Beauxbâtons - 4 énigmes et un enterrement

Chapitre 30 : Sortilège 30 : un Noël pas comme les autres

9919 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 11/10/2026 14:16

Au sein de l’agence W, les deux complices reprenaient leurs marques. Le vendredi, après avoir quitté l’Académie aux alentours de 15H00 – Hercule avait récuré la ménagerie avant de s’éclipser –, le duo adolescent commit un saut à la banque pour un retrait conjoint de 100 Gallions, histoire de faire de magnifiques cadeaux à leurs amis et hôtes, acheter des monceaux de friandises, accessoiriser la robe de bal de Sigrid et parer aux imprévus en cours d’année. Hercule aurait aimé rester un peu plus de temps au guichet occupé par Tromdur, ce dernier semblant désireux de lui confier un secret. Le Gobelin servit Sigrid en premier, soucieux de respecter les usages, la politesse. Il était habitué à voir l’important encours de l’héritière des Flamel. En revanche, le petit banquier parut intrigué en découvrant le solde d’Hercule sur le livre de comptes de Pasdelazare. Le client ne put manquer le trouble et s’enquit d’un éventuel détournement – des émules du gang des Yes-Wand ? –, d’un prélèvement étatique exagéré ou d’une confusion sur l’identité vérifiée. Tromdur l’assura que rien de tout cela n’avait eu lieu et lui conseilla de poser quelques questions à Gentil & Fils. Puis, en gobelbabil, le Gobelin promit de passer à l’agence pour transmettre une nouvelle alarmante.

En fin d’après-midi, le duo avait fini de jouer aux paniers percés et rempli une valise de présents. Il quitta la Place Cachée et fit un saut chez Trouvetout, rue Lacépède, pour prendre livraison des bobines de film. Trouvetout assurait aussi le développement chez un chimiste complice ; il pouvait y avoir des scènes magiques sur la pellicule, c’était sans conséquence désagréable avec le ministère. Hercule en profita pour acheter des recharges pour le phonographe, persuadé de pouvoir enregistrer les paroles et de les synchroniser avec les images du film. Il acheta aussi un gros lot de feux d’artifice moldu et fut très attentif aux recommandations du vendeur. Il comptait offrir un spectacle visuel aux quadruplées Delacour.

Plus tard, installés à une table d’un restaurant montmartrois, Sigrid lui glissa quelques confidences. Hercule fut enchanté que ce grand escogriffe de Clervois ait eu le courage de l’inviter au bal. Au long du repas, il la bombarda de questions se recoupant, jusqu’à ce qu’il décèle une étincelle dans les couleurs azur des yeux de la demoiselle. Elle appréciait le Wallon. La jeune fille le pilonna en retour pour connaître la vérité sur son mystérieux réveillon. Il fut intraitable.

Le lendemain, après une nuit reposante en dépit de l’oubli de sa dose d’Ipnosia, Hercule mit à jour des dossiers, reçut des clients tandis que Sigrid prenait des contacts et encaissait les règlements. À midi, Tromdur, dissimulé par une écharpe et une capuche, entra dans l’agence en faisant de son mieux pour passer inaperçu. Dans un monde magique où le nanisme touchait un sorcier tous les 100 ans, il était difficile de déambuler incognito. Le Gobelin se souvenait que le détective traquait les faits exceptionnels, autant d’indices sur un complot à l’échelle d’une nation, voire plusieurs. Il exigea la plus grande confidentialité. Étant donné le pillage mémoriel subi par Sigrid, celle-ci s’absenta durant le court entretien.

— Ils ont provoqué un effondrement de la mine et de la forge pour dissimuler un vol ! Quelle abomination ! Y a-t-il des survivants, des témoins ?

— Uniquement des cadavres. Quatorze.

— 42 tonnes d’acier moldu ont été dérobées, il y a quelques semaines. Cette nouvelle est demeurée confidentielle. Mais là, 5000 de qualité gobeline ! C’est gigantesque.

— Sans oublier 30 tonnes d’argent spécial. La totalité des stocks des nôtres.

— Ils construisent une arme. Cette quantité correspond à la matière première nécessaire pour bâtir un petit vaisseau de guerre de la marine.

— Il y a un autre fait. Aucun chiffre officiel n’a filtré mais la plupart des nations européennes sont victimes de vols de coffres-forts. Le modèle basique, proposé aux particuliers, pèse 500 kilos. La masse empêche un voleur de transplaner avec.

— C’est très inquiétant. Que préparent-ils ?

— Rien de bon, monsieur Van Betavende. Notre roi a émis un moratoire général. Plus d’armes, plus d’artefacts, plus de coffres.

— Un principe de précaution essentiel. Votre roi est très sage. Je vous présente mes condoléances pour l’immense perte de vos concitoyens et pour la peine de leurs proches. Sincèrement. Périr enseveli…

— Nous savons que vous êtes à même d’imaginer leurs ultimes instants.

— Oui… Monsieur Tromdur, ils ont dû mettre en place une grosse organisation pour voler les 42 tonnes d’acier moldu. Au moins une douzaine de sorciers. Comment ont-ils réussi ce tour de force avec… 5000 ? Vous avez une idée ?

Les traits du Gobelin se plissèrent. Hercule détecta un secret.

— Un moyen gobelin. Votre magie est très puissante et les criminels étaient…

— … bien informés. Il faut redoubler de prudence, monsieur Van Betavende.

— Je garderai votre avertissement à l’esprit.

Le petit humain se masqua pour quitter les locaux. Hercule avait interdiction d’inscrire cette confession sur le mur des anomalies mais la puissance magique gobeline, pillée, pervertie, était l’événement central. Il ne pouvait pas rester les bras croisés. Il devait anticiper la survenue d’une catastrophe majeure.

