Le Dernier Cercle

Chapitre 11 : Lobo

8407 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 22/01/2026 00:23

La chambre de Lobo baignait dans la lueur rougeâtre caractéristique des matinées en enfer, créant une atmosphère oppressante et familière. Rien de remarquable dans cette pièce tout était strictement fonctionnel. Une table de chevet simple supportait une lampe et un réveil mécanique dont les aiguilles pointaient sur 6h50. Un bureau encombré de livres aux reliures disparates, une armoire faisant office de penderie contre un mur, et une télévision moderne surmontant la dernière console de jeu de Voxtech complétaient le décor. Mais ce qui attirait l’œil dans cet espace austère, c'était le miroir brisé, fissuré en mille éclats, chaque intersection de ses fractures marquée par du sang séché, vestige d'une rage ancienne. Lobo se leva de son lit, son corps encore en sous-vêtements révélant une musculature puissante et parfaitement dessinée, sans aucune cicatrice visible. Lobo se leva de son lit, son corps encore en sous-vêtements révélant une musculature puissante et parfaitement dessinée, sans aucune cicatrice visible.Pourtant, le sourire grotesque et permanent qui figeait ses traits trahissait l’horreur qu’il ressentait pour lui-même. D’un geste machinal, il tira le tiroir de sa table de chevet et en sortit ses bandages, un rituel quotidien devenu une nécessité. Il s'avança vers le miroir brisé, contemplant son propre reflet morcelé, chaque morceau de verre renvoyant une version déformée de lui-même. Ce sourire, un rictus déformé s’étirant de manière contre nature sur ses lèvres, le dégoûtait profondément. Il serra les bandages autour de sa bouche, dissimulant cette abomination qu’il préférait oublier, effaçant cette partie de lui-même du monde visible. Le silence lui apportait un réconfort amer, une paix relative qu’il chérissait depuis son arrivée en enfer. Parler le moins possible était devenu son refuge. À cause de ses bandages, il avait hérité du surnom de « démon sans visage » ; quant à son silence obstiné, il lui avait valu celui que lui donnaient ses pairs : « Lobo le taciturne ». Une fois les bandages bien en place, il se détourna du miroir et tira un t-shirt et un pantalon noirs du meuble. Il se dirigea vers son lit et récupéra une dague cachée sous son oreiller, ornée de motifs blancs qui luisaient faiblement dans la pénombre, un éclat typique des armes angéliques. Il vérifia son holster modifié, conçu pour accueillir deux dagues identiques : l’une dissimulée sous l’oreiller, l’autre déjà prête à l’usage.


Lobo enfila la veste de costume noire qui reposait sur le dossier de la chaise, en ajustant les plis avec soin. Il se regarda une dernière fois dans le miroir, son visage caché derrière les bandages, son corps dissimulé sous le tissu sombre de son costume. Dans cette version de lui-même, il trouvait un semblant de réconfort. C’était ainsi qu’il préférait se voir, la seule manière pour lui de supporter son propre reflet. Lobo sortit de sa chambre, refermant la porte derrière lui dans un bruit sourd. Il resta un moment immobile devant celle-ci, le dos appuyé contre le bois, puis sortit son téléphone de sa poche. Ses yeux glissèrent sur l’écran tandis qu’il parcourait rapidement l’emploi du temps des gardes de l’Hôtel Hazbin. Un léger soupir s’échappa de ses lèvres lorsqu’il constata qu’il n’avait aucun tour de garde prévu pour aujourd’hui. Un sentiment mitigé l’envahit, mêlant soulagement et anxiété, il appréciait l’idée d’éviter une confrontation avec les occupants de l’hôtel, mais il savait pertinemment que Claris finirait par lui confier une nouvelle mission. Les affaires étaient florissantes ces derniers temps, et les contrats d’assassinat s’enchaînaient à une vitesse effrénée, c'était comme si les rancunes étaient devenues la monnaie d'échange la plus courante en enfer. « Un contrat par jour, ces derniers temps... » pensa-t-il, le visage caché sous ses bandages se tendant légèrement.Il avait beau ne pas être un grand admirateur de la stratégie de Claris, il était forcé de reconnaître l'efficacité de ses méthodes. En utilisant l’influence de la famille Goetia, elle avait su étendre leur réseau de clients à travers les cercles de l’enfer et proposer leurs services à toutes sortes de démons en quête de vengeance ou de pouvoir. Lobo rangea son téléphone, ses pensées encore focalisées sur la façon dont Claris jouait de son influence avec une précision quasi chirurgicale. « Un coup de maître », admit-il à contrecœur. Il savait que l’argent coulait à flots, et que le Dernier Cercle n’avait jamais été aussi prospère, mais ce rythme effréné de missions le laissait avec un goût amer.


Alors que Lobo restait plongé dans ses pensées, la porte de la salle de bain s’ouvrit brusquement, laissant apparaître Felicia, la femme de chambre du Dernier Cercle. Son pelage gris contrastait avec ses cheveux et sa longue queue touffue, tous deux d’un rose vif éclatant. Vêtue de sa robe noire et rose habituelle, elle afficha un sourire malicieux lorsqu’elle remarqua la présence de Lobo dans le couloir.


Felicia

(chaleureuse, moqueuse)

« Hé, Lobo ! Alors, toujours pas décidé à me laisser nettoyer ta chambre ? Sérieux, depuis la semaine dernière, ça doit vraiment... sentir la mort là-dedans ! »


Lobo, impassible, ne laissa paraître aucune réaction. Il se contenta de tourner les talons, ignorant la remarque provocante de Felicia, et commença à descendre les escaliers. Derrière lui, Felicia haussa les épaules, un sourire amusé aux lèvres. Lobo, lui, poursuivit sa descente dans son silence habituel. Il traversa le couloir du rez-de-chaussée, où régnait une atmosphère de calme matinal. Emilly était assise au bar, un journal à la main, et savourait tranquillement un café. Derrière le comptoir, Marcus assurait le service et nettoyait quelques verres, tandis que Madeleine s’activait à préparer la salle pour la journée. Marcus fut le premier à remarquer Lobo, et un sourire en coin se dessina sur son visage.


MARCUS

(taquin, moqueur)

« Regardez qui est tombé du lit ! »


Emilly leva les yeux de son journal, sa tasse à la main, et lui lança un regard amusé.


