JoJo's Bizarre Adventure : Lost Baby

Chapitre 127 : L’Aigle Noir (Partie 1)

2769 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 17/10/2026 19:05


Kosovo (territoire sous contrôle international rattaché officiellement à la communauté d’États de Serbie-et-Monténégro), 2003


Saba Lipa était née dans un monde en ruines. Après la chute de l’Union Soviétique, la Yougoslavie fut déchirée par une décennie de guerres, montant les différents peuples des Balkans les uns contre les autres, se passant à tour de rôle la hache du bourreau. La fillette n’avait que 7 ans quand les snipers bombardèrent sa ville de Gjakovë, à quelques kilomètres de la frontière albanaise. Sa famille, favorable à l’UÇK - l’Armée de Libération du Kosovo - était constamment en fuite, voyageant de caves en greniers, de bâtisses abandonnées en camps de réfugiés surpeuplés. Son ciel avait toujours été gris, ses repas toujours terriblement fades, son air toujours pollué par l’odeur putride de la putréfaction des cadavres et le vacarme des explosions toujours omniprésent dans ses oreilles. Malgré tout, un éclatant sourire n’avait jamais quitté le visage de Saba. Le bonheur et l’insouciance de la jeune fille faisait disparaître un instant la solitude, le manque de sommeil et le désespoir des pensées de sa famille. Dans la tornade d’événements qui s’abattait sur leur tête, elle était un véritable bol d’air frais. 


La guerre terminée, le soulagement ne fut que de courte durée. Les armées serbes en retraite avaient laissé derrière elles des villes désertes et la misère pour unique survivante. De cette misère émergea une nouvelle forme de violence : les criminels civils avaient remplacé les criminels de guerre. La mafia albanaise profita de la pauvreté et de la détresse des habitants pour recruter des sbires assez désespérés pour piller les dernières miettes restantes à leurs voisins ou à leurs amis. La drogue et les armes passaient entre des mains de plus en plus jeunes. 

Désormais âgée de 11 ans, Saba traînait très souvent à proximité de la gare en se tenant à distance des dealers et des drogués. Ses parents l’avaient bien mise en garde de ne pas s’approcher des criminels qui régnaient sans partage sur cette partie de la ville. Comme tous les jours de l’année, la jeune adolescente regardait les passants entrer et sortir des longs trains qui les menaient d’un bout à l’autre du monde. Ses yeux suivaient aussi les pigeons qui, malgré leurs ailes les portant loin dans les cieux splendides, revenaient inlassablement au béton sale du quai. Parmi les silhouettes grises aux bouches pincées, un long manteau noir coiffé d’un large chapeau bleu délavé se distinguait par ses valises surchargés et son air perdu. Il tirait lourdement son paquetage comme un goéland emportant avec lui une trop grosse prise. En prenant une bouchée dans le sandwich que sa mère lui avait préparé pour l’école (qu’elle avait décidé de sécher comme tous les jeudis), elle sauta de son siège de fortune et se dirigea vers l’inconnu.


Saba : Bonjour, Monsieur ! Vous avez besoin d’aide ? Vous avez l’air de ne pas vous en sortir avec tous vos bagages ! 


Voyageur : Bonjour, ma fille…c’est très gentil de ta part. Ce n’est pas de refus. J’ai sans doute un peu trop chargé mes valises. 


Saba : Vous avez de la chance ! Normalement, je vous piquerais un ou deux trucs en passant mais vous êtes un cureton, pas vrai ? Maman dit que ça porte malheur d’essayer de vous dépouiller ! Par contre, faites attention, les gros bras de la Shqiponja qui traînent par ici n’hésiteront pas deux secondes, eux ! Vous venez d’où ? Vous êtes un américain ? Vous parlez comme les soldats qui sont venus pendant la guerre. 


Saba n’avait pas la langue dans sa poche. Contrairement aux autres enfants de son âge, elle n’avait aucun mal à parler sans interruption, sautant d’un sujet à l’autre sans difficulté. L’évêque était étonné de la vivacité d’esprit de sa nouvelle guide, suivant tant bien que mal le rythme des sujets de discussion et des pas sur le bitume. 