Dimanche 19 décembre. 15H45. Gérôme, Mathilde et Guillaume faisaient face aux enquêteurs de l’agence. Le commandant entendait prendre l’initiative, glaner un maximum d’éléments avant de divulguer l’identité des plaignants. L’affaire était mal engagée pour les Aurors. Pour une raison inexplicable, Hercule rêvassait. La veille, au cours d’une journée remplie à souhait, il s’était rendu au ministère pour déposer non pas deux mais cinq brevets d’ampoule à quartz, couvrant quatre couleurs et le blanc. Un schéma descriptif les accompagnait. Si jamais elles passaient l’étape de la fabrication et de la commercialisation, les ampoules rapporteraient à Jacques et à l’OWL, selon le vœu de Sigrid. Après la partie administrative, le Belge s’était d’abord rendu chez Gentil. Il comptait démarcher le Sorcier Moderne dans la foulée mais Hector s’était empressé de lui faire signer, au nom de Sigrid et Jacques, un contrat d’exclusivité, imaginant une foule d’applications.

Dans la demi-heure suivante, Hercule avait mis la touche finale à une préparation de poudre Tergeo stérilisante. Le vendeur était parvenu à mettre au point la recette pour fabriquer en masse. Quatre chaudrons d’une contenance unitaire de 200 litres trônaient aux côtés de la dizaine de tailles standards. Désormais, il produisait plus et moins cher, commandant toujours plus d’ingrédients à ses fournisseurs. La qualité médicale, en rupture de stock, était vendue 5 Mornilles les 50 grammes. Les hôpitaux se l’arrachaient. Quand il fallait plusieurs heures de trempage dans l’alcool pur pour stériliser des instruments, une seconde suffisait avec la Tergeo M(édico). En voyant le garçon prononcer les incantations, Hector était demeuré perplexe. Il les psalmodiait à l’identique mais ça ne fonctionnait pas. Leurs baguettes étaient identiques ! Hercule lui avait assuré qu’elles étaient différentes. Il avait fini par lui proposer de se rendre compte ce qui en faisait l’unicité et l’avait tendue au commerçant. Il l’avait attrapée et s’était brûlé les doigts. Mais son ébahissement surpassait sa douleur.

Le garçon avait mentionné l’étonnement du Gobelin, à la banque, face au solde du compte de l’agence W. Gentil avait répliqué :

— Il ne vous a pas communiqué le montant ?

— Non.

— Mon garçon, vous qui aimez résoudre des énigmes, en voici une où je vous donne deux indices. Premier élément : vous pourriez vous permettre d’enquêter gratuitement. Quel que soit le prix versé par vos clients, fonction de leurs revenus si j’ai saisi votre politique tarifaire, vous pourriez vous asseoir sur leurs règlements.

— Ah ?

— Second indice et non des moindres. Devinez qui va ouvrir une boutique à Bourg-Enchanteur, point de passage d’un grand nombre de voyageurs, portant de lourds bagages, suant abondamment et appréciant un rafraîchissement instantané ?

— Vous ?

— Une modeste échoppe, avec une sélection de produits essentiels, ceux que j’écoule au moins une fois par semaine. Il me reste un paquet de détails à régler. Je croule sous le travail. L’ampoule minérale ne va pas alléger mon agenda.

— Pourquoi ?

— Parce que je dois créer les objets, supports, qui vont les exploiter : lampe de poche, frontale pour les orfèvres, les médicomages, les microscopes, les abat-jours de la maison, les lustres, etc. Il faut aussi des interrupteurs avec intelligence sorcière, capables de lancer le sort d’allumage et d’extinction. J’en profite pour vous remercier pour la copie du grimoire sur les bases de l’enchantement complexe en gaélique. Intégré au contrat, bien sûr et à ma seule attention. Je vais m’y plonger avec délectation. Je peux améliorer des produits existants. Vous souvenez-vous de mon projecteur de constellations ?

— Bien sûr.

— Avec l’ampoule, j’augmente sa puissance, je colorise. Avec vos capacités en enchantement, Hercule, je suis certain que vous pourriez rendre mon invention parlante. Vous pourriez… donner naissance à une intelligence sorcière comme le Choixpeau magique des Anglais de Poudlard, voire…

— Non, pas le Sondeur. C’est impossible.

— Pourquoi ? Il est aussi minéral que les ampoules de votre amie.

— Quoi ?

— Hein ? Mais je n’ai rien dit ! Vous ai-je narré mes séances d’espionnage de camarades, à l’Académie ? Non ? Un jour, je vous parlerai de mes explorations et mes… cuisantes déconvenues.

Hercule était reparti le cœur joyeux et le portefeuille allégé de quelques Gallions. Aussi, il n’était pas à l’écoute de Guillaume avançant un dossier où ne figuraient qu’un procès-verbal et quelques clichés développés par le photographe de la Place Cachée, Tirage Illimité, réquisitionné par Prunellier au retour de Savoie.

— Je vous demande pardon ?

— Hercule, peux-tu jeter un œil sur les photos et lire le rapport ? répéta Gérôme. Ton regard averti saura vite détecter un oubli, une évidence.

Il consentit enfin à ouvrir la chemise cartonnée où le nom des victimes n’était pas inscrit. Premier manquement.

« Cette erreur de débutant ne ressemble ni à Gérôme, ni à Mathilde. Le procès-verbal est anonymisé. Aucun oubli : identité masquée. Vol de 2546 Gallions dans un coffre gobelin, au cours de la nuit précédente. Aucune trace exploitable hormis un morceau de tissu rouge découpé à l’emporte-pièce affûté comme une lame de rasoir. Mode opératoire inconnu. Usage d’un balai suspecté. Aucun prénom des victimes laissé en clair. Le mot « manoir » est cité. Cela réduit les possibilités. Contenu du coffre : 9600 Gallions, titres de propriété, bons d’emprunt au porteur, livres de comptes. Adresse : Veyrier-du-Lac. La liste se restreint à peau de chagrin. Voyons l’annuaire de l’Académie… Hum… Je te tiens ! »

Hercule referma le dossier et le repoussa vers Guillaume. Puis, il inspira et croisa les bras. Mathilde se pinça les lèvres. L’adolescent avait déjoué la manœuvre.

