La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 49 : À lui

2141 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 06/06/2026 07:46

Les maisons n'étaient plus des maisons.


L'une des créatures avançait à quatre pattes, immense, deux cornes courtes dressées au-dessus d'yeux rouges qui luisaient dans l'ombre.


Plus loin, un démon au long cou ondulait dans l'air froid, ses moustaches pâles flottant autour d'une gueule étroite.


Sesshōmaru avança.


La neige cédait à peine sous ses pas.


Naraku demeurait derrière les monstres. L'œil rouge enchâssé dans son torse observait sans ciller.


Tōkijin vibra.

L'éclair bleu fendit l'air.


Le démon aux cornes surgit aussitôt devant Naraku.


L'attaque le traversa de plein fouet. Son torse s'ouvrit, et des pans de chair noire s'écrasèrent dans la neige. Pourtant, la créature ne tomba pas. Elle planta ses griffes dans le sol et tint bon.


Sesshōmaru ne ralentit pas.


Un second éclat lui arracha la tête.


Le corps s'effondra lourdement, répandant autour de lui des fragments sombres qui fumèrent quelques instants dans la neige avant de s'éteindre.


Derrière lui, le monstre au long cou fondait déjà sur sa nuque.


Mayoiga leva la main.


Un rayon bleu traversa les écailles sous la gorge, remonta jusqu'au crâne en une ligne nette et froide. La créature se tordit avant d'éclater en plusieurs segments.


Mayoiga baissa les yeux.


Un morceau avait bougé.

À peine.


D'autres démons jaillirent de la neige.


Sesshōmaru les évitait ou les tranchait avec la même économie de gestes, sans accélérer, sans hésiter. Mayoiga ouvrait ceux qui tentaient de le prendre de flanc, ses lignes bleues découpant l'espace avec une précision froide.


Autour d'eux, les corps s'entassaient.


Aucun ne résistait plus de quelques secondes.


Sesshōmaru ne ralentit pas.


- Ces créatures sont-elles censées me tuer, Naraku ?


Naraku sourit légèrement. 

Il regardait les corps tomber avec la sérénité de quelqu'un qui avait à peine commencé à jouer.


Sesshōmaru leva Tōkijin vers lui.


Une sphère translucide apparut. Le yōki bleu s'y écrasa ; des fissures lumineuses la traversèrent de part en part.


Elle tint.


Naraku n'avait pas bougé d'un pouce.


Un autre monstre surgit.

Il ne chercha même pas à esquiver.

Il se jeta sur la lame.


Sesshōmaru le trancha de l'épaule au flanc.


Cette fois, Mayoiga vit distinctement les fragments se contracter.


La chair noire se repliait sur elle-même. Les formes perdaient leurs contours : bras, mâchoires, flancs éventrés devenaient des masses sombres, sans gueule ni regard.


- Sesshōmaru...


Il n'eut pas le temps de répondre.

Tout bougea d'un seul coup.


Les cadavres tranchés se défirent et jaillirent vers lui en nappes noires.


Sesshōmaru trancha les premières avant qu'elles ne l'atteignent.


Mais, les morceaux coupés se divisèrent en lambeaux plus fins qui reprirent aussitôt leur course.


L'un s'enroula autour de sa cheville. Un autre se colla contre sa jambe. D'autres encore gagnèrent son armure, sa manche, la fourrure blanche sur son épaule.


Mayoiga fut près de lui en un instant.


Ses griffes se refermèrent sur la masse qui remontait vers son épaule. Elle tira.


La chose résista, s'étira, puis se déchira.


Les deux lambeaux retombèrent dans la neige.


Puis se recollèrent.


- Ils se reforment.


Sesshōmaru ne répondit pas.


Son visage demeurait impassible, mais la matière noire s'insinuait déjà entre ses doigts et la garde de Tōkijin.


La lame vibra.


Tōkijin glissa.


Elle tomba dans la neige avec un bruit mat.


Mayoiga le vit.


Pendant une fraction de seconde, son regard resta fixé sur l'arme tombée aux pieds de Sesshōmaru.


Puis une masse noire rampa vers la garde.


Elle bondit.


Ses doigts se refermèrent sur Tōkijin avant que la matière ne l'atteigne.


La lame répondit aussitôt, comme si elle reconnaissait son ancienne porteuse.


Autour de Sesshōmaru, la masse continuait de monter. Elle recouvrait ses jambes, ses bras, son torse. Seuls son visage et sa gorge demeuraient encore libres.


Son regard, fixé sur Naraku, restait d'une froideur absolue.


Intact.


Comme si ce qui l'entourait ne le concernait pas encore tout à fait.


