Le Dernier Cercle
Cela faisait une semaine que les gardes de l'hôtel Hazbin tournaient selon le même horaire. Il était à peine 15h30 quand Madeleine sortit de sa chambre, reposée, prête à prendre la relève de Marcus qui avait tenu la nuit entière. Elle s'apprêtait à descendre les escaliers quand la porte d'Arsène s'ouvrit au bout du couloir. Il s'arrêta en la voyant. Pas un mot, pas un geste, juste ce regard plat qui ne laissait rien filtrer. Une semaine que Madeleine se cognait à ce mur-là. Une semaine qu'elle continuait quand même, parce qu'elle était faite comme ça et qu'elle ne savait pas faire autrement. Arsène commença à s'éloigner, mais Madeleine l'appela.
MADELEINE
(avec douceur)
« Arsène... »
Il se tourna lentement vers elle, silencieux.
MADELEINE
(hésitante)
« Qu'est-ce que tu fais ce soir ? »
ARSÈNE
(indifférent)
« Qu'est-ce que ça peut te faire ? »
La réponse était sèche, comme d'habitude. Madeleine baissa les yeux. Elle savait qu'il parlait toujours comme ça, que c'était sa façon d'être, mais ça lui faisait quelque chose quand même, un pincement qu'elle ne s'expliquait pas tout à fait et qu'elle s'était arrêtée d'essayer d'analyser. Arsène dut voir quelque chose sur son visage, parce qu'il répondit plus posément.
ARSÈNE
(neutre)
« J'ai mon tour de garde à l'hôtel Hazbin jusqu'à minuit. »
MADELEINE
(espérant un peu)
« Et après ? »
ARSÈNE
(avec lassitude)
« Rien. »
Il s'apprêtait à repartir. Madeleine prit son courage à deux mains.
MADELEINE
(avec détermination)
« Attends ! J'aimerais... J'aimerais t'inviter à sortir. »
Il la regarda, et pour une fois, son impassibilité vacilla une seconde, pas grand-chose, juste assez pour qu'on le remarque.
ARSÈNE
(incrédule)
« Quoi ? »
MADELEINE
(avec un sourire timide)
« Je n'ai pas eu l'occasion de te remercier pour nous avoir sauvées, Emilly et moi. »
ARSÈNE
(avec froideur)
« T'as pas besoin de me remercier. »
MADELEINE
(insistante)
« Mais j'en ai envie. S'il te plaît, laisse-moi te remercier. »
Arsène ne répondit pas tout de suite. Son regard alla quelque part en lui, loin de ce couloir, loin d'elle, et mit un moment à revenir.
ARSÈNE
(résigné)
« Je vais y réfléchir. »
Il se tourna pour partir. Madeleine, le cœur battant un peu trop vite, posa une dernière question.
MADELEINE
(avec un sourire doux)
« C'est promis ? »
ARSÈNE
(ferme)
« J'ai qu'une parole. »
Il repartit sans rien ajouter. Madeleine le regarda s'éloigner, un sourire léger aux lèvres, plus satisfait que ce qu'elle aurait voulu admettre.
Arsène descendit dans la rue et prit son temps en direction de l'hôtel Hazbin. Cinq minutes de retard, peut-être. En courant, il aurait pu rattraper ça, mais quelque chose en lui refusait de s'y résoudre. Il n'avait jamais aimé les tours de garde ici. La naïveté de Charlie était touchante dans le sens où une chose inutile peut être touchante, mais elle lui tapait sur les nerfs dans la même mesure. Il avançait dans Pentagram City, laissant l'odeur de mort et les bruits de l'Enfer l'envelopper comme quelque chose de familier, presque rassurant, pendant que son esprit tournait autour d'une question qui n'aurait pas dû se poser. Pourquoi il avait dit oui à Madeleine, au juste ? Elle avait été douce avec lui ces derniers jours, et lui n'était pas fait pour la douceur, c'était une denrée qui finissait toujours par coûter quelque chose. Il savait que ça finirait mal. Il savait même pourquoi. Ce qui l'embêtait, c'est qu'il commençait à s'en soucier malgré lui.
Il arriva devant l'hôtel Hazbin et s'arrêta net. Ginger faisait le poirier sur le trottoir, en équilibre parfait, avec l'air de quelqu'un qui n'a jamais entendu parler de la gravité.
ARSÈNE
(exaspéré)
« T'es jamais fatiguée de faire la conne, toi ? »
GINGER
(joyeuse)
« Hey ! Salut, Arsène ! »
Elle se redressa d'un bond et lui lança une pique avec le sourire.
GINGER
(sarcastique, taquine)
« T'es en retard de presque cinq minutes ! »
Arsène entra dans l'hôtel sans lui accorder plus d'attention. Ginger lui cria dans le dos.
GINGER
(sur un ton exagérément dramatique)
« Ok j'ai compris ! Bonne chance pour la suite, monsieur sourire ! »
Dans le hall, Charlie, Vaggie, Cherry Bomb, Angel Dust et Niffty étaient autour d'une table de jeu de société. Arsène ne s'y attarda pas une seconde et se dirigea droit vers le bar, où Husk l'accueillit avec le regard fatigué d'un homme qui a tout vu.
HUSK
(sans enthousiasme)
« Whisky ? »
Arsène ne répondit rien. Husk haussa les épaules.
HUSK
(blasé)
« Je prends ça pour un oui. »
Il posa le verre. Arsène l'avala d'un coup. Charlie, qui avait levé les yeux de la table au bon moment, se leva et s'avança vers lui avec son sourire perpétuel, le genre de sourire qui résistait à tout.