— Alors ? Qu’en pensez-vous ?

— Rien.

— Rien ?

— Monsieur de Franjac… commença-t-il avec un débit lent, solennel. Les plaignants, ce sont les Rosier. Vous vous figurez une fraction de seconde que je vais collaborer avec des suprémacistes ? Leur fils a tout fait pour m’éliminer. Ces gens-là sont responsables de crimes abominables, j’en suis convaincu.

— Le ministre de la Magie me l’a ordonné. Il met 500 Gallions en jeu, peu importent les résultats. Les Rosier en mettent 1000 de plus. Ils sont prêts à augmenter le tarif, car l’acte doit être sanctionné. Ils se fichent du montant du butin.

— Oh ! Je ne doute pas que 2546 Gallions soient de la petite monnaie, pour eux ! Mais même pour un million de Gallions, je refuserais de l’argent sale de ces suprémacistes. Des criminels racistes. Des assassins.

— Tout de même, Hercule. Des assassins.

Le garçon serra la mâchoire, prêt à débattre. L’adulte tenta un coup de poker.

— Et si c’est le ministre qui règle l’intégralité ?

— J’ai dit : aucun Gallion suprémaciste.

— Le ministre ? Il faut des preuves pour…

— Rien ! Vous m’entendez ? Ces engeances abjectes n’obtiendront rien de moi. Le voleur n’a laissé aucune trace ? Merveilleux. Un bienfaiteur précautionneux, organisé. Il n’a pas improvisé. Toutefois, si j’avais été à sa place, il y a une erreur que je n’aurais pas commise, avant de décamper. Une seule.

— Quoi ? se régala enfin Guillaume.

— J’aurais incendié le manoir, après avoir pris soin d’évacuer les elfes de maison.

Le commandant grimaça puis rit jaune. Il s’excusa d’avoir tenté le coup, obéissant aux ordres. Hercule lui répondit qu’il comptait sur lui pour rapporter aux Rosier et à Picaillou, mot pour mot, ce qu’il venait de proférer. Le trio d’Aurors s’éclipsa sans insister. Les pensées ironiques du garçon étaient mesurées, mais il n’était pas loin de la rupture, de l’explosion, voire de la révélation. Hercule se leva et passa dans la partie privative pour se rafraîchir le visage rougi par la colère. La porte d’entrée fut ouverte ; il entendit Sigrid proposer aux visiteurs, en anglais, de patienter une ou deux minutes. Elle proposa du café et quelques macarons. Elle rejoignit son comparse, chamboulé.

— Les Rosier ! Quel culot !

— Cela ne vient pas de De Franjac. Ni de notre duo d’Aurors, à l’air supplicié.

— C’est ce félon. Picaillou ! Manipulateur ou fantoche ? J’hésite encore. Que croyait-il ? Que j’allais dénoncer l’un des nôtres ?

— Quoi ? Comment ça ?

— La fleur en tissu. Un Gerbera rouge. La somme volée. 2546 Gallions qui se décomposent en 2156 Gallions pour la réparation du carrosse de l’école, un devis réaliste proposé par Delacour et 10 Gallions de dommages légaux pour les victimes, soit 33 personnes et 6 Abraxans. Elle sera tombée sur un vieil article relatant le jugement détaillé et scandaleux rendu par De Ferluc. Puis, elle aura ourdi une action vengeresse sur une cible suprémaciste, coupable et responsable.

— Elle ?

— Eugénie. Notre amie.

— Mais comment ? Enfin… Elle est consignée à Poudlard !

— Et vous croyez que cela l’arrêterait ? Être privée de revoir ses amis, elle peut le supporter. L’injustice frappant l’Académie, la directrice, les élèves, les créatures magiques, c’était trop pour notre Robin des bois.

— Qui ?

— Un héros anglais, du XIIIᵉ siècle, popularisé par l’écrivain moldu Walter Scott. Eugénie a été brillante. Elle s’est rendue à Pré-au-Lard, hier, en compagnie de son enseignant de potions. Elle aura repéré une cheminée publique l’amenant au chemin de Traverse. Elle aura enfourché un balai, franchi la distance Londres-Lille.

— En dix ou quinze minutes de module de Transportation, elle était à Genève. Ce n’est qu’à 30 kilomètres du manoir des Rosier, c’est ça ?

— Exact.

— Mais leur concierge fait des rondes. Comment… ?

— Elle m’a carotté mon phonographe, elle a piqué Raoul 2 et s’est assurée d’une complicité efficace.

— Les élèves sont presque tous dans leurs familles.

— Le spectre qu’elle adore. Il est capable de renverser des sacs de farine sur la tête d’étudiants, il n’a aucun mal à animer un lit occupé par un squelette vêtu. Un alibi parfait. Aucune trace. Juste une signature. Pour nous.

— Tu te rends compte, malgré tout, qu’elle a commis un cambriolage ?

— D’un point de vue judiciaire, bancaire, il s’agit d’un transfert monétaire. Les Rosier payent pour les crimes des leurs. L’argent va refaire son apparition. Sur les comptes de l’OWL ou sur ceux de l’école. À la rentrée, je ne manquerai pas d’interroger la directrice et le référent Aloysia, après avoir commis un virement pour l’OWL au nom de l’agence W.

— L’agence… Zut ! Nous avons des clients !

— Ah ?

Hercule s’empara d’une serviette et s’épongea les mains ainsi que le visage. Il arrangea sa tenue et s’invita dans le bureau. Il découvrit deux jeunes personnes aux vêtements pour le moins remarquables. La femme, une brune aux cheveux courts, aux yeux bleus profonds et au teint halé, était vêtue d’une chemise blanche, d’une jupe vert clair, d’un tablier vert foncé, d’un corset noir et de bottines fourrées. Une peau de mouton était jetée sur ses épaules pour la protéger de la rigueur hivernale. L’homme, blond, les yeux bleu clair, plus pâle, était élancé, athlétique. Il portait une chemise blanche, un pantalon de cuir retourné s’arrêtant aux genoux, des bretelles, un chapeau à plume et des chaussettes en laine. Ses chausses étaient fourrées, conçues pour le froid. Les clients, magnifiques, n’avaient pas 30 ans. Ils se présentèrent comme la ministre de la Magie autrichienne et son Auror.