Mayoiga abattit Tōkijin.


Une vague bleue traversa les masses agglutinées contre son flanc. La chair noire éclata ; des dizaines de fragments furent arrachés, projetés dans la neige.


Ils retombèrent.


Et recommencèrent à ramper.


Mayoiga serra les dents.


Puis elle se tourna vers Naraku, l'épée levée. Le yōki bleu de Tōkijin illuminait la neige entre eux.


- Libère-le.


Naraku ne la regarda pas.

Son attention demeurait fixée sur Sesshōmaru.


Mayoiga frappa.

La lame descendit vers lui.

Elle s'arrêta net.


Pas contre un bouclier.

Pas contre une résistance visible.


Son bras refusa simplement d'aller plus loin.


Le yōki bleu vibra autour de Tōkijin, suspendu dans l'air froid.


Naraku ne tourna même pas la tête.

Cette indifférence la frappa plus violemment qu'une riposte.


Puis le contrôle se relâcha.

Mayoiga sentit son bras lui revenir d'un coup. Tōkijin trembla dans sa main.


Elle aurait pu frapper encore.

Mais Naraku venait de lui rappeler, sans même daigner le formuler, l'inutilité de ses attaques.


- Dis-moi, Sesshōmaru, dit-il.


Mayoiga vit la masse noire remonter sur la gorge de Sesshōmaru.

Naraku contemplait déjà le daiyōkai pris au piège.


- Tessaiga t'a été refusée, alors tu as porté une lame issue de moi.


La matière noire gagna la mâchoire de Sesshōmaru.


- Puis tu as tendu la main vers un corps maintenu en vie par ma chair.


Il ne regardait pas Mayoiga.

Il ne regardait pas Tōkijin.

Ses yeux demeuraient fixés sur le daiyōkai. 


- Combien de choses qui m'appartiennent faudra-t-il encore pour soutenir ta grandeur ?


Rien.


Pas un frémissement sur le visage de Sesshōmaru.


Pas un resserrement de mâchoire, pas un changement dans son regard.


Son silence n'était pas une absence de réponse.


C'était le refus absolu d'accorder à ces mots la dignité d'exister.


Ce silence-là, Naraku ne l'avait pas tout à fait prévu.


Quelque chose de bref passa dans ses yeux.


Puis il sourit de nouveau, avec une douceur plus froide encore.


La masse noire engloutit totalement Sesshōmaru.


Mayoiga resta immobile.

Tōkijin levée dans sa main.


Naraku la regarda en silence quelques instants, comme s'il voulait lui laisser le temps de comprendre ce qui venait de disparaître.


Puis sa voix s'éleva, basse :


- Tu disais qu'il était plus puissant que ce que l'amas qui me compose pourrait jamais devenir.


Mayoiga mit plusieurs secondes à revenir à lui.

Ses yeux quittèrent enfin l'endroit où Sesshōmaru avait disparu.


- Tu peux l'engloutir.


Sa voix s'accrocha légèrement sur le dernier mot.


- Tu ne seras jamais comme lui. 


Naraku la regarda en silence.

Puis un sourire très mince passa sur ses lèvres.


- Regarde mieux.


Il fit un pas vers elle.


Alors quelque chose changea dans ses yeux.


D'abord presque rien.


Une nuance.


Puis l'obscurité de son regard se fendit, traversée par une lumière étrangère. Le brun recula lentement autour de ses pupilles, laissant apparaître une teinte dorée, froide, claire.


Impossible.


Les yeux de Sesshōmaru la regardaient depuis le visage de Naraku.


Pendant un instant, le monde sembla se retirer autour d'elle..


Mayoiga baissa les yeux. 

Naraku le vit.


Autrefois, elle l'avait regardé depuis une hauteur qu'il n'avait jamais supportée.

Une daiyōkai devant un homme dont elle avait cru pouvoir décider la valeur.


Cette fois, elle n'était pas parvenue à soutenir son regard.


Le sourire de Naraku s'approfondit.

Comme si ce geste minuscule valait davantage que la Perle elle-même.


Il s'approcha et leva la main.


Ses doigts se posèrent sous son menton. Il releva lentement son visage vers lui, sans brutalité.


- Ne détourne pas les yeux.


Mayoiga fixa de nouveau son visage.


Ces yeux dorés la regardaient depuis Naraku.


Elle ne répondit pas.

Sa mâchoire se tendit sous ses doigts.

Puis son regard se durcit.

Elle ne recula pas.

Naraku reprit :


- Tu n'as pas à t'inquiéter pour lui. Sesshōmaru vit encore.


Il laissa le silence s'installer, juste assez longtemps.


- En moi.


