Indiana Jones et la lance du destin
Sumatra était une île située exactement à l’est de Java, elle était principalement composée d’une centaine de volcans dont le plus grand, le Toba, s’étendait sur plus de trois cent kilomètres. Il y avait également des forets humides et marécageuses. Indiana et Sophia avaient atteint le petit village de Jambi après avoir accosté à Banda Lampung grâce aux bons services d’un habitant dévoué et courageux. Par chance, la présence japonaise se faisait bien rare dans ce coin.
- Sumatra est magnifique, mais dangereuse, dit Indy.
- Dangereux à quel point ?
- Je dirai juste que c’est loin d’être l’endroit idéal pour des vacances.
- Alors détends-toi, nous ne sommes pas en vacances. Où sont les japonais ?
- La plupart doit être regroupée à Palembang, il n’y a rien à craindre part ici, à part les voleurs.
- Sumatra s’appelait bien Cuvijaya avant non ?
- Oui, c’était un foyer du bouddhisme, avant que l’Islam ne vienne changer la donne. Ce territoire a appartenu aux portugais, aux hollandais de la compagnie des indes orientale et finalement aux anglais.
- Ça en fait du mouvement.
- Et ce n’est sûrement pas fini.
- C’est étrange, je ne me souviens de rien ici.
- Tu est déjà venue ?
- Avec mon père, j’étais très jeune, il était venu pour affaires, la seule chose que j’ai retenu de ce pays c’est…
Son regard se perdit au loin.
- Ça.
Indy suivit son regard et vit une rangée d’idoles sur un étalage de bois. Ils s’approchèrent, le vendeur, un chinois, se mit à genoux en les voyant.
- Non non, relevez-vous, dit Indy en chinois.
L’homme obéit, Indy demanda :
- C’est vous qui les avez fabriquées ?
Le chinois répondit affirmativement.
- D’où vous est venue l’idée de ce modèle ?
Il raconta qu’il avait trouvé l’idole originale un matin en allant se promener parmi les volcans, dans son regard il aurait vu la beauté divine et suprême, et depuis, il fabrique ces copies.
- Vous avez toujours l’original ?
L’homme répondit négativement cette fois, mais il dit où il se trouvait, Indy le remercia sincèrement en lui donnant de l’argent, beaucoup d’argent.
- Ça c’est très bien Indy.
- Je ne savais pas quoi en faire de toutes façons.
Ils allèrent à quelques rues de là. Tout le village était chinois mais les habitants étaient de toutes origines. Ils entrèrent dans la boutique indiquée, elle était tenue par un chinois âgé.
- Bonjour, dit le vieil homme dans un anglais surprenant, que désirez-vous ?
- Nous venons de la part de Ying-Faw, au sujet d’une idole.
- Vous venez l’acheter ?
- Oui.
- Elle n’est pas à vendre.
- J’en offre cent cinquante mille roupies.
- Cent cinquante mille ? Non. Deux cent cinquante.
- Cent vingt.
- Deux cent dix.
- Quatre cent.
- Deux cent pour rien !
- Ah ! Marché conclu.
- Mais…zut ! D’accord emportez-là ! Mais vous me le paierez !
- C’est déjà fait, tenez. Au revoir.
- A quoi va nous servir cette idole au juste ?
- Je ne sais pas encore, mais je vais bien le découvrir.
- Eh étranger !
Ils se retournèrent et virent le vieil homme avec trois autres hommes, bien plus jeunes.
- Je crois que vous avez quelque chose qui m’appartient.
- Serais-je devenu sourd ?
- Non, mais ça ne tardera pas si vous ne me rendez pas l’idole.
- Le marché est conclu monsieur, il est trop tard pour revenir dessus.
- Très bien, si vous insistez. Shunico !
Les trois hommes lui bondirent dessus pour le plaquer au sol, Indy jeta l’idole à Sophia.
- Va-t’en avec !
Indy reçut un coup de poing, il ne pouvait pas se battre tant il était retenu, une voiture arriva alors dans la ruelle, des japonais armés en sortirent. Les chinois prirent la fuite, Sophia fut ramenée. Indy se releva.
- Je me rends, dit-il en levant les bras.
Un japonais avança vers lui et lui donna un coup de poing en plein visage.
Quand il émergea, il vit qu’il était attaché à une chaise au milieu du noir. Seul une lumière au-dessus de lui l’éclairait. Une voix féminine parla.
- Vous êtes enfin réveillé.
Indy nota un accent chinois à cette douce voix américaine.
- Je ne savais pas que vous parliez la langue de vos ennemis.
- Les vieilles traditions.
- Où est la fille ?
- Pas loin, elle vous attend. Que venez-vous faire à Sumatra ?