CHARLIE
(joyeuse)
« Salut, Arsène ! »
ARSÈNE
(avec désinvolture)
« Princesse. »
CHARLIE
(souriante)
« Tu peux m'appeler Charlie, tu sais. »
Arsène ne répondit rien. Il jeta un coup d'œil vers la table avec l'air de quelqu'un qui évalue un prix pour s'en aller au plus vite. Charlie prit ça pour de l'indifférence et continua.
CHARLIE
(avec insouciance)
« On est en train de jouer à un jeu de société pour passer le temps. »
ARSÈNE
(cynique)
« Super ! Vous avez l'air de vous éclater. »
Depuis la table, Cherry Bomb leva l'œil de son téléphone avec une expression de martyr.
CHERRY BOMB
(blasée)
« T'as pas idée. »
CHARLIE
(joyeuse)
« Je suis ravie que ça te plaise, parce qu'il reste une place à la table ! »
Arsène éclata d'un rire mi-amusé, mi-cynique.
ARSÈNE
(sarcastique)
« J'ai aucune envie de jouer. Et d'ailleurs, personne à la table n'a envie de jouer non plus. Angel est ivre, Cherry est rivée sur son téléphone, Niffty est complètement larguée, et Vaggie est là juste pour soutenir sa précieuse petite amie. »
Vaggie se raidit. Elle avait tenu deux minutes avant de craquer.
VAGGIE
(énervée, sarcastique)
« Et toi, tu sais faire autre chose que râler et picoler à longueur de temps ? »
ARSÈNE
(moqueur)
« J'sais aussi arracher des membres et t'envoyer te faire foutre, c'est comme tu préfères. »
CHARLIE
(doucement)
« Ok, pas besoin de s'énerver. »
Vaggie ne lâcha pas l'affaire.
VAGGIE
(en colère)
« Peut-être que les autres agents de terrain ne sont pas aussi sympas que Ginger, mais au moins, ils sont pas aussi cons que toi ! Ils ont tous réussi à collaborer, sauf toi, espèce de connard ! »
Arsène ne bougea pas d'un poil.
ARSÈNE
(glacial)
« Je suis pas là pour me faire des potes. Je suis là pour faire mon boulot. Et rien ne m'oblige à être sympa. »
VAGGIE
(sarcastique, provocante)
« Et y'a quelque chose qui t'oblige à être un connard et un psychopathe en permanence ? »
CHARLIE
(suppliante)
« Vaggie... »
Un rire glacial sortit d'Arsène, le genre qui prend toute la pièce et ne laisse pas de place pour autre chose. Le hall se figea. Arsène finit son verre, sourire intact, et se leva.
ARSÈNE
(sinistre)
« C'est drôle de se faire traiter de psychopathe par une ancienne exorciste. »
La remarque atterrit exactement là où il voulait qu'elle atterrisse. Vaggie se figea, quelque chose de vieux et de douloureux traversant son visage, la trace d'une vie d'avant qu'elle gardait enfouie et qu'il venait d'exhumer d'un mot. Arsène le vit. Il continua, parce que c'était sa nature et qu'il ne savait pas s'arrêter là.
ARSÈNE
(taquin, provocateur)
« Je l'ai compris à l'instant où j'ai senti ton odeur. Ni humaine, ni démone... Alors, c'est comment, de savoir que tu as peut-être autant de sang sur les mains que moi ? »
CHARLIE
(autoritaire, désespérée)
« STOP ! »
Charlie s'avança. Elle n'était pas du genre à crier, mais là, elle était à deux doigts, la frustration débordant malgré tous ses efforts pour la contenir.
CHARLIE
(furieuse)
« T'as pas envie d'être là, je l'ai bien compris, mais t'es pas obligé de jeter de l'huile sur le feu à tout bout de champ ! »
Arsène ne dit rien. Charlie tira sur sa propre patience comme sur une laisse trop courte.
CHARLIE
(avec insistance)
« La situation est difficile pour tout le monde, mais ça te coûte quoi d'arrêter de chercher la merde en permanence ? »
ANGEL DUST
(sarcastique)
« Ce serait plus facile si Arsène arrêtait d'être aussi... »
CHERRY BOMB
(complétant, moqueuse)
« Con, cynique, colérique... »
ANGEL DUST
(avec un sourire)
« Ouais, quelque chose comme ça. »
NIFFTY
(enthousiaste)
« Moi, j'adore son côté bad boy ! »
Vaggie se retourna vers Niffty, les dents serrées.
VAGGIE
(autoritaire)
« N'y pense même pas à ça, Niffty. »
Arsène posa un billet sur le bar et sortit sa flasque d'argent sans prêter attention au reste de la pièce.
ARSÈNE
(impassible)
« Remplis-la. »
Husk croisa les bras, une lueur dubitative dans les yeux.
HUSK
(soupçonneux)
« Tu crois pas que t'exagères un peu sur la boisson, là ? »
ARSÈNE
(agacé)
« Et qu'est-ce que ça peut bien te foutre ? J'ai payé, de toute façon. »
Husk hésita, puis prit la flasque et la remplit. Arsène la rangea dans sa veste, entama sa ronde à travers l'hôtel, et laissa le silence se refermer derrière lui. Arsène parti, le groupe resta une seconde dans le vide qu'il avait laissé. Cherry Bomb fut la première à le briser.
CHERRY BOMB
(perplexe)
« C'est quoi son problème, sérieux ? »
ANGEL DUST
(fatigué)
« Laisse tomber, d'après Ginger, il est toujours comme ça. »
Charlie regardait encore la porte. Elle avait du mal à lâcher ce qu'elle venait de voir, pas la violence des mots, mais quelque chose derrière, une fissure minuscule dans la façade, quelque chose qu'elle n'arrivait pas à nommer.