Voyageur : Américain ? Non, je suis irlandais, ma fille. Mais je n’y suis pas retourné depuis bien longtemps. Je suis un voyageur, je me déplace où le Tout-Puissant me guide. Enfin, je pense que tu dois plutôt l’appeler “Allah” avec ta famille. 


Saba : Hum…Et vous voyagez seul ? Vous n’avez personne pour vous accompagner ? Je veux dire, à part votre “Tout Puissant”. Vous n’avez aucun ami à vos côtés ?


Devant la question crue de la fillette, l’homme eut quelques secondes de pause. Des bribes de souvenir lui revinrent en mémoire comme une série d'électrochocs, des souvenirs que son esprit avait enfoui sous une obéissance absolue à son devoir.


Voyageur : J’avais quelqu’un à mes côtés il y a longtemps de cela…mais nous avons suivi des chemins séparés. 


Malgré son insouciance habituelle, Saba sentit qu’il valait mieux de ne pas insister sur ce point sensible. Elle changea rapidement de sujet pour ne pas blesser son potentiel client. 


Saba : En parlant de “chemin”, est-ce-que vous auriez besoin d’aide pour traverser la ville ? Je fais guide pour les touristes ! La plupart refuse parce qu’il croit que je vais les rouler mais je vous assure que je connais la ville comme ma poche ! 


L’homme tendit une lettre à la petite fille en prenant soin d’en dissimuler l’essentiel du contenu avec ses doigts, ne laissant qu’une adresse visible. Grâce à ses talents d’observatrice, Saba repéra presque immédiatement cette dissimulation volontaire mais n’y prêta pas grande attention : après tout, s’il était venu au Kosovo pour des affaires importantes, il n’avait probablement pas envie de les partager à la première inconnue venue.


Saba : Une lettre, sérieusement ? On aurait pas pu vous envoyer l’adresse par message sur votre téléphone ? Vous êtes vraiment un dinosaure ! 


Elle regarda l’adresse de plus près.


Saba : Oh mais c’est juste à côté de chez moi ! Je peux vous y emmener sans problème ! Donnez-moi votre sac, je vais le porter. 


Avec une force étonnante pour sa taille, Saba attrapa le grand sac de voyage et passa la lanière par-dessus son cou. Elle reprit la cadence soutenue pour ses pas, passant du trottoir à la chaussée, slalomant agilement entre les voitures. 


***


Giorno Giovanna - déjà Boss de la Passione - descendit de la modeste voiture qu’il avait soigneusement choisie pour ne pas attirer l’attention sur lui dans ce territoire ennemi. Ses longs cheveux dorés étaient soigneusement dissimulés sous un bonnet de laine blanc. La moitié de son visage était obscurci par l’ombre du large châle qu’il portait. Le long tissu descendait de chaque côté de sa veste d’hiver couleur océan, formant de larges ailes prêtes à décoller. Le chauffeur s’approcha du Boss après avoir refermé sa portière et scruter les horizons : autour d’eux, il n’y avait que des champs de terre dont les dernières herbes avaient été assommées par le givre Au loin derrière eux, cinq voitures, sagement espacées de cent mètres les unes des autres, transportaient les précieux renforts chargés de la protection du Boss. 


??? : Monsieur, vous êtes vraiment sûr de vouloir aller à ce rendez-vous ? Même si j’ai mobilisé une cinquantaine de gars, ce n’est pas prudent de vous montrer comme ça dans un pays étranger qui plus est. On peut toujours faire demi-tour.


Le chauffeur n’était pas un membre comme les autres de l’Organisation. Prosper Chevalier était un franco-italien, proche du nouveau Consigliere Jean-Pierre Polnareff. Il était d’un naturel particulièrement prudent et avait tenu personnellement à accompagner le jeune Boss dans son entreprise malgré son opposition dès l’ébauche de celui-ci. 


