Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 20 : CHAPITRE 19 — SOUS LES BRANCHES

6127 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 21/10/2026 17:28

Le dimanche matin, Harry descendit trop tard pour éviter les regards et trop tôt pour éviter les questions.

Les sabliers étaient visibles depuis l'entrée de la Grande Salle. Il avait toujours aimé leur lenteur : les pierres semblaient tomber une à une, avec une importance que les nombres écrits sur un tableau n'auraient pas eue. Maintenant, il aurait préféré une feuille qu'on pouvait retourner.

Quatre-vingt-dix points perdus par Gryffondor.

Quatre-vingts par Serpentard.

Serdaigle venait de passer devant les deux.

— Vous vous étiez mis d'accord ? demanda un cinquième année lorsque Harry longea le banc.

Il ne sut pas quoi répondre.

Ron lui fit une place avec son coude. Hermione avait déjà sorti son livre, mais elle ne tournait aucune page. Neville s'assit tout au bout de la table, près d'élèves qui ne lui adressèrent pas la parole.

De l'autre côté de la salle, les Malfoy reçurent un accueil presque identique.

Pansy demanda à Draco si le dragon avait au moins été beau. Il répondit trop sèchement. Warrington intervint depuis le bout du banc :

— Cinquante points pour une image blanche. Ton père aurait pu acheter un cadre vide, ça nous aurait coûté moins cher.

Dracena posa sa tasse.

— Tu as fini ?

— Tu veux ajouter quelque chose à ta performance ?

Plusieurs élèves se tournèrent vers elle.

Elle aurait pu l'insulter. Elle disposait même d'une bonne réponse, précise, désagréable, qui aurait fait rire deux personnes avant d'aggraver tout le reste.

Draco lui toucha le poignet sous la table.

Elle reprit sa tasse.

Ce fut peut-être le moment le plus humiliant de la matinée : découvrir que son frère, pour une fois, lui demandait de se taire avec raison.

À la sortie de la Grande Salle, Draco retrouva assez d'assurance pour raconter l'incident à deux élèves plus âgés. Harry approchait de l'escalier avec Ron lorsqu'il entendit son nom.

— Potter a surtout lâché sa cape quand McGonagall est arrivée, disait Draco. Il aurait mieux fait de rester sous son tissu.

— Tu serais passé sous le chariot, répliqua Dracena.

La phrase était sortie trop vite. Draco se tourna vers elle.

— Il ne m'a pas sauvé tout seul.

— Je n'ai pas dit cela.

— Alors évite de raconter que je lui dois quoi que ce soit.

Le garçon s'éloigna avec ses camarades, la tête haute. Dracena demeura près de la dernière marche. Elle avait défendu son frère si souvent qu'elle connaissait les mots à employer avant même d'avoir décidé si elle les croyait.

— Il est très convaincant, dit Harry.

Elle sursauta presque. Il s'était arrêté à deux pas. Ron attendait plus loin, les bras croisés.

— Tu prends toujours autant de plaisir à écouter les conversations qui ne te concernent pas ?

— Celle-ci parlait de moi.

Elle voulut répondre. Les traces bleues des protections sur le pavé lui revinrent à l'esprit, puis le bruit de la caisse qui bougeait. Harry avait tiré sur une manche tandis qu'elle tirait sur l'autre. La manche aurait pu lui rester dans la main.

— Pourquoi tu l'as retenu ? demanda-t-elle.

Harry fronça les sourcils.

— Parce qu'il tombait.

— Tu sais parfaitement ce que je veux dire.

— Non. Je crois que c'est justement ce que tu n'aimes pas.

Il n'avait pas élevé la voix. Elle trouva cela plus insupportable qu'une provocation.

— Draco n'aurait pas voulu de ton aide.

— Il n'a pas eu le temps de choisir.

Elle baissa les yeux vers la manche de sa robe, où un fil s'était arraché la veille. Harry attendit un instant, puis se tourna vers Ron.

— Potter, lança-t-elle.

Il se retourna.

— Ce qui s'est passé ne change pas notre avis sur toi.

— Tant mieux. Je n'aurais pas su quoi faire d'un compliment des Malfoy.

Son sourire fut bref. Il rejoignit Ron sans demander qu'elle le remercie.

Dracena resta devant l'escalier. Elle aurait préféré qu'il lui réclame quelque chose : des excuses, une faveur, même une promesse. Elle aurait su refuser. À la place, il lui laissait un geste dont elle ne trouvait aucune utilité à calculer.

Les jours suivants ne furent pas uniformément mauvais.

C'était ce qui les rendait difficiles à comprendre.

Certains élèves oublièrent l'histoire dès qu'un exercice de métamorphose produisit un objet suffisamment ridicule. D'autres la rappelaient chaque fois que les sabliers leur déplaisaient. Fred et George continuèrent à parler à Harry, mais Olivier Dubois lui demanda de venir plus tôt à l'entraînement pour vérifier les nouvelles figures et Harry ne put s'empêcher d'entendre une punition dans cette demande.

