Indiana Jones et la lance du destin
- Je me demande encore comment nous avons pu passer, dit Sophia.
- Les japonais regardent les voitures pas ceux qui sont à l’intérieur, nous avons eu de la chance.
Les rues de Shanghai étaient aussi désertes que celles de Hong Kong.
- Où se trouve le port ?
- A l’autre bout de la ville, prions pour ne pas rencontrer d’autres…
Il freina brusquement, un homme traversait la route, il fut jeté contre le pare-choc. Indiana quitta le véhicule pour voir ce qu’il en était. C’était un jeune chinois d’une vingtaine d’années, à peine adulte.
- Ça va aller ? Demanda Indy en chinois.
Le jeune homme rouvrit les yeux et le fixa comme pour le dévisager.
- Docteur Jones ? Fit-il.
- Hein ?
- Docteur Jones !
Indy reconnut soudain son mystérieux interlocuteur et son visage passa de la confusion à une immense joie.
- Demi-Lune !
Ils se prirent immédiatement dans les bras.
- Indy, mon ami ! Je suis tellement heureux !
Il les emmena dans sa cachette qui était elle aussi située dans une ruelle, mais sous le sol, dans les égouts plus précisément. Il avait aménagé un petit coin « confortable » avec des objets et des meubles divers qu’il avait du récupérer en surface.
- C’est ici que tu vis ?
- Oui, ici je suis en sécurité, personne ne vient jamais.
- Ça ne t’ennuie pas d’être seul ?
- Je suis seul depuis que tu es parti, il y a dix ans. J’ai été obligé de me remettre à voler pour survivre et de me cacher, plus d’une fois j’ai failli aller en prison ou être tué.
- Je t’avais proposé de rentrer avec moi en Amérique, pourquoi as-tu refusé ?
- Je suis plus utile ici, je connais tout le monde, je les aide. En Amérique on m’aurait considéré comme un étranger, et j’aurais eu peur.
- Mais maintenant tu a aussi peur ici en fin de compte.
- Si j’avais su que la guerre éclaterait jusqu’ici, je serais parti avec toi. Où est Willie au fait ?
- Elle va bien, elle vit dans son élément : la fortune et la gloire.
- Comme toi.
- Comment as-tu survécu pendant tout ce temps ?
- Ça a été difficile Indy, très difficile, guerre était partout, japonais tuaient tout le monde, plus de nourriture, chaque matin Demi-lune devait aller pêcher en évitant de se faire tuer par les japonais. Je vivais caché au Club Obi-Wan avec d’autres familles.
- Le club existe encore ?
- Non, un incendie l’a ravagé en 1938. Nous étions bien dedans, jusqu’à ce qu’il y ai une rafle. Alors je suis allé ici, c’est devenu mon refuge. Je retourne quand même là-haut pour trouver à manger, c’est ce que je faisais tout à l’heure.
- Tu a eu de la chance petit.
- J’ai vu tellement de morts, des amis à moi, des enfants.
- Ce sera bientôt fini.
- C’est trop tard, il ne reste rien, tout est détruit.
- Le pays sera reconstruit. Il y a d’autres chinois qui sont cachés, quand la guerre sera finie ils sortiront et ils rebâtiront tout.
- Je les aiderai. Avec Demi-Lune, travail sera fini plus vite.
- Je n’en doute pas. Tu a vu d’autres étrangers dans le coin récemment ?
- Des hommes en uniformes, comme ceux que je voyais au cinéma.
- Quand les as-tu vu ?
- Hier, ils sont arrivés sur grand bateau, Lin Fu.
- Tu peux nous mener jusqu’à lui ?
- Pas tout de suite, patrouilles grouillent dans rues à cette heure là, attendre.
- Je suis content de te revoir mon gars.
- Tu m’a manqué Indy, tu es parti si longtemps !
- Je sais, je suis désolé.
- Tu partira encore après ?
- Oui, je suis obligé.
- Je sais que c’est pour le bien de tout le monde, tout ce que je veux c’est que tu revienne encore.
- Je reviendrai, je te le promet.
- Reste aussi longtemps que tu pourra, tu es comme chez toi.
- Pas exactement.
- Regarde, j’ai toujours la casquette que tu m’avais donnée.
- Celle de Lou Gehrig hein ? Garde la précieusement.
- Pas de problèmes !
Indy joua avec Demi-Lune pendant au moins une heure, il l’aida ensuite à préparer à manger en lui apprenant quelques techniques de cuisine. Ils se régalèrent. Il alla ensuite voir Sophia.
- Ça va ?
- Oui, tu t’amuse bien ?
- Je suis si content de le retrouver.
- Où l’as-tu trouvé ?
- Il me faisait les poches la première fois que je suis venu à Shanghai, pour lui éviter des ennuis, et parce que j’avais besoin de quelqu’un, je l’ai engagé à mon service, pour une affaire qui a mal tournée d’ailleurs. C’était il y a dix ans, en 1935.
- Je suis étonnée de voir la façon dont tu te comporte avec les enfants.
- C’est parce que j’en suis un moi-même et que je veux toujours le rester.
- C’est une belle façon de penser, c’est vrai qu’en grandissant nous changeons et oublions tout ce que nous étions, il faut rester ce que l’on a été et non ce que l’on est devenu. Tu n’a jamais voulu avoir de enfants ?
