Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 21 : CHAPITRE 20 — LES CHOSES QU'ON CROIT SAVOIR

4538 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 21/10/2026 17:29

Dumbledore vint le chercher après le petit déjeuner.

Harry avait dormi deux heures, peut-être trois. Il se souvenait d'avoir entendu Ron se retourner, puis les pas de Neville, puis un oiseau derrière la vitre. Entre ces bruits, il avait eu l'impression de rester éveillé tout le temps.

Le directeur l'attendait au bas de l'escalier de Gryffondor.

— Nous pouvons parler ici, si vous préférez, dit-il.

Harry regarda les élèves qui passaient avec leurs livres.

— Dans votre bureau, plutôt.

— Bien sûr.

Ils traversèrent une galerie où le soleil dessinait des rectangles jaunes sur les dalles. Le château avait l'indécence d'être beau. Harry aurait voulu que les pierres aient conservé quelque chose de la nuit, que les fenêtres montrent ce qu'il avait vu au lieu de laisser entrer ce matin ordinaire.

Dumbledore ne lui posa aucune question pendant le trajet.

Une gargouille se déplaça devant eux. L'escalier derrière elle se mit à tourner et Harry posa la main sur la rampe. Au-dessus, une porte s'ouvrit sur une pièce ronde, pleine de petites sonneries et de portraits qui firent semblant de ne pas les regarder.

Un oiseau rouge et or était perché près de la fenêtre.

Harry s'arrêta.

— Il s'appelle Fumseck, dit Dumbledore.

Le phénix inclina la tête. Son regard n'avait rien d'humain, pourtant Harry eut l'impression qu'il prenait le temps de constater sa présence.

Cela le calma un peu.

Le directeur lui désigna un fauteuil et s'assit de l'autre côté du bureau.

— Le professeur McGonagall m'a transmis votre récit. Firenze m'a parlé à l'aube. Je voudrais vous entendre maintenant, sans vous demander de recommencer tout ce qui vous ferait inutilement du mal.

Harry regarda ses mains.

— Vous pensez que c'était lui ?

Dumbledore ne demanda pas de qui il parlait.

— Je pense que votre hypothèse doit être prise très au sérieux.

— Mais vous ne savez pas.

— Non.

Harry sentit monter une déception presque violente.

— Vous êtes censé savoir.

Le silence dura quelques secondes.

— Il arrive souvent qu'on attende cela de moi, répondit Dumbledore. Cette attente ne me donne pas les connaissances qui me manquent.

Il ne semblait pas blessé par le reproche. Harry en fut à la fois soulagé et contrarié.

— Alors qu'est-ce que vous allez faire ?

— Rechercher cette présence. Renforcer la surveillance de la lisière. Examiner l'arbre et les traces laissées près de la licorne. Parler aux personnes qui pourraient avoir vu quelque chose. Et veiller à ce que vous puissiez suivre vos cours sans être chargé de nous protéger tous.

Harry releva la tête.

— Je n'ai pas demandé à voir ça.

— Je le sais.

— On nous avait dit que le chemin était sûr.

Dumbledore ôta ses lunettes, les replia et les posa sur le bureau.

— Les précautions prises n'ont pas suffi. Ce n'est pas votre faute. Vous aviez accompli le travail demandé, sous la responsabilité de deux adultes. La retenue n'autorisait pas que vous soyez exposés à un tel danger.

La colère de Harry hésita, privée d'une résistance contre laquelle pousser.

— Le professeur Chourave a fait partir tout le monde dès qu'elle a vu le sang.

— Elle me l'a expliqué. Elle a aussi signalé que vous aviez répondu aux appels et tenté de rester sur le chemin. Cela nous a aidés à vous retrouver.

Harry pensa aux Malfoy, à la main de Dracena sur le bras de son frère, à son propre genou dans les feuilles.

— Moi, je n'ai rien fait.

— Vous avez survécu à une rencontre terrifiante. Pour cette nuit-là, c'est assez.

Harry baissa les yeux avant que le directeur puisse voir ce que cette phrase lui faisait.

Ils parlèrent de la cicatrice.