EMILLY

(détendue, mais un brin moqueuse)

« Lobo, tu connais le principe de la grasse matinée, non ? Ça te ferait pas de mal de temps en temps. »


Lobo, visiblement peu d’humeur à plaisanter, s’assit sur l’un des tabourets du bar. Sa voix rauque s’éleva à peine.


LOBO

(blasé)

« J'peux pas dormir. »


Marcus lui posa alors une tasse de café devant lui, et son sourire moqueur laissa place à un air plus compatissant.


MARCUS

(avec une pointe de gentillesse)

« Bois ça ! Ça ne peut que te faire du bien. »


Lobo hocha la tête en guise de remerciement. Il tira légèrement sur ses bandages pour dégager sa bouche, juste assez pour pouvoir boire sans encombre. Il prit une longue gorgée de café et savoura la chaleur amère de la boisson. Emilly, toujours attentive, posa son journal sur le comptoir et observa Lobo d’un air soucieux.


EMILLY

(inquiète)

« Ça va ? T'as l'air encore plus morose que d'habitude. »


Lobo allait répondre, mais avant qu’il n’en ait l’occasion, la porte du bureau de Claris s’ouvrit brusquement. Elle apparut dans l’encadrement ; son regard perçant et son ton autoritaire résonnèrent dans la salle.


CLARIS

(ton autoritaire)

« Lobo ! Dans mon bureau, tout de suite ! »


Lobo soupira longuement et jeta un regard las à Emilly.


LOBO

(sarcastique, résigné)

« Voilà, tu viens d'avoir ta réponse. »


Sans un mot de plus, il vida d’un trait le reste de son café, puis se leva lentement. Il se dirigea d’un pas peu enthousiaste vers le bureau de Claris. Marcus et Emilly échangèrent un regard, tous deux devinant que la journée de Lobo ne faisait que commencer, et qu’elle ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices.


Lobo entra dans le bureau de Claris et referma la porte derrière lui avec un claquement sourd. Claris était assise derrière son bureau. D’un geste nonchalant, elle alluma une cigarette, invoquant comme à son habitude une flammèche violette qui dansa brièvement au bout de son doigt. Elle tira une longue bouffée, laissant la fumée s’élever paresseusement au-dessus de sa tête. Lobo, les mains enfoncées dans les poches de sa veste, la fixait d’un regard perçant.


LOBO

(blasé, direct)

« Alors, qui je dois aller tuer cette fois ? »


Claris tourna légèrement la tête vers lui. Un sourire amusé étira ses lèvres tandis qu’elle le détaillait sans la moindre gêne.


CLARIS

(ton moqueur)

« Toujours aussi direct, Lobo. C’est ce que j’aime chez toi. »


Lobo ne répondit rien. Il se contenta de la fixer, un air sombre sur le visage, sa patience visiblement à bout. Claris pencha légèrement la tête, son regard gagnant en malice.


CLARIS

(feignant l’innocence)

« Pourquoi une mine aussi agressive ? Quelque chose te tracasse ? »


LOBO

(ton glacial, méfiant)

« C’est quoi cette mission particulière dont tu parles ? Tu veux encore que j’aille tuer un gosse, une mère de famille ou un pauvre type qui était juste au mauvais endroit au mauvais moment ? »


Claris laissa échapper un rire léger, clairement amusée par le ton acerbe de Lobo. Elle écrasa sa cigarette contre le bord du cendrier, puis releva les yeux vers lui avec un air de défi assumé.


CLARIS

(sourire en coin)

« Quelque chose comme ça. »


Lobo poussa un soupir profond. Son irritation se traduisit par un sourire sarcastique, ses lèvres se tordant sous les bandages.


LOBO

(agacé)

« Tu pourrais au moins essayer de faire semblant d’être subtile. »


CLARIS

(feignant la surprise)

« Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles. »


LOBO

(froid, sarcastique)

« Je parle du fait que chaque fois que je refuse une mission, tu en profites pour rajouter cent âmes à mon contrat. Tu me donnes volontairement des missions qui vont à l’encontre de mes valeurs pour provoquer un refus. Mais d’habitude, tu fais un peu plus d’efforts pour cacher tes intentions. Là, c’est différent. Tu as quelque chose derrière la tête. »


Un long silence s’installa entre eux. Claris se contenta de le fixer, visiblement amusée, ses yeux rouges pétillant de malice. Puis elle éclata d’un rire léger, un son clair qui résonna dans la pièce.


CLARIS

(ton amusé)

« Touché, Lobo, touché. Tu m’as démasquée. »


Elle esquissa un geste élégant de la main. Une flamme violette apparut brièvement, matérialisant un dossier qu’elle fit glisser sur le bureau. L’éclat se dissipa aussitôt, ne laissant derrière lui qu’une légère odeur de soufre. Lobo fronça les sourcils en s’approchant. Il saisit le dossier et l’ouvrit.


CLARIS

(plus sérieuse)

« Cette fois, c’est différent. Je veux que tu te rendes au cercle de l’avarice pour une mission d’espionnage. Retrouve un certain Crimson, le parrain de la mafia du cercle de l’avarice. »


Lobo parcourut rapidement les premières pages. Son regard s’assombrit à mesure qu’il découvrait les détails de la mission. Claris poursuivit, toujours aussi détachée.


CLARIS

(sourire énigmatique)

« La dernière fois qu’il a été aperçu, il tentait de kidnapper le fuck-boy d’Asmodeus. D’après Stolas, Blitzo a réduit le hangar où il était retenu en cendres. Depuis, Crimson a totalement disparu. Je veux que tu le retrouves. »


Lobo releva les yeux vers elle, une méfiance évidente dans le regard.


LOBO

(suspicion)

« Pourquoi tu n’envoies pas Arsène ? C’est lui l’expert en traque. »


Claris s’adossa au dossier de son fauteuil. Elle croisa les jambes avec une élégance calculée, un sourire lent se dessinant sur ses lèvres.


CLARIS

(ton détaché)

« Parce que je ne veux pas les massacrer. Pas encore. Pour le moment, j’ai besoin de discrétion… et tu es bien meilleur pour ça. »


Lobo resta silencieux un instant, pesant les implications de la mission. Puis il hocha lentement la tête.


LOBO

(soupir résigné)

« Ça se tient. »


Il se retourna, prêt à quitter le bureau et à entamer sa mission mais la voix de Claris l’arrêta net.


Lobo s’immobilisa, les épaules soudain tendues. Il se tourna lentement vers Claris. Un silence pesant s’installa tandis qu’il scrutait son visage, cherchant le moindre signe d’ironie. Mais le sérieux de Claris ne faisait aucun doute.


