Marie et son livre
Le lendemain matin, l’hôpital contacte Danny en urgence. Un médecin l’informe qu’une personne s’est introduite dans la chambre de la jeune policière et a tenté de l’empoisonner. Heureusement, le personnel s’en est rendu compte juste à temps. En apprenant la nouvelle, Steve ordonne immédiatement qu'un de leurs hommes soit posté en faction devant la porte. C'est alors que le médecin leur annonce une autre terrible nouvelle : Marie est tombée dans un coma profond.
Au même moment, le sergent Duke Lukela se rend au QG à la demande de Steve. L'agent de sécurité du bâtiment a confirmé que c'est Duke lui-même qui a escorté la jeune femme la veille.
« Oui, c’est bien moi, confirme Duke. C'est une flic du New-Jersey.
- Elle t’a dit son nom ? demande Danny, la voix nouée par la pression.
- Oui, Marie Hanse. Qu’est-ce qui se passe ?
- On a essayé de la tuer cette nuit, lance Steve d'un ton grave. »
Pendant ce temps, Danny tourne en rond dans la pièce principale, répétant ce nom de famille en boucle. Il cherche, creuse dans sa mémoire, encore et encore, sans rien trouver. Steve intervient pour recadrer son coéquipier :
« Danny, il faut que tu te calmes et que tu te concentres. Pense comme un flic : New-Jersey, c’est là que tu bossais avant... Marie Hanse...
- Je ne connais pas cette fille ! crie Danny, à bout de nerfs.
- OK, OK. Et ce livre, tu l’as lu ?
- Oui ! Cette pastille rouge, ces symboles qui forment mon prénom et mon nom, toutes ces annotations... peste Danny en balayant d'un revers de main furieux la pile de livres sur la table, les envoyant valser au sol.
- Danny ! proteste Kono. On venait tout juste de finir de les trier par pastille !
- Eh bien, recommence ! hurle-t-il.
- Danny, détends-toi, intervient Steve. Tiens... Regarde ça, elle est tombée d’un livre. »
Steve ramasse une lettre parmi les bouquins étalés par terre. Danny s'en saisit. Il voit qu’elle provient du Canada. C'est la lettre que Marie a reçue au New Jersey.
« J’ai déjà travaillé là-bas... reprends Danny, le regard soudain fixe. Au Canada... Je sortais tout juste de l’école de police, ajoute-t-il en recommençant à faire les cent pas.
- Danny, tu n’y arriveras pas comme ça, le coupe Steve. Pose-toi et réfléchis. »
Danny ramasse l'exemplaire du Vilain Petit Canard et commence à lire à voix haute dans son bureau :
« Ce petit canard était une vraie plaie. Il n’avait peur de rien et pouvait mettre le canard noir dans une colère noire... Un jour, Jason lui posa une question. Le canard noir le regarda d'un air perplexe en pensant : est-ce que c’est un espion ? Pourquoi viendrait-il de si loin ? Le canard noir, qui a une fille qui l’attend à la maison, fait très attention. Il esquiva tout de suite la question en lui répondant : tu es ici pour apprendre ! Alors tes questions, tu te les gardes ! »
Danny s'arrête, les yeux rivés sur une note manuscrite dans la marge. Un léger sourire effleure ses lèvres :
« Ma fille a ri à cette phrase », lit-il à voix haute, amusé.
Il reprend sa lecture un peu plus loin :
« Un jour, Jason m’annonça qu’il avait terminé sa punition. Je lui répondis donc : J’écris mes propres histoires pour ma fille, mais comme je ne suis pas doué, je les lui raconte avec des noms d’animaux. Elle t’appelle Jason dans mon livre... Je suis sûr que tu seras un très bon flic dorénavant, mon vilain petit canard. »
Danny lâche le bouquin. Un déclic violent se produit dans sa tête. Il court jusqu'au bureau de Steve avant de revenir en trombe dans la salle centrale pour tout expliquer à l'équipe.
« J’ai trouvé ! Après ma sortie de l’école de police, on m’a envoyé travailler au Canada pendant un moment ! J’étais indiscipliné, c’était une mesure disciplinaire, une punition... D’où ce surnom de « vilain petit canard » !
- Je ne comprends rien, Danny, le coupe Steve, les sourcils froncés.
- Attends, tu vas comprendre ! lance Danny en attrapant à nouveau le livre. Dans ce bouquin, ce canard s’appelle Jason. C’est moi ! C’est le nom que sa fille m’avait donné ! Ce flic, là-bas, il écrivait des livres pour sa fille... Mais tous ces livres que vous voyez là, ce sont ses dossiers d'enquêtes de police !
- Attends une minute qu’on comprenne bien, intervient Steve. Tu es en train de nous dire que tous ces livres sont des enquêtes de police ?
- Oui, c’est exactement ça ! Et je peux vous dire que tous ceux qui ont une pastille rouge sont des enquêtes closes. Ceux-là, on n’en a plus aucune utilité.
- OK, fait Chin, encore un peu sceptique. Et à quoi correspondent les pastilles oranges, jaunes et les vertes
- J’en sais rien !
- Danny, est-ce que tu te souviens du nom de ce flic ? demande Steve.
- Marie Hanse est la fille de Victor Hanse... Elle avait huit ans à l’époque. Elle adorait les histoires de son père et elle m’en parlait beaucoup. Son père la regardait, il surveillait tout... Un jour, en cachette, elle m’a confié qu’elle n’avait pas le droit de raconter aux gens les histoires qui n’avaient pas de pastille rouge ! »
Un silence lourd s'installe dans le QG. L’équipe comprend enfin : Victor Hanse voulait que Danny résolve l’une de ces affaires non élucidées. Mais laquelle ?
« La gamine est entre la vie et la mort, Steve, reprend Danny d'une voix sombre. Des mecs sont venus jusqu'ici pour la tuer...
- Parce qu’elle t’a trouvé, analyse Steve.
- Ces gens savent que tu es capable de résoudre ce mystère, ajoute Kono.
- Peut-être, mais qu’est-ce qu’elle a fait pour qu’ils comprennent qu’elle me cherchait ? demande Danny.
- Elle t’a cherché directement dans les dossiers et les postes de police..., intervient Kono.
- Des flics..., murmure Chin.
- Ouais, des flics ripoux, conclut Steve. Son père ne voulait rien te dire à l'époque parce qu'il pensait qu'il ne pouvait faire confiance à personne. »