La dernière disciple d'Inu no Taishō
Chapitre 47 : La prêtresse et le hanyō
2322 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 27/05/2026 15:16
Le pré s'étendait derrière le village, ouvert sous la lumière pâle du matin.
Kirara faisait face à Inuyasha sous sa forme gigantesque, les pattes ancrées dans la terre, ses deux queues fouettant lentement l'air.
Inuyasha serrait Tessaiga à deux mains.
Il ne bougeait pas.
Son regard était fixé non sur Kirara elle-même, mais sur ce qui vibrait entre eux.
Le yōki du félin se déployait comme une chaleur claire et nerveuse. Le sien, plus brut, venait s'y heurter. Là où les deux forces entraient en collision, l'air semblait se fissurer, parcouru de lignes instables.
Lui seul les voyait : les failles.
Ces ouvertures fragiles où le vent pouvait être tranché.
Ses doigts se resserrèrent autour de la garde.
Il savait où frapper.
- Allez...
Sa voix resta basse, tendue entre ses dents.
Inuyasha leva brusquement Tessaiga.
- Kaze no-
Il s'interrompit.
La lame resta suspendue dans l'air.
Puis le vent retomba.
Un peu plus loin, près de la barrière de bois qui bordait le pré, Kagome et Sango observaient l'entraînement en silence.
Kagome avait les avant-bras appuyés sur la traverse. À côté d'elle, Sango gardait les yeux fixés sur Kirara.
- Il progresse, dit doucement Kagome.
Sango hocha la tête.
- Oui.
Un léger sourire passa sur ses lèvres.
- Dire qu'il y a encore quelques semaines, il arrivait à peine à soulever Tessaiga correctement.
Kagome suivait le mouvement de la lame du regard, quand une présence traversa le bord du pré.
Inuyasha se figea. Le vent mourut autour de Tessaiga. Kirara tourna aussitôt la tête vers les arbres.
À l'ombre des cèdres, une silhouette venait d'apparaître.
Kikyō avançait lentement dans l'herbe, les shinidamachū glissant derrière elle.
Inuyasha abaissa son épée.
- Kikyō...
La prêtresse s'arrêta à quelques pas d'eux. Son regard passa d'abord sur Inuyasha, puis sur Tessaiga encore dans sa main. Enfin, ses yeux vinrent se poser sur Kagome.
Inuyasha serra la garde de son arme.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je suis venue chercher les fragments de la Perle.
Inuyasha fit un pas en avant.
- Hein ? Tu débarques ici et tu nous demandes juste de te les donner ?
Kikyō tourna les yeux vers lui.
- Oui.
- C'est hors de question.
Il planta Tessaiga dans la terre devant lui.
- Si Naraku apprend que tu les portes, il viendra te les prendre !
- Je sais.
- Alors pourquoi tu-
- J'ai vu Naraku.
Même Inuyasha se tut.
- Il possède déjà presque toute la Perle, poursuivit Kikyō. Il ne tardera plus à venir chercher ce qui lui manque.
La main de Kagome se referma malgré elle sur le pendentif.
- Vous en êtes sûre ?
- Oui.
Inuyasha serra les dents.
- Alors c'est encore plus stupide ! S'il sent les fragments sur toi, il viendra directement t'attaquer !
- Et si vous les gardez, c'est vous qu'il prendra pour cible.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Tu n'es pas en mesure de l'affronter, Inuyasha.
- Qu'est-ce que tu en sais ?!
- Sa puissance n'est plus celle que vous avez affrontée jusqu'ici.
Elle marqua une courte pause.
- S'il vient maintenant, il vous tuera.
Kagome sentit un froid lui traverser la poitrine.
- Il existe un moyen de mettre fin à ce que la Perle engendre, poursuivit Kikyō.
- Mettre fin... à la Perle ?
- À la souffrance qu'elle propage. Cette quête a assez duré. Elle a lié trop de vies au désir de la posséder. Si je veux l'arrêter, j'ai besoin des fragments que vous portez.
Inuyasha fit un pas vers elle.
- Que comptes-tu faire exactement ?
Kikyō ne répondit pas.
- Tu ne vas rien nous dire ?
Il secoua la tête, la voix montant d'un cran.
- Non. Non, tu ne vas pas encore faire ça toute seule. Pas cette fois.
- Inuyasha-
- Ferme-la !
Sa voix éclata avec une brutalité qui trahissait moins la colère que la peur.
- Tu viens ici, tu nous sors une histoire de fin du monde, et tu veux repartir seule avec les fragments sans même nous dire où tu vas. Comme si ta vie ne comptait pas !
Kikyō le regarda sans répondre.
- Je viens avec toi.
- Non.
- Tu crois vraiment que je vais te laisser-
- J'ai besoin que tu me fasses confiance.
- Arrête !
Il arracha Tessaiga du sol.
- Tu me demandes de te faire confiance mais tu ne me dis rien ! Comment je suis censé-
- Inuyasha.
