme s'il demandait de la patience aux cieux, puis les rouvre pour fixer l'intrus. Son regard bleu acier glisse sur Gojo avec une lassitude infinie avant de se poser sur l'adolescente. Il la jauge de haut, comme on examinerait une tache de café sur un costume de soie.
— C’est quoi encore, ce truc ? demande Souta. Sa voix est un murmure de glace, dédaigneux au possible.
— "Ce truc" !? siffle Rin en se dégageant de la poigne de Gojo.
— C'est Rin Enobara ! s'exclame Gojo, rayonnant. Elle a réduit un Grade 2 en compote et elle a un vocabulaire de charretier. Je me suis dit qu'elle ferait une super partenaire de chambrée... euh, d'entraînement !
Rin plante ses poings sur ses hanches, défiant le regard de Souta.
— Dis-moi, le glaçon, ton prof est toujours aussi atteint ou il a juste oublié ses médocs ce matin ?
Souta se lève lentement. Il ne cherche pas l'affrontement, il cherche la sortie. Il maintient cette distance polie mais profondément insultante qui lui sert d'armure.
— Malheureusement, il est lucide, répond-il d'un ton sec. Mais si tu cherches du spectacle, le zoo de Tokyo est à quelques stations d'ici.
Il se détourne déjà, prêt à s'éclipser vers les dortoirs.
— Hé ! Je te parle, le premier de la classe ! aboie Rin, outrée par tant d'indifférence.
Souta s'arrête, mais ne se retourne pas. Il soupire, un son chargé d'un ennui mortel.
— Écoute, la nouvelle... J'ai déjà assez de bruit dans ma vie sans avoir à gérer une gamine qui se croit spéciale parce qu'elle sait faire pousser des mauvaises herbes.
Il reprend sa marche, les mains dans les poches, son aura de "fous-moi la paix" vibrant à chaque pas.
Gojo tape dans ses mains, ravi du venin qui commence à couler.
— Oh, il s'en va ! Rin, je crois qu'il te trouve... inintéressante ? Quel dommage !
Rin bout sur place. Elle n'a jamais supporté qu'on l'ignore, encore moins avec ce petit air de supériorité tranquille. Elle s'élance, bousculant presque Gojo pour rattraper le garçon.
— "Mauvaises herbes" ? Répète un peu pour voir, le glaçon ? Je parie que tes ombres crèvent d'envie de s'amuser au lieu de te regarder faire la statue de marbre toute la journée !
Souta s'arrête à nouveau, pivote légèrement la tête pour la regarder par-dessus son épaule. Son regard est d'une froideur absolue.
— Si tu insistes pour te donner en spectacle, fais-le seule. Je préfère ma propre compagnie à ton brouhaha.
Et sur ces mots, il disparaît dans l'ombre du bâtiment, laissant Rin seule avec un Gojo qui explose de rire.
— Dix yens qu'elle lui lance une ronc
e dans les fesses avant demain matin ! s'esclaffe le professeur.
Premiers instants à Jujutsu High pour Rin Enobara…