L’affaire était grave. Il s’agissait d’un vol de pendentifs magiques, promis à chaque sorcier naissant en Autriche, un larcin commis dans une échoppe-forge. Le cambriolage avait tourné au drame pour le fabricant présent dans la boutique, un dénommé Lukaas Schmidt, âgé de 35 ans. L’Auror n’avait pas compromis la scène de crime, se contentant de jeter un voile propre sur la victime et avait cadenassé la porte d’entrée, unique moyen de pénétrer à l’intérieur. Hercule accepta l’affaire et choisit de partir sur-le-champ. L’autopsie ne pouvait pas attendre des jours.

Il fit un rapide inventaire de sa valisette. Mû par son instinct, il glissa un flacon dont Noël lui avait fait cadeau. Une nouveauté. Il contrôla le niveau du révélateur sanguin, la présence du microscope, des réactifs. Sigrid lui fit don d’une des ampoules à quartz si le besoin d’éclairer vivement se présentait. Il vérifia ses effets de rechange, ses doses de Tergeo et ses affaires pour dormir.

Genoveva Schmeichel, la ministre, aborda un point essentiel.

— Nous n’avons pas parlé de vos honoraires, dit-elle dans un anglais correct.

— Ils dépendront du temps effectif passé à enquêter, à prélever, à analyser. 20 Gallions de l’heure. Cela vous convient-il ?

— C’est un prix d’ami. Les Aurors français paient bien davantage pour nos prestations, souligna Sigrid.

— Gageons que nous initions aujourd’hui, une franche amitié entre nous, concéda-t-elle. Le prix est plus que correct. Cosmas ?

— Avez-vous un balai, monsieur Van Betavende ?

— Je l’ai pris, monsieur Lorenz. Pourquoi ?

— Notre village se situe dans le Tyrol, en montagne. Il est à 25 kilomètres de la cheminée publique d’Innsbrück. Il n’y a que 30 minutes de vol.

— Entendu. 30, dites-vous ? Pour 25 kilomètres ?

— Nos productions volantes sont ancestrales, précisa la ministre.

— Je ne m’échapperai pas, promis ! Allons-y !

Le voyage fut assez rapide. L’essentiel de la distance fut couvert par le système de Transportation, jusqu’à Genève. Ensuite, une première cheminée helvète les conduisit jusqu’au ministère suisse, situé à Zurich. Une seconde, internationale, les envoya à Innsbrück. La fin du périple, féerique, dans les montagnes autrichiennes, s’accomplit à cheval sur les balais. Le Harpie d’Hercule faisait office de fusée moldue par rapport au vieux Lancechêne 79 – comme 1879, année de sa production – de l’Auror. La nuit, tombée depuis une heure, était magique. Le manteau neigeux reflétait l’éclat de la Lune à un point tel que les moindres détails du relief étaient discernables. Après le franchissement du Habitch, l’un des plus hauts sommets, un hameau nommé Hexenburg, accroché à flanc de paroi, se détacha du paysage. Cosmas fit signe de descendre dans le village. Ils atterrirent près des ruines d’une chapelle. Hercule, pied à terre, rangea son balai. Il chuchota :

— Ne risque-t-on pas d’être vus par des Moldus ? Les maisons sont occupées.

— Aucun risque. Hexenburg compte 180 habitants dont 180 sorciers. L’école primaire, la mairie, la boulangerie, la charcuterie, l’épicerie, la poste, c’est la vitrine de notre nation pour les Moldus. Les sorciers résident dans les chalets du village. L’un de mes amis est le boulanger. Il sert tout le monde.

— Mais où se trouve votre ministère ? Les potionnistes ? L’échoppe où vous fabriquez vos pendentifs protecteurs ?

— Venez, suivez-nous ! Par là.

— Dans ces ruines ? Est-ce une illusion ?

— Du tout. Faites attention où vous mettez les pieds. En France, vous disposez du système de Transportation. Une invention fabuleuse mais trop coûteuse pour nous. Nos riches voisins suisses ont une chance inouïe d’avoir un embranchement desservant Genève. Nous possédons un moyen d’accès au ministère… hum… artisanal, plus folklorique, dirons-nous.

— Ah ? Vous aiguisez ma curiosité.

— Il se nomme « Schleuder », indiqua Genoveva.

— Si mon allemand ne me trahit pas, cela signifie « fronde », non ?

— Exact ! se gaussa Cosmas.

Ils contournèrent plusieurs éboulis et fendirent un tableau représentant une scène du chemin de croix de la religion moldue. Puis, ils empruntèrent un escalier menant à une impasse. Ils traversèrent la roche, à environ vingt mètres sous terre. Tout en descendant, Hercule joua au curieux, titillé par une question depuis leur rencontre.

— Puis-je vous demander pourquoi vous portez des prénoms grecques ?

— Excellente question. Nous autres, sorciers, ne prisons pas trop les classiques germaniques. Les anciens Tyroliens utilisaient des prénoms latins, français, grecques et nous partageons cette préférence. N’oubliez pas que nous ne sommes qu’à sept kilomètres de la frontière italienne !

— Très original. J’aurai d’autres questions. Nous n’avons pas encore étudié votre système politique et judiciaire.

— Vous verrez, c’est assez unique. Ah ! Nous y voici !