La voix de Sango tomba sur lui, calme et nette.
Il se retourna.
Sango n'avait pas bougé de la barrière. Elle regardait Kikyō, le visage fermé.
- Elle a l'air de savoir ce qu'elle fait.
Inuyasha la fixa.
- Toi aussi tu es de son côté ?
Sango tourna enfin les yeux vers lui.
- Naraku a pris mon village. Mon père. Mon petit frère... Et pendant tout ce temps, j'ai cru que ce serait à nous de tout régler.
Elle marqua une courte pause.
- Mais Kikyō-sama a peut-être une chance que nous n'aurons pas.
Inuyasha ouvrit la bouche.
- Si elle peut mettre fin à ce que la Perle engendre, reprit Sango, à ce que Naraku a fait de nos vies, alors l'en empêcher serait une erreur.
Le silence qui suivit fut d'un autre poids que les précédents.
Kagome n'avait pas bougé.
Sa main se referma sur le pendentif.
Puis elle le détacha.
- Kagome !
La voix d'Inuyasha claqua dans le pré.
Il fut devant elle en un instant.
Sa main se referma sur son poignet avant qu'elle puisse avancer.
- Ne fais pas ça.
Sa voix était basse, trop basse.
Kagome releva les yeux vers lui.
- Inuyasha.
- Non.
Ses doigts se resserrèrent malgré lui.
- Tu ne lui donneras pas.
Kagome sentit la pression autour de son poignet. Elle ne lui faisait pas mal, mais le geste était trop fort, trop brusque.
- Lâche-moi.
- Tu ne peux pas faire ça, Kagome !
Il tourna les yeux vers Kikyō.
Son regard était chargé d'une colère nue, presque sauvage.
- Et toi, arrête de la regarder comme ça.
Kikyō demeura immobile.
- Elle a fait son choix.
- Non.
Inuyasha fit un pas de côté, se plaçant entre Kagome et elle.
- Tu choisis pour tout le monde. Tu arrives ici, tu parles de Naraku, de la Perle, de la fin de tout ça, et tu crois qu'on va juste te laisser partir ?
Sa main libre se crispa autour de la garde de Tessaiga.
- Si tu veux ces fragments, il faudra me passer dessus.
Le silence se tendit brutalement.
Kirara gronda.
Kagome fixa Inuyasha, le souffle court.
- Inuyasha...
- Je ne plaisante pas.
Il ne quittait pas Kikyō des yeux.
La prêtresse le regarda longuement.
Son visage ne changea pas.
Le yōki d'Inuyasha frémit autour de lui.
- Essaie donc de venir les prendre.
Le mot tomba, plus proche d'une menace que d'un défi.
Kagome pâlit.
Ce n'était pas une colère ordinaire. Ce n'était même pas seulement contre Kikyō.
C'était la peur qui parlait à travers lui, la peur ancienne de la voir disparaître encore une fois et de ne rien pouvoir faire.
Elle baissa les yeux vers la main qui tenait toujours son poignet.
Puis sa voix sortit, douce et ferme :
- Osuwari.
Inuyasha s'écrasa brutalement dans la terre.
Le choc fit trembler l'herbe autour de lui.
- Kagome ?!
Sa voix était plus blessée que furieuse.
Kagome resta immobile une seconde, le pendentif serré contre elle.
Elle tremblait légèrement maintenant.
Mais elle ne recula pas.
- Pardon.
Le mot fut à peine audible.
Puis elle contourna Inuyasha et s'avança vers Kikyō.
Sango ne l'arrêta pas.
Kikyō regarda Kagome approcher.
Quelque chose passa dans son expression. La reconnaissance silencieuse de deux femmes liées à la même âme, au même homme, au même désastre, et séparées par tout ce que la mort avait changé.
Kagome s'arrêta devant elle.
- Je ne sais pas ce que vous allez faire.
Kikyō ne répondit pas.
- Mais revenez.
Elle tendit les fragments.
Le contact de leurs doigts fut bref.
Le pré entier sembla retenir son souffle.
Kikyō referma la main sur la Perle.
- Merci.
Kagome baissa légèrement les yeux, sans répondre.
Kikyō se détourna.
Les shinidamachū glissèrent autour d'elle.
Derrière elle, Inuyasha se redressa lentement.
De la terre collait à son haori, à ses cheveux, à ses mains.
Il ne regarda pas Kagome.
Pas tout de suite.
Ses yeux restaient fixés sur Kikyō.
- Kikyō !
Elle s'arrêta, sans se retourner.
Inuyasha serra les poings.
- Ne laisse pas Naraku te toucher !
Kikyō demeura immobile un instant.
Puis elle reprit sa marche, sans un mot.
La verdure se referma derrière elle.
Inuyasha ne bougea pas.
Il regardait l'endroit où elle avait disparu, les mâchoires serrées.
Kagome posa les yeux sur lui.
Elle ne dit rien.
---
Kikyō avançait seule entre les bambous.