Dumbledore lui demanda si la douleur ressemblait à celle qu'il ressentait parfois depuis la rentrée, combien de temps elle avait duré et si elle était revenue une fois sorti de la forêt. Harry décrivit la brûlure, l'impression de reconnaître quelque chose sans l'avoir jamais vu, puis s'interrompit.

— C'est bizarre.

— Oui.

Le directeur n'essaya pas de rendre cela banal.

Harry lui en fut reconnaissant.

— Est-ce qu'il peut me retrouver avec ça ?

Dumbledore resta un moment pensif.

— Je ne peux pas vous répondre avec certitude. Une cicatrice laissée par une magie aussi violente n'est pas seulement une marque sur la peau. Mais sentir un danger ne signifie pas que ce danger sait vous chercher partout.

— Vous me le diriez, si vous saviez ?

— Je vous dirais ce qui vous permet de comprendre et de vous protéger. Je ne vous promettrai pas de vous confier toutes les hypothèses qui me traversent l'esprit.

Harry regarda le phénix. Il aurait préféré un oui sans réserve. Il savait pourtant qu'un tel oui aurait probablement été faux.

— Et la Pierre ? demanda-t-il.

Dumbledore remit ses lunettes.

— Racontez-moi comment vous avez trouvé son nom.

Harry commença par le paquet de Gringotts. Puis il parla du chien, de la trappe, de Nicolas Flamel, des recherches du père d'Hermione sur Internet et de la carte de Chocogrenouille. À mesure qu'il racontait, il découvrait combien d'étapes avaient dépendu d'une parole prononcée trop fort, d'un objet oublié, d'un souvenir revenu au bon moment.

Le directeur l'écouta jusqu'au bout.

— Miss Granger et monsieur Weasley savent tout cela ?

— Oui.

— Quelqu'un d'autre ?

Harry réfléchit.

— Neville a vu le chien. Mais on ne lui a pas parlé de Flamel. Les Malfoy ne savent pas. Enfin… pas par nous.

— Bien.

— Vous n'êtes pas en colère ?

— Je suis préoccupé par les risques que vous avez pris. Et par le fait que certains de ces renseignements aient pu vous parvenir aussi facilement.

Harry posa les deux mains sur les accoudoirs.

— Alors elle est bien ici.

Dumbledore le regarda.

— Oui.

Entendre la confirmation ne lui apporta aucun plaisir.

La Pierre n'était plus une déduction qu'on pouvait encore abandonner. Elle était quelque part dans le château, avec ce qu'elle promettait et ce que quelqu'un était prêt à faire pour l'obtenir.

— Vous allez la déplacer ?

— Nicolas et moi examinons plusieurs possibilités. Déplacer un objet recherché peut le protéger. Cela peut aussi l'exposer pendant son transport. Je ne vous donnerai ni calendrier ni itinéraire.

— Il y a le chien, mais quelqu'un peut passer le chien.

— Il y a d'autres protections.

Harry se pencha.

— Rogue sait peut-être comment…

— J'ai confiance en Severus Rogue.

La phrase tomba sans dureté, avec une fermeté que Harry reconnut immédiatement.

— Vous avez confiance en tout le monde ici.

— Non.

Harry attendit.

Dumbledore n'ajouta rien.

— Il me déteste, dit le garçon.

— Il vous traite parfois avec une dureté injuste. Je lui en ai parlé. Cela ne constitue pas la preuve qu'il souhaite votre mort.

— Il était dans la tribune quand mon balai…

— Le professeur Flitwick a examiné les traces. Le professeur McGonagall m'a remis vos observations et celles de vos amis. Nous ne les avons pas écartées. Mais une enquête doit pouvoir modifier notre première idée, y compris lorsque cette idée concerne quelqu'un que nous n'aimons pas.

Harry eut envie de répondre qu'il n'avait pas choisi de ne pas aimer Rogue.

Cela ne changeait rien à la phrase du directeur.

Il le détesta un peu de l'obliger à le voir.

Dumbledore se leva pour prendre un petit objet sur une étagère.