— Tu comptes jouer en regardant tes chaussures ? lui demanda le capitaine.

— Non.

— Alors lève la tête.

Harry obéit.

Dubois resta un moment devant lui, les bras croisés.

— Tu as fait une bêtise. McGonagall s'en occupe. Moi, j'ai besoin de savoir si tu vois le Vif d'or.

— Je le vois.

— Prouve-le.

Ce ne fut pas un pardon. Ce fut une tâche claire, et Harry s'y accrocha.

Hermione, elle, avait cessé de lever la main aussi vite. Elle attendait, regardait les autres, puis finissait parfois par répondre quand personne ne le faisait. Harry comprit avec surprise que la honte pouvait changer la vitesse d'un geste.

Neville perdit un gant et retrouva trois exemplaires usagés dans ses affaires le lendemain. Quelqu'un avait écrit « pour les sorties nocturnes » sur un bout de papier.

Harry voulut chercher qui.

Neville froissa le mot.

— Je n'ai pas besoin que tu te battes pour mes gants.

— Je voulais juste…

— Je sais.

Harry se tut.

Il commençait à détester le nombre de phrases qui débutaient par « je voulais juste ».

Lucius écrivit le mardi.

Dracena reconnut son écriture avant que le hibou ait complètement lâché l'enveloppe. La lettre était adressée aux deux enfants. Draco la lui tendit après l'avoir lue, sans commentaire.

Leur père ne parlait pas du danger dans les premières lignes.

Il parlait du règlement, de leur nom et du spectacle qu'ils avaient offert. Il avait reçu le compte rendu de Rogue. Il attendait une amélioration immédiate, mesurable, et ne ferait aucune démarche pour obtenir la restitution des points. Le cadre resterait à Poudlard jusqu'à la fin de l'année.

Puis venait une phrase plus courte : leur mère souhaitait savoir si Draco s'était blessé en tombant.

Dracena la relut.

— Pourquoi ce n'est pas elle qui écrit ? demanda-t-elle.

— Elle a mis un mot derrière.

Elle retourna la feuille.

Narcissa avait ajouté quelques lignes. Elle ne contestait pas la sanction. Elle leur demandait de lui raconter la soirée avec leurs propres mots et de préciser s'ils dormaient correctement.

Dracena replia le papier.

— Tu dors correctement ?

Draco haussa les épaules.

— Et toi ?

— Oui.

Ce n'était pas tout à fait vrai. Elle revoyait la main de son frère se tendre vers le cadre, le pied contre la corde. Surtout, elle revoyait l'instant d'avant, celui où elle aurait pu appeler un adulte et avait préféré préserver la possibilité de régler l'affaire elle-même.

— Je vais répondre, dit-elle.

Draco prit une tartine.

— Ne raconte pas que j'ai eu peur.

Elle le regarda.

— Elle te demande comment tu vas.

— Je vais bien.

Il mordit dans le pain avec une application qui interdisait la suite.

Il se leva, mais ne quitta pas immédiatement la table.

— Tu as dit à tout le monde que Potter m'avait retenu.

Dracena replia la lettre.

— Ils étaient là. Ils ont des yeux.

— Tu aurais pu me laisser répondre.

— Tu as répondu. Tu as dit qu'il n'avait rien fait.

Draco sembla chercher une phrase qui lui permettrait de nier et de demander pardon en même temps. Il ne trouva que la première moitié.

— Il va croire que tu es de son côté.

— Ce n'est pas une guerre de chaque instant, Draco.

— Pour toi, peut-être.

Il partit avant qu'elle puisse ajouter quoi que ce soit. Dracena le regarda s'éloigner et sentit avec irritation que le plus difficile n'était pas de reconnaître le geste de Potter. C'était de le faire sans que son frère y voie une manière de le laisser seul.

Le professeur Flitwick ne supprima pas les séances d'archives.

Dracena s'était attendue à trouver la boîte rangée, son nom retiré de l'étiquette et une occupation plus humiliante préparée à sa place. Les fiches étaient sur le bureau comme chaque samedi.

— Vous avez une retenue à accomplir, dit-il. Elle ne change pas la qualité du travail déjà fait ici.

Elle resta debout.

— Vous ne trouvez pas que j'ai été stupide ?

Flitwick leva les yeux.

— Je trouve que vous avez pris une mauvaise décision.

— C'est une façon polie de le dire.

— C'est une façon précise.

Dracena s'assit.

Pendant l'heure, elle travailla plus lentement que d'habitude. Elle vérifia deux fois les correspondances, puis trois. À la quatrième fiche, Flitwick posa sa plume.

