Livre 1 - Les secrets d'un Malfoy

Chapitre 3 : Chapitre 3 — Ce que les souvenirs ne peuvent pas cacher

5890 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 08/11/2026 13:06

Chapitre 3 — Ce que les souvenirs ne peuvent pas cacher

 

Le lendemain matin, Draco Malfoy se réveilla avec la désagréable impression d'avoir oublié quelque chose. Il resta quelques secondes immobile, les yeux fixés sur le baldaquin vert sombre de son lit. Les rideaux de soie filtraient la lumière du matin, dessinant de longues bandes dorées sur les draps. Dans le silence de sa chambre, on entendait seulement le tic-tac régulier de la pendule posée sur la cheminée.

Il cligna des yeux. Puis se redressa brusquement.

 

Le journal. Il était toujours là. Draco tourna la tête vers son coffre à jouets, placé au pied de son armoire. Un coffre ancien, en bois sombre, décoré de ferrures argentées. Il contenait ses jeux de société, quelques figurines de créatures magiques, ses petits dragons et plusieurs objets qu'il n'avait pas touchés depuis des années.

 

Et, désormais, un livre qui prétendait venir de son avenir. Draco fronça le nez. Il avait passé une partie de la nuit à réfléchir à cette histoire. Il avait même imaginé plusieurs explications possibles, dont certaines particulièrement ridicules. Peut-être que son père lui faisait une plaisanterie. Non. Lucius Malfoy ne plaisantait pas de cette façon. Peut-être que Severus avait préparé quelque chose pour l'effrayer.

 

C'était déjà plus probable. Severus avait un humour déplorable et semblait parfois prendre un plaisir particulier à mettre Draco mal à l'aise.

 

Mais pourquoi aurait-il fait fabriquer un journal capable de répondre à ses questions ? Et comment aurait-il pu connaître Vif-Argent ?

 

Draco repoussa sa couverture. Il avait besoin de réponses. Et il avait décidé qu'il les obtiendrait.

 

Il venait à peine de poser les pieds sur le tapis qu'on frappa à sa porte.

 

— Draco ?

 

La voix de sa mère. Il se dépêcha de remettre correctement sa chemise de nuit et jeta un dernier regard au coffre.

 

— Oui, mère ?

 

La porte s'ouvrit. Narcissa entra avec cette élégance naturelle qui semblait l'accompagner jusque dans les gestes les plus simples. Ses cheveux blonds étaient soigneusement relevés, et elle portait une longue robe bleu pâle dont les manches étaient brodées de fils argentés.

Elle observa son fils.

 

— Tu es déjà réveillé.

 

— Je ne dormais plus.

 

— Je vois cela.

 

Elle s'approcha du lit et ramassa une couverture qui traînait au sol.

 

— Tu as encore fait tomber tes couvertures pendant la nuit.

 

— Je n'ai rien fait du tout.

 

Narcissa leva les yeux vers lui.

 

— Naturellement. Les couvertures ont décidé de quitter ton lit toutes seules.

 

Draco croisa les bras.

 

— C'est probablement ce qu'elles ont fait.

 

Un sourire discret étira les lèvres de sa mère.

Elle s'approcha ensuite de la fenêtre pour entrouvrir les rideaux.

 

— Ton père souhaite te voir après le petit-déjeuner. Il a reçu une lettre de Londres et aimerait te parler de certaines choses concernant Poudlard.

 

Draco se redressa davantage.

 

— Poudlard ?

 

— Oui, mon cœur.

 

— Est-ce qu'il a reçu une réponse à sa lettre ?

 

— Je l'ignore, répondit Narcissa. Mais connaissant ton père, je doute qu'il attende qu'on lui réponde pour prendre les dispositions nécessaires.

 

Draco hocha la tête, satisfait. Il allait enfin pouvoir obtenir des informations sérieuses sur sa future vie à Poudlard.

 

— Tu as l'air impatient, remarqua-t-elle.

 

— Je ne vois pas pourquoi je ne le serais pas.

 

— Peut-être parce que tu n'as pas encore reçu ta lettre.

 

— Elle va arriver.

 

— Je n'en doute pas.

 

Elle s'approcha de lui et arrangea le col de sa chemise de nuit.

 

— Tu sais, Draco, il te reste encore un peu de temps avant la rentrée. Tu n'as pas besoin de passer toutes tes journées à penser à Poudlard.

 

— Je ne passe pas toutes mes journées à y penser.

 

Narcissa lui adressa un regard amusé.

 

— Bien sûr.

 

Il allait protester lorsque son regard glissa malgré lui vers le coffre. Sa mère suivit brièvement la direction de ses yeux.

 

— Qu'est-ce que tu cherches ?

 

Draco se raidit.

 

— Rien.