Hercule découvrit une cavité humide, modeste, éclairée par des Feux Éternels. La grotte s’enfonçait dans la montagne, comme une saignée, remplie d’un toboggan à la section légèrement supérieure à un hémisphère. De l’eau coulait dans ce guide et aboutissait à un réservoir d’un mètre de large sur une grosse dizaine de long. L’excédent aqueux plongeait dans les entrailles de la Terre, alimentant une source ou rejoignant un cours d’eau, en contrebas. Flottant sur la nappe d’eau, un tronc d’arbre évidé et doté d’assises sommaires, attendait d’être abordé par les sorciers. Juste en face, une habitation avait été aménagée dans la roche. La façade ne comportait qu’une porte d’accès et deux minuscules hublots répartis sur le rez-de-chaussée et l’étage. Devant la masure, il y avait un ponton avec une chaise et un vieux sorcier au visage rouge, buriné, une bouteille de schnaps à la main. Il se leva et claudiqua jusqu’au Belge. Il salua les jeunes Autrichiens et tendit sa paume.

— Hercule Van Betavende, dit le garçon. Enquêteur.

— Waldburg Dorf, répondit l’homme d’une voix rauque. Expéditeur.

L’intitulé intrigua Hercule. Genoveva l’invita à prendre place à l’avant. Cosmas se posta derrière l’invité, lui conseilla de serrer son unique bagage entre ses jambes et posa ses mains sur les épaules de l’étranger. Celui-ci y lut un geste quelque peu hardi mais comprit lorsque Waldburg manipula des leviers sur une console installée sous le hublot du rez-de-chaussée. Des grincements se produisirent. Une énorme corde fut tendue et positionnée entre l’arrière du tronc et deux points d’attache dans la roche. Le grincement dura une éternité et quand Cosmas pressa plus fort, la corde fut libérée. Le tronc fut propulsé à plus de 300 km/h. Hercule poussa un cri bref et coupa sa respiration, écrasé par l’accélération brutale. Moins de dix secondes s’écoulèrent avant de jaillir sur un plan d’eau au cœur d’une cavité gigantesque. L’embarcation frappa la surface et souleva une gerbe d’eau.

Les sensations stupéfiantes s’évanouirent en un instant. La féerie lumineuse, scintillante, offerte à son regard surpassa tout ce qu’il pouvait ressentir. Tout n’était que décorations artisanales, bougies, animations sur l’ensemble des niveaux de l’immense cavité. Bien que le minéral soit omniprésent, il était habillé d’une multitude d’essences boisées. Cosmas les rapprocha du ponton. Puis, il aida Genoveva et Hercule à s’extraire de l’embarcation. Ils longèrent la bergerie où chèvres et moutons gambadaient sur des lits de paille, choyés par des enfants. Tout autour, il y avait une immense promenade, un cours d’eau circulaire, enjambé par plusieurs ponts de bois et contre la paroi, intégralement recouverte, des constructions comme s’il s’agissait d’une succession de chalets. Hercule crut qu’il y avait trois étages mais en fait, c’était une illusion. Il n’y avait pas d’escalier mais plusieurs rampes continues desservant chaque pas-de-porte. Il y avait d’abord l’école de magie, avec son internat, les commerces, puis les services dont le ministère et la poste sorcière. Il était possible d’aller d’un point à un autre sans emprunter d’escalier et pour les plus jeunes ou les anciens, un ascenseur enchanté, accessible depuis l’école, menait au ministère en passant par le fabricant de viennoiseries au poivre. Pour les plus hardis, trois tyroliennes permettaient de passer d’une rampe à l’autre et de prendre des raccourcis pour regagner le ponton. Les fêtes de Noël faisaient l’objet d’un culte d’une ampleur que le Belge n’imaginait pas. Tout le monde rivalisait pour avoir la plus belle décoration. Il y avait des musiciens, des chanteurs, des animations, des danses. De petits kiosques vendaient toutes sortes de sucreries, des biscuits de Noël, que ce soit sur les rampes ou sur la promenade circulaire. L’ambiance était festive.

— Hexenburg rassemble un peu plus de 180 habitants, soit environ 40 % de la population sorcière. Le reste de la communauté se répartit entre Vienne, Innsbrück, Graz et la campagne où vivent et travaillent plusieurs producteurs.

— Un authentique village sorcier. Comme Pré-au-lard, au Royaume-Uni.

— En plus discret. Les Moldus ne soupçonnent rien parce que nous nous mêlons à eux, nous faisons commerce de notre artisanat.

On entendit un grand splash. Deux gerbes d’eau s’élevèrent et se rabattirent. Le tronc, reparti entre-temps, venait de ramener une femme d’une quarantaine d’années. Sa tenue typique comportait de très nombreux accessoires.

— C’est Ottilie Wohlfahrt. C’est la représentante des commerçants. Elle possède les boutiques de Noël, celle du village et la sorcière, au deuxième niveau ainsi que l’échoppe de vêtements tyroliens. Elle n’a pas son pareil pour enchanter des aiguilles à coudre, à tricoter, des métiers à tisser mais aussi pour animer des personnages de bois, minuscules, dans des boules de verre. Une véritable artiste !

— Combien d’élèves accueille votre école ?

— Il y a deux établissements. En bas, la primaire où les enfants de 3 à 10 ans apprennent à lire, écrire, compter. Ensuite, ils viennent ici, à la Zauber Schule. 1 Il y a des dortoirs, pour l’internat. L’école autrichienne scolarise tous ses sorciers.

— Tous ?!

— La formation est pour tous. Il y a, en moyenne, 40 élèves répartis sur 6 niveaux. Nous avons quatre professeurs enseignant toutes les matières. L’Autriche ne compte que 450 sorciers, ce qui donne entre 4 et 7 naissances par an.

— C’est ici, monsieur Van Betavende, coupa Cosmas.

L’Auror prit une clef et l’introduisit dans le gros cadenas verrouillant la porte. Il marmotta et le sésame s’activa dans les deux sens, à plusieurs reprises. Ils pénétrèrent dans l’échoppe se résumant, en réalité, à un escalier menant au petit logement de fonction, à un présentoir vide et à un comptoir. Derrière le seul meuble, il y avait une porte installée dans la roche. Elle donnait sur la forge, éteinte. Une étrange odeur s’infiltra dans les narines du Belge. Il ne s’agissait pas de la décomposition du corps, recouvert par un linceul. Hercule le retira avec précautions. Le cadavre gisait sur le dos, sur la roche, la nuque fléchie, la tête en appui sur la base du foyer, un puits où d’ordinaire régnait une fournaise infernale. Les pierres au sol, tout comme autour de la forge, étaient fraîches. Les courbes de température ne seraient pas bouleversées.