CHARLIE
(confuse)
« D'accord, mais pourquoi est-il toujours aussi difficile ? »
VAGGIE
(sarcastique)
« Il a peut-être toujours été comme ça. Regarde Adam, il a toujours été un trou du cul, depuis aussi loin que je le connaissais. »
Niffty pencha la tête, perdue.
NIFFTY
(intriguée)
« Qui ? »
ANGEL DUST
(moqueur)
« Le connard que t'as saigné pendant la dernière exterùination. »
NIFFTY
(avec un ton de surprise)
« Ooooh ! »
CHARLIE
(optimiste)
« Il y a sûrement quelque chose à faire pour l'encourager à s'ouvrir un peu plus, non ? »
VAGGIE
(affectueuse)
« Mon cœur, j'aime que tu essaies toujours de voir le bien en chacun, mais là... je pense qu'il n'y a rien à sauver chez ce type. »
HUSK
(avec scepticisme)
« J'en suis pas si sûr. »
Charlie se tourna vers lui.
CHARLIE
(interrogative)
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
HUSK
(pensif)
« Le soir où on l'a rencontré, il aurait pu nous tuer, moi, Angel et Cherry Bomb. Mais au lieu de ça, il est parti sans demander son reste. »
ANGEL DUST
(cynique)
« Ouais, mais rappelle-toi, Arsène a dit lui-même qu'il nous trouvait trop pathétiques pour nous tuer. »
HUSK
(insistant)
« C'est vrai, mais il boit tout le temps. Et d'après Ginger, il picole autant, voire plus, au Dernier Cercle. »
CHERRY BOMB
(dubitative)
« Je vois ce que tu veux dire, mais j'ai un sérieux doute. Un mec qui se fait appeler le démon de la meute et qui invoque des loups d'ombre pour étriper des gars par plaisir, ça m'évoque pas vraiment le genre de personne qui, au fond, est pas si mauvais. »
VAGGIE
(sévère)
« Sans oublier qu'il a défoncé la porte et qu'il a failli tous nous tuer dans cette pièce rien que le mois dernier. »
Charlie n'avait pas l'air convaincue pour autant. Elle tournait quelque chose dans sa tête, quelque chose que les autres semblaient incapables de voir ou que peut-être elle seule avait envie de voir.
CHARLIE
(prudente)
« Peut-être que vous avez raison... peut-être qu'il n'est rien de plus que le démon de la meute dont tout le monde parle. Mais je ne peux pas m'empêcher de ressentir quelque chose de... je ne sais pas, quelque chose de plus que ce qu'il montre. »
ANGEL DUST
(sarcastique)
« Ouais, je pense que t'as raison. Derrière son caractère de dépuceleur d'anus, il doit collectionner des peluches de gentils toutous tout mignons. »
CHARLIE
(hésitante)
« Tu penses vraiment ? »
ANGEL DUST
(tranchant)
« PUTAIN NON ! C'est un tueur. Un vrai. »
VAGGIE
(affirmative)
« Il a raison. Je doute qu'il y ait quoi que ce soit de plus à dire. »
De l'autre côté de la porte, Arsène avait tout entendu. Chaque mot, chaque intonation, captés par des sens que l'Enfer avait rendus trop précis pour le confort. D'ordinaire, ce que les gens pensaient de lui lui glissait dessus comme l'eau, il s'en foutait par principe, par habitude, parce que ça n'avait aucune importance réelle dans le genre de vie qu'il menait. Ces mots le renvoyèrent des décénies en arrière, à une époque où tout était bien plus compliqué, mais il avait quitté cette vie il y a bien longtemps. Mais là, quelque chose avait accroché. Une piqûre sourde qu'il ne savait pas où placer. Il repartit dans les couloirs sans chercher à comprendre pourquoi.
Il tourna en rond pendant des heures. L'hôtel était vide et sans intérêt, comme toujours, et chaque recoin qu'il inspectait ne lui renvoyait que ses propres pensées en écho. Il croisa Alastor en chemin, le démon de la radio, sourire inébranlable, attitude de quelqu'un à qui les règles normales de la conversation ne s'appliquaient pas.
ALASTOR
(avec enthousiasme)
« Bien le bonjour, Arsène ! »
Arsène continua à marcher. Alastor le suivit.
ALASTOR
(avec un sourire malicieux)
« Tu sais, je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter ton petit échange avec les occupants de l'hôtel. Ne tiens pas compte de ce qu'ils pensent. Ils ne comprennent pas des êtres aussi puissants que toi... ou moi. »
Arsène ralentit et se retourna, le regard dur.
ARSÈNE
(sarcastique)
« T'es en train d'essayer de me flatter ? »
ALASTOR
(avec amusement)
« Te flatter ? Non, non. Je ne fais que donner des faits, voyons. »
ARSÈNE
(agacé)
« Qu'est-ce que tu veux, Alastor ? »
ALASTOR
(taquin)
« Ah, j'aime ton côté direct. Je me demandais simplement... pourquoi un démon aussi puissant que toi s'abaisse-t-il à obéir à Claris ? »
Arsène s'arrêta. Il se retourna. Son regard dit ce que sa voix ne disait pas encore.
ARSÈNE
(froidement)
« Tu sais pourquoi... Elle me paie pour massacrer, et non seulement j'aime ça, mais en plus je suis le meilleur dans ce domaine. »
ALASTOR
(avec sérieux)
« Tu peux mentir aux autres, mais pas à moi. Si ton seul intérêt était l'argent, tu aurais pu te vendre à un tas d'autres démons. »
Arsène sentit le terrain glissant sous ses pieds, Alastor était du genre à savoir exactement où appuyer, et il répondit avec le seul outil qu'il utilisait quand il ne voulait pas donner prise : le mépris.