— Vous pouvez encore vous tromper, miss Malfoy. L'objectif n'est pas de ne plus jamais faire d'erreur. C'est de laisser à quelqu'un d'autre la possibilité de la voir avant qu'elle ne devienne dangereuse.

Elle regarda les cases qu'il avait cochées à côté des siennes.

Elle n'avait pas pensé à son contrôle de cette manière.

En quittant le bureau, elle passa devant la porte de la galerie interdite. Une nouvelle marque de cuivre avait été fixée près de la poignée. Elle ne savait pas si elle remplaçait une ancienne protection ou si elle en ajoutait une.

Elle ralentit.

Puis elle continua.

Ne pas essayer la poignée lui coûta un effort disproportionné.

Les nouvelles de Norbert arrivèrent au début de mai.

Charlie avait transmis une lettre et une photographie mouvante où le dragon tentait de mordre la botte d'un soigneur. Un enclos de pierre s'étendait derrière lui ; on apercevait, tout au fond, une autre silhouette noire beaucoup plus grande.

Hagrid posa la photographie sur la table de Gryffondor.

— Ils disent qu'il mange bien.

— Ça, on savait, répondit Ron.

Le géant eut un rire timide.

Harry regarda le petit animal. Il était déjà difficile de le faire tenir, même en imagination, sur la plaque de pierre de la cabane.

Hermione demanda si les papiers pour la Roumanie étaient en ordre.

— Ils avancent. Il restera au centre tant qu'il faudra. Charlie dit qu'ils veulent vérifier deux ou trois choses avant le voyage.

Hagrid caressa le bord de l'image avec son pouce.

— Il a l'air bien, dit Harry.

— Oui.

Cette fois, Hagrid semblait commencer à le croire.

Ron réclama la photographie pour l'observer de plus près. Sa main avait presque retrouvé toute sa souplesse ; il gardait une petite cicatrice rouge au creux du pouce.

Harry vit Hagrid la regarder.

Le géant détourna les yeux avant que Ron s'en aperçoive.

Leurs retenues furent fixées au vendredi quatorze mai.

Une première partie consistait à nettoyer et inventorier du matériel de terrain dans une annexe des serres. La seconde devait permettre au professeur Chourave de déplacer des touffes de mousse nocturne dans une parcelle humide à la lisière de la forêt. Les plantes ne desserraient leurs racines qu'à la tombée du jour ; il fallait les transporter dans des bacs fermés et replacer les piquets numérotés.

L'avis précisait qu'ils resteraient sur le chemin d'entretien, avec le professeur Chourave et Hagrid.

Draco relut le mot forêt.

— C'est interdit.

— Le chemin d'entretien ne l'est pas quand on est accompagnés, répondit Dracena.

— Tu es devenue spécialiste du règlement.

Elle replia sa convocation.

— J'aurais préféré le devenir avant.

Il ne sourit pas.

À dix-neuf heures, ils retrouvèrent les trois Gryffondor devant les serres. Harry avait une vieille cape, Hermione des gants trop grands et Neville un sac contenant ses propres outils de botanique.

— Tu as apporté ton matériel ? demanda Draco.

Neville serra la sangle.

— Oui.

— C'est une retenue, pas une invitation.

— Draco, dit sa sœur.

Il se tut, mais regarda les arbres avec une irritation qui ne lui ressemblait pas tout à fait.

Chourave sortit de la serre avec un bac dans les bras.

— Très bien, vous êtes à l'heure. Gants, tabliers. Les objets de la table de gauche sont propres, ceux de droite ne le sont pas. Je vous recommande de ne pas mélanger les deux.

Elle désigna des caisses de pots, des étiquettes, des brosses et des piquets dont plusieurs étaient couverts d'une substance verdâtre.

Le travail commença sans solennité.

Au bout de vingt minutes, Harry avait de la boue sur le front, Draco une écharde dans le gant et Dracena une envie croissante d'étrangler une brosse dont les poils se rétractaient chaque fois qu'elle appuyait trop fort.

Neville lui montra comment tenir le manche.

— Elle croit que tu essaies de l'arracher.

— C'est une brosse.

— Oui.

Il lui fit desserrer les doigts, puis recommencer. Les poils restèrent en place.

Dracena nettoya le pot en silence.

— Merci, dit-elle enfin.

Neville hocha la tête et reprit son inventaire.

Harry avait assisté à la scène. Elle vit son regard et lui lança :

— Quelque chose à ajouter ?

— Non.

— C'est nouveau.

— J'essaie de profiter du calme. Tu devrais faire pareil.

Chourave leur apporta une seconde caisse.

— Puisque vous avez retrouvé de l'énergie, voilà de quoi l'employer.

Ils se remirent au travail.

À la tombée du jour, Hagrid vint chercher les bacs.

Il avait préparé un chariot et cinq petits bracelets de corde, chacun noué autour d'une perle claire. Chourave leur expliqua qu'ils servaient à repérer les élèves dans la parcelle. Si l'un d'eux s'éloignait trop de sa baguette, la perle chaufferait et changerait de couleur.