L’adolescent se mua en légicomage, ouvrit sa valisette, chaussa une paire de lunettes aux verres neutres, des gants, enfila une charlotte de tissu et commença par quelques clichés photographiques. Puis, il entama l’examen du corps. Le regard exorbité, fixe, lui fournit un premier indice. Il abaissa les bretelles retenant le short de cuir, déboutonna la chemise du fondeur et examina la poitrine, puis l’abdomen à la loupe magique. La phase de décomposition n’avait pas commencé. La rigidité était totale. Il releva la température externe de l’homme. Pour le moment, rien ne clochait. Il débarrassa l’établi de l’homme, jeta de la poudre Tergeo à usage médical pour stériliser la table improvisée et fit léviter le défunt.

Le praticien tourna la tête de l’homme et remarqua une grosse plaie à l’arrière gauche, juste au-dessus de la nuque. Elle coïncidait avec la position du crâne contre le pied de la forge. Comme s’il avait trébuché en reculant ? Il y avait du sang séché en abondance sur le cuir chevelu mais rien sur la roche de soutènement. Une mise en scène brouillonne, signée d’un amateur complet.

— Quand monsieur Schmidt a-t-il été vu pour la dernière fois ?

— Hier soir, au moment de fermer, vers 18H50. Il y a au moins une dizaine de témoins, répondit Cosmas, soulignant qu’il avait collecté quelques informations. Il a échangé quelques mots avec sa voisine, Brunehilde Gessler, la vendeuse de papillons mécaniques et a détalé comme un Jackalope. Il avait oublié d’éteindre son Feu magique. Il a sauté dans la barque et a dévalé la pente.

— Et ensuite ?

— Après, je ne sais pas. J’ai demandé à Waldburg Dorf s’il l’avait vu et il a dit oui. Il est sorti. Son logement est dans le village.

— Et au-dessus ?

— C’est une petite chambre partagée par les fondeurs, quand ils se relaient auprès de la forge. Quand elle est éteinte, ils vivent en bas.

Il pressa sur les lividités. Elles étaient immuables. Il était froid au toucher, rigide. La mort avait eu lieu entre 19H00 et 6H00. Sauf si la décomposition commençait bientôt, ce qui reculait l’heure du décès. Dans ce cas-là, il faudrait qu’on lui explique comment Lukaas avait pu fermer l’échoppe, discuter avec sa voisine. Sans savoir pourquoi, Hercule sentit que ça coinçait. Il reprit sa loupe et inspecta le nombril. Puis, il ouvrit la bouche de l’homme et respira. Les relents ne trompèrent pas ses sens. La température de la grotte était de 15 degrés. La peau était à 17 degrés, grâce aux vêtements. Il prit un thermomètre rectal et sonda pour connaître la température interne. Elle était descendue à 18,5 degrés Celsius. Il prit un scalpel, incisa au niveau de la moelle épinière et préleva des cellules sanguines. Il s’en tint à ces préliminaires et recouvrit le mort.

— Nous avons un problème, déclara-t-il. Cet homme est décédé il y a au moins une journée. Si je ne fais pas d’erreur, demain matin, la décomposition commencera. Elle intervient environ 36 heures après le décès. Supposons que le premier signe de décoloration au niveau de l’abdomen apparaisse à 5H00, cela donnera une mort située avant 17H00. Avec une heure de battement à cause de l’humidité. Pas plus.

— Mort avant 17H00 ? Mais…

— Oui, Commandant. Qui avez-vous vu hier soir ?

— C’était lui. Je lui ai parlé ! C’était sa voix !

— Je n’en doute pas. J’ai une théorie qui se dessine, mais je la réserve. Trop tôt pour l’exposer. Parlons du vol, vous voulez bien ? Qu’est-ce qui a disparu ?

— Ceci.

Cosmas ouvrit sa chemise. Il dévoila un pendentif formé d’une chaîne en or et d’un minéral biseauté, serti, en forme de poire, de cinq centimètres de diamètre, à la section la plus large. Il ressemblait à un saphir.

— Ce joyau nous est offert à la naissance. Je vous expliquerai le processus de fabrication plus tard, si vous le souhaitez, mais pour simplifier, cela canalise notre magie tout en repoussant tous les sortilèges agressifs. Tous sauf…

— … les trois impardonnables ?

— Tout à fait. Dans le monde sorcier, nous sommes à part. Nous pratiquons les envoûtements, charmes, métamorphoses mais jamais sur nos semblables. Nous n’apprenons pas les sorts comme les Stupéfix, les Bombarda. Ce n’est pas dans notre culture. Depuis ma prise de fonctions, je n’ai eu aucune affaire de vol, ni de crime à traiter. Juste quelques querelles où j’ai joué les médiateurs. Le pacifisme n’est pas que l’article premier de notre loi sorcière. C’est la pierre angulaire de notre esprit.

— Hercule… Pardon… Monsieur Van Betavende…

— Vous pouvez m’appeler par mon prénom. Je n’y vois aucun inconvénient.

— L’année prochaine, quatre naissances sont attendues. Les nouveaux-nés n’auront pas leurs protections.

— Ne peut-on pas relancer la forge et en fabriquer de nouvelles ? Ou utiliser les joyaux de défunts ? Vous les récupérez, non ?

— Cela ne fonctionne pas ainsi.