LOBO

(ton grave, teinté de défi)

« Elle n’est pas prête pour ça. »


Claris se contenta de lui adresser un sourire énigmatique. Elle ne répondit pas, mais son regard suffisait à le mettre au défi de refuser. Lobo resta figé un instant, puis serra les dents sous ses bandages. Il comprit qu’il n’avait pas réellement le choix.


LOBO

(se renfrognant)

« Anette risque de me ralentir dans mon enquête au Cercle de l’Avarice. »


CLARIS

(sourire en coin, insistante)

« Si elle veut devenir une assassine, elle doit apprendre toutes les ficelles du métier. Et toi… tu étais un assassin accompli bien avant ton arrivée en enfer. »


Lobo demeura silencieux. La remarque l’avait touché plus qu’il ne voulait l’admettre. Claris tira une bouffée de sa cigarette. Lorsqu’elle reprit la parole, son ton était redevenu neutre.


CLARIS

(détachée)

« Tu as carte blanche, tant que tu fais ton travail avec sérieux et discrétion. Je t’accorde un accès illimité à l’armurerie. »


Lobo la fixa un instant, puis se détourna et sortit du bureau, refermant la porte derrière lui. Dans le couloir menant au bar, il s’arrêta brièvement et jeta un regard vers le comptoir. Il aperçut Anette. Elle portait toujours sa veste de costume noire, assortie à une jupe sombre, des chaussettes remontant juste sous les genoux et des mocassins noirs impeccables. Son tailleur blanc tranchait avec l’ensemble. Elle sirotait un chocolat chaud en discutant avec Madeleine et Emilly, tandis que Marcus, fidèle à lui-même, savourait son café derrière le bar. Lobo s’avança. Le bruit de ses pas résonna sur le sol et attira l’attention d’Anette. Elle leva la tête et lui adressa un sourire chaleureux.


ANETTE

(enthousiaste)

« Bonjour, Lobo ! »


Il s’arrêta devant elle, son regard impassible posé sur son visage.


LOBO

(calme)

« Tu viens avec moi. »


Madeleine fronça les sourcils, visiblement intriguée.


MADELEINE

(inquiète)

« Lobo… tu ne comptes pas l’emmener en mission, quand même ? »


Emilly intervint à son tour, plus pragmatique, une pointe d’inquiétude dans la voix.


EMILLY

(sérieuse)

« Ce n’est pas un peu prématuré de l’emmener tuer des connards ? »


LOBO

(laconique)

« Ordre de Claris. »


Anette eut un mouvement de surprise, aussitôt remplacé par un enthousiasme débordant. Elle manqua presque de bondir sur place.


ANETTE

(plein d’entrain)

« Où est-ce qu’on va ? »


Lobo détourna le regard vers Marcus, qui l’observait déjà, semblant comprendre la gravité de la situation.


LOBO

(simple)

« Je vais avoir besoin d’équipement. »


Marcus hocha la tête, puis se tourna vers Madeleine.


MARCUS

(soupirant)

« Madeleine, tu peux tenir le bar, s’il te plaît ? »


Elle acquiesça sans discuter. Lobo passa alors derrière le comptoir, Anette sur ses talons. Marcus ouvrit la porte de la réserve et les laissa entrer avant de la refermer derrière eux. La réserve du Dernier Cercle ressemblait à n’importe quelle autre réserve de bar ou de restaurant : des cartons empilés, des packs de bouteilles soigneusement rangés. Anette plissa le nez, parcourant la pièce du regard, visiblement déçue.

ANETTE

(sarcastique)

« C’est tout ? De quel genre d’équipement tu as besoin ? T’as peur de mourir de soif ? »


Lobo ne répondit pas. Il se dirigea vers le mur de gauche et appuya sur l’une des briques. Un mécanisme discret s’enclencha aussitôt. Les briques se déplacèrent de part et d’autre, révélant une lourde porte en acier, verrouillée par un cadenas massif. Il plongea la main dans sa veste et en sortit sa carte d’employé. À son approche, le cadenas s’ouvrit dans un déclic métallique. Anette resta bouche bée. Ses yeux écarquillés trahissaient son étonnement face à la découverte du passage secret. Marcus, qui avait remarqué son expression, laissa échapper un rire amusé.


MARCUS

(amusé)

« Et encore, gamine… t’as jamais vu le passage secret dans la cuisine. »


Lobo, impassible, ouvrit la porte de la pièce dissimulée. De l’autre côté, une obscurité totale régnait. Mais dès que les trois protagonistes franchirent le seuil, une série d’ampoules blanches s’illumina d’un coup, révélant des rangées d’étagères parfaitement alignées. Sur celles-ci reposait l’intégralité de l’arsenal du Dernier Cercle : armes à feu, armes blanches, tenues de combat rangées dans des armoires blindées, ainsi qu’une quantité impressionnante d’explosifs. La pièce s’étirait sur toute la longueur d’un couloir. Les murs blancs contrastaient uniquement avec les teintes métalliques des armes et des équipements. Anette observait chaque étagère, son regard passant d’une arme à un vêtement, incapable de dissimuler son émerveillement. Elle se tourna vers Marcus, la curiosité clairement lisible sur son visage.


ANETTE

(surprise)

« Pourquoi j’ai jamais entendu parler de cette pièce ? »


MARCUS

(sourire en coin)

« Seuls les agents de terrain peuvent déverrouiller la porte. Là-dedans, y’a de quoi armer plus de cent hommes… et assez d’explosifs pour faire péter le plus beau feu d’artifice de tout l’enfer. »


Anette s’avança lentement. Ses doigts frôlèrent les armes tandis que ses yeux s’écarquillaient devant l’ampleur de l’arsenal. Lobo, de son côté, se dirigea vers le fond de la pièce. Il tira une longue mallette noire sous une armoire blindée et l’ouvrit d’un geste précis, révélant un imposant fusil de précision.


MARCUS

(arqua un sourcil)

« Le Barrett ? T’es sûr ? Tu comptes vraiment dégommer un tank ? »


Lobo ne répondit pas. Il se pencha de nouveau et tira une seconde mallette sous une autre armoire. En l’ouvrant, il en sortit deux dagues marquées par le temps, mais toujours aussi tranchantes qu’au premier jour. Il s’approcha d’Anette, qui contemplait encore les étagères.