 

— Tu as regardé ton coffre.

 

— Je sais où sont mes jouets, mère.

 

— Je n'en doute pas davantage.

 

Elle ne posa pas d'autre question. Elle se contenta de déposer un baiser sur son front.

 

— Habille-toi. Le petit-déjeuner sera servi dans vingt minutes.

 

Lorsqu'elle eut quitté la chambre, Draco attendit quelques secondes. Puis il se précipita vers le coffre. Le journal était exactement à l'endroit où il l'avait laissé. Draco le sortit et s'assit sur le tapis, les jambes croisées. Il le posa sur ses genoux. La couverture vert sombre semblait absorber la lumière de la chambre. Le serpent argenté, enroulé autour de la plume, était toujours aussi brillant. Draco passa un doigt sur l'emblème.

 

— Très bien, murmura-t-il. On va reprendre depuis le début.

 

Il ouvrit le journal. La première page était toujours couverte de la même écriture élégante.

"À Draco Lucius Malfoy." Il tourna la page.

"Si tu lis ceci, c'est que j'ai enfin trouvé le moyen de te prévenir." Puis : "Je suis toi, Draco."

 

Il relut la phrase. Il détestait toujours autant cette formulation.

 

— Tu pourrais au moins avoir la politesse de te présenter correctement, écrit-il.

 

Les mots apparurent sous ses yeux.

 

"Tu connais déjà mon nom."

 

Draco sursauta.

 

— Ce n'est pas une réponse.

 

"Tu poses beaucoup de questions pour quelqu'un qui n'aime pas les réponses."

 

Draco plissa les yeux.

 

— Tu es particulièrement désagréable.

 

"Je te remercie."

 

Il referma brusquement le journal.

 

— Insolent.

 

Il resta quelques secondes à fixer la couverture.

Puis il l'ouvrit de nouveau.

 

— Comment peux-tu être moi ?

 

Les pages demeurèrent silencieuses.

Draco attendit. Une ligne apparut finalement.

 

"Tu ne comprendrais pas encore."

 

— Essaie.

 

"Pas aujourd'hui."

 

Il serra les dents.

 

— Tu n'es pas très utile.

 

"Tu me le reprocheras souvent."

 

Draco s'arrêta. Il relut la phrase une seconde fois.

 

— Souvent ?

 

Aucune réponse. Il tourna quelques pages. Elles étaient blanches. Certaines portaient de légères marques, comme si des mots avaient été effacés depuis longtemps.

 

— Est-ce que tu peux me montrer mon avenir ?

 

La plume sembla hésiter. Puis une réponse apparut. "Je peux te montrer des souvenirs."

 

Draco sentit son intérêt se réveiller.

 

— Les miens ?

 

"Oui."

 

— Alors montre-moi quelque chose.

 

Cette fois, les mots mirent davantage de temps à apparaître.

 

"Tu n'es pas prêt."

 

 Draco claqua le livre.

 

— C'est ridicule !

 

Il se releva d'un mouvement sec.

Il n'avait jamais rencontré un objet aussi agaçant.

 

Et pourtant, il ne parvenait pas à s'en débarrasser. Le petit-déjeuner se déroula dans la grande salle à manger du manoir. La pièce était immense, avec ses hautes fenêtres, ses murs recouverts de boiseries et son imposante cheminée de marbre. La table pouvait accueillir une vingtaine de personnes, mais seuls trois couverts étaient disposés à l'une de ses extrémités. Lucius était déjà installé. Il lisait la Gazette du Sorcier tout en buvant son thé. Sa longue chevelure blonde tombait parfaitement dans son dos et sa baguette reposait à côté de son assiette. Draco prit place en face de lui.

 

— Bonjour, père.

 

Lucius baissa légèrement son journal.

 

— Bonjour, Draco.

 

Narcissa s'installa à son tour. Un elfe de maison apparut presque immédiatement pour servir le thé. Draco observa son père avec attention.

 

Il attendit qu'il repose sa tasse.

 

— Mère m'a dit que tu avais reçu une lettre.

 

Lucius replia la Gazette.

 

— C'est exact.

 

— De Poudlard ?

 

— Non. D'un ancien collègue.

 

Draco se renfrogna légèrement.

 

— Oh.

 

Lucius remarqua sa déception.

 

— Cela ne signifie pas que Poudlard ne nous intéresse pas, Draco. Simplement, certaines informations méritent d'être obtenues auprès de personnes dont nous connaissons la fiabilité.

 

— Et qu'est-ce qu'il a dit ?

 

Lucius posa sa tasse.

 

— Il m'a confirmé que plusieurs familles importantes auront des enfants de ton âge cette année.

 

— Comme les Parkinson ?

 

— Probablement.

 

— Et les Greengrass ?

 

— Oui.