Genoveva se lança dans la genèse des pendentifs. Avant d’aborder la question de cet artefact, il fallait en passer par le plus intriguant : Adlerdrache, le dragon-aigle. Cette espèce, endémique au Tyrol, vivait dans des cavités naturelles de la montagne, même dans les plus étroites que sa taille modeste et sa forme spécifique lui permettaient d’infiltrer. La tête de la créature ressemblait plus à celle du roi des rapaces qu’à celle d’un dragon. Son long corps en serpentin, souple, couvert d’écailles et ses ailes en plumes écaillées, en faisaient une espèce volante d’une agilité hors du commun. Sa robe était bleu nuit. C’était un carnivore ayant une préférence pour les rongeurs comme les lièvres, les marmottes. Il se délectait aussi de chèvres ou de moutons. Ses écailles en faisaient aussi un pêcheur hors pair. Adlerdrache n’appartenait pas à la classe des cracheurs de feu mais ses serres découpaient l’acier. Sa véritable arme, c’était son cri semblable au yodle. Sa puissance égalait celle de dix Banshees. Selon le dernier recensement, il ne restait plus qu’un dragon-aigle, une femelle. Toutefois, elle pouvait perpétuer sa race en s’accouplant avec une autre espèce compatible comme le Gazeux basque, le Cornelongue roumain ou le Tempête breton.

Lorsqu’il poussait son effroyable hurlement, il exhalait une étrange poussière bleue. Récoltée, elle était chauffée avec du silicium à plus de 1500 degrés, durant un mois complet. Ensuite, il y avait une phase de taille et d’activation de la magie. La poudre était l’ingrédient magique du pendentif. Le processus, long, complexe, exigeant, justifiait que trois fondeurs se consacrent à cette tâche. Outre Lukaas Schmidt, il y avait Emerentia Klein, une jeune novice de 22 ans et Ambros Egger, un sorcier senior de 67 ans. Créer un cristal – fausse appellation puisqu’il était à base de silicium – était une activité à risques reposant sur la précieuse récolte.

Une fois qu’un pendentif était achevé, il était stocké pour être affecté à un nouveau-né. La chaîne en or s’agrandissait au fur et à mesure de la croissance du sorcier. À sa mort, il était enterré avec ce bien individuel. Il n’était pas cessible.

Hercule mesura peu à peu l’ampleur des problèmes guettant les sorciers.

— Nous avons une espèce presque éteinte, des artefacts essentiels volés, de futurs sorciers sans défense, une matière première qui ne se trouve pas sous le sabot d’un Abraxan et les objets affectés ne peuvent être recyclés. Ai-je tout compris ?

— C’est juste.

— Avec ce cambriolage et cette mort, on a voulu ouvrir une brèche dans ce qui fait votre force : le pacifisme, appuyé sur un objet d’une puissance inouïe.

— Mais qui ?

— Il me semble qu’au nord de l’Autriche, il y a un voisin encombrant, impatient de lancer une attaque pour fusionner les peuples germanophones.

— Grüber ?

— Il ne cache rien de ses visées expansionnistes. Il ne peut pas s’en prendre à la Suisse parce que le nerf de la guerre s’y trouve.

— La banque Tresor de Zurich. Les Gobelins.

— Voilà pourquoi vous faites une cible idéale. Il y a deux hypothèses, mais j’en privilégie une. Madame, cette nuit, je vais demeurer près du cadavre, ma baguette à la main. J’ai tout ce qu’il me faut pour dormir, me laver. Je dois surveiller le mort.

— Pour relever l’apparition des indices ?

— C’est essentiel. Savez-vous où se terre la dragonne ?

— Ambros le sait.

— Et Emerentia ?

— Elle l’ignore. Pourquoi ?

Il se tourna vers Cosmas et lui conseilla de protéger Ambros durant la nuit. Hercule supposait que le vieil homme courrait un danger. Puis, il réclama à pouvoir, dès l’aube, se rendre dans la tanière de la dragonne afin de s’assurer de sa bonne santé. Genoveva lui promit une expédition. Elle proposa à Hercule de dîner dans l’un des deux restaurants : le Strudel ou le Risig. Il opta pour le second, l’escalope viennoise y étant fameuse, selon l’Auror. Quant aux desserts, pâtisseries ou glaces, ils étaient fabuleux. Ils convièrent Ambros afin de s’assurer de sa sécurité et le laissèrent exposer les rouages de leur société sorcière.

— Vous avez vu le village, ils vous ont expliqué notre façade pour tromper les Moldus sans manquer de régler leurs impôts, leurs taxes. Nous nous fondons dans le décor. C’est la raison pour laquelle nous portons les Trachten. Les vêtements tyroliens traditionnels.

— Ils sont magnifiques.

— Merci. L’école de magie dure 6 ans. Aucune spécialisation, on y apprend tout ce qu’il faut. Bien sûr, des appétences se dessinent au fur et à mesure des études. Après la formation, de 17 à 18 ans, les jeunes donnent deux années de service civique où ils s’essayent à de nombreuses activités et fonctions. Tout ce qui constitue notre communauté. Ensuite, ils se lancent dans un métier, épaulés par les plus anciens. Chaque année, au 1ᵉʳ décembre, la liste des jeunes atteignant 25 ans avant le 1ᵉʳ janvier et désireux d’accéder aux plus hautes fonctions, est constituée. Le 15 décembre, nous votons tous pour élire un nouveau membre. Au 1ᵉʳ janvier, il devient l’un des cinq élus et le plus âgé quitte ses fonctions.

— Dans quelques jours, je serai remplacée par Felizitas Raspiller, l’actuelle trésorière du ministère. Dès lors, je redeviendrai Genoveva la soigneuse.

— Vos fonctions sont tournantes ?

— Tout à fait. Il y a cinq postes : le Représentant ou ministre de la Magie, l’Arrangeur ou Auror, le Transporteur ou responsable des services au sens large, incluant les cheminées de Graz, Vienne et Innsbrück, l’entretien des deux balais, la gestion de la poste moldue et sorcière, la publication du journal mensuel. Un sacré poste. Il y a aussi l’Échoppier, qui gère les commerces avec Ottilie. Il s’occupe des achats, des ventes, avec les fermes, du commerce avec les Moldus sans qui nous manquerions de nombreux produits. Il travaille en étroite collaboration avec le Trésorier. Le jeune élu est d’abord Transporteur, puis Échoppier, Arrangeur, Trésorier et enfin, Représentant. Ensuite, tout le monde reprend son métier. Les jeunes sont guidés par des anciens valeureux.