ARSÈNE
(avec sarcasme)
« Où veux-tu en venir ? »
ALASTOR
(avec un sourire en coin)
« Tu sais très bien où je veux en venir. »
ARSÈNE
(avec mépris)
« Pense ce que tu veux, Alastor. J'en ai rien à branler. »
Il se détourna.
ARSÈNE
(avec une pointe d'ironie)
« Ma garde touche à sa fin. La prochaine fois que tu veux parler, trouve-toi un ami. »
Alastor le regarda partir, amusé, sans insister davantage. Ce n'était pas nécessaire. Il avait planté ce qu'il voulait planter. Quand Arsène revint dans le hall quelques heures plus tard, Charlie et Vaggie étaient déjà reparties. Il ne restait qu'Angel Dust et Cherry Bomb au comptoir, et Lobo qui attendait pour prendre sa relève. Arsène le salua d'un signe de tête.
ARSÈNE
(froid)
« Lobo. »
LOBO
(tout aussi froid)
« Arsène, t'as une sale mine. »
ARSÈNE
(avec sarcasme)
« Tu t'es regardé, du con ? »
Lobo grommela quelque chose en réponse, ce qui, venant de lui, passait pour de la conversation. Pendant ce temps, Cherry Bomb se plaignait bruyamment derrière eux.
CHERRY BOMB
(avec lassitude)
« Cette journée a été chiante à en crever une deuxième fois ! »
Elle se tourna vers Angel.
CHERRY BOMB
(légèrement agacée)
« Et toi, Angel, qu'est-ce que tu comptes faire de ta soirée ? »
ANGEL DUST
(fatigué)
« J'en sais rien... J'avoue que cette journée était particulièrement chiante. »
Il marqua une pause.
ANGEL DUST
(avec un brin d'intérêt)
« Tu serais partante pour une sortie en club ? »
CHERRY BOMB
(taquine)
« Ha, tu sais bien que oui. »
Elle se tourna vers Husk.
CHERRY BOMB
(enthousiaste)
« Eh, Husk ! Ça te branche de sortir avec nous ? »
Husk avait l'air d'un homme qui venait de voir son week-end partir à la poubelle.
HUSK
(blasé)
« Nan, pas envie ce soir. J'aimerais me coucher tôt. »
CHERRY BOMB
(insistante)
« Allez, tu vas pas te coucher si tôt, sérieux. C'est le week-end ! »
ANGEL DUST
(calme)
« Laisse tomber, Cherry. S'il veut pas, c'est pas grave. »
À cet instant, Arsène passa devant eux en direction de la sortie. Cherry Bomb se redressa sur son tabouret, l'œil qui s'allumait.
CHERRY BOMB
(excitée)
« Attends ! J'ai une putain d'idée ! »
Elle se leva, et l'approcha, levant le bras vers le démon lupin.
CHERRY BOMB
(avec un grand sourire)
« Arsène ! Ça te brancherait pas de venir picoler avec nous ? »
Arsène s'arrêta net. Il se retourna, les yeux plats.
ARSÈNE
(avec cynisme)
« T'es sérieuse là ? T'es vraiment en train de m'inviter à sortir ? »
ANGEL DUST
(étonné)
« T'as pété un câble ou quoi ? »
CHERRY BOMB
(amusée)
« Bah ouais, pourquoi pas ? T'as pas arrêté de picoler toute la journée, qu'est-ce que ça change pour toi ? »
Arsène sourit malgré lui. Cette journée avait décidément quelque chose de bizarre, d'abord Madeleine, maintenant Cherry Bomb. Il ne savait pas si c'était le signe de quelque chose ou juste une coïncidence sans intérêt.
ARSÈNE
(ironique, pensif)
« Qu'est-ce qu'ils ont tous aujourd'hui ? »
ANGEL DUST
(confus)
« De quoi tu parles ? »
ARSÈNE
(évasif)
« Rien... Vous devez être givrés pour m'inviter. »
Un silence. Puis Arsène haussa les épaules, petit mouvement résigné de quelqu'un qui s'est déjà perdu dans une décision avant même de la prendre.
ARSÈNE
(indifférent)
« Bon, c'est pas comme si j'avais mieux à faire de toute façon. »
HUSK
(peu convaincu)
« Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée. »
CHERRY BOMB
(taquine)
« Pour un alcoolique, t'es quand même bien rabat-joie. »
ANGEL DUST
(avec un soupir)
« J'suis d'accord avec Husk, ça pue les emmerdes. »
CHERRY BOMB
(décontractée)
« De quoi t'as peur ? On sera avec Arsène, si ça dérape, il gèrera. »
Angel croisa les bras, l'air de quelqu'un qui commence à regretter ses choix.
ANGEL DUST
(inquiet)
« C'est justement ça qui m'inquiète. »
LOBO
(froid)
« De toute façon, Arsène est déjà parti. »
Cherry Bomb se retourna. Effectivement, Arsène avait quitté l'entrée sans qu'ils le voient partir. Elle se mit à courir.
CHERRY BOMB
(énervée)
« Eh, Arsène ! Attends-moi ! »
Husk soupira et se tourna vers Angel.
HUSK
(blasé)
« Et toi, tu comptes faire quoi maintenant ? »
Angel grommela quelque chose d'inaudible, se leva à contrecœur, et se lança à la poursuite de Cherry. Il n'était pas question pour lui de la laisser seule avec Arsène, il ignorait ce qui était le plus dangereux dans cette phrase. Dans la rue, Arsène entendit les pas presser derrière lui. Il ne se retourna pas, mais le coin de sa bouche bougea un peu.
ARSÈNE
(ironique)
« Ah, quand même, j'ai bien cru que j'allais picoler tout seul. »
Angel et Cherry le rattrapèrent. Ils marchèrent jusqu'à ce qu'une enseigne lumineuse s'impose dans le champ de vision d'Arsène. Il s'arrêta. Leva les yeux. « Abstinence ». Il laissa passer quelques secondes, juste assez pour que le mot fasse ce qu'il avait à faire.