 

Draco sembla réfléchir.

 

— Est-ce que je serai dans la même maison que Pansy ?

 

— Cela dépendra du Choixpeau.

 

Il fronça le nez.

 

— Je croyais que les Malfoy allaient à Serpentard.

 

Lucius eut un léger sourire.

 

— C'est effectivement une tradition familiale.

 

— Alors pourquoi est-ce que ça dépend du Choixpeau ?

 

Draco n'était pas certain de comprendre.

Lucius reprit :

 

— Tu seras jugé sur ce que tu es, Draco. Pas uniquement sur ton nom.

 

— Mais mon nom compte.

 

— Bien entendu.

 

Il se pencha légèrement vers son fils.

 

— Ton nom t'ouvre des portes. Il attire l'attention et impose certaines attentes. Mais il ne fera pas ton travail à ta place. Draco baissa les yeux vers son assiette. Il connaissait ce genre de discours.

 

Son père lui avait déjà expliqué qu'un Malfoy devait être cultivé, élégant, capable de tenir une conversation et surtout de ne jamais donner l'impression d'être inférieur à quiconque.

 

— Je serai le meilleur de ma classe, annonça-t-il.

 

Lucius haussa un sourcil.

 

— Voilà une ambition raisonnable.

 

Narcissa intervint doucement :

 

— Tu pourrais peut-être commencer par apprendre à ne pas laisser tes livres traîner partout dans ta chambre.

 

— Mère…

 

— Je ne crois pas que le professeur McGonagall appréciera de devoir chercher tes affaires sous ton lit.

 

— Je sais parfaitement où sont mes affaires.

 

Lucius replia sa serviette.

 

— Nous aurons l'occasion de vérifier cela avant ton départ.

 

Draco se redressa.

 

— Tu viendras avec moi ?

 

— À la gare, naturellement.

 

— Et à Londres ?

 

— Nous irons acheter tes fournitures ensemble.

 

Un sourire apparut sur le visage de Draco. Il avait déjà imaginé cette journée des dizaines de fois.

 

Les boutiques, les robes de sorcier, les livres, sa première baguette…

 

Et surtout, le moment où il monterait à bord du Poudlard Express.

 

Il ne savait pas encore que cette journée serait bien différente de ce qu'il imaginait.

 

Après le petit-déjeuner, Lucius fut retenu par une visite. Un homme du Ministère devait arriver dans la matinée pour discuter d'une affaire concernant une propriété familiale.

Narcissa, de son côté, avait prévu de recevoir une amie. Draco fut donc laissé à ses occupations. Ce qui, dans son esprit, signifiait une chose très précise. Il retourna dans sa chambre. Le journal était toujours dans le coffre.

 

Il le sortit, le posa sur son bureau et s'installa devant.

 

— Nous allons essayer autrement.

 

Il prit une plume.

 

— Si tu es vraiment moi, tu dois connaître des choses que je suis le seul à savoir.

 

Il réfléchit un instant.

 

— Quel était le nom du premier elfe de maison qui m'a servi ?

 

Les pages restèrent vierges. Draco fronça les sourcils.

 

— Tu ne sais pas ?

 

Une réponse apparut.

 

"Dobby."

 

Draco haussa les épaules.

 

— Tout le monde connaît Dobby.

 

"Tu lui as renversé une assiette sur la tête à l'âge de quatre ans parce qu'il avait refusé de te donner une troisième part de tarte."

 

Draco ouvrit la bouche.

 

— C'est faux !

 

"Tu as ensuite prétendu que c'était un accident."

 

— C'était un accident !

 

"Tu avais délibérément tiré sur la nappe."

 

Draco rougit légèrement. Il se souvenait vaguement de cette histoire. Sa mère avait été furieuse. Son père avait trouvé l'incident plutôt amusant, jusqu'à ce que Narcissa lui rappelle que Dobby avait dû passer une heure à nettoyer le sol.

 

— Très bien, admit-il à contrecœur. Mais ce n'est pas une preuve.

 

Il tourna la page.

 

— Quel est mon animal préféré ?

 

Cette fois, l'encre mit quelques secondes à apparaître.

 

« Le renard. »

 

Draco fronça les sourcils.

 

— Comment tu le sais ?

 

Une nouvelle phrase vint s'inscrire sous la première.

 

« Mais ta créature préférée reste le dragon. Tu as toujours fait une distinction entre les deux. »

 

Draco fixa les mots. Il n'avait jamais vraiment réfléchi à cette distinction. Pour lui, les renards étaient les animaux les plus fascinants, mais les dragons… les dragons étaient autre chose.

 

— Tu pourrais être un objet enchanté, dit-il finalement.

 

« Je pourrais. »

 

Il resta silencieux quelques secondes.

 

— Tu pourrais aussi être un piège.