— Ce n'est pas une permission d'explorer, précisa-t-elle. Vous restez sur le chemin. Au moindre problème, vous appelez. Vous ne courez pas après une créature, un objet ou un camarade.

Draco baissa les yeux.

Dracena vérifia le nœud du bracelet de son frère avant le sien. Il retira son poignet, mais moins vite qu'il ne l'aurait fait devant les autres quelques semaines auparavant.

Crockdur les accompagna jusqu'aux premiers arbres. Il portait un collier réfléchissant qui renvoyait les lanternes par petits éclats blancs.

Harry n'avait jamais vu la forêt d'aussi près à cette heure.

Depuis le château, elle formait une masse sombre. Ici, elle se décomposait en troncs, en trous de lumière, en feuilles qui bougeaient sans qu'on voie ce qui les faisait bouger. Le sol changeait d'odeur à chaque pas. L'humidité remontait entre les pierres du chemin.

Hagrid marcha devant avec le chariot. Chourave fermait la marche.

— On va loin ? demanda Hermione.

— À la parcelle derrière le vieux chêne, répondit la professeure. Vous verrez encore les serres entre les arbres.

Draco regarda derrière lui pour vérifier.

Dracena le remarqua.

Elle eut envie de lui dire qu'il n'avait pas besoin de faire semblant. Elle n'en fit rien : si elle prononçait ces mots devant Potter, il ne lui pardonnerait pas.

Un froissement passa sur leur gauche.

Crockdur leva la tête, puis se rapprocha de Hagrid.

— Un renard ? demanda Neville.

— Peut-être, répondit le garde-chasse.

Il ne parut pas inquiet.

Ils atteignirent la parcelle quelques minutes plus tard.

Les mousses n'étaient pas vraiment bleues.

Elles le devenaient lorsqu'on les regardait de côté. De face, elles semblaient presque grises ; dès que Harry tournait la tête, une lumière froide glissait entre les petits filaments et dessinait des veines sur la terre.

Chourave leur montra comment soulever les mottes sans déchirer les racines. Neville réussit du premier coup. Hermione du deuxième. Draco prit trop de terre et se retrouva avec une masse qui se défit dans son bac, sous le regard désolé de la professeure.

— Recommencez. La plante n'a pas demandé votre impatience.

Dracena s'accroupit près de lui.

— Plus bas.

— Je vois.

— Non, tu coupes les…

— Je vois, Dracena.

Elle recula.

Harry travaillait de l'autre côté du chemin. Il avait enfin trouvé un angle qui lui permettait de glisser l'outil sous la motte sans tout soulever. Pendant quelques minutes, il ne pensa ni aux points, ni à la Pierre, ni à Rogue.

Le monde avait la taille de ses mains et du petit carré de terre devant lui.

Puis Crockdur grogna.

Hagrid se redressa.

Le chien regardait vers une dépression au-delà du vieux chêne. Ses pattes étaient plantées dans le sol ; son collier brillait au rythme de sa respiration.

— Qu'est-ce que t'as vu ?

Le garde-chasse fit deux pas et s'arrêta.

Harry suivit son regard.

Sur une racine, quelque chose luisait comme une goutte de métal liquide.

Chourave était déjà debout.

— Hagrid ?

Il leva une main pour lui demander d'attendre, puis se pencha sans toucher la trace.

Son visage changea.

— Du sang de licorne.

Le mot sang rendit le silence différent.

Chourave posa immédiatement son bac.

— Tout le monde sur le chemin. Laissez les outils. Nous rentrons.

Draco se leva si vite qu'il renversa sa motte. Il ne chercha pas à la récupérer.

Hagrid regardait plus loin, entre les troncs.

— C'est frais.

— Je préviens le château. Les enfants d'abord.

La professeure tira de sa poche une petite plaque de cuivre. Elle y appliqua sa baguette et prononça quelques mots. Un point vert s'alluma.

— Reçu, dit-elle. Rassemblez-vous.

Harry posa son outil et se rapprocha d'Hermione.

Sa cicatrice le piqua.

Il porta la main à son front.

La douleur disparut aussitôt.

Il n'eut pas le temps de se demander pourquoi.

Le craquement partit très haut.

Un bruit profond, déchiré, qui ne ressemblait pas à une branche qu'on casse sous le pied. Chourave cria un ordre. Hagrid leva les yeux et tendit les bras.

Le vieux chêne perdit une partie de sa cime.

Harry vit les feuilles descendre avant de comprendre que les branches venaient avec elles. Il recula, heurta quelqu'un, sentit une main le pousser entre les omoplates.

Le fracas remplit tout.

Du bois éclata contre les pierres du chemin. La terre lui sauta au visage. Une lanterne s'éteignit. Harry tomba sur un genou, les bras devant la tête.