Giorno : Il est trop tard pour faire demi-tour, Chevalier. Si nous voulons unifier les mafias européennes, on est obligés de prendre le contrôle des Balkans. C’est là que l’essentiel de la drogue et des armes de Russie transite avant d’arriver en Italie. Il faut que nous contrôlions tous les maillons de la chaîne. 


Chevalier : Et vous êtes sûr qu’on ne peut pas plutôt choisir les albanais comme vassaux plutôt que les Grecs ? Est-ce qu’ils vous semblent vraiment davantage dignes de confiance ? 


Giorno : De toute façon, nos discussions avec la Sôma sont déjà trop avancées pour revenir en arrière. Alors ils auront uniquement deux choix aujourd’hui : la fusion ou la dissolution. Il n’y aura pas de troisième voie. Est-ce que tu peux me redonner les détails concernant le groupe qu’on rencontre aujourd’hui ? 


Chevalier sentait que le Boss voulait rapidement changer de sujet. Il ne semblait pas pleinement satisfait de la tournure des événements et certaines de ses décisions étaient visiblement prises à contre-coeur pour servir sa grande stratégie. Cependant, en bon subalterne, il déballa et fourra un bonbon au chocolat dans sa bouche pour tempérer ses réflexions et apporta une réponse claire et professionnelle au cerveau de l’opération.


Chevalier : On a donné rendez-vous aux cadres de la “Shqiponja e Zezë”...Enfin je pense que cela doit se prononcer comme ça. C’est le dernier groupe de cette région qui ne s’est pas encore rallié à nous. Cela signifie  “l’Aigle Noir”, c’est une référence au drapeau albanais. 


Giorno : Des nationalistes ? 


Chevalier : Difficile à dire…en tout cas, ils ne m’ont pas paru être de grands démocrates dans les quelques messages qu’on a échangés. Comme le reste de la mafia albanaise, ils obéissent au “Kanun”, un code d’honneur vieux de 600 ans. Mieux vaut ne pas faire trop de vagues, on risque de rapidement les vexer. 


Giorno : Des Stands ? 


Chevalier : Ils n’en ont pas signalé “officiellement”...et nos informateurs ne nous ont rien dit à ce propos. Il est pratiquement midi et on a encore de la route, Monsieur. Il faudra mieux que l’on reparte. 


Sous les yeux pensifs du Boss, la ville de Gjakovë s’étendait aux milieux d’une terre stérile, marquée à tout jamais par la violence et l’injustice. Le ciel gris griffé de nuages semblait porter les stigmates du passé.  




 ***


Saba et le voyageur arrivèrent dans la petite ruelle où se trouvait l’adresse spécifiée sur la lettre. La fillette habitait dans quelques maisons dans la même rue donc elle savait qu’il n’y avait aucune salle de réunion ni aucun hôtel à cet endroit mais, au moins, elle n’aurait pas beaucoup à marcher pour rentrer chez ses parents. L’homme au chapelet retint la jeune fille par la manche et ouvrit son portefeuille. Il se baissa pour déposer quelques pièces brillantes dans le creux de la paume de sa guide qui se frottait l’arrière du crâne d’embarras. Son sourire s'effaça sur le champ. Au-dessus de l’épaule du “cureton”, elle distingua un visage familier 


Voyageur : Merci beaucoup, tu m’as beaucoup aidé, ma fille. Je n’ai même pas pu te demander ton n-


Saba : Cachez-vous vite, Monsieur ! 


Elle poussa le voyageur derrière une vieille voiture stationnée le long de la rue. Sa respiration était erratique et difficile. 


??? : Monsieur Yovanna, ye vous prie de m’excuser, mon italien est un peu rouillé. Y’espère que vous avez fait bonne route. 


Un homme à la barbe noire touffue et aux lunettes de soleil s’approcha de deux autres individus qui l’attendaient visiblement depuis plusieurs minutes. Une prothèse dentaire lui causait un défaut de prononciation sur certains phonèmes bien spécifiques. Ses phalanges droites étaient ornées d’un poing américain surplombé d’un petit bouclier de métal bombé rouge et noir. Avant de le laisser rencontrer le Boss, Chevalier le fouilla de la tête au pied et ne trouva aucune arme à l’exception de celle mentionnée plus tôt qui ne serait pas une grande menace. 