C'était une plaque de cuivre, semblable à celle de Chourave mais dépourvue de poignée. Il la posa devant Harry.

— Vous avez déjà utilisé un poste d'appel dans l'école ?

— Non. Hermione sait où ils sont.

— Apprenez aussi. Pas pour enquêter : pour demander de l'aide. Celui du palier de Gryffondor permet de joindre le professeur de garde sans traverser le château. Appuyez ici, dites votre nom et attendez une réponse.

Harry regarda la surface mate.

— Ça ne marche pas sous la forêt ?

— Les dispositifs portatifs ont une portée plus limitée. Hier, le message du professeur Chourave nous est parvenu. La difficulté a été d'arriver jusqu'à vous à travers un passage effondré.

— Alors les lumières disent seulement que le message est arrivé ?

— Exactement. Elles ne promettent pas que tout est déjà résolu.

Harry toucha le cuivre du bout du doigt.

Il avait longtemps cru que la magie supprimerait les choses absurdes de la vie ordinaire : attendre, ne pas comprendre, être laissé dehors pendant que quelqu'un décidait. Il commençait à découvrir qu'elle savait aussi les rendre plus compliquées.

— Je veux que vous m'appeliez si la douleur revient fortement, ajouta Dumbledore. Ou si vous remarquez un fait nouveau. Même si vous craignez de vous tromper.

— Et si vous n'êtes pas là ?

— Le professeur McGonagall. Le professeur Flitwick. Madame Pomfresh. Vous n'avez pas à me trouver personnellement pour être entendu.

Harry acquiesça.

Au moment de se lever, il posa enfin la question qu'il avait gardée depuis le début.

— Est-ce qu'il va revenir pour moi ?

Dumbledore ne répondit pas tout de suite.

Dehors, un nuage passa devant le soleil et la pièce perdit un peu de sa couleur.

— Si Voldemort parvient à retrouver ses forces, il pourra constituer une menace pour vous. Pour beaucoup d'autres aussi. C'est une raison de nous préparer, Harry. Ce n'est pas une raison de vivre dès aujourd'hui toutes les nuits que vous redoutez.

Harry resta immobile.

— Je ne sais pas comment on fait.

— Vous n'êtes pas obligé de l'apprendre seul.

Les jours qui suivirent furent remplis de précautions visibles.

Des professeurs patrouillaient près des serres. Le chemin d'entretien était fermé. Les sorties dans le parc prenaient fin plus tôt et les élèves devaient traverser la cour par groupes après le dîner. La présence aperçue dans la forêt devint, dans les conversations, tour à tour un braconnier, un mage en fuite et un fantôme qui avait appris à boire.

Aucun de ceux qui avaient été là ne raconta l'histoire pour gagner un public.

Draco prétendit qu'il ne se souvenait pas bien.

Dracena répondit aux questions par un regard suffisamment froid pour décourager les plus insistants.

Le dimanche, elle parla à ses parents au relais de Serpentard. Cette fois, Lucius était assis près de Narcissa.

— Une punition dans la forêt, dit-il, relève d'un jugement que le conseil devra examiner.

— Nous étions à la lisière, répondit Dracena.

— Cela vous paraît-il améliorer le résultat ?

Elle se tut.

Narcissa demanda à Draco s'il mangeait et dormait. Il répondit oui aux deux questions. Dracena savait qu'il avait demandé à Crabbe de laisser la lumière près de son lit ; elle ne le mentionna pas.

— Nous pourrions vous faire rentrer avant la fin du trimestre, dit Lucius.

Dracena se redressa.

— Non.

Le visage de son père se ferma légèrement.

— Je n'ai pas demandé votre décision.

— Il y a les examens.

— Ils peuvent être organisés autrement.

Elle sentit Draco bouger à côté d'elle.

Pendant une seconde, elle crut qu'il allait demander à rentrer. Elle aurait compris. Elle aurait eu beaucoup de mal à ne pas lui en vouloir.

— Je veux rester, dit-il.

Narcissa les observa tous les deux.

— Pour quelle raison ?

Draco haussa les épaules.