Puis il entendit Hagrid.

— Bougez pas !

Il releva les yeux.

Une branche épaisse comme le torse de Dudley barrait le passage. D'autres s'étaient entrelacées autour, formant un mur de feuillage qui tremblait encore. De l'autre côté, une lumière balayait les feuilles.

— Répondez ! appela Chourave. Granger ?

— Ici !

— Londubat ?

— Ici !

Harry chercha Hermione entre les branches.

— Potter ?

— Ici ! De l'autre côté !

Dracena se redressa près de lui.

— Nous sommes avec lui !

Draco se tenait un peu plus loin, les mains sur les oreilles. Crockdur aboyait sans s'arrêter.

La perle du bracelet de Harry vira à l'orange.

— Restez où vous êtes ! ordonna Chourave. Nous dégageons le passage.

Un éclair éclaira le bois. La branche principale se souleva de quelques centimètres et retomba dans un enchevêtrement de fibres qui la retenait encore à l'arbre.

— Pas celle-là, cria Hagrid. Le haut est pris !

Harry leva les yeux.

Une autre masse pendait dans les branches au-dessus d'eux.

Dracena suivit son regard.

— On doit reculer.

— Ils ont dit de rester, répondit Harry.

— Pas dessous !

Elle attrapa le bras de Draco et le tira de quelques pas vers la portion de chemin restée libre. Harry les suivit.

Le bracelet devint chaud.

— On recule du tronc ! cria-t-il.

Une voix répondit derrière le fracas du bois déplacé. Il ne distingua pas les mots.

Crockdur cessa d'aboyer.

Ce silence soudain fit plus peur à Harry que le bruit.

Le chien regardait la dépression derrière eux.

Le chemin d'entretien la longeait avant de tourner vers les serres. Une masse pâle était couchée au pied d'un talus, à quelques pas seulement des pierres. Harry crut d'abord voir un morceau de toile abandonnée.

Puis la masse prit la forme d'un flanc.

Une crinière s'étalait dans les feuilles mortes.

La licorne ne bougeait pas.

Dracena la vit à son tour. Sa prise se resserra sur le bras de Draco.

— Ne descends pas, dit-elle.

Harry n'avait pas eu l'intention de descendre.

Il ne comprenait pas comment quelque chose d'aussi blanc pouvait être là, dans la terre sombre, sans éclairer le reste du sous-bois. Une traînée argentée remontait le talus. L'animal avait peut-être essayé de rejoindre le chemin.

Un pan d'ombre se déplia près de son cou.

Harry cessa de respirer.

Ce n'était pas une ombre.

Une silhouette était agenouillée contre le corps, vêtue de noir, le visage penché si bas qu'il disparaissait entre les mèches pâles de la crinière.

Elle bougea.

Un fil brillant tomba de ce qui devait être sa bouche.

Draco poussa un cri.

Dracena lui plaqua une main sur le bras, trop tard pour empêcher le son. La silhouette releva la tête.

Harry sentit sa cicatrice s'ouvrir de douleur.

Il n'y eut plus de forêt pendant une seconde. Seulement une brûlure blanche, un battement dans son crâne, l'impression que quelque chose cherchait à le reconnaître de l'intérieur.

Il porta les deux mains à son front.

— Potter !

La voix de Dracena venait de loin.

La silhouette se redressa avec une lenteur qui ne ressemblait pas à celle d'une personne fatiguée. Ses mouvements avaient quelque chose de mal ajusté, comme si le corps et l'intention ne se rejoignaient pas tout à fait.

Harry recula d'un pas et heurta une racine.

Draco courut.

Crockdur partit avec lui.

Dracena fit un mouvement pour les retenir, puis vit son frère disparaître vers le tournant du chemin.

Elle regarda Harry, à genoux, les mains contre le visage.

— Viens !

Il ne répondit pas.

Derrière elle, Draco cria son nom.

Elle hésita une seconde.

Puis elle courut vers son frère.

Dracena le rattrapa avant le tournant.

Il avait quitté les pierres et s'enfonçait dans les fougères, sans direction. Elle lui saisit le dos de sa cape et tira de toutes ses forces.

— Le chemin !

Il se débattit.

— Lâche-moi !

— Draco, regarde-moi !

Il ne la regardait pas. Ses yeux cherchaient quelque chose derrière elle, sa bouche s'ouvrait sans trouver assez d'air. Elle sentit sa propre peur monter pour rejoindre la sienne, immense, impossible à raisonner.

Elle lui prit le visage entre les mains.

— Ici. Je suis là.

Il cligna des yeux.

— Il…

— Je sais.

Elle ne savait rien. Elle avait vu une chose boire, une chose se lever, Potter tomber. Elle avait choisi son frère. Maintenant, il fallait au moins réussir à ne pas le perdre dans les arbres.

Elle l'entraîna vers les pierres.