- Plus d’une fois, mais avant je dois trouver la madame Jones qui me convaincra de ranger mon chapeau et mon fouet au placard pour mener une vie convenable à New-York.
Elle l’embrassa.
- Convaincu ?
- Mes amours ne durent jamais très longtemps.
- Combien de temps a duré le plus grand ?
- Deux ans.
- Je ferai mieux.
A la nuit tombée, Demi-Lune les mena jusqu’au port en passant par les égouts afin d’éviter qu’ils soient capturés par les patrouilles. Le port était encore en activité bien qu’il n’y avait pas le moindre bateau hormis un qui était énorme, vieux et rouillé, il portait sur la coque, le nom de « Lin Fu » .
- Le voilà, fit Demi-Lune en le montrant du doigt.
- Ca grouille de japonais, dit Indy, mais je ne vois aucun allemand.
- Si, dit Sophia, regarde sur le pont du bateau.
Il y en avait une dizaine.
- Ou tu va maintenant Indy ? Demanda Demi-Lune.
- Nous devons aller à bord pour récupérer ce que nous sommes venus chercher, ensuite nous reviendrons.
- Je viens avec toi.
- Non, c’est trop dangereux.
- Non Indy, je vais là où tu va, tu ne te souviens pas ?
- Si mais les règles du jeu ont changées Demi-Lune. Attends-nous ici, nous reviendrons dans vingt minutes.
- D’accord. Bonne chance.
Indy ébouriffa les cheveux du jeune homme et fit signe à Sophia de le suivre, Demi-Lune se dit pour lui-même : « Demi-Lune en a marre de rester tout seul ».
Indy et Sophia se faufilèrent de caisses en caisses jusqu’à n’être qu’à quelques mètres du navire.
- La voie est libre, fit Sophia.
Elle avança mais Indy la retint.
Un groupe de nazis s’avançait vers le bateau, mené par Valonius. Sa démarche raide et saccadée faisait pitié aux yeux d’Indy. Il s’arrêta devant un officier chinois descendu du pont pour le saluer.
- Tout est en place ? Demanda Valonius en allemand.
- Nous sommes prêts à appareiller monsieur, répondit l’officier en chinois.
- Partons sans perdre de temps, Stratner sera furieux si il me voit sans l’objet qu’il désire. Vous mettrez le cap sur Xian dès que tout le monde sera à bord.
- Le chemin du fleuve est plutôt étroit. Il faudra du temps…
- Nous devons être au temple demain, sinon, je doute que vous revoyez ce port où quelque autre que ce soit, suis-je bien clair ?
- Oui monsieur.
L’officier inclina respectueusement la tête et remonta à bord, Valonius se tourna vers ses hommes.
- Je veux un homme à chaque coin du navire, amenez-moi le moindre intrus c’est compris ?
- Ja Untersturmfuhrer !
- En avant.
Ils montèrent tous à leur tour.
- Maintenant on peut y aller, dit Indy.
Le déclic d’une arme se fit entendre, Indy se retourna lentement.
Deux japonais les avaient mis en joue.
- Allez, ça recommence.
L’un d’eux ordonna qu’ils avancent vers le bateau.
- Ça va.
Ils avancèrent, mais à peine quelques pas plus tard, Indy se retourna pour frapper le japonais derrière lui, l’autre prit la fuite pour aller donner l’alerte. Indy continua de frapper son soldat à trois endroits différents, le mettant k.o pour un long moment.
Il était trop tard pour rattraper l’autre. Quelqu’un bondit alors d’un tas de caisses pour le plaquer contre le sol et le marteler de coups de poing, Demi-Lune. Indy courut vers lui.
- Ça ira, laisse-le.
Indy l’écarta du soldat qu’il acheva alors d’un coup de poing au visage.
- Qui t’a appris à te battre comme ça ?
- C’est toi Indy.
- C’est très mal. Mais tu nous a sauvé la mise, nous avons une dette envers toi.
- Je veux partir avec toi.
- D’accord. Quand nous serons revenu.
- Tu promet ?
- Je promet.
- Je t’attends alors.
- D’accord, ne fais rien d’insensé surtout.
Ils se faufilèrent jusqu’au bateau et montèrent. Dès que les soldats détournèrent le regard, ils allèrent se faufiler derrière les caisses de cargaison.
- On va dans la cabine de Valonius, on prend le manuscrit et on saute à l’eau.
- D’accord, mais je crains de te porter malheur Indy.
- Pourquoi ça ?
- Tu sais ce qu’on dit, une femme à bord…
- Superstition.
- Justement, les superstitions ont tendance à devenir réalité chez toi.
La cheminée du navire cracha de la vapeur, les moteurs se mirent en marche.
- Oh non !
- Allons vite chercher ce fichu manuscrit et fichons le camp !
- Trop tard…
La passerelle fut remontée, le bateau avançait lentement.
- Partons d’ici Indy !
- Nous devons trouver les ossements.
Indy vit Demi-Lune au loin, parmi les caisses sur le port, il le fixait en pleurant.
- Pardonne-moi petit.
- Nous ferions mieux de nous cacher avant d’être repéré.
A peine eut-elle dit cela qu’ils furent encerclés par des nazis braquant leurs mitraillettes.
- Ce ne sera pas nécessaire, dit Indy en levant les bras.