— Je ne veux pas que tout le monde pense que…

Il s'arrêta.

Dracena prit le relais.

— Parce que c'est notre école. Et parce que je ne veux pas décider de toute la suite à cause de cette nuit.

Lucius croisa les mains.

— Vous n'avez aucune idée de ce qui s'est passé.

— Vous non plus, répondit-elle.

Le silence lui fit comprendre la brutalité de sa phrase.

Elle ne la retira pas.

Narcissa posa une main sur le bras de son mari.

— Nous attendrons le rapport de Dumbledore. Pour le moment, vous suivrez toutes les consignes. Sans exception.

— Oui, mère.

Après l'appel, Draco resta près du support.

— Tu aurais vraiment voulu rester si j'étais parti ?

Dracena regarda le miroir éteint.

— Je ne sais pas.

Il hocha la tête.

Ce fut la réponse la plus honnête qu'elle put lui donner.

À la bibliothèque, les mots avaient retrouvé leur immobilité.

C'était précisément ce que Dracena était venue chercher.

Elle ouvrit un ouvrage sur les conflits récents, paru plusieurs années avant sa naissance. Certains passages avaient été complétés par des feuillets plus récents. Sur la page consacrée à Voldemort, les noms des victimes occupaient davantage d'espace que les explications militaires.

Elle connaissait une partie de cette histoire. Chez elle, on parlait surtout de la puissance du mage, de la peur qu'il avait inspirée et des erreurs commises par ceux qui l'avaient affronté. Le mot criminel apparaissait moins volontiers que le mot redoutable.

Dracena relut le récit d'une maison attaquée pendant un dîner.

Elle pensa à la leur.

Aux lampes, au vin de son père, à Draco qui parlait trop vite quand il voulait raconter une victoire.

Un homme pouvait connaître une quantité exceptionnelle de magie et prendre une famille pour un argument. Elle ne voyait pas pourquoi ses connaissances rendraient ce choix moins stupide.

Il avait voulu soumettre un monde qu'il méprisait, trier les gens selon leur naissance et éliminer ceux qui lui résistaient. Ce n'était pas une idée supérieure. C'était une idée pauvre portée par une puissance immense.

Elle referma le livre quand Pansy s'approcha.

— Tu révises déjà la fin du programme ?

— Je cherche les conséquences des mauvaises décisions.

— Tu en as assez pour faire un devoir toute seule.

Dracena lui lança un regard.

Pansy parut regretter sa phrase, sans vouloir le montrer.

— Je plaisantais.

— Je l'avais compris.

La différence entre comprendre et trouver cela drôle resta entre elles.

Pansy posa ses affaires à l'autre bout de la table.

Dracena rouvrit son ouvrage, mais ne lut plus.

Elle ne savait pas qui avait été sous la cape dans la forêt. Elle n'allait pas transformer une silhouette en nom parce que ce nom venait de lui faire peur sur une page. Elle avait déjà assez de choses certaines à supporter.

Harry ne reparla pas de cette nuit aux Malfoy.

Il croisa Dracena un matin devant la classe de sortilèges. Elle s'arrêta juste assez longtemps pour qu'il comprenne qu'elle avait quelque chose à dire.

— Quoi ? demanda-t-il.

— Rien.

— Alors pourquoi tu me regardes ?

— Je vérifiais si tu savais encore répondre autrement qu'en aboyant.

— Tu pourrais essayer de ne pas commencer.

Leurs regards se heurtèrent.

Elle était toujours aussi jolie, avec cette chevelure qui semblait refuser le règlement plus efficacement que lui. Cela l'agaça de le remarquer alors qu'il n'avait aucune envie de trouver quoi que ce soit d'agréable chez elle.

Dracena baissa les yeux vers le livre qu'il tenait.

— Tu l'as emprunté à Granger ?

— Qu'est-ce que ça peut te faire ?

— Rien. Elle y a laissé ses fiches. Tu les fais tomber.

Harry regarda le sol. Trois cartons étaient éparpillés près de sa chaussure.

Il se baissa pour les ramasser.

Lorsqu'il se redressa, Dracena était déjà partie.