Son bracelet brûlait presque. Elle leva la baguette.

L'incantation du signal qu'ils avaient apprise en cours lui échappa une première fois. Quelques étincelles tombèrent dans les feuilles.

Elle recommença, les dents serrées.

Un jet rouge monta au-dessus du chemin.

— Ici ! cria-t-elle. Nous sommes ici !

Draco s'accrocha à sa manche.

Elle lui laissa toute la place.

Harry entendit des sabots avant de voir celui qui arrivait.

Le bruit traversa le grondement de sa tête, rapide, solide, sans hésitation. Quelque chose franchit le bord du chemin et passa devant lui. La terre frappa ses lunettes.

La silhouette noire recula.

Harry entrevit deux jambes antérieures se lever, un torse clair, une chevelure presque blanche. Une voix prononça un mot qu'il ne comprit pas.

L'ombre glissa derrière le talus.

La douleur diminua si brusquement que Harry en eut la nausée.

Il resta à genoux, les mains tremblantes, incapable de décider s'il devait se relever ou vomir.

— Ne bouge pas encore.

Le centaure se tenait devant lui, tourné vers les arbres.

Harry avait déjà vu des représentations de centaures. Aucune ne lui avait préparé la place que celui-ci occupait dans le chemin, ni la façon dont ses flancs frémissaient tandis que son visage demeurait parfaitement immobile.

Au bout de quelques secondes, il se retourna.

Ses yeux s'arrêtèrent sur la cicatrice.

— Peux-tu te lever ?

Harry essaya.

Ses jambes cédèrent aussitôt.

Le centaure lui tendit un bras et le soutint jusqu'à ce qu'il retrouve son équilibre.

— Vous avez vu ? demanda Harry.

Sa voix semblait provenir d'un endroit trop petit dans sa poitrine.

— Oui.

— Qu'est-ce que c'était ?

Le centaure regarda la licorne.

Harry suivit son regard et aurait voulu ne pas le faire. L'animal était resté aussi immobile, mais maintenant il comprenait ce qu'on lui avait pris.

— Quelqu'un qui ne consent pas à mourir, répondit le centaure.

Un nouveau choc retentit derrière les branches tombées. Hagrid appela Harry.

— Je suis là ! cria le garçon.

Sa voix se brisa sur la fin.

— Reste avec lui ! lança une autre voix depuis les arbres.

Deux centaures apparurent au sommet du talus. L'un avait une robe sombre et un visage fermé ; l'autre, roux, regardait successivement le cadavre et le ciel entre les branches.

— Firenze, dit le premier. Tu l'as laissé partir.

Le centaure près de Harry se redressa.

— J'ai empêché qu'il tue cet enfant.

— Et maintenant, il sait que nous intervenons.

— Il tuait déjà sur nos terres, Bane.

Le roux descendit de quelques pas.

— Assez. Il y a d'autres enfants plus loin.

Firenze tourna la tête vers Harry.

— Combien ?

— Quatre. Deux avec les professeurs. Deux… sur le chemin.

Il regarda dans la direction où les Malfoy avaient disparu.

Une lumière rouge s'éleva au-dessus des branches.

Le centaure roux la vit.

— Je vais les guider.

Bane resta au bord du talus, les mâchoires serrées.

— Les hommes apporteront leur guerre jusque sous nos arbres.

Firenze ne répondit pas tout de suite.

— Elle y est déjà.

Harry ne comprenait pas de quelle guerre ils parlaient. Il comprenait seulement qu'ils n'étaient pas d'accord sur la place qu'il occupait au milieu.

Hagrid les rejoignit par le côté du tronc.

Il avait des feuilles dans les cheveux et une déchirure au front. Chourave suivait avec Hermione et Neville, serrés l'un contre l'autre. Harry n'avait jamais été aussi heureux de voir le tablier d'un professeur.

Hermione voulut courir vers lui. Chourave la retint le temps de vérifier le sol.

— Tout le monde derrière moi.

Firenze échangea quelques mots avec Hagrid. Le géant regarda la licorne et devint plus pâle encore.

— On va chercher les deux autres, dit Chourave. Puis on rentre. Ensemble.

Harry fit un pas.

Le monde pencha.

Firenze baissa légèrement son corps.

— Tu peux t'appuyer sur moi. Si tu ne tiens pas debout, je te porterai jusqu'à la lisière.

Harry voulut refuser par politesse, puis comprit qu'il n'arriverait pas à marcher droit.

Hagrid l'aida à monter.

Bane détourna les yeux avec une colère visible. Firenze ne le regarda pas.

Le groupe se remit en mouvement, lentement, contournant l'arbre effondré par une portion de terrain que les deux adultes avaient dégagée. Harry serrait les épaules du centaure et essayait de ne pas penser à la hauteur.

— Le sang, murmura-t-il. Pourquoi il faisait ça ?

Firenze inclina légèrement la tête.