 

« Oui. »

 

Draco releva la tête. Cette réponse ne lui plaisait pas.

 

— Tu ne vas pas nier ?

 

"Je ne t'ai jamais demandé de me faire confiance."

 

Il observa les mots. C'était précisément ce qui l'inquiétait. Un piège aurait probablement essayé de le convaincre qu'il était inoffensif. Le journal, lui, semblait presque se moquer de sa méfiance.

 

— Alors montre-moi quelque chose que je ne peux pas savoir.

 

Les pages frémirent.

 

Une ligne apparut.

 

"Tu veux un souvenir ?"

 

Draco se redressa.

 

— Oui.

 

"Un vrai souvenir ?"

 

— Oui !

 

"Alors ne détourne pas les yeux."

 

Il eut à peine le temps de froncer les sourcils.

L'encre se mit à bouger. Ce ne fut pas une image qui apparut sur la page. Ce fut d'abord une sensation. Une chaleur douce. L'odeur du bois ciré. Puis un bruit. Un petit rire d'enfant. Draco recula instinctivement. La page n'était plus blanche. Elle semblait contenir une scène vivante, comme si quelqu'un avait ouvert une fenêtre sur un endroit lointain.

 

Il reconnut immédiatement la pièce. Son ancienne chambre. Celle qu'il avait occupée lorsqu'il était tout petit, avant que ses parents ne fassent réaménager les appartements familiaux.

 

Il se vit. Un tout petit garçon aux cheveux blonds, assis sur le sol, tenant maladroitement un dragon miniature. Il devait avoir quatre ou cinq ans. Draco se pencha davantage. Une voix s'éleva.

 

— Père !

 

Il sentit son cœur manquer un battement.

La scène se poursuivit.

 

Le petit Draco tenait le dragon devant lui.

Lucius, plus jeune de quelques années, était installé dans un fauteuil près de la cheminée. Il lisait un document, visiblement absorbé.

 

— Père, regarde !

 

— Un instant, Draco.

 

— Mais regarde !

 

Lucius leva les yeux.

 

— Qu'y a-t-il ?

 

— Il vole !

 

Le petit garçon agita son jouet dans les airs.

Lucius observa le dragon.

 

— Je vois cela.

 

— Il est très rapide !

 

— Vraiment ?

 

— Plus rapide que les autres !

 

Lucius posa son document. Il tendit la main.

 

— Puis-je le voir ?

 

Le petit Draco hésita. Puis il lui tendit le jouet.

Lucius l'examina avec un sérieux presque exagéré.

 

— Une très belle pièce.

 

— C'est le meilleur.

 

— Naturellement.

 

Le petit garçon se rapprocha du fauteuil.

 

— Tu peux le faire voler ?

 

Lucius leva les yeux vers lui. Un sourire discret apparut sur son visage.

 

— Je pourrais essayer.

 

Il sortit sa baguette et prononça une formule.

Le dragon miniature s'éleva doucement dans les airs. Le petit Draco poussa un cri de joie.

 

— Encore !

 

Lucius fit tourner le jouet au-dessus de sa tête.

 

— Tu vois ? Même les plus petites choses peuvent être impressionnantes lorsqu'on sait les manier correctement.

 

— Comme toi ?

 

Le silence qui suivit fut bref. Puis Lucius eut un véritable rire. Pas un sourire poli. Pas cette expression froide qu'il réservait aux invités.

Un rire.

 

— Oui, Draco. Comme moi.

 

Le petit garçon grimpa sur ses genoux. Lucius le retint d'un bras, sans cesser de faire voler le dragon de l'autre main. La scène se troubla.

 

L'image disparut. Draco resta immobile.

 

Il avait reconnu ce souvenir. Pas dans ses détails, mais dans son ensemble. Il se souvenait du dragon. Il se souvenait d'avoir voulu le faire voler. Il se souvenait même d'avoir été assis sur les genoux de son père. Mais il n'avait jamais imaginé que le journal puisse lui montrer quelque chose d'aussi précis. Il baissa les yeux vers les pages.

 

— Comment as-tu fait ça ?

 

Aucune réponse.

 

— Comment as-tu pu voir ça ?

 

L'encre apparut lentement.

 

"Parce que je m'en souviens."

 

Draco déglutit.

 

— C'était vraiment moi ?

 

"Oui."

 

— Et mon père ?

 

Il fixa la page. Puis, après un long moment :

 

— Tu as dit que tu étais mon avenir.

 

"Je suis toi."

 

Draco passa une main dans ses cheveux.

 

— Alors pourquoi est-ce que je ne me souviens pas de tout ça aussi clairement ?

 

La réponse mit du temps à apparaître.

"Parce que les souvenirs ne restent pas toujours entiers."