Il n'avait pas dit merci.

Elle ne s'était pas retournée pour l'attendre.

Le travail prit de plus en plus de place.

Il y eut des soirées où Harry réussit à oublier la forêt pendant une heure entière, puis se sentit coupable de l'avoir oubliée. Ron lui expliqua que sa mémoire n'avait pas à faire le service de nuit toutes les nuits. Hermione lui conseilla d'en parler à madame Pomfresh si les rêves continuaient.

Il finit par le faire.

La guérisseuse lui donna une petite préparation pour deux soirs seulement et lui demanda de revenir si la douleur de la cicatrice changeait. Elle ne le traita ni comme un bébé ni comme une énigme. Harry découvrit qu'il aimait beaucoup cette manière d'être un patient.

À la fin de mai, McGonagall lui rendit définitivement sa cape.

Elle l'avait convoqué après le cours. Le tissu reposait plié près de sa pile de copies.

— Vous avez respecté les conditions fixées, dit-elle. La mesure prend fin aujourd'hui.

Harry posa les mains sur la cape sans la prendre tout de suite.

— Je peux la garder dans ma malle ?

— Oui. Les règles concernant les déplacements nocturnes, elles, n'ont pas changé.

— Je sais.

— Je compte sur vous pour vous en souvenir lorsque cela vous semblera moins commode.

Il leva les yeux vers elle.

La professeure n'avait pas souri, mais sa voix était moins sèche.

— Merci, madame.

Il emporta le tissu contre lui.

Ce soir-là, il ne l'essaya même pas.

Le cinq juin, Dracena eut douze ans.

Elle se réveilla avant les autres filles, persuadée pendant quelques secondes qu'elle était au manoir. Puis elle entendit Millicent protester dans son sommeil et vit la lumière verte du lac sur les montants de son lit.

Une petite boîte l'attendait sur sa table.

Tracey avait posé dessus une carte : « Pour que tu arrêtes de piquer la mienne. »

À l'intérieur se trouvait une loupe de lecture dont le manche avait été réparé avec un cerclage de cuivre. Le verre grossissait légèrement les annotations et les inscriptions trop pâles. Ce n'était ni neuf ni précieux.

Dracena la prit avec une précaution qu'elle n'avait pas prévue.

Elle pouvait voir où la mère de Tracey avait repris le métal.

— Si elle ne te plaît pas, dit une voix derrière le rideau voisin, tu peux me la rendre.

— Elle me plaît.

— Bien. Parce que je comptais quand même te l'emprunter.

Dracena sourit avant de pouvoir s'en empêcher.

Au petit déjeuner, les hiboux déposèrent les paquets familiaux. Draco reçut un étui de baguette, un livre de tactique de Quidditch et enfin les gants qu'il avait réclamés en février. Dracena découvrit un nécessaire d'écriture et un ouvrage coûteux sur les anciens domaines enchantés. Narcissa avait ajouté, pour chacun, une photographie prise l'été précédent.

Sur celle de Dracena, les jumeaux se tenaient près du lac du manoir. Draco essayait de lui prendre son chapeau ; elle lui donnait un coup de coude et finissait par rire.

L'image recommençait sans cesse.

Elle la regarda jusqu'à ce que Draco lui donne un paquet plus petit.

— C'est de moi.

— Tu as pensé à m'acheter quelque chose ?

— Je me suis souvenu de la date. Un exploit.

Le paquet contenait un signet d'argent en forme de serpent, dont la queue s'enroulait autour de la page sans l'abîmer.

— Pour tes vieux registres, dit-il.

Elle passa le doigt sur le métal.

— Tu n'avais pas besoin de…

— Si tu fais cette tête-là, je le reprends.

Elle lui tendit son propre cadeau : une petite boîte de pièces d'échecs de voyage. Les deux cavaliers avaient été commandés dans des teintes légèrement différentes pour qu'il puisse distinguer celui qu'il préférait.

Il ouvrit la boîte, puis la referma très vite.

— C'est bien.

Dracena reconnut dans ces deux mots tout ce qu'il ne voulait pas dire devant Crabbe et Goyle.