- Vous n’êtes pas des japonais, sinon vous sauriez déjà la réponse à cette question et nous serions entre les mains des allemands.
- Vous êtes perspicace. Vous ne mourrez pas aujourd’hui.
- Qui êtes-vous ?
- Cela remonte à loin Indy, peut être trop pour que tu te souvienne de moi.
La femme entra dans la lumière. Elle était plutôt mince mais bien proportionnée, ses cheveux bruns courts étaient assemblés en catogan et ses yeux bridés bleus reflétaient un océan de beauté.
- Mei Ying !
- Touché.
- Qu’est ce que tu deviens ?
- J’essaye de survivre comme tu peux le voir.
- Tu es toujours dans les services secrets chinois ?
- Officiellement il n’y a plus de services secrets chinois, mais officieusement…
- Que fais-tu au juste ?
- J’espionne l’ennemi et je rends compte de ses mouvements à mes supérieurs.
- Mais il n’y a pas de japonais ici.
- Ça c’est ce que tu crois, ils sont partout, eux aussi ont des espions, et de plus, il y a des allemands aussi, qui t’apprécient beaucoup d’après ce que j’ai apprise.
- Je n’y peux rien si j’ai du succès. Dit-moi, ça te dérangerai de me libérer ?
- Tu n’as pas dit le mot magique.
- S’il te plaît ?
- Bien.
Elle le libéra de ses liens, et le gifla.
- Eh ! Ce n’était pas nécessaire !
- Pour compenser cette fois où tu m’a gentiment abandonnée sans laisser de traces.
- Il y a d’autres manières.
- Je suppose que tu cherche un nouveau trésor inestimable ?
- Je cherche surtout mon père, il est avec les nazis.
- Ils sont tous regroupés aux Molluques, les japs sont aux petits soins pour eux.
- Ils ont bougé récemment ?
- Non, ils viennent juste d’arriver.
- Tant mieux, ce sera plus simple.
- Plus simple pour quoi ?
Indy montra l’idole.
- Tu a déjà vu une de ces choses ?
Elle prit l’idole et la regarda de plus près.
- Oui, il y en a partout sur l’île, et même partout en Indonésie. La plupart sont au pied des volcans. La plus importante fouille a eue lieu en 1928 à Céram près du mont Hinalla.
- Aux Molluques, ce qui explique que les autres soient là-bas. Il me faut un bateau.
- Tu compte affronter toute l’armée d’occupation à toi tout seul ?
- Je ne t’interdis pas de m’aider.
- Je n’ai pas le droit d’interférer avec l’ennemi.
- Dommage.
La porte au fond de la pièce s’ouvrit à la volée, Sophia fit irruption, furieuse. Elle se dirigea vers Mei Ying.
- Vous ! Ne me retenez jamais plus de cette façon c’est compris ?
- Écoutez je suis désolée si…
- Je me moque de vos excuses, je veux sortir d’ici !
- Bien sûr, tout de suite. La porte est là-bas, dit elle en la montrant.
Sophia sortit immédiatement.
- Tu sais toujours choisir tes partenaires à ce que je vois.
- Tu était bien pareille.
- Je le suis toujours. Allez sors maintenant, avant qu’elle ne nous pique encore une crise.
- Et pour le bateau ?
- Je ferai le nécessaire, rends-toi au port dès ce soir.
- Merci.
- Je ne te demanderai qu’une chose en retour pour cela.
- Je t’écoute.
Elle l’embrassa. Il se laissa faire. Jusqu’à voir que Sophia l’observait, avec rage. Alors il la repoussa.
- Merci Mei Ying c’était… au revoir.
Il sortit, elle rit.
Dès qu’il fut dehors il reçut une gifle des plus magistrale.
- Indiana Jones ! Comment as-tu pu oser me faire cela ?
- Excuse-moi je…
Elle le gifla de nouveau.
- J’ai cru à tes belles paroles comme une gentille petite fille, alors qu’en réalité ce n’était que du vent.
- C’est faux je…
Elle leva la main à nouveau, Mei Ying apparut, Sophia se ravisa.
- Tout va bien ?
- Oui nous…nous mettions juste les choses au point.
- Ah. Tiens Indy, tu avais oublié ceci.
Elle lui jeta l’idole dans ses mains.
- Merci.
- Bonne route jusqu’à Céram, et bonne nuit.
- Au revoir Mei Ying.
Ils s’éloignèrent.
- Quel poison celle-là.
- Sophia, il n’y a pas de quoi être jalouse, c’est juste une vieille connaissance rien de plus.
- Rien de plus ? Elle t’a draguée plus vite que moi !
Il éclata de rire et prit sa main dans la sienne pour l’emmener tranquillement vers le port.