— En 1919, c’était Ottilie Wohlfahrt qui me chaperonnait, précisa Cosmas. Cette année, hélas, j’étais seul. Notre brillant Otto Werner, ancien maître et professeur de sortilèges, a été emporté par la Dragoncelle, en 1918.

— Vous êtes vraiment atypiques. Exceptionnels. C’est passionnant ! J’avoue que la vue, à travers la fenêtre, sur la caverne décorée, est renversante.

— Si vous trouvez un moment, n’hésitez pas à pénétrer dans l’antre d’Ottilie. Vous craquerez. Attention à votre bourse !

— Je ne l’oubl…

La phrase d’Hercule resta en suspens. Le serveur venait de lui apporter son escalope viennoise, accompagnée de salade. Il comprit la raison pour laquelle le restaurant s’était baptisé « Risig ». Géant, en français. Bien que les convives tentent d’en savoir plus sur ses hypothèses, il se tut. Le meurtrier se dissimulait peut-être parmi les autres clients attablés.

Malgré une dose salvatrice de Tergeo, un pyjama chaud et son matelas japonais à toute épreuve, la nuit du Belge fut chaotique, morcelée comme jamais. Il s’était privé d’Ipnosia pour pouvoir réagir avec promptitude, au cas où le meurtrier serait revenu sur le lieu du crime. Il vérifia l’état du mort à quatre reprises entre 20H00 et 2H00 du matin, horaire où une tache se dessina dans l’aine. La décomposition débutait et suivait un schéma classique. L’esprit obnubilé par sa découverte, il ne put se rendormir. Le défunt avait poussé son dernier soupir entre 13H00 et 14H00, le 18 décembre. Impossible que Cosmas et les autres témoins cités par l’Auror, aient pu voir le mort. Lukaas avait été dupliqué à coup de Polynectar après avoir été séquestré, pour donner le change ou alors, il était l’instigateur de cette opération.

Cosmas était assez peu observateur. Le mort ne portait pas de pendentif autour du cou. Soit on l’avait détroussé en ignorant l’inutilité de cette dérobade – l’œuvre d’un voleur étranger –, soit l’artefact était toujours autour du cou du véritable Lukaas. L’odeur de pisse de Troll du Polynectar, ingéré avant d’être exécuté, perdurait des heures dans le palais. Un truc de Raymond Dessuture.

Le mort n’était pas Lukaas. C’était peut-être un sorcier étranger. Quant à sa blessure à la tête, elle avait été faite avant l’impardonnable. Peut-être au moment de l’enlèvement de la victime ? Un Bombarda ? La scène de crime était ailleurs. La trouver pourrait s’avérer utile pour expliquer l’enchaînement des événements. Mais elle pouvait être n’importe où.

Hercule partit sur l’hypothèse où Lukaas était coupable. Il se leva et chercha des traces dans le logement partagé par les fondeurs, au-dessus de l’échoppe. Sanguis Vestigia ne montra rien d’intéressant.

« Allons ! Pourquoi enlever une personne, la tuer à dix kilomètres de là et la déposer ici ? Pour faire croire que Lukaas est mort. D’accord. Mais comment ? On peut transplaner dans l’enceinte de la caverne pour aller d’un point à un autre, en visuel. Mais il est impossible de se passer du service de l’Expéditeur, monsieur Dorf, pour aller d’Hexenburg à la caverne et vice-versa. Cosmas l’a affirmé. Si je trouve le comment, je débusque l’assassin. »

Le mystère restait entier. Aux alentours de 5H00, Hercule fut prêt à travailler. Pas ses hôtes. Pour écarter le doute, il tenta un transplanage vers la chapelle en ruines. Il récolta une grosse bosse.

Selon Cosmas, Genoveva et Ambros, approcher du repaire d’Adlerdrache en transplanant à proximité était une idée déraisonnable. Même couverte de neige, la montagne propageait le moindre craquement sonore avec un écho fabuleux. Il était impératif de franchir les 500 derniers mètres en marchant dans la neige, avec un risque d’avalanche difficile à écarter, même pour un bon sorcier. Le dénivelé était de 210 mètres. Chaussés de raquettes envoûtées, étouffant leurs pas au mieux, l’équipée encordée et armée de bâtons de marche pour les Autrichiens et de sa canne pour Hercule, progressa pas à pas, préférant perdre du temps mais arriver entière. Une prudence justifiée par le déclenchement inopiné d’un glissement neigeux non loin de leur position.

Parvenus au terme de l’éprouvante ascension – Hercule payait ses agapes de la veille et sa jambe le torturait –, le Belge insista pour entrer seul dans la grotte. Ambros le traita de fou furieux mais Cosmas tempéra l’aîné. Il chuchota :

— Ce jeune homme sait comment s’y prendre avec les dragons. Il en a chevauché un, au Portugal. N’est-ce pas, Hercule ?

— En effet. J’entre.

L’enquêteur s’avança dans la caverne à la lueur d’un Lumos. Il progressa dans le conduit que la bête employait en se contorsionnant. Un éclat se refléta. Celui de sa baguette, dans l’iris fendu du Dragon-Aigle. Il était immobile. Pas de respiration bruyante. Il se glissa sur le flanc de la créature. Une lance l’avait transpercée.

— Venez ! cria-t-il.

Il produisit un Lumus Solem.

— Oh non ! hurla Genoveva, terrassée par la vision. Non ! Pas ça…

— Par Egon le Juste ! tempêta Ambros, à deux doigts de vomir. Elle est… ?

— Morte. Si un souffle de vie l’avait animée, j’aurais pu… Quelle tristesse ! Je ne peux pas croire ce que je vois… Je suis navré. Je redoutais un tel scénario.

— Nous aurions pu…

— Non, Madame, ne vous reprochez rien. Elle est en pleine décomposition. L’assassin s