Ils mangèrent leur gâteau au déjeuner, avec les autres Serpentard qui étaient venus s'asseoir près d'eux. Pendant une heure, aucun des deux ne regarda les portes plus souvent que les autres.

Les examens commencèrent le lundi.

Flitwick leur demanda de déplacer trois objets fragiles dans un ordre précis sans les toucher. Harry réussit à faire traverser la table à une tasse, mais le petit sablier qui devait la suivre se mit à tourner sur lui-même. Il le stabilisa de justesse avant la fin du temps.

À la sortie, Hermione voulut lui expliquer les deux variantes possibles du mouvement.

— Attends demain, supplia Ron. Ou jamais.

Dracena passa après eux.

Elle avait répété l'exercice jusqu'à connaître la sensation de chaque geste dans son poignet. Pourtant, lorsque la seconde tasse glissa, elle eut une seconde de panique et appuya trop fort sur le sort. Le verre vibra dangereusement.

Elle relâcha.

La tasse resta en l'air.

Elle termina sans briser quoi que ce soit, mais avec un retard qu'elle sentit comme une tache sur sa copie.

Dans le couloir, Hermione lui demanda :

— Ça s'est bien passé ?

Dracena chercha le piège.

Il n'y en avait peut-être pas.

— Suffisamment.

— Le deuxième objet était plus difficile que pendant les cours.

— Je m'en suis aperçue toute seule.

Hermione pinça les lèvres.

— Je n'en doute pas.

Elles se séparèrent, chacune regrettant une partie de la conversation et aucune disposée à le reconnaître.

En potions, Rogue circula entre les tables sans commentaire pendant presque toute l'épreuve. Ce silence fut plus efficace que ses remarques habituelles. Harry vérifia trois fois la quantité d'écorce avant de la verser.

Il ne regarda pas Quirrell lorsqu'il le croisa dans le couloir après l'examen suivant.

Puis il se retourna malgré lui.

Le professeur marchait vite, la tête basse, une main près de son turban. Il entra dans une salle et referma la porte.

Harry resta quelques secondes à l'observer.

— Tu viens ? demanda Ron.

Il suivit son ami.

Il n'avait rien vu qui exige un signalement. Cette pensée ne réussit pas à le rassurer complètement.

Le vendredi onze juin, la dernière épreuve s'acheva dans un froissement de parchemins.

Le professeur Binns leur demanda de déposer leurs copies. Ron posa la sienne avec le soulagement de quelqu'un qui venait de remettre un objet dangereux à son propriétaire.

— Si je revois un traité de gobelins avant septembre, je le mange.

— Tu confonds les traités et les révoltes, dit Hermione.

— Alors je mange les deux.

Harry rit.

Le rire lui parut presque neuf.

Ils descendirent dans le parc et s'installèrent près du lac. Les restrictions avaient été allégées dans les secteurs éloignés de la forêt. Un groupe de deuxième année lançait des cailloux qui rebondissaient beaucoup trop longtemps sur l'eau. Un préfet finit par les arrêter avant que l'un des projectiles ne revienne vers eux.

Hermione sortit de son sac une pomme et une liste.

Ron la regarda avec horreur.

— Pas une liste.

— Les livres à rendre.

— Même les vacances ont des devoirs avec toi.

Harry s'allongea dans l'herbe.

Au-dessus du château, un hibou passa avec un rouleau de papier dans les serres. Il suivit sa trajectoire jusqu'à ce que l'oiseau disparaisse derrière une tour.

Hedwige avait apporté les mots de Hagrid, les réponses de Charlie, les lettres de Ron à sa famille. Des choses importantes étaient arrivées dans leurs vies sur de simples bandes de papier, confiées à des oiseaux capables de les retrouver partout.

Un étranger avait apporté un œuf à Hagrid.

Harry se redressa.

— Le joueur de cartes.

Ron ouvrit un œil.

— Quoi ?

— Celui qui a donné Norbert à Hagrid. On lui a demandé d'où venait l'œuf. Pas pourquoi cet homme l'avait choisi, lui.