LOBO

(impassible, lui tendant les dagues)

« Mets un holster. Et place ces dagues dedans. »


Marcus observa la scène, légèrement perplexe. Anette, remarquant son expression, se tourna vers lui.


ANETTE

(curieuse)

« Qu’est-ce qui ne va pas, Marcus ? »


Il ne répondit pas. Lobo finit par briser le silence.


LOBO

(neutre)

« Ces dagues… c’étaient les miennes avant. »


Anette baissa les yeux vers les lames, soudain empreintes d’un respect nouveau. Elle les serra doucement contre elle, puis releva la tête vers Lobo, déterminée.


ANETTE

(solennelle)

« Je te promets que j’en prendrai soin. »


Lobo la fixa un instant, puis secoua lentement la tête.


LOBO

(grave)

« Je ne veux pas que tu en prennes soin. Je veux que tu t’en serves, si jamais tu es en danger. »


Marcus s’approcha alors d’une étagère, en sortit un pistolet et le fit tourner quelques instants entre ses doigts avant de le poser devant Anette.


MARCUS

(sourire complice)

« J’ai entendu dire que t’étais douée avec ce genre d’engin. Ça devrait faire l’affaire. »


Anette hocha la tête, touchée par la confiance qu’on lui accordait, puis commença à préparer son équipement sous le regard attentif de Lobo et de Marcus. Lobo referma la mallette contenant le Barrett et se tourna vers elle. Son holster était dissimulé sous sa veste de costume, mais son regard trahissait une excitation difficile à contenir. Il se tourna ensuite vers Marcus.


LOBO

(déterminé)

« On se rend au Cercle de l’Avarice. Tu sais ce qu’il te reste à faire. »


Marcus soutint son regard un instant, un sourire satisfait aux lèvres. Il sortit ensuite une craie rouge de sa poche, s’avança au centre de la pièce et traça des runes sur le sol avec des gestes précis et mesurés. Anette l’observa, une lueur d’inquiétude dans les yeux.


ANETTE

(nerveuse, curieuse)

« Qu’est-ce qu’il fait ? »


Lobo ne répondit pas. Marcus acheva le cercle. Une lueur orangée jaillit des tracés, transformant la craie en flammes vives. Le sol sembla se distordre, puis un gouffre s’ouvrit au centre du cercle, s’élargissant rapidement jusqu’à atteindre l’extrémité des runes. Anette s’approcha, nerveuse face à l’ouverture surnaturelle. Elle n’eut pas le temps d’hésiter davantage. Lobo la poussa brusquement dans le cercle. La sensation fut immédiate : une chute vertigineuse, le vide, puis la traversée du portail. La température changea brutalement, et l’atmosphère feutrée de l’armurerie céda la place à une ruelle sombre, baignée d’une lueur verdâtre caractéristique du Cercle de l’Avarice.


Elle se redressa avec difficulté, les yeux encore écarquillés par la traversée. Son souffle était court. Elle balaya les environs du regard, cherchant à reprendre ses repères, puis jeta un coup d’œil derrière elle. Le portail flamboyant par lequel elle venait de passer se refermait déjà, ses flammes orangées se dissipant lentement dans l’air. Lobo surgit à son tour, traversant le cercle d’un pas assuré. À peine arrivé, il scruta les environs avec attention, analysant chaque recoin de la ruelle avant de reporter son regard sur Anette, qui reprenait difficilement son souffle.


LOBO

(sans se retourner, ton ferme)

« Ne traîne pas. On a du travail. »


Anette se redressa tant bien que mal, encore déstabilisée par la traversée du sceau. Elle porta une main à sa tête, comme pour calmer la sensation de vertige persistante.


ANETTE

(encore sous le choc)

« C’est trop bizarre comme sensation… »


Lobo avançait déjà d’un pas sûr dans les rues du Cercle de l’Avarice. Son regard perçant balayait la cité lugubre, attentif au moindre mouvement. Il jeta un coup d’œil en coin vers Anette, et un sourire amusé étira brièvement ses lèvres sous les bandages.


LOBO

(amused, faussement léger)

« Il me tuerait s’il savait que je te l’ai dit, mais la première fois, Arsène a failli vomir. »


Anette resta silencieuse un instant, les sourcils légèrement froncés, cherchant à déterminer s’il plaisantait ou non. Finalement, elle haussa les épaules et se reconcentra.


ANETTE

(hésitante)

« Par où on commence ? »


Lobo ralentit légèrement et se tourna vers elle.


LOBO

(sérieux)

« On recherche quelqu’un qui a disparu. D’après toi, c’est quoi la meilleure approche ? »


Anette plissa les yeux, réfléchissant intensément. Après quelques secondes, elle releva la tête.


ANETTE

(prudente, suggérant)

« Je commencerais par inspecter le dernier endroit où il a été vu. »


Lobo hocha la tête. Un sourire approbateur étira discrètement ses lèvres.


LOBO

(avec une pointe de fierté)

« Bien pensé. T’es plutôt intelligente. »


Encouragée, Anette osa poursuivre.


ANETTE

(curieuse)

« On connaît son domicile ? »


Lobo sortit le dossier que Claris lui avait remis et l’ouvrit brièvement pour le lui montrer.


LOBO

« Dans le Cercle de l’Avarice. Mais personne ne l’a vu depuis sa disparition, il y a deux jours. »


Anette inclina légèrement la tête, pensive.


ANETTE

(réfléchissant à voix haute)

« Pourquoi on n’a pas attendu plus longtemps avant de se lancer sur ses traces ? Rien ne dit qu’il ne serait pas rentré de lui-même tôt ou tard.»


Lobo referma le dossier et le rangea dans sa veste. Son expression se durcit légèrement.


LOBO

(avec gravité)

« La mission vient de Stolas. Quand un Goetia propose une mission, on la traite le plus tôt possible. »


Anette releva aussitôt la tête, surprise.


ANETTE

(curieuse, intriguée)

« Pourquoi ça ? »


Lobo marqua un temps d’arrêt. Il se rendit compte à cet instant qu’Anette n’avait jamais été mise au courant. Jusqu’ici, Claris l’avait tenue à l’écart des véritables rouages du Dernier Cercle, la protégeant volontairement des secrets les plus anciens et les plus dangereux. Elle ignorait encore ce que ce nom impliquait réellement.