ARSÈNE
(avec cynisme)
« C'est un sex club ou quoi ? »
CHERRY BOMB
(taquine)
« Pourquoi ? Ça te gêne ? »
ARSÈNE
(las)
« Charmant... »
Il entra. Angel suivit, les épaules rentrées, avec l'air d'un type qui monte dans une voiture sans savoir où elle va.
ANGEL DUST
(agacé)
« Un bar aurait suffi, tu sais. »
CHERRY BOMB
(moqueuse)
« Ouais, mais tu sais comment je suis quand je picole. »
Arsène alla droit au bar. Angel et Cherry s'installèrent à ses côtés.
ANGEL DUST
(avec sarcasme)
« T'as pas de temps à perdre, toi. »
Cherry Bomb sourit de nouveau, se tournant vers le barman, parlant d'une voix assurée.
CHERRY BOMB
(enjouée)
« Trois shots de tequila ! »
Arsène ricana.
ARSÈNE
(défiant)
« Je savais que t'étais aussi mauvaise en boisson qu'au combat. »
Cherry Bomb éclata de rire, le genre de rire qui ne demande pas la permission et qui s'en fout de déranger.
CHERRY BOMB
(jubilante)
« Oh, peut-être que tu devrais nous montrer comment boit le fameux démon de la meute. »
Au mot « démon de la meute », le bar perdit quelques décibels. Des têtes se tournèrent, des regards glissèrent vers lui avec cette peur précise, animale, que les gens gardent pour les choses qui peuvent les tuer sans raison. Arsène ne cilla pas. Il sourit en coin, comme si leur peur était une chose banale qu'il ramassait partout où il passait.
ARSÈNE
(décontracté)
« Regarde bien. »
Il posa un billet sur le comptoir.
ARSÈNE
(impérieux)
« Si tu vois leur shooter vide, tu remplis jusqu'à ce que l'un de ces deux-là... »
(Il désigna Angel et Cherry du doigt.)
« ... tombe raide mort. »
Le barman obéit sans poser de questions. Il sortit trois shooters et les remplit de tequila. Angel regarda ça avec l'inquiétude de quelqu'un qui sait qu'il est sur le point de faire quelque chose de stupide.
ANGEL DUST
(avec hésitation)
« C'est sûrement pas une bonne idée... »
ARSÈNE
(taquin)
« Si tu veux fuir, vas-y, personne t'en empêche. »
Angel resta. Il ne pouvait pas se résoudre à laisser Cherry seule avec Arsène, instinct de protection, mauvaise conscience, les deux peut-être. Il leva son shooter et but.
ARSÈNE
(avec un sourire satisfait)
« Eh bien, voilà ! »
CHERRY BOMB
(encourageante)
« Détends-toi, Angel. Entre l'hôtel et le studio, tu te fais déjà suffisamment de souci. Là, t'as une putain d'occasion de relâcher la pression, alors arrête de te prendre la tête. »
Angel serra son verre un peu trop fort, les yeux rivés sur le comptoir. Cherry avait raison et il le savait, ce qui ne rendait pas la chose plus facile à avaler.
ANGEL DUST
(nerveux)
« Comment tu veux que je me détende ? On est en train de boire des shoots avec un des démons les plus tarés de l'enfer, et ici, c'est pas peu dire. »
Arsène les écoutait sans les regarder, le coude sur le bar, la flasque entre les doigts. Il laissa la phrase d'Angel finir de résonner avant de se retourner vers lui, avec le sourire de quelqu'un qui vient de trouver exactement où appuyer.
ARSÈNE
(railleur)
« T'as pas fini de chialer ? Sans déconner, pourquoi Valentino se fait chier avec une pleureuse pareille ? »
La remarque atterrit comme une gifle. Angel sentit la chaleur lui monter au visage, pas de la honte, de la rage, la rage froide de quelqu'un à qui on vient de toucher quelque chose qu'il gardait pour lui.
ANGEL DUST
(irrité)
« Va te faire foutre, Arsène. »
CHERRY BOMB
(agacée)
« Ça suffit ! »
Elle jeta un regard à Arsène, les deux mains à plat sur le comptoir, avec l'autorité tranquille de quelqu'un qui n'a pas l'habitude qu'on lui résiste.
CHERRY BOMB
(franche)
« Je suis pas sortie pour me prendre la tête avec vos histoires à deux balles. Juste pour me détendre un peu. Pourquoi vous vous prenez la tête ?! Putain on est déjà en enfer bande de trou de balle ! »
Arsène la regarda une seconde, quelque chose dans son expression qui ressemblait presque à du respect.
ARSÈNE
(amusé)
« Au moins, tu sais pourquoi t'es là. Moi, j'sais toujours pas pourquoi. »
Angel posa son verre, les yeux sur Arsène, cherchant quelque chose dans ce visage qui ne donnait jamais rien.
ANGEL DUST
(perplexe)
« Moi non plus, je vois pas pourquoi je suis ici... encore moins avec toi. Personne ne sait rien de toi, de toute façon. »
Cherry Bomb se redressa sur son tabouret, l'œil qui sembla soudain s'illuminer de malice, avec le sourire de quelqu'un qui vient d'avoir une idée dont tout le monde va souffrir.
CHERRY BOMB
(avec enthousiasme)
« Oooooh ! J'ai une idée ! On a qu'à apprendre à mieux se connaître ! »
Arsène la regarda avec la méfiance d'un animal qui vient d'entendre un bruit qu'il ne reconnaît pas.