 

Il fronça les sourcils.

 

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

 

"Tu te souviens de ce que tu as vécu. Mais tu oublies parfois ce que tu as ressenti."

 

Draco relut la phrase.

 

Il n'aimait pas cette façon de parler. Il avait l'impression que le journal essayait de lui faire comprendre quelque chose qu'il ne voulait pas comprendre.

 

— Tu veux dire que j'ai oublié mon père ?

 

"Non."

 

Une nouvelle ligne apparut.

 

"Tu as oublié certaines choses qu'il t'a données. "

 

Draco resta silencieux. Il pensa à son père. À ses discours. À ses attentes. À la façon dont Lucius le regardait lorsqu'il réussissait quelque chose.

Il pensa aussi à cette image. À ce rire. À cette main qui l'avait retenu lorsqu'il avait grimpé sur ses genoux. Il referma lentement le journal. Cette fois, il ne le fit pas par colère.

 

Le déjeuner fut annoncé peu avant treize heures. Draco descendit dans la salle à manger avec une humeur inhabituelle. Il n'était ni particulièrement joyeux ni contrarié. Il réfléchissait. Lucius n'était pas encore revenu de sa visite. Narcissa déjeunait seule, un livre ouvert à côté de son assiette.

 

— Où est père ? demanda Draco en prenant place.

 

— Il est encore occupé.

 

— Il reviendra ?

 

— Probablement pour le thé.

 

Draco hocha la tête. Il commença à manger.

Narcissa l'observa quelques secondes.

 

— Tu es bien silencieux aujourd'hui.

 

— Je réfléchis.

 

— C'est une activité qui te réussit parfois.

 

Draco leva les yeux.

 

— Mère !

 

Elle sourit.

 

— À quoi réfléchis-tu ?

 

Il hésita. Le journal lui revint immédiatement en tête. Pouvait-il lui en parler ? Non. Pas encore.

Il ne savait pas ce que c'était. Et si le journal était dangereux, il ne voulait pas que sa mère s'en approche.

 

— À Poudlard.

 

Narcissa posa ses couverts.

 

— Encore ?

 

— Je veux savoir à quoi ressemble le château.

 

— Ton père pourrait te montrer quelques photographies.

 

— J'en ai déjà vu.

 

— Alors qu'aimerais-tu savoir ?

 

Draco réfléchit.

 

— Est-ce que tu étais heureuse, à Poudlard ?

 

Narcissa sembla surprise. Elle ne répondit pas tout de suite.

 

— Oui, dit-elle finalement. À certains moments.

 

— Seulement à certains moments ?

 

— Comme partout, Draco. Il y a des souvenirs que l'on garde avec plaisir et d'autres que l'on préfère laisser derrière soi.

 

Il la regarda.

 

— Tu as aimé être à Serpentard ?

 

— Oui.

 

— Pourquoi ?

 

Narcissa eut un sourire presque nostalgique.

 

— Parce que j'y ai rencontré des personnes qui ont compté pour moi. Et parce que j'y ai appris beaucoup de choses.

 

— Comme quoi ?

 

— À ne pas confondre la loyauté avec l'obéissance. Et à ne pas laisser les autres décider de ce que je devais penser.

 

Draco fronça les sourcils.

 

— Mais père dit qu'il faut respecter les traditions.

 

— Ton père a raison sur bien des choses.

 

Elle marqua une pause.

 

— Mais cela ne signifie pas qu'il a toujours raison sur tout.

 

Draco resta bouche bée. Il n'avait pas l'habitude d'entendre sa mère dire ce genre de choses.

 

— Tu n'es pas d'accord avec lui ?

 

— Je n'ai pas dit cela.

 

Elle reprit son verre.

 

— Ton père et moi ne sommes pas obligés d'avoir exactement les mêmes opinions pour nous aimer.

 

Draco baissa les yeux vers son assiette.

Il pensa à la phrase du journal. Tu as oublié certaines choses qu'il t'a données Il se demanda si cela pouvait aussi concerner sa mère. L'après-midi, Severus Rogue arriva au manoir. Draco le reconnut à sa voix avant même de le voir.

 

— Narcissa, je vous assure que je n'avais aucune intention de passer ma journée à discuter des nouvelles expériences de votre mari.

 

— Lucius n'est pas encore revenu, Severus.

 

— Voilà qui améliore considérablement ma journée.

 

Narcissa rit doucement. Draco, qui se trouvait dans le couloir, s'arrêta. Severus portait sa robe noire habituelle. Ses cheveux étaient aussi impeccablement désordonnés que d'habitude, et son expression indiquait clairement qu'il aurait préféré se trouver ailleurs.

 

— Draco, dit-il en apercevant le garçon.

 

— Professeur Rogue.

 

Severus haussa un sourcil.

