Sold Out Soul
Londres — Siège du MI6 — Trois mois plus tard
La lumière filtrait à travers les grandes baies vitrées du centre d’entraînement du MI6, découpant des rectangles nets sur le sol clair. Sur le tatami, deux silhouettes s’affrontaient dans un ballet tendu de mouvements, de feintes et de frappes. L’une était plus grande, plus rapide. L’autre, plus basse, plus précise.
Un formateur tournait autour d’elles, lançant ses conseils d’une voix sèche :
— Équilibre ! Contrôle ! Anticipez, pas seulement avec le corps… mais avec le regard !
Sur le bord du tatami, Bond observait. Costume sombre, bras croisés, expression neutre.
À ses côtés, M. Chemise bleue, veste marine. Il fixait le combat d’un œil calme, les mains croisées dans le dos.
— Trois mois de débriefing, cent soixante-quatorze heures d’interrogatoires, une commission d’enquête conjointe, et toujours aucune trace d’un réseau étatique impliqué. Officiellement.
Bond esquissa un sourire en coin :
— Officiellement, c’est là que commence le mensonge.
M pencha légèrement la tête :
— Hope a été classé en site médical international. Les Indiens gèrent la reconstruction. Le MI6 a passé un accord pour que nos agents ne posent plus le pied là-bas.
Puis il ajouta :
— Aucun reste identifiable de Kan ni de son colosse n’a été retrouvé dans les décombres. Les autorités locales imputent cela à l’intensité de l’incendie.
Il marqua une pause. L’un des combattants sur le tatami tomba au sol avec un bruit mat, emporté dans un balayage sec et parfaitement exécuté.
M cligna lentement des yeux, puis souffla :
— Elle se débrouille bien.
Bond sourit.
— Elle avait un bon professeur. Elle a juste décidé de ne plus le suivre.
Sur le tatami, la gagnante retira son casque.
Shakti.
Ses cheveux avaient un peu poussé, formant un halo court qui adoucissait ses traits. Elle tendit la main pour relever son adversaire, puis tourna lentement la tête vers Bond. Un regard. Un clin d’œil. Une promesse muette.
Bond répondit par un très léger hochement de tête, presque imperceptible.
M esquissa un sourire discret :
— Les orphelins font toujours les meilleurs agents.
Bond ne répondit pas.
M reprit, en fixant les pas de Shakti qui quittait le tatami,
— Et Aria ? Aucune nouvelle depuis la mission Vektor ?
Bond répondit sans se retourner :
— Aucune.
M haussa un sourcil :
— Intéressant. Parce qu’il paraît que le major Miaoukine est à Londres depuis trois jours.
Un silence. Bond ne réagit pas.
Puis M tourna les talons et s’éloigna sans ajouter un mot.
Bond, lui, resta encore un instant à regarder l’endroit où Shakti s’était tenue.
- Appartement de Bond — Chelsea — Tard dans la nuit
Le silence régnait dans l’appartement. Le genre de silence feutré qui n’appartenait qu’aux lieux trop bien gardés… ou trop souvent vides.
Bond referma la porte d’un geste automatique, ôta sa veste, puis s’arrêta net.
Dans l’entrée : trois sacs de shopping en papier glacé, griffés Chloé, La Perla, et Louboutin.
Il avança lentement dans le salon.
Sur la table basse : une bouteille de vodka Stolichnaya à demi entamée et un verre.
Et dans son fauteuil préféré, dos à lui… une silhouette. Élégante. Décontractée. Un verre à la main. Des jambes croisées. Des ongles impeccables.
La voix s’éleva, moelleuse. Inimitable.
— Tu devrais définitivement changer ta serrure, 007.
Bond ferma les yeux un instant. Puis sourit.
— Aria.
Elle se retourna.
Et sourit à son tour.