LOBO

(songeur)

« Le nom complet de Claris, c’est Claris Goetia. »


Anette cligna des yeux. Pour n’importe quel pécheur, ce nom évoquait immédiatement le pouvoir. Les Goetia n’étaient pas de simples démons : ils faisaient partie des plus anciennes et influentes lignées de l’Enfer, proches des princes, détenteurs de savoirs interdits et de pactes que personne n’osait remettre en question. Leur nom seul suffisait à faire taire une salle entière.


ANETTE

(troublée)

« Mais alors… »


LOBO

(calme, posé)

« Claris a été élevée par les Goetia. »


Un silence lourd s’installa entre eux. Anette ralentit le pas, pensive, avant de tourner la tête vers Lobo.


ANETTE

(soulevant une idée)

« Ça explique la présence de Sebastian au Dernier Cercle… »


Lobo ne répondit pas immédiatement. Il se contenta d’incliner la tête et désigna d’un geste un bâtiment en ruine, à quelques mètres de là.


LOBO

(ferme)

« Regarde. C’est là. On est arrivés sur les lieux de la disparition. »


Ils s’approchèrent des ruines. Leurs pas résonnaient sur le sol jonché de gravats et de débris calcinés. Lobo balaya les lieux du regard, son expression fermée.


LOBO

(instruisant)

« Ouvre l’œil. Le moindre détail peut être une piste. »


Anette hocha la tête et se mit à fouiller avec application. Les minutes passèrent sans résultat. Finalement, elle releva les yeux vers lui.


ANETTE

(curieuse, cherchant à comprendre)

« Tu crois qu’il s’est passé quoi, ici ? »


Lobo resta silencieux un instant, les yeux parcourant les décombres noircis.


LOBO

(frustré)

« Quelle poisse… Les flammes ont sûrement détruit la majorité des indices. »


Il laissa échapper un soupir agacé.


LOBO

(amer)

« Ça me fait mal de l’admettre, mais si Arsène était là, il saurait déjà où aller. »


Anette observa de nouveau les ruines, pensive, puis se risqua à proposer une idée.


ANETTE

(hésitante)

« On pourrait peut-être demander à quelqu’un s’il n’a rien vu… »


Lobo la fixa quelques secondes, jaugeant sa suggestion. Anette, mal à l’aise, se reprit aussitôt.


ANETTE

(précipitée)

« C’est sûrement une idée à la con, mais... »


LOBO

(l’interrompant, calme)

« En réalité, c’est loin d’être si con. »


Anette scruta alors les alentours. Son regard passa d’une ombre à l’autre, jusqu’à ce qu’elle remarque une silhouette adossée à un mur décrépit. Un hellhound au style résolument punk. Cheveux teints d’un rose criard, piercings multiples aux oreilles, un joint coincé entre les crocs.


ANETTE

(hésitante, le désignant)

« Lobo… regarde là-bas. »


Lobo tourna la tête et l’aperçut aussitôt. Anette inspira profondément, puis s’approcha du démon, tentant de masquer sa nervosité.


ANETTE

(amicale, polie malgré tout)

« Salut… Dis, tu saurais ce qu’il s’est passé ici ? T’aurais pas vu quelque chose ? »


Le hellhound la dévisagea avec mépris, puis ricana. Il expira un nuage de fumée avant de répondre d’une voix rauque.


HELLHOUND

(provocateur, agressif)

« Dégage, sale pute. »


Anette resta figée une seconde, l’expression suspendue entre l’incompréhension et le malaise. Elle leva lentement les mains, cherchant à désamorcer la situation.


ANETTE

(gênée, fébrile)

« Ooooook… »


Elle n’eut pas le temps de reculer, Lobo intervint. Il s’approcha d’un pas rapide, attrapa le hellhound à la gorge et le souleva sans effort. Le joint tomba au sol tandis que le démon battait des jambes dans le vide.


LOBO

(ton glacial, regard implacable)

« C’est comme ça que tu parles à une enfant ? »


Anette se précipita légèrement vers lui, visiblement mal à l’aise.


ANETTE

(suppliante)

« Laisse tomber, Lobo. Il est défoncé, il se souviendra de rien… »


Le hellhound tenta de reprendre son souffle, puis cracha difficilement quelques mots.


HELLHOUND

(haletant)

« J’ai entendu… des types partir avec trois bagnoles… et une limousine… Ils parlaient d’un motel pourri… sur l’autoroute du Cercle de la Luxure… »


Anette écarquilla les yeux et leva aussitôt les mains.


ANETTE

(sourire gêné, sincère)

« Ok. J’ai rien dit. »


Lobo relâcha le hellhound avec une désinvolture glaçante, le projetant sur le trottoir comme un vulgaire mouchoir. Le démon s’effondra dans un grognement étouffé. Lobo, déjà en mouvement, reprit sa marche sans lui accorder le moindre regard, la grande mallette fermement tenue à la main.


ANETTE

(curieuse, le suivant)

« Et maintenant ? »


Lobo se retourna brièvement.


LOBO

(pragmatique)

« Maintenant, il nous faut un véhicule. »

Son regard balaya les voitures stationnées le long du trottoir, évaluant rapidement les modèles. Il s’arrêta sur une petite voiture noire, visiblement ancienne et suffisamment discrète. Sans hésiter, il brisa la vitre d’un coup sec, passa la main à l’intérieur et actionna le loquet. Anette le fixa, les yeux écarquillés, avant de le suivre sans poser de questions.


LOBO

(pressé, sans détourner le regard)

« Monte. Sinon, je te laisse ici. »


Anette s’installa aussitôt sur le siège passager, encore perplexe face à la situation.


ANETTE

(sarcastique)

« Quand tu parlais de véhicule, je pensais qu’on allait rouler avec… Et puis, pourquoi prendre une voiture si on n’a pas les clés ? »


Lobo fouilla dans la poche de sa veste et en sortit une dague. Il s’en servit pour démonter le cache sous le volant, révélant un faisceau de câbles électriques. Concentré, il se mit aussitôt à les manipuler, ignorant les commentaires d’Anette.


ANETTE

(douteuse, observant)

« Tu perds ton temps, Lobo… Démarrer une voiture comme ça, c’est juste dans les films. »


Il ne répondit pas. Ses mains s’activaient avec méthode sur les fils.


ANETTE

(insistante, presque amusée)

« C’est que dans les films, hein ? »


Toujours aucune réponse.


ANETTE

(un peu plus nerveuse)

« …Pas vrai ? »


Le moteur rugit soudainement, brisant le silence de la ruelle. Lobo redressa la tête. Un sourire à peine perceptible effleura ses lèvres.