 

— Nous ne sommes pas encore à Poudlard. Tu peux m'appeler Severus

.

— Je préfère professeur Rogue.

 

— Comme tu voudras.

 

Draco s'approcha.

 

— Tu viens souvent ici ?

 

— Suffisamment pour regretter de ne pas avoir choisi une profession moins contraignante.

 

Narcissa lui adressa un regard amusé.

 

— Tu pourrais au moins faire semblant d'être heureux de nous voir.

 

— Je suis ravi de vous voir, Narcissa. C'est le manoir qui m'épuise.

 

Draco sourit. Il aimait bien Severus. L'homme était parfois désagréable, mais il ne lui parlait jamais comme à un bébé. Il répondait à ses questions, même lorsqu'elles étaient stupides, et ne cherchait pas à le flatter inutilement.

 

Severus le détailla, s'arrêta devant lui et observa les livres empilés sur la table.

 

— Alors, jeune Malfoy, tu te prépares sérieusement à impressionner tes futurs professeurs ?

 

Draco redressa aussitôt le menton.

 

— Je n'ai pas besoin de les impressionner. Ils finiront bien par remarquer que je suis meilleur que les autres.

 

Un sourcil de Severus se haussa.

 

— Voilà qui promet une année particulièrement reposante.

 

— Je pourrais même être le meilleur élève de ma classe.

 

— Tu pourrais également commencer par apprendre à écouter avant de te proclamer vainqueur.

 

— Je sais écouter ! Même père le dit.

 

— Ton père dit beaucoup de choses, et C'est précisément ce que disent les personnes qui n'écoutent jamais.

 

Narcissa secoua la tête, amusée.

 

— Vous êtes impossibles tous les deux.

 

Severus posa une main sur l'épaule de Draco.

 

— Comment se passent tes préparatifs pour Poudlard ?

 

— Très bien. Je connais déjà plusieurs noms de sorts.

 

— Vraiment ?

 

— Oui.

 

— Lesquels ?

 

Draco les énuméra avec une certaine fierté.

Severus l'écouta sans l'interrompre. Lorsqu'il eut terminé, il hocha lentement la tête.

 

— Pas mal.

 

Draco se redressa.

 

— Seulement pas mal ?

 

— Tu n'as pas encore appris à les exécuter correctement.

 

— Je pourrais !

 

— J'en suis convaincu. Mais je préfère éviter que tu mettes le feu à une tenture avant même d'avoir franchi les portes de Poudlard. Narcissa éclata de rire. Draco fit une moue vexée.

 

— Je ne suis pas stupide.

 

— Je n'ai jamais dit cela.

 

Severus le regarda plus attentivement.

 

— L'intelligence ne t'empêchera pas de faire des erreurs.

 

Draco haussa les épaules.

 

— Je n'en ferai pas.

 

— Voilà une affirmation que tu regretteras probablement.

 

Le garçon fronça les sourcils.

 

— Pourquoi tout le monde me dit que je vais regretter des choses aujourd'hui ?

 

Severus s'immobilisa.

 

— Tout le monde ?

 

Draco sentit immédiatement qu'il avait parlé trop vite.

 

— Rien.

 

— Draco.

 

— J'ai simplement dit que tout le monde me répète que je dois faire attention.


Severus l'observa un instant. Puis il détourna les yeux.

 

— C'est généralement un bon conseil.



Plus tard, alors que Narcissa accompagnait Severus dans le salon, Draco remonta dans sa chambre. Il ferma la porte. Le journal l'attendait.

Il le sortit de son coffre et le posa sur le bureau.

 

— Tu m'as montré un souvenir.

 

Les pages s'ouvrirent d'elles-mêmes.

 

"Oui."

 

— Tu peux m'en montrer d'autres ?

 

"Oui."

 

Draco hésita.

 

— Montre-moi un souvenir avec Severus.

 

L'encre se mit à bouger. Puis une phrase apparut.

 

"Pas celui-là."

 

Draco fronça les sourcils.

 

— Pourquoi ?

 

Parce que tu ne le comprendrais pas.

 

— Tu dis toujours ça !

 

Parce que tu poses toujours des questions auxquelles tu n'es pas encore prêt à répondre.

Il frappa légèrement la couverture du plat de la main.

 

— Je déteste quand tu fais ça.

 

"Je sais."

 

Draco se laissa tomber sur sa chaise.

 

— Alors montre-moi quelque chose d'autre.

Un long silence suivit. Puis le journal écrivit :

"Tu veux savoir ce qui va t'arriver à Poudlard ?"

 

Draco se redressa.

 

— Oui.

 

"Tu veux savoir qui seront tes amis ?"

 

— Oui.

 

"Tu veux savoir ce que ton père attendra de toi ?"

 

Draco ne répondit pas immédiatement.