Giorno : Bonjour, j’imagine que vous êtes Max Pilat Koçi. Enchanté, c’est un plaisir d’enfin vous rencontrer. Je vous présente mon Capo, Chevalier, qui a échangé plusieurs lettres avec votre bras droit, me semble-t-il. 


Koçi : C’est également un plaisir de vous rencontrer tous les deux. Concernant vos lettres, y’ai été aussi honoré de voir que le chef de la grande Passione prenait la peine de m’écrire. Malheureusement, ye vais être obligé de poliment décliner votre offre. Voyez-vous, notre groupe n’a pas vraiment besoin de votre protection. 


Chevalier s’avança d’un pas et rétorqua avec son ton impassible habituel au rebelle sans oublier d’y saupoudrer quelques grains de menace. 


Chevalier : Je pense que vous n’avez pas bien compris. On ne vous laisse pas vraiment le choix : si vous choisissez de ne pas vous ranger sous la coupe de la Passione, vous serez considérés comme des ennemis pour nous et nos alliés. Vous êtes seuls. 


Koçi : Oh, ne vous inquiétez pas, ye sais bien que nous n’avons aucune chance de rivaliser avec vous et votre armée de “Stands”. Le monde criminel n’est plus le même que celui dans lequel mon père a fondé notre groupe. Cependant, ye compte bien vous emporter avec moi. Allez pourrir en enfer ! 


Le bouclier pivota pour révéler un petit canon au bout du poing américain qu’il dirigea vers le Capo de la Passione et lui tira une balle au fond de la gorge. La giclée de sang disparut en un instant et l’arme fumante redevint froide. Gold Experience frappa violemment Koçi au visage, le laissant au sol, le visage baignant dans une mare de sang et de dents violemment arrachées. 


Chevalier : M-Merci, Monsieur…J’aurais du être plus vigilant…je vous prie de m’ex-


Koçi : Ahahahah ! 


Le chef de la Shqiponja eut un fou rire incontrôlable, montrant l’intérieur ravagé de sa bouche ensanglantée, les gencives à vif et les quelques dents restantes brisées. Il articula avec hargne et difficulté sa menace de mort. 


Koçi : C’est un pari que j’ai fait. Que votre pouvoir ne fonctionne pas sur les conséquences de vos propres actions ! Et je crois que j’ai vu juste ! 


Dans la mare de sang, entre deux canines, la diode d’un petit boîtier noir - d’une taille et d’une forme similaire à une dent - clignotait de plus en plus vite. 


Koçi : Et bons baisers d’Albanie, italiens de mes deux !


Chevalier se jeta sur Giorno pour le projeter en arrière. Une énorme détonation s’en suivit, provenant vraisemblablement de charges explosives placées du bâtiment adjacent, réduisant le rez-de-chaussée en cendres.


Saba : Papa ! Maman ! 




Nom du Stand :『Gold Experience Requiem』(ゴールド・エクスペリエンス・レクイエム)

Nom du manieur : Giorno Giovanna 


“Gold Experience” a la capacité de donner vie à tout ce que ses poings touchent. Ainsi, il peut donner vie à des objets inorganiques sous forme végétale ou animale. Les êtres vivants ainsi créés ont leur propre volonté et leurs comportements ne peuvent pas être contrôlés par le manieur. 


Requiem : La “remise à zéro” permet à Gold Experience Requiem d' annuler un événement de quelque nature que ce soit ainsi que toutes ses conséquences sur l’environnement. La seule limite à ce pouvoir est l’impossibilité d’annuler les actions du Stand ou de son manieur et, par extension, les conséquences de ces actions. La place de son manieur au sommet de la hiérarchie criminelle et la surpuissance de cette capacité a entretenu une légende sur l’invincibilité de ce Stand. 



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