LOBO

(satisfait)

« Attache-toi. »


Anette boucla sa ceinture à la hâte. Lobo enclencha la marche arrière et extirpa la voiture du trottoir avant de s’engager dans les rues du Cercle de l’Avarice. Peu à peu, les bâtiments entassés et les démons affairés s’éloignèrent derrière eux.


ANETTE

(enthousiaste)

« Tu dois absolument m’apprendre à faire ça ! »


Lobo resta silencieux, concentré sur la route. Anette détourna le regard, observant le paysage défiler. Après quelques secondes, Lobo glissa une main sous le volant et désigna deux câbles.


LOBO

(neutre, factuel)

« Tu débranches ceux-là. Tu les frottes l’un contre l’autre jusqu’à provoquer un court-circuit. »


Anette le regarda, visiblement surprise. Un léger sourire amusé étira pourtant ses lèvres en découvrant ce côté plus didactique de Lobo. La voiture poursuivait sa course, quittant peu à peu les rues encombrées pour s’engager à l’entrée de l’autoroute. Elle observa Lobo en silence, un mélange d’admiration et de curiosité dans le regard. Elle savait qu’il était un professionnel, mais voir ses compétences à l’œuvre d’aussi près restait impressionnant.


LOBO

(calme)

« Quoi ? Y a un problème ? »


ANETTE

(hésitante)

« Non, non… tout va bien. »


Lobo garda les yeux sur la route.


LOBO

(soupirant)

« Ça fait plus de dix minutes que tu me dévisages. »


Anette se mordit la lèvre inférieure. Elle hésita un instant, puis se lança.


ANETTE

(sérieuse)

« Est-ce que… tu te souviens de notre rencontre ? »


LOBO

(impassible)

« Ouais. T’étais dans la merde jusqu’au cou. »


Anette baissa les yeux.


ANETTE

(voix plus sombre)

« Un connard a essayé de m’embarquer… et tu l’as tabassé sous mes yeux. Je me suis toujours demandé pourquoi un assassin comme toi a pris la peine de me sauver ce jour-là. »


Lobo resta concentré sur la route. Ses mains se resserrèrent légèrement sur le volant. Son visage demeura neutre, mais sa voix se fit plus grave.


LOBO

(nostalgique)

« De là d’où je viens, on ne laisse pas une enfant en danger. »


Anette releva la tête, touchée. Les images de ce jour précis lui revinrent en mémoire, de ce moment où sa vie avait basculé. Un sourire discret, teinté de nostalgie, apparut sur son visage.


ANETTE

(déterminée)

« C’est à ce moment-là que j’ai décidé de devenir comme toi. »


Lobo laissa échapper un rire bref, amer.


LOBO

« Crois-moi, ce serait un sacré gâchis. »


ANETTE

(perplexe)

« Mais… tu es le démon sans visage. »


LOBO

(cynique)

« Ouais. Ça en jette, hein ? »


Il se tut quelques secondes. Son expression se durcit.


LOBO

(grave)

« Mais si je pouvais tout foutre en l’air et mener une vie simple, je le ferais. Sans hésiter. »


Anette ne répondit pas tout de suite. Elle comprenait un peu mieux le poids qu’il portait, même si beaucoup de zones restaient floues. Finalement, elle osa poser la question qui lui brûlait les lèvres.


ANETTE

(hésitante, appréhensive)

« Comment… comment t’as eu ce sourire ? »


Lobo eut un rire sec, sans joie.


LOBO

(amèrement, sarcastique)

« J’en sais rien. Demande à Dieu. »


Ils arrivèrent à hauteur d’un bâtiment délabré : un vieux motel miteux planté sur le bas-côté de l’autoroute. La peinture s’écaillait sur les murs fissurés, et des néons défectueux clignotaient faiblement au-dessus de l’entrée, projetant une lumière malade sur le bitume. Lobo jeta un rapide coup d’œil vers l’enseigne sans ralentir. Il poursuivit sa route. Anette fronça les sourcils, perplexe.


ANETTE

(surprise, interrogative)

« Eh… pourquoi tu t’es pas arrêté ? C’est sûrement le motel dont parlait l’autre con drogué ! »


Lobo ne répondit pas. Il quitta l’autoroute quelques centaines de mètres plus loin, fit sortir la voiture du bitume et la dissimula derrière une butte, à l’abri des regards. Le moteur s’éteignit dans un cliquetis sec. Il se tourna enfin vers elle.


LOBO

(sec, sérieux)

« Se garer devant une planque, c’est la pire idée qu’un assassin puisse avoir. Bonjour la discrétion. »


Il ouvrit la portière et récupéra la mallette sur la plage arrière. Anette le suivit tandis qu’ils gravissaient la butte à plat ventre, progressant lentement pour rester hors de vue. Lobo ouvrit la mallette et en sortit les différentes pièces d’un Barrett désassemblé. Il saisit la lunette de visée et la porta à ses yeux, scrutant le motel pendant quelques secondes.


ANETTE

(chuchotant, curieuse)

« Alors ? Qu’est-ce que tu vois ? »


Lobo lui tendit simplement la lunette. Anette la saisit et regarda à travers, plissant les yeux pour percer les rideaux tirés des fenêtres. La vue était trouble, les silhouettes indistinctes, mais le mouvement à l’intérieur était indéniable.


ANETTE

(incertaine)

« C’est dur à dire, mais… on dirait qu’il y a du monde. Et pas qu’un peu. »


Lobo reprit la lunette et balaya méthodiquement chaque fenêtre visible.


LOBO

(sérieux, analytique)

« Une bonne douzaine. Dans le meilleur des cas… des selachidés. »


Anette plissa les yeux, confuse.


ANETTE

(curieuse)

« Des… quoi ? »


LOBO

(détaché)

« Des têtes de requin. Imposants mais pas forcément plus dangereux que d’autres démons. »


Il poursuivit l’assemblage, inséra le chargeur dans le fusil et arma le mécanisme d’un geste sec avant de poser l’arme près d’Anette.


LOBO

(ferme)

« Si tu vois quoi que ce soit de suspect, tu tires sans hésiter. Mais si toi tu es en danger, tu fuis. Et tu appelles Marcus. »


ANETTE

(inquiète, mais déterminée)

« Et toi ? Tu vas faire quoi ? »


Lobo jeta un dernier regard vers le motel.