ARSÈNE
(sceptique)
« J'ai pas spécialement envie de parler de moi. »
CHERRY BOMB
(insistante)
« Puisque le barman va remplir nos shooters, on peut en profiter pour jouer à un jeu. »
ANGEL DUST
(soupçonneux)
« À quel genre de jeu tu penses ? »
CHERRY BOMB
(enthousiaste)
« Quelqu'un doit deviner quelque chose sur l'un de nous. Si c'est vrai, celui qu'on vise boit. Si c'est faux, c'est celui qui a posé la question qui boit. »
Cherry attrapa les trois shooters que le barman venait de remplir et les fit glisser le long du comptoir avec une précision nonchalante, un vers Arsène, un vers Angel, le dernier qu'elle garda devant elle avec le sourire de quelqu'un qui vient d'installer les règles d'un jeu qu'elle a bien l'intention de gagner.
ANGEL DUST
(sarcastique)
« T'es sérieuse ? C'est quoi ce jeu débile ? Et depuis quand t'es psychologue, toi ? »
Cherry haussa les épaules, pas du tout offensée.
CHERRY BOMB
(amicale)
« J'aime pas avoir à jouer ce rôle, mais vous êtes tellement casse-burnes que j'ai pas vraiment le choix. »
Arsène regarda son shooter, puis Cherry, puis Angel, avec l'expression de quelqu'un qui se demande sérieusement comment il en est arrivé là.
ARSÈNE
(fermé)
« J'ai rarement entendu une connerie pareille. Et je bosse avec Ginger, alors c'est pas peu dire. »
CHERRY BOMB
(taquine)
« Allez, je commence. Tu peux invoquer des loups. »
Arsène la fixa, une seconde de silence, comme s'il évaluait si la question méritait une réponse.
ARSÈNE
(sarcastique)
« T'as trouvé ça toute seule ? »
CHERRY BOMB
(joueuse)
« Tant que c'est vrai, tu bois. »
Arsène hésita une seconde, puis but. Quelque chose dans ce jeu idiot l'avait quand même accroché, peut-être l'absence de pression, peut-être juste l'alcool.
CHERRY BOMB
(enthousiaste)
« À toi ! »
Arsène se tourna vers Angel Dust, le dévisageant avec le calme de quelqu'un qui n'a pas besoin de chercher ses mots.
ARSÈNE
(décontracté)
« T'es acteur porno. »
Angel soupira, résigné, et but. Puis se retourna vers Arsène avec un sourire en coin.
ANGEL DUST
(provocateur)
« T'as étripé plus d'un millier de personnes depuis ton arrivée en enfer. »
Arsène but sans broncher, l'air vaguement amusé. Il n'avait même pas besoin de compter, il avait tellement tué depuis son arrivée en enfer qu'il avait perdu le compte depuis bien longtemps. Cherry Bomb se retourna vers Angel, un sourire mauvais aux lèvres.
CHERRY BOMB
(taquine)
« T'as essayé toutes les drogues disponibles en enfer. »
ANGEL DUST
(agacé)
« T'es de quel côté, toi ? »
Cherry prit une expression d'innocence qui ne convainquait personne.
CHERRY BOMB
(faussement désolée)
« Sans rancune, Angie. »
Angel but son verre en soupirant. Arsène observa la scène, puis se tourna d'abord vers Cherry Bomb, ensuite vers Angel.
ARSÈNE
(sérieux)
« T'utilises des explosifs faits maison. »
(Il se tourna ensuite vers Angel Dust.)
« Et toi, tu peux faire sortir deux bras supplémentaires. »
ANGEL DUST
(étonné)
« Comment tu sais ? »
ARSÈNE
(neutre)
« T'es un démon arachnoforme. Même les plus mauvais peuvent faire ça. »
Ils burent tous les deux sans protester. Angel posa son verre, l'air de quelqu'un qui commence à trouver Arsène plus intéressant qu'il n'aurait voulu l'admettre, et réfléchit un instant avant de relancer.
ANGEL DUST
(fronçant les sourcils)
« Si je suis ta logique... t'as un odorat sur-développé, pas vrai ? »
Arsène esquissa un sourire et but à nouveau. Cherry Bomb pencha la tête, l'œil plissés, cherchant jusqu'où elle pouvait pousser.
CHERRY BOMB
(curieuse)
« T'as d'autres super pouvoirs ? »
ARSÈNE
(froid)
« Peut-être. »
Cherry Bomb laissa passer le silence une seconde, puis reprit avec le sourire de quelqu'un qui a décidé de changer de tactique.
CHERRY BOMB
(souriante)
« C'est à mon tour. Tu sais conduire une moto. »
ARSÈNE
(interrogatif)
« Ouaip... comment t'as deviné ça toi ? »
CHERRY BOMB
(décontractée)
« C'est un classique pour un bad boy. »
Angel leva son shooter, pas convaincu pour un sou.
ANGEL DUST
(sarcastique)
« Je trouve ça limite cliché, perso. »
Arsène haussa les épaules, le genre de geste qui ferme une discussion parce qu'il n'a rien à prouver.
ARSÈNE
(sincère)
« Rien ne vaut une bonne moto pour partir en mission. »
Il but, puis laissa le silence s'installer une seconde. Son regard glissa de Cherry à Angel avec quelque chose de calculé, la bouche qui se tordait déjà avant de parler.
ARSÈNE
(taquin)
« Toi, Cherry, t'as mangé de la viande y a moins de quatre heures. Et toi, Angel, t'as baisé avec cinq mecs aujourd'hui. »
Cherry et Angel se regardèrent, pris de court, puis demandèrent en même temps.
CHERRY BOMB
(perplexe)
« Sérieux ? »
ANGEL DUST
(étonné)
« Ouah ! Comment t'as su ? »
Arsène fit tourner son shooter entre ses doigts sans se presser.