Le yōki bleu de Tōkijin s'éleva.

Mais aucune attaque ne vint, la lame restait basse.


Naraku suivit ce frémissement du regard, puis revint à elle.


Autour d'eux, la neige continuait de tomber sur les corps noirs répandus dans ce qu'il restait du village.


Puis derrière Naraku, dans l'épaisseur sombre qui avait englouti Sesshōmaru, une lumière naquit.


Verte.


Faible d'abord.


Presque rien.


Puis plus vive.


Naraku ne la vit pas tout de suite.


Mayoiga, si.


Son regard quitta le visage de Naraku.


La lumière grandissait dans la masse noire. Comme si quelque chose, au cœur même de cette chair agglutinée, venait de s'éveiller.


Les yeux de Naraku changèrent.

La teinte dorée se troubla.

Le brun reparut.


Naraku comprit.

Son sourire disparut.


Il se retourna, et relâcha le visage de Mayoiga sans même s'en rendre compte.


Une fissure verte ouvrit la masse sombre. 

Puis une autre.


La lumière devint aveuglante.


Tout ce qui avait recouvert Sesshōmaru se fendit, brûla, puis tomba en poussière sombre avant même de toucher la neige.


Naraku recula.


Au centre de cette clarté, Sesshōmaru reparut.


Son visage était intact.

Froid.

Son regard glissa vers son côté gauche.


Une lumière verte l'enveloppait en partie. Le tissu de son kimono avait brûlé jusqu'à l'épaule, laissant une peau pâle apparaître sous le yōki.


Puis la clarté se resserra.


Un bras gauche se dessina.


Entier.


Nu.


Les doigts étaient refermés sur une longue lame.


Elle ne ressemblait pas à Tōkijin.


Sa surface portait des motifs anguleux, sombres et nets, qui couraient sur une moitié de l'acier.


Sesshōmaru abaissa légèrement les yeux vers son bras revenu, puis vers l'épée.


Le silence dura à peine.


Assez pour que Naraku comprenne.


Cette lame n'avait pas été forgée pour lui.


Elle n'avait pas été reçue en héritage.


Elle n'avait pas été volée à un autre.


Elle était née de lui.


Sesshōmaru leva Bakusaiga.


Mayoiga fit un pas de côté.


La lame s'abattit.


Une sphère translucide surgit aussitôt devant Naraku.

L'attaque verte la frappa.


Le bouclier ploya.

Des fissures s'ouvrirent à sa surface, plus profondes que celles qu'avait laissées Tōkijin. 

La sphère éclata.


Naraku recula.


Il n'avait pas été atteint.

Mais, pour la première fois, les traits de son visage s'étaient véritablement durcis.


Le miasme violet jaillit autour de lui.


Sesshōmaru avança d'un pas.

Bakusaiga se leva de nouveau.

Mais Naraku disparut dans la brume avant que la lame ne s'abatte une seconde fois.


L'attaque fendit le miasme et traversa ce qu'il restait du village.


Les derniers morceaux de yōkai furent touchés à leur tour. La lumière verte courut de fragment en fragment, les consumant jusqu'à ce qu'aucune masse noire ne remue plus dans la neige.


Puis la neige se défit à son tour. 


Il ne resta bientôt qu'une plaine nue, battue par le vent. 


Quelques herbes basses ployaient dans la terre froide, là où le village avait prétendu exister.


Mayoiga resta immobile, Tōkijin serrée dans sa main.


Sesshōmaru, lui, demeurait debout, Bakusaiga abaissée.


- Il s'est enfui.


Mayoiga acquiesça à peine.

Sesshōmaru ne la regarda pas.


Son attention descendit vers la lame qu'il tenait encore.


Le yōki vert s'était apaisé autour de Bakusaiga, mais la lame demeurait là, entière, silencieuse, comme si elle avait toujours attendu sous sa peau l'instant de paraître.


Son nouveau bras gauche était nu jusqu'à l'épaule. Le tissu brûlé de son kimono pendait en lambeaux autour de sa peau pâle.


Sesshōmaru observa l'épée une seconde de plus.


Aucune surprise n'apparut sur son visage.


Aucune satisfaction non plus.


Il la fit enfin glisser à sa ceinture.


Le geste fut simple.


Mayoiga baissa les yeux vers Tōkijin toujours dans ses mains.


Puis vers Sesshōmaru.


Il avait déjà commencé à marcher.

Il ne regarda pas en arrière.


Mayoiga resta immobile une seconde de plus.


La plaine s'étendait autour d'eux, silencieuse, comme si le village, la neige et les monstres n'avaient été qu'une pensée mauvaise déposée là par Naraku.


Puis elle le suivit. 


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