LOBO

(calme, concentré)

« On ne peut pas attendre indéfiniment. J’ai besoin d’informations. Je vais m’approcher. »


ANETTE

(sceptique)

« Et comment tu comptes faire sans te faire repérer ? »


Lobo se redressa lentement. Une lueur verdâtre, malsaine, s’éleva autour de son corps. Son contour se troubla, comme s’il se dissolvait dans l’air. En quelques secondes, il ne fut plus qu’une silhouette translucide, presque invisible. Anette ouvrit de grands yeux.


ANETTE

(impressionnée, troublée)

« Comment… comment tu fais ça ? »


Lobo tourna légèrement la tête vers elle.


LOBO

(moqueur, mystérieux)

« Comment Ginger se téléporte ? Comment Arsène invoque ses limiers ? »


Il marqua une pause.


LOBO

(neutre)

« Les pécheurs ont souvent des capacités pas très banales. »


Lobo avançait, ses pas aussi confiants que silencieux, une ombre glissant à travers les ténèbres. À chaque mouvement, il restait à l’affût. Son regard analysait les deux Imps postés à l’entrée du motel. Ils semblaient tendus, mais pas assez. Pas au point de repérer un intrus aussi discret que lui. Il les jaugea quelques secondes, évaluant ses options. S’approcher par l’entrée principale était inutilement risqué. Ce genre de motel miteux offrait toujours une alternative.

Un rapide coup d’œil autour du bâtiment confirma son intuition : une porte de service à l’arrière. Verrouillée, certes, mais rien qu’il ne puisse gérer. Il fouilla la poche intérieure de sa veste et en sortit un kit de crochetage. Les compétences de Lobo étaient aussi variées qu’efficaces, faisant de lui l’agent le plus polyvalent du Dernier Cercle. En quelques secondes à peine, le loquet céda sous la pression maîtrisée de ses outils. La porte s’ouvrit sans un bruit.


Lobo s’engouffra à l’intérieur, laissant la pénombre l’engloutir. Les couloirs étaient déserts. Aucun garde en vue. Un détail révélateur : Crimson se sentait en sécurité ici. Probablement une erreur.


Il gravit les escaliers usés avec une prudence extrême, posant chaque pas avec précision pour éviter le moindre grincement. Le motel semblait endormi. Au loin, des voix étouffées résonnaient : des hommes de main jouant aux cartes, des éclats de rires grossiers, rien d’alarmant. Arrivé au deuxième étage, Lobo marqua une pause. S’il se cachait dans une chambre, Crimson choisirait forcément la plus éloignée des escaliers. Moins d’accès, plus de temps pour réagir, et ses hommes comme premier rempart. Lobo longea le couloir jusqu’à la dernière porte. Son regard scruta le sol, les murs, l’encadrement. Aucun signe de piège apparent. Il colla lentement son oreille contre la porte.


Deux voix distinctes se faisaient entendre à l’intérieur.


La première voix s’éleva, portée par un ton supérieur, presque méprisant. Elle réprimandait son interlocuteur avec une froideur parfaitement calculée.


VOIX 1

(ton soutenu, agacé)

« Tu n’avais qu’une chose à faire Crimson : capturer le jouet d’Asmodeus et le forcer à signer ce certificat de cession. Et toi, avec tous tes hommes, tu te fais battre par un clown et un assassin de seconde zone. »


La seconde voix, plus nerveuse, tenta de se défendre. La peur et la frustration transpiraient dans chacune de ses paroles.


VOIX 2

(énervé, sur la défensive)

« On trouvera un autre moyen, je te le jure ! »


La première voix ne s’éleva pas. Elle resta calme, presque lasse, mais une menace à peine voilée glissa dans son intonation.


VOIX 1

(impassible, froid)

« Je l’espère pour toi. N’oublie pas que la seule raison pour laquelle ton petit groupuscule de criminels respire encore, c’est parce que je suis payé pour vous protéger. »


La réponse ne tarda pas. Elle claqua, chargée de rancœur.


VOIX 2

(sarcastique, amer)

« Tu veux peut-être des remerciements ? Ta soi-disant protection coûte une véritable fortune. »


Un soupir discret se fit entendre de l’autre côté de la porte. La réponse tomba, nette, implacable.


VOIX 1

(froid, tranchant)

« C’est le prix à payer pour bénéficier de la protection d’un Overlord. »


Lobo fronça les sourcils. Cela suffisait à confirmer ses soupçons : la situation dépassait largement le cadre d’une simple disparition. La présence d’un Overlord changeait complètement la donne. Il resserra instinctivement sa prise sur la dague dissimulée sous sa veste, son esprit déjà en train de recalculer ses options. Entrer maintenant, rester à l’écoute, ou se replier pour transmettre l’information. Une chose était certaine, Crimson n’était pas qu’une cible.

Il se trouvait au centre d’un jeu bien plus vaste… et bien plus dangereux.


La tension monta d’un cran dans les couloirs du motel miteux tandis que Lobo se retournait, prêt à quitter les lieux après avoir entendu des informations cruciales. Son plan fut cependant compromis lorsqu’une porte adjacente s’ouvrit brusquement, laissant apparaître un Hellhound en costume, sans doute sorti pour vérifier les alentours. Lobo demeura parfaitement immobile, espérant que sa présence passerait inaperçue. Cet espoir s’évanouit rapidement lorsque le Hellhound, doté d’un odorat bien trop développé, se mit à renifler bruyamment l’air dans sa direction. Le temps était désormais compté. Malgré son invisibilité, Lobo savait que son odeur finirait par le trahir. Le démon s’approchait déjà, museau frémissant, flairant avec insistance, ce qui força Lobo à agir sans délai.


D’un mouvement rapide et précis, il dégaina l’une de ses dagues, se glissa dans le dos de la créature et la planta net dans sa gorge. Le Hellhound s’effondra sans pousser le moindre cri, son sang s’étalant silencieusement sur le sol. Alors qu’il relevait la tête, Lobo croisa le regard horrifié d’un Imp resté dans l’encadrement de la chambre d’où le Hellhound venait de sortir. L’Imp fixait le corps qui s’affaissait, figé par la stupeur, et Lobo comprit immédiatement qu’il était repéré. Il tourna aussitôt les talons et se précipita vers la sortie tandis que l’Imp lançait l’alerte, hurlant des ordres pour condamner toutes les issues. Lobo dévala les escaliers à toute vitesse, sentant son invisibilité se dissiper à mesure qu’il forçait l’allure. Arrivé à l’extérieur, il se retrouva face aux deux Imps en faction, qui dégainèrent instantanément leurs mitraillettes. Avant que le premier ne puisse tirer, un coup de fusil assourdissant retentit et sa tête explosa dans une gerbe de sang qui éclaboussa le mur derrière lui.