ARSÈNE
(calme)
« Cherry, ton haleine sent le porc infernal. Un classique en enfer. »
(Il se tourna vers Angel.)
« Quant à toi, t'as l'odeur de cinq paumards sur toi. T'as beau avoir pris une douche, t'as oublié de te laver les cheveux. »
Angel le dévisagea, la bouche entrouverte, ne sachant pas s'il devait être impressionné ou terrifié.
ANGEL DUST
(fasciné)
« Putain, un odorat pareil, c'est balèze. »
Cherry Bomb se pencha vers lui, son œil unique pétillant d'intérêt.
CHERRY BOMB
(taquine)
« T'arrives à trouver des truffes avec un nez pareil ? »
Arsène la fixa un instant, puis laissa échapper un petit rire. Presque un souffle du nez.
ARSÈNE
(amusé)
« Si seulement... »
Son sourire s'effaça aussi vite qu'il était apparu. Il se tourna vers Angel Dust.
ARSÈNE
(froid)
« C'est ton tour. »
Angel réfléchit, cherchant quelque chose qui pourrait aller là où le jeu n'avait pas encore été. Il prit son shooter, le leva, et quelque chose dans son sourire disait qu'il savait exactement ce qu'il faisait.
ANGEL DUST
(provocateur)
« Arsène, t'as dû te taper des dizaines de femmes depuis ton arrivée en enfer. »
Le silence s'étira. Cherry haussa un sourcil, son œil unique passant d'Angel à Arsène comme si elle regardait un match dont elle ne connaissait pas les règles.
CHERRY BOMB
(amusée)
« La question a le mérite d'être intéressante. »
Arsène ne toucha pas à son shooter. Il fixa Angel un long moment, le visage parfaitement immobile, impossible à lire, puis parla.
ARSÈNE
(calme)
« Bois. »
Angel cligna des yeux, certain d'avoir mal entendu.
ANGEL DUST
(confus)
« Hein ? Quoi ? »
Il finit par boire, sans comprendre. Cherry se pencha en avant, la curiosité en train de lui bouffer toute prudence.
CHERRY BOMB
(curieuse)
« Attends, tu veux dire que ça se compte en centaines ? »
Arsène tourna lentement la tête vers elle.
ARSÈNE
(impassible)
« Bois. »
Cherry et Angel échangèrent un regard, interloqués, le genre de regard qu'on jette quand on vient de comprendre quelque chose et qu'on n'est pas sûr de quoi faire avec. Angel reposa son verre, refusant de lâcher le morceau.
ANGEL DUST
(exaspéré)
« C'est débile. Même moi, j'ai pas baisé un millier de démons. »
Arsène esquiva en se tournant vers Cherry Bomb, comme si la conversation était déjà finie.
ARSÈNE
(neutre)
« Toi, t'étais une punk de ton vivant. »
Angel se pencha par-dessus le comptoir, enfin amusé par la tournure de la conversation.
ANGEL DUST
(déterminé)
« Nan mec ! Tu t'en sortiras pas comme ça, mec. Crache le morceau. Combien de personnes t'as baisé ? »
Arsène l'observa un long moment, parfaitement détendu, le shooter immobile entre ses doigts, sans la moindre gêne sur le visage.
ARSÈNE
(sobre)
« Si tu tiens vraiment à le savoir... aucune. J'ai jamais baisé qui que ce soit. »
Angel et Cherry restèrent bouche bée. Ce n'était pas ce qu'ils attendaient, pas de la part du démon de la meute, pas de la part de quelqu'un qui se promenait dans l'Enfer comme s'il en était propriétaire.
ANGEL DUST
(choqué)
« Quoi ?! »
CHERRY BOMB
(stupéfaite)
« Attends, sérieusement ? »
Angel cherchait la faille, le sourire en coin qui trahirait la blague, mais il n'y avait rien, juste Arsène, aussi calme que s'il venait d'annoncer qu'il préférait le whisky à la vodka.
ANGEL DUST
(avec insistance)
« J'te crois pas une seule putain de seconde ! Même les Overlords baisent jusqu'à plus soif ! »
ARSÈNE
(calme)
« Je suis le démon de la meute. Coucher avec quelqu'un, c'est tout en bas de ma liste des priorités. »
CHERRY BOMB
(interloquée)
« Pourtant, en enfer, c'est quasiment un incontournable. »
Angel se redressa, un sourire immense sur le visage, le genre de sourire qui annonce une réplique qu'il savoure déjà.
ANGEL DUST
(taquin)
« J'trouve ça ironique que le démon de la meute n'ait jamais vu le loup ! »
Arsène rigola, un rire franc, inattendu, qui surprit les deux autres autant qu'il se surprit lui-même.
ARSÈNE
(amusé)
« Honnêtement, on me l'avait jamais faite celle-là. »
CHERRY BOMB
(sérieuse)
« Mais pourquoi, sérieusement ? »
Arsène prit son temps. Son regard alla se poser quelque part entre son verre et le bord du comptoir, quelque part où il n'avait pas besoin de regarder quelqu'un en face.
ARSÈNE
(avec sincérité)
« Pour être honnête, j'ai jamais compris ce genre de plaisirs. Pour moi, le plaisir, ça se résume à la chasse et aux massacres. »
Angel prit son air de séducteur professionnel et se pencha légèrement.
ANGEL DUST
(séducteur, taquin)
« J'pourrais t'apprendre d'autres plaisirs si tu veux, beau gosse. »
ARSÈNE
(avec un sourire)
« J'te dirais bien d'aller te faire foutre, mais j'pense que ça te ferait trop plaisir. »
Cherry et Angel éclatèrent de rire. Cherry se retourna vers Arsène, sourire en coin.