— Il peut empêcher une vie de s'éteindre. Mais arracher cette vie à une licorne laisse une blessure que ce sang ne guérit pas.

Harry regarda les cheveux clairs devant lui.

— Une malédiction ?

— Un prix. Certains acceptent tout, s'ils pensent pouvoir échapper ensuite à ce qu'ils ont fait.

Harry pensa à une pierre assez petite pour tenir dans une main.

À un élixir capable de maintenir quelqu'un en vie.

À Hagrid, le soir où il lui avait parlé de ses parents : certains pensaient que leur meurtrier n'était pas vraiment mort.

— Vous savez qui c'était ?

Firenze ralentit.

— Je n'ai pas vu son visage.

— Mais vous pensez…

— Je pense qu'une grande violence cherche à reprendre des forces. Je ne te donnerai pas une certitude que je n'ai pas.

Harry serra davantage ses doigts.

Sa cicatrice lançait encore.

Il n'avait pas besoin d'un visage pour sentir un nom se former.

Ronan les attendait près du tournant avec les jumeaux.

Dracena avait un bras autour des épaules de Draco. Son frère regardait fixement une pierre du chemin. Crockdur était couché contre leurs jambes et tremblait.

Lorsque Hagrid arriva, Draco se leva si brusquement que sa sœur faillit perdre l'équilibre.

— On rentre ?

— Oui, répondit Chourave.

Il ne posa aucune autre question.

Dracena aperçut Harry sur le dos de Firenze.

Elle chercha du sang sur sa robe et n'en vit pas. Elle vit seulement son visage gris et ses mains crispées.

— Potter est blessé ? demanda-t-elle à la professeure.

— Madame Pomfresh va l'examiner. Vous aussi.

Dracena hocha la tête.

Elle ne regarda plus Harry pendant le retour.

Elle avait la sensation très nette qu'il savait l'avoir vue partir.

Elle ne savait pas ce qu'elle aurait fait s'il avait été son frère, ni ce que cette question changeait. Elle n'arrivait pas à regretter d'avoir couru après Draco. Elle n'arrivait pas non plus à ranger Potter à genoux parmi les choses qui ne la concernaient pas.

Le château apparut entre les arbres.

Draco se mit à marcher plus vite.

Elle suivit son pas.

Ils furent conduits à l'infirmerie avant même d'enlever leurs capes.

McGonagall arriva presque aussitôt. Hagrid lui parla dans le couloir avec Chourave ; Harry entendit les mots chute, licorne et présence, puis la porte fut refermée.

Madame Pomfresh examina les égratignures, les poignets et les pupilles. Elle fit boire à Draco une potion qui lui rendit un peu de couleur. Quand elle s'approcha de sa sœur, Dracena affirma qu'elle n'avait rien.

— Je vais tout de même le vérifier.

Dracena tendit ses mains.

Elles tremblaient.

Elle les regarda avec surprise, comme si elles appartenaient à quelqu'un qui aurait dû se tenir mieux qu'elle.

Harry était assis sur le lit voisin. Hermione lui avait apporté de l'eau. Neville racontait à voix basse comment Chourave avait retenu la partie haute de la branche pendant que Hagrid dégageait le passage. Il décrivait chaque geste avec une précision qui semblait l'aider à respirer.

Draco demanda qu'on tire le rideau.

Dracena le fit elle-même.

Le tissu les sépara du reste de la pièce sans faire disparaître les voix.

— Tu veux que j'appelle mère ? demanda-t-elle.

Il secoua la tête.

— On peut demander.

— Pas maintenant.

Elle s'assit près de lui.

Pendant un moment, il ne dit rien. Puis ses yeux se remplirent brusquement, et il baissa la tête avec une colère désespérée.

Dracena sentit sa propre gorge se serrer.

— Personne ne regarde, murmura-t-elle.

Il essuya son visage d'un revers de manche.

— Je ne pouvais pas…

Il s'arrêta.

Elle attendit.

— Je ne pouvais plus réfléchir.

Dracena regarda le rideau.

De l'autre côté, quelqu'un posa un verre sur une table.

— Moi non plus.

Il tourna la tête vers elle.

— Tu m'as ramené sur le chemin.

— Parce que je voyais les pierres. C'est tout.

Elle n'avait pas envie qu'il transforme sa peur en courage qu'il n'aurait pas eu. Elle avait suivi quelque chose de visible parce que tout le reste était devenu incompréhensible.

Draco inspira avec difficulté.

— Tu vas le raconter ?

— Non.

Cette promesse-là ne lui coûta rien.

Lorsque McGonagall revint, elle leur demanda de raconter ce qu'ils avaient vu séparément.

Harry parla de la licorne, du sang, de la silhouette et de la douleur. Il précisa qu'il n'avait pas vu de visage. La professeure nota chaque détail sans l'interrompre.

— Je crois que c'était Voldemort, dit-il enfin.