Lobo n’hésita pas une seule seconde. Il plongea sa dague dans la gorge du second Imp, l’abattant dans un gargouillis étouffé, puis se lança immédiatement vers la butte où Anette était en position. Grâce à sa vitesse légendaire, il la rejoignit en quelques secondes. Anette, l’œil collé à la lunette du Barrett, faisait feu avec sang-froid, ses balles fracassant les rangs des hommes de Crimson tandis que le bruit des détonations résonnait dans la nuit.


ANETTE

(pressée, concentrée)

« Je te couvre ! Appelle Marcus ! »


Lobo saisit son téléphone, sa main légèrement tremblante mais ses gestes toujours précis, et composa le numéro sans quitter la zone des yeux.


LOBO

(urgent, essoufflé)

« Sors-nous de là ! »


Les hommes de main de Crimson avançaient en tirant, leurs balles labourant la terre autour de la butte. Voyant le danger se rapprocher, Anette fronça les sourcils, tira une dernière fois, puis glissa la main à l’intérieur de sa veste pour en sortir une grenade.


ANETTE

(grimaçant)

« Merde… pas le choix. »


Elle dégoupilla l’engin et le lança au cœur des assaillants, déclenchant une explosion qui projeta les Imps à proximité et envoya une onde de choc jusqu’au bâtiment. Au même instant, un cercle de flammes orangées se dessina dans l’air devant eux, matérialisant le portail de Marcus et leur offrant une échappatoire inespérée. Lobo agrippa Anette ainsi que la mallette du Barrett, puis plongea à travers l’ouverture incandescente tandis que les balles sifflaient derrière eux.

Un battement de cœur plus tard, ils s’écrasaient dans l’armurerie du Dernier Cercle, essoufflés, couverts de poussière, mais sains et saufs.


MARCUS

(inquiet)

« Vous allez bien, tous les deux ? »


Des tirs traversaient encore le portail flamboyant tracé au sol, les balles sifflant dans l’air de l’armurerie avant de venir frapper le plafond. Marcus jura entre ses dents en attrapant un fusil d’assaut posé contre le mur. Sans hésiter, il épaula l’arme et tira à travers l’ouverture incandescente, arrosant l’autre côté du portail. Des cris de douleur résonnèrent aussitôt depuis le Cercle de l’Avarice, mêlés aux échos chaotiques des détonations. Marcus relâcha la détente, inspira brièvement, puis, d’un geste las et presque mécanique, saisit une grenade accrochée à sa ceinture. Il la dégoupilla sans même regarder et la lança à travers le portail. De l’autre côté, des hurlements de panique éclatèrent, suivis presque immédiatement par une explosion sourde qui fit vibrer l’air jusque dans l’armurerie. L’onde de choc se dissipa à peine que Marcus referma le portail d’un geste sec de la main, coupant net les cris et le vacarme.


Le silence retomba brusquement.


ANETTE

(exaltée)

« C’était le truc le plus cool que j’ai jamais fait ! T’as vu leurs têtes quand j’ai lancé la grenade ? Ils avaient une tronche du genre “Oh merde, on va crever” ! »


Lobo, toujours aussi impassible, la fixa quelques secondes. Il ne partageait visiblement pas son enthousiasme et finit par prendre la parole d’un ton sévère.


LOBO

(calme, mais sérieux)

« Où est-ce que t’as trouvé une grenade ? »


Marcus, qui suivait l’échange avec attention, fronça les sourcils en entendant la question et lança un regard appuyé vers la caisse d’explosifs entrouverte.


MARCUS

(faussement surpris)

« Ah… je comprends mieux pourquoi il manquait une grenade dans le stock. »


Anette, soudainement consciente de la situation, affaissa légèrement les épaules. Un air coupable se dessina sur son visage.


ANETTE

(amusement gêné)

« Désolée… j’ai pas pu résister. »


Lobo ne répondit pas immédiatement. Il se contenta de la fixer un instant, puis se tourna lentement vers elle, son expression grave.


LOBO

(ton grave)

« T’es pas encore un agent de terrain. Si tu veux prendre quelque chose dans l’armurerie, tu demandes. Tu te rends compte que tu transportais un explosif dans ta poche ? Tu aurais pu nous tuer tous les deux. »


Anette baissa les yeux, visiblement honteuse. Le silence s’installa de nouveau, quelques secondes. Contre toute attente, Lobo reprit finalement la parole, sa voix légèrement moins dure.


LOBO

(après une pause, plus posé)

« Malgré tout… t’as vraiment fait un travail remarquable, là-bas. »


Le visage d’Anette s’illumina aussitôt. Son sourire était sincère, presque enfantin.


ANETTE

(reconnaissante)

« Merci, Lobo. »


Il hocha à peine la tête, puis reprit son ton habituel, plus neutre.


LOBO

(sérieux)

« Maintenant, pour ta punition, tu démontes et tu nettoies le Barrett. Considère ça comme la conséquence d’avoir piqué une grenade sans autorisation. »


Anette laissa échapper un petit rire, visiblement ravie de cette sanction qui n’en était pas vraiment une à ses yeux.


ANETTE

(taquine)

« Il brillera de mille feux. »


Lobo acquiesça simplement avant de se diriger vers la sortie de l’armurerie, déjà absorbé par les pensées liées à son rapport pour Claris. Il quitta la pièce, laissant derrière lui l’agitation retrouvée et les échanges entre Marcus et Anette. Il referma la porte dans son dos et s’engagea dans la réserve du Dernier Cercle. Ses pas résonnaient faiblement sur le sol en béton. Après quelques mètres, il ralentit, puis s’arrêta près d’une caisse et s’y assit, le dos légèrement voûté.

Le poids de la mission retombait sur ses épaules. Les souvenirs affluaient, se mêlant aux images encore fraîches de l’affrontement. Il fixa le sol, les yeux perdus dans la pénombre, tandis que sa main jouait machinalement avec la dague accrochée à sa ceinture. Ses pensées tourbillonnaient, fragments de son passé et réalités du présent s’entrechoquant dans un silence pesant, sans qu’il ne trouve encore le moindre répit.



Laisser un commentaire ?