Les hautes tiges se resserraient autour d'elle, pâles et droites dans la lumière froide.
Elle ne ralentit pas.
Les fragments, enveloppés dans un morceau de tissu, étaient glissés dans un pli de son haori, contre sa taille.
Derrière elle, une présence familière traversa soudain les bambous.
- Kikyō !
Elle s'arrêta.
Inuyasha surgit entre les tiges, le souffle court. Il s'immobilisa à quelques pas d'elle.
- Je ne peux pas te laisser partir.
Sa voix était dure, mais trop instable pour n'être que de la colère.
Kikyō tourna lentement la tête vers lui.
Il la regardait avec cette violence maladroite qu'elle lui connaissait. Les poings serrés, les épaules tendues.
- Je t'ai dit de ne pas me suivre.
- Ouais. Et je t'ai déjà dit que je m'en fichais.
Il avança d'un pas.
- Accepte au moins que je te protège.
- Non.
La réponse fut immédiate.
Inuyasha serra les dents.
- Pourquoi ?
Kikyō resta silencieuse.
- Pourquoi tu refuses toujours ? Tu crois vraiment que ça me fait rien de te voir partir comme ça ?
Sa voix monta, se brisa presque.
- Tu prends les fragments, tu pars seule, et tu veux que je reste derrière comme si je pouvais juste attendre que Naraku te trouve ?
Elle ne répondit pas.
Il avança encore.
- Tu ne comprends pas ce que ça me fait.
Kikyō le regarda sans bouger.
- Je t'ai déjà perdue une fois, dit-il plus bas. Je ne veux pas que ça recommence.
Un silence passa.
Les shinidamachū flottaient immobiles entre les tiges.
Inuyasha fit un dernier pas.
- J'ai besoin de toi.
La phrase tomba plus bas que les autres.
Kikyō ne détourna pas les yeux.
- Inuyasha...
Il tendit la main vers elle, puis l'attira contre lui.
Le geste fut brusque.
Ses bras se refermèrent autour d'elle comme s'il craignait qu'elle disparaisse avant qu'il ait fini de parler.
Kikyō ne résista pas.
Elle demeura contre lui, droite, presque figée. Son visage resta près de son épaule, ses yeux ouverts sur les bambous derrière lui.
- Tu sais ce que ça me fait, et tu pars quand même.
Kikyō ne répondit pas.
Mais son regard changea.
Ces phrases ne lui appartenaient pas.
Inuyasha aurait crié. Il aurait insisté. Il aurait essayé de la retenir par colère, par peur, par entêtement.
Mais, il n'aurait pas fait de sa douleur une dette.
Tout, jusqu'à la chaleur de ce corps, imitait l'homme qu'elle aimait.
Mais la main qui glissa vers sa taille n'avait rien de son hésitation.
Kikyō ne bougea pas.
Elle laissa les doigts trouver le tissu dissimulé dans le pli de son haori.
Elle laissa les fragments disparaître.
Alors seulement elle parla, sans bouger, toujours près de son épaule :
- Je ne t'attendais pas si vite, Naraku.
Les bras autour d'elle se figèrent.
Puis l'homme recula d'un pas.
Son visage resta le même encore un instant, le même regard doré, les mêmes cheveux blancs. Puis un sourire glissa sur ses lèvres. Trop calme. Trop satisfait.
Kikyō ne détourna pas les yeux.
- Inuyasha n'aurait pas parlé ainsi.
Le sourire de l'homme s'élargit légèrement, comme si la réponse l'amusait davantage qu'elle ne le contrariait.
- Et pourtant, tu m'as laissé approcher.
Les cheveux blancs noircirent.
Le haori rouge se dissipa dans une brume violette.
Naraku se tenait devant elle, enveloppé dans sa fourrure blanche, les fragments refermés dans sa main.
Ce n'était pas sa forme entière. Une incarnation, un leurre. Mais son regard, lui, était bien le sien.
- Partir seule avec une telle part de la Perle était imprudent, Kikyō.
- Je savais que tu viendrais les prendre.
Un bref silence passa.
Naraku l'observa.
- Tu m'as laissé faire.
- Oui.
Kikyō resta droite, impassible.
- Après tout, personne n'a besoin de la Perle autant que toi.
Le sourire de Naraku se figea presque imperceptiblement.
- Tu crois donc me comprendre.
- En partie, oui.
Naraku sourit de nouveau, mais quelque chose dans ses yeux s'était assombri.
Le miasme commença à se refermer autour de lui.
- Tu continues de me sous-estimer, Kikyō.
La brume violette l'engloutit.
Pendant un instant encore, ses yeux demeurèrent visibles dans le miasme.
Puis ils disparurent.
Il ne resta plus que le froissement des bambous.
Kikyō baissa légèrement les yeux vers le pli vide de son haori.
Son visage ne changea pas.
Les fragments n'étaient plus là.
Et pourtant, elle reprit sa marche.