La plume s'arrêta.

Hermione se raidit près de la porte.

McGonagall regarda Harry longuement.

— Qu'est-ce qui vous fait penser cela ?

Il expliqua les paroles de Firenze, sa cicatrice, ce que Hagrid lui avait raconté l'été précédent. Puis il dit le nom de la Pierre.

Cette fois, la professeure posa sa plume.

Harry n'avait pas prévu de le révéler de cette manière. Le mot était sorti parce qu'il ne pouvait plus garder le reste dans des cases séparées.

— Le directeur vous parlera, dit-elle.

— Ce soir ?

— Dès que madame Pomfresh le permettra. D'abord, nous devons nous assurer que vous allez bien et sécuriser la lisière.

Elle se pencha légèrement vers lui.

— Ce que vous avez vu sera pris au sérieux. Mais nous devons distinguer ce que vous avez vu de ce que vous craignez.

Harry acquiesça.

Il aurait voulu que la distinction suffise à faire reculer la peur.

Ron les retrouva plus tard dans la salle commune.

Neville monta se coucher. Hermione resta près de Harry pendant qu'il racontait. Les fauteuils autour du feu étaient presque vides ; quelques élèves plus âgés révisaient à voix basse, assez loin pour ne pas entendre.

Ron cessa de bouger dès la première mention du sang.

— Il était dans la forêt ?

— Je ne sais pas.

Harry regarda les flammes.

Il venait de prononcer la seule réponse exacte et la moins supportable.

— Mais ça pourrait être lui.

Ron pâlit.

— Et Rogue…

— On ne sait pas non plus, coupa Hermione.

Harry se tourna vers elle, prêt à protester. Elle avait les yeux rouges de fatigue.

— Je ne dis pas que tu inventes, poursuivit-elle. Je dis qu'on ne sait pas qui était sous cette cape. Ni ce qu'il fait ici. Ni si Rogue travaille pour lui.

— Il voulait la Pierre.

— C'est ce qu'on pense.

Ron regarda Harry.

— Dumbledore va te parler ?

Le garçon hocha la tête.

Pour la première fois depuis longtemps, attendre un adulte ne lui sembla pas seulement une façon de perdre du temps. Il voulait que Dumbledore sache. Il voulait que quelqu'un capable de faire autre chose que lancer quelques étincelles rouges regarde cette peur avec lui.

Mais lorsqu'il ferma les yeux, il ne vit pas le directeur.

Il vit une bouche invisible se relever d'un corps blanc.

Dans le dortoir de Serpentard, Dracena resta assise jusqu'à ce que les respirations des autres filles deviennent régulières.

Tracey lui avait laissé un verre d'eau sur la table sans poser de questions. Elle en but une gorgée, puis sortit le carnet sans armoiries.

Elle écrivit : « Il y avait une licorne. »

La phrase lui parut indécente de simplicité.

Elle essaya de poursuivre. Sa plume resta au-dessus du papier.

Elle avait appris à reconnaître les vêtements bien coupés, les faux compliments, les erreurs dans un raisonnement. Elle savait dans quelle mesure tenir un verre et quels silences signifiaient que son père était en colère. Rien de tout cela ne lui avait servi lorsque son frère avait cessé de comprendre où se trouvait le chemin.

Elle pensa à Potter.

Pas à sa célébrité, cette fois. Pas à la place qu'il prenait dans une pièce.

À sa chute.

Elle détestait toujours sa façon de guetter la faute derrière chacune de ses paroles. Elle n'avait aucune envie de lui parler. Mais elle ne pouvait plus prétendre que ce qu'elle avait vu ressemblait à l'attention dont il semblait habituellement bénéficier.

Quelque chose lui avait fait mal avant même de le toucher.

Elle revit aussi la cour de service. Potter avait attrapé Draco sans prendre le temps de décider si un Malfoy méritait d'être retenu. Elle venait, cette nuit, d'avoir ce temps-là — une seconde entière, plus peut-être — et elle avait couru derrière son frère.

Elle ne regrettait pas de l'avoir rejoint. Draco avait eu besoin d'elle. Si la forêt se rouvrait devant eux, elle lui prendrait encore le bras.

Cela n'effaçait ni la chute de Potter ni le fait qu'elle avait su, au moment de partir, qu'il ne se relevait pas.

Sur le papier, elle écrivit : « J'ai ramené Draco. » Puis, après un espace : « Potter est resté derrière. »

Les deux phrases étaient vraies. Elle ne pouvait pas les faire se contredire pour en supprimer une.

Dracena posa la plume.

Derrière les vitres, l'eau du lac était noire. Pour la première fois depuis la rentrée, elle aurait préféré une fenêtre ouvrant sur un endroit où elle pouvait voir venir les choses.

Elle souffla sa lampe.

Dans l'obscurité, elle écouta longtemps les bruits de l'école.


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