 

— Oui.

 

Les mots apparurent lentement.

 

"Alors tu devras apprendre à vivre avec le fait que certaines réponses te feront peur."

 

Il resta immobile.

 

— Je n'ai peur de rien.

 

Le journal ne répondit pas. Draco serra les dents.

 

— Tu m'entends ?

 

Une phrase apparut.

 

"Je me souviens."

 

Il sentit une étrange froideur lui parcourir le dos.

 

— De quoi ?

 

La page demeura blanche quelques secondes.

Puis : "De toi."

 

Draco se pencha.

 

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

 

Le journal ne répondit pas. Il tourna plusieurs pages. Au milieu du livre, une phrase apparut soudain. Elle n'était pas écrite avec la même encre. Les lettres semblaient plus sombres, presque noires. "Tu auras bientôt l'occasion de choisir.'

 

Draco plissa les yeux.

 

— Choisir quoi ?

 

Une seconde ligne apparut.

 

"La personne que tu veux devenir."

 

Il sentit son ventre se nouer.

 

— Je sais déjà qui je veux devenir.

 

Le journal sembla attendre. Puis : 'Non, Draco."

 

Une nouvelle phrase s'inscrivit sous la première.

 

"Tu sais seulement qui tu dois être."

 

Il fixa les mots. Longtemps. Il ne savait pas pourquoi cette phrase le mettait autant en colère.

Peut-être parce qu'elle ressemblait aux paroles de son père. Peut-être parce qu'elle ressemblait à celles de sa mère. Ou peut-être parce qu'une petite partie de lui se demandait si le journal avait raison. Il referma le livre d'un geste sec.

 

Le soir, Lucius rentra finalement. Draco l'attendait dans le petit salon familial. Il était assis sur le canapé, un livre ouvert sur les genoux, mais il n'avait pas tourné une page depuis plusieurs minutes. Lorsque son père entra, il se redressa.

 

— Père.

 

Lucius retira ses gants.

 

— Draco.

 

Il posa sa baguette sur une petite table.

 

— Tu m'attendais ?

 

— Oui.

 

— Pour quelle raison ?

 

Draco hésita. Il aurait pu lui demander s'il se souvenait de son dragon miniature. Il aurait pu lui demander s'il avait vraiment été heureux de le faire voler. Mais il n'en fit rien.

 

— Est-ce que tu étais heureux à Poudlard ?

 

Lucius le regarda. La question semblait l'avoir surpris.

 

— Pourquoi me demandes-tu cela ?

 

— Mère m'a parlé de son époque à Poudlard.

 

— Et ?

 

— Je voulais savoir si toi aussi tu avais aimé.

 

Lucius s'approcha de la cheminée.

 

— J'y ai passé certaines des meilleures années de ma vie.

 

— Tu étais à Serpentard ?

 

— Évidemment.

 

Draco sourit.

 

— Tu avais beaucoup d'amis ?

 

Lucius eut une expression difficile à interpréter.

 

— J'avais des camarades. Quelques personnes dont j'appréciais la compagnie.

 

— Et Severus ?

 

Un silence. Puis Lucius eut un léger sourire.

 

— Severus était déjà particulièrement désagréable à l'époque. Draco rit.

 

— Il est toujours comme ça.

 

— Il n'a jamais prétendu être quelqu'un d'autre.

 

Lucius se tourna vers lui.

 

— Pourquoi toutes ces questions ?

 

Draco baissa les yeux.

 

— Je veux savoir comment c'était.

 

Son père l'observa quelques secondes. Puis il s'approcha et s'assit à côté de lui.

 

— Poudlard est une expérience que tu n'oublieras pas, Draco. Tu y apprendras des choses que nous ne pouvons pas t'enseigner ici. Tu rencontreras des gens qui te déplairont, d'autres qui te surprendront. Tu seras parfois contrarié, parfois fier de toi. Il posa une main sur son épaule.

 

— Mais tu dois toujours garder à l'esprit qui tu es.

 

Draco leva les yeux.

 

— Un Malfoy.

 

— Exactement.

 

Lucius resserra légèrement sa main.

 

— Et quoi qu'il arrive, tu ne dois jamais avoir honte de ce nom.

 

Draco hocha la tête. Il voulait que son père soit fier de lui. C'était aussi simple que cela. Lucius lui adressa un dernier regard, puis se leva.

 

— Viens dîner. Ta mère nous attend.

 

Draco le suivit. Mais, pour la première fois, les paroles de son père lui semblaient accompagner une autre question. Qui veux-tu devenir ?

 

 Cette nuit-là, Draco attendit que le manoir soit silencieux. Il repoussa ses couvertures, alluma sa lampe de chevet et sortit le journal du coffre.