Hermione posa sa pomme.

— Tu penses qu'il le connaissait ?

— Je pense qu'il savait peut-être ce qu'il gardait.

Ils se regardèrent.

Harry sentit le vieux mouvement revenir : les choses qui s'alignaient trop vite, l'envie de courir avant d'avoir fini de réfléchir.

Il se força à respirer.

— On va lui demander. Et on rapporte sa réponse à McGonagall. Sans décider avant.

Hermione rangea sa liste.

— D'accord.

Ron se leva en soupirant, mais il avait déjà repris son sac.

Hagrid réparait une attache de portail près de sa cabane.

Il les salua avec plaisir, leur demanda comment s'étaient passés les examens et proposa un gâteau que Ron regarda avec une prudence acquise par l'expérience.

Harry attendit qu'il ait posé son outil.

— La personne qui vous a donné l'œuf… elle vous a demandé des choses sur l'école ?

Hagrid fronça les sourcils.

— Les enquêteurs m'ont déjà fait raconter la partie. L'œuf avait pas de marque de provenance, c'est le problème.

— Je ne parle pas de l'œuf. De ce que vous avez dit pendant que vous jouiez.

Le géant resta immobile.

Hermione s'assit sur le banc.

— Vous vous souvenez de la conversation ?

— Pas de tout.

Hagrid tira sur sa barbe.

— Il voulait savoir si j'avais déjà eu des bêtes difficiles. Pour être sûr que je pouvais m'en occuper, il disait. On a parlé de Crockdur, de créatures du parc…

Harry attendit.

Le visage de Hagrid changea lentement.

— De Touffu ? demanda le garçon.

Le géant baissa les yeux.

— J'ai peut-être…

Il s'arrêta.

Ron cessa de regarder le gâteau.

— Qu'est-ce que vous avez dit ?

— Que c'était pas compliqué quand on savait le calmer.

Hagrid semblait avoir du mal à faire sortir la suite.

— Un air tranquille. Ça lui ferme les yeux presque tout de suite. C'est pour ça que je prends parfois ma flûte quand je…

Il posa les deux mains sur ses genoux.

Harry regarda Hermione.

Il n'y avait plus de satisfaction à avoir trouvé.

— Vous lui avez expliqué comment entrer, dit Ron très doucement.

— Je savais pas qu'il…

Hagrid s'interrompit de lui-même.

Il se leva.

— On va voir le directeur.

Ils rencontrèrent McGonagall dans le hall.

Elle les écouta sans les renvoyer dehors, sans leur demander pourquoi ils s'intéressaient encore à cette affaire. Lorsque Hagrid eut terminé, elle lui posa trois questions sur la date, le lieu et la personne. Le géant ne pouvait décrire ni visage ni voix avec précision : une capuche, une manière de parler peu distincte, des verres renouvelés trop souvent.

— Le directeur vient de partir pour Londres, dit-elle.

Harry sentit son estomac se contracter.

— Maintenant ?

— Il a été convoqué pour examiner des éléments concernant l'effraction de Gringotts. Le message est arrivé par le canal du ministère.

— Et si c'était pour le faire partir ?

McGonagall ne répondit pas immédiatement.

— Je vais faire vérifier l'origine de cette demande et le prévenir de ce que vous venez de nous apprendre. Hagrid, venez avec moi. Vous trois, regagnez votre salle commune. Je vous ferai appeler si j'ai besoin de précisions.

— Vous allez vérifier le chien ? demanda Harry.

— Les accès vont être contrôlés.

Elle se pencha légèrement.

— Vous avez fait ce qu'il fallait. Maintenant, laissez-nous agir.

Harry acquiesça.

Il la regarda s'éloigner avec Hagrid.

Hermione lui toucha le bras.

— On monte.

Ils prirent l'escalier.

Au palier suivant, Harry se retourna une dernière fois. Dans le hall, le cuivre d'un poste d'appel brillait faiblement. Une lumière verte s'alluma, puis s'éteignit.

Le message était arrivé quelque part.

Il essaya de ne pas confondre cela avec une promesse.


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