CHERRY BOMB
(taquine)
« C'est ton tour de jouer. »
Arsène but son shooter d'un trait et regarda le barman sévèrement quand celui-ci mit trop de temps à remplir. Arsène le remarqua, il se tourna vers lui, un air sadique aux lèvres.
ARSÈNE
(moqueur)
« Tu ralentis. »
Il se retourna vers Cherry Bomb, le regard direct.
ARSÈNE
(sérieux, mais provocateur)
« T'en as rien à foutre de la rédemption de l'hôtel. T'es là juste pour passer le temps avec tes potes. »
Cherry fronça le sourcil, prise de court. Arsène pointa Angel Dust.
ARSÈNE
(impassible)
« Et toi, t'essaies juste d'échapper à ton contrat avec Valentino par cette rédemption mais tu n'y crois pas plus que ça. »
Ils burent, mais quelque chose avait changé dans l'air. Arsène se tourna vers Angel.
ARSÈNE
(avec gravité)
« Tu veux un conseil ? »
Angel sentit le changement de ton avant de l'entendre, et ça ne lui plut pas du tout.
ANGEL DUST
(sarcastique, irrité)
« Pourquoi t'es si sérieux tout d'un coup ? »
Arsène ne releva pas la question. Il parla comme on pose un couteau sur une table.
ARSÈNE
(froid, direct)
« Honnêtement, j'vois pas l'intérêt d'aspirer à une quelconque rédemption surtout pour un looser tel que toi. »
Cherry grimaça, le genre de grimace instinctive qu'on fait quand on voit quelqu'un se prendre un coup.
CHERRY BOMB
(légèrement réprobatrice)
« C'est un peu brutal. »
Arsène ne lui accorda pas un regard. Il continuait, les yeux sur Angel, sans ralentir.
ARSÈNE
(déterminé)
« C'est de ton vivant qu'il fallait mériter une place au paradis. Pas une fois condamné à la damnation éternelle comme une merde étalée sur le trottoir. »
Cherry posa son verre, son œil unique passant d'Arsène à Angel, mesurant les dégâts en temps réel.
CHERRY BOMB
(tentant de calmer le jeu)
« Eh, là, tu vas un peu trop loin, mec. »
Angel se leva d'un coup. Il riait, mais ses poings étaient serrés et ce rire-là ne ressemblait pas à de la joie, c'était le rire de quelqu'un qui ne sait plus quoi faire d'autre avec ce qu'il ressent.
ANGEL DUST
(rigolant)
« AHAHAHA ! Putain, t'es vraiment un connard ! »
Cherry se redressa, l'instinct protecteur en alerte, cherchant déjà comment rattraper ce qui était en train de casser.
CHERRY BOMB
(soucieuse)
« Angel... »
Il ne l'entendit pas. Quelque chose avait lâché en lui et les mots sortaient avec trop de force pour qu'il les retienne.
ANGEL DUST
(s'emportant pour de bon)
« J'peux pas croire que j'ai pensé que t'étais pas si mal pendant deux foutues minutes ! »
Cherry posa une main sur son bras.
CHERRY BOMB
(implorante)
« Calme-toi, Angie. C'est rien. »
Mais Angel ne l'écoutait plus. Quelque chose avait définitivement lâché en lui, une digue, un verrou, et ce qui sortait portait trop de poids pour s'arrêter là.
ANGEL DUST
(en colère, blessé)
« Ça te va bien de dire ça, Arsène ! Toi t'es le grand démon de la meute ! Craint et respecté par l'enfer tout entier ! Tu sais pas ce que ça fait de vouloir changer, tu sais pas ce que c'est de vouloir laisser derrière toi toutes tes putains de conneries ! »
CHERRY BOMB
(tentative de pacification)
« Angie, s'il te plaît, calme-toi... »
Arsène ne répondit pas par une provocation. Il laissa Angel finir, le regarda comme s'il reconnaissait quelque chose dans ce qu'il venait d'entendre, quelque chose qu'il portait lui aussi, enfoui sous des couches de violence et d'indifférence soigneusement entretenues, et dit :
ARSÈNE
(d'un ton grave, sincère)
« Tu peux me croire, j'comprends plus que tu crois. »
Le silence qui suivit était différent des autres. Angel et Cherry le sentirent tous les deux sans pouvoir le nommer. Arsène n'avait pas bougé, mais quelque chose dans sa façon de tenir le verre, de regarder devant lui sans voir le bar ni les gens ni rien, donnait l'impression que quelqu'un venait d'entrer dans une pièce qu'il gardait fermée depuis très longtemps.
Arsène finit son shooter d'un seul trait, posa son verre sur le comptoir avec un bruit sourd, et regarda Angel et Cherry avec un sourire qui avait quelque chose de plus fatigué que d'habitude.
ARSÈNE
(ironique, mais avec une pointe de réflexion)
« Enfin, Claris dirait de ne jamais dire jamais. Qui sait ? Après tout, t'as l'éternité pour me montrer que j'ai tort. »
Il se leva, posa un billet sur le comptoir, fit signe au barman de remplir les verres de Cherry et Angel.
ARSÈNE
(amical, mais distant)
« C'est ma tournée. Profitez-en. Moi, j'ai été assez gentil pour aujourd'hui. »
Il prit sa flasque dans sa veste et se dirigea vers la sortie. Avant de franchir la porte, il se retourna.
ARSÈNE
(sincère, mais avec un sourire en coin)
« Dans le fond, vous êtes pas aussi chiants que j'aurais cru. »
Il disparut dans la rue. Cherry et Angel restèrent là, côte à côte, avec leurs verres pleins et ce silence qui ne savait pas trop quoi faire de lui-même. Finalement, Angel esquissa un sourire en coin, malgré lui, presque à son insu.
CHERRY BOMB
(intriguée, secouant légèrement la tête)
« Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? »