Il avait décidé de ne pas lui parler. Il allait simplement regarder les pages. Il les parcourut lentement. La première était toujours la même.

La deuxième aussi. Mais, lorsqu'il arriva au milieu du livre, il remarqua quelque chose.

Une petite marque. Un symbole qu'il n'avait pas vu auparavant. Un cercle argenté entourant une sorte de petite étoile. Draco passa le doigt dessus.

 

La page frissonna. Puis des mots apparurent. "Il y a une chose que je ne t'ai pas dite." Draco se redressa.

 

— Laquelle ?

 

"Les souvenirs que je te montre ne sont pas tous des souvenirs heureux."

 

Il déglutit.

 

— Je m'en doute.

 

"Certains te feront du mal."

 

— Je ne suis pas un bébé.

 

"Je sais."

 

Draco attendit. Une autre phrase apparut.

"Et certains te donneront envie de changer les choses." Il fronça les sourcils.

 

— C'est justement ce que je veux.

 

Le journal resta silencieux. Puis : "Alors écoute-moi attentivement."

 

L'encre s'étendit sur la page. "Ne cherche pas à empêcher chaque mauvaise chose de se produire."

 

Draco eut un mouvement d'impatience.

 

— Pourquoi ?

 

"Parce que tu ne sais pas encore ce qui doit être changé."

 

Il relut la phrase.

 

— C'est absurde.

 

"Tu le penseras encore."

 

Il serra les dents.

 

— Je veux savoir ce qui va m'arriver.

 

La réponse fut immédiate.

 

"Tu vas à Poudlard."

 

— Je le sais déjà !

 

"Tu vas rencontrer des gens."

 

— Tout le monde rencontre des gens à Poudlard !

 

"Tu vas faire des choix."

 

— C'est toujours la même chose !

 

Une dernière phrase apparut. "Et tu vas devoir vivre avec les conséquences."

 

Draco resta immobile. Puis il murmura :

 

— Tu es vraiment moi ?

 

Les pages ne bougèrent pas. Il posa sa main sur la couverture.

 

— Est-ce que tu es heureux ?

 

Cette fois, la réponse mit longtemps à venir. Très longtemps. Enfin, trois mots apparurent.

 

"Je l'ai été."

 

Draco sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.

 

— Et maintenant ?

 

Aucune réponse. Il attendit. Puis une dernière phrase se dessina. "Je voudrais que tu le sois davantage."

 

Draco fixa le journal. Il ne comprenait pas.

Il ne comprenait pas pourquoi son futur lui parlait comme s'il avait perdu quelque chose.

Il ne comprenait pas pourquoi ses souvenirs semblaient parfois si heureux et parfois si douloureux. Et il ne comprenait surtout pas pourquoi un garçon de onze ans devait porter le poids des regrets d'un homme qu'il n'était pas encore. Il referma doucement le livre. Puis le glissa sous son oreiller.

 

Cette nuit-là, il mit longtemps à s'endormir.

Et lorsqu'il finit par fermer les yeux, il revit le souvenir de son père faisant voler Vif-Argent au-dessus de sa tête. Il sourit malgré lui. Ce souvenir-là, au moins, il voulait le garder.

Il ne savait pas encore que le journal lui en montrerait d'autres. Des souvenirs qu'il aurait préféré ne jamais découvrir. Des souvenirs qui lui feraient comprendre que l'amour d'une famille ne suffit pas toujours à empêcher les erreurs.

Et qu'un avenir peut parfois être sauvé par une décision minuscule. Une décision que personne, pas même un Malfoy, n'aurait imaginé devoir prendre.

 

Fin du chapitre 3.

 

Un petit mot de l'autrice ?

 

Bonjour à tous !

 

Tout d'abord, merci d'être arrivés jusqu'au chapitre 3 de cette petite histoire. J'espère sincèrement qu'elle vous plaira et que vous aurez envie de continuer l'aventure avec moi !

 

Je préfère vous prévenir : cette fanfiction risque de comporter énormément de chapitres et probablement plusieurs tomes, puisque mon objectif est de reprendre les sept années de Draco à Poudlard, en développant l'histoire à ma manière.

 

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué, il s'agit d'une fanfiction BL, avec le couple Drarry, mais également d'autres couples qui auront leur importance au fil de l'histoire.

 

Merci énormément à tous mes futurs lecteurs, à ceux qui prendront le temps de découvrir mon histoire et, je l'espère, de la suivre jusqu'au bout.

(Petite pensée pour moi-même : j'écris ce mot au moment même où je publie cette histoire… Imaginez si c'est un flop et que personne ne la lit ! ?)

 

En tout cas, merci d'avance pour votre soutien, vos commentaires et votre bienveillance.

Je vous fais plein de bisous et vous souhaite une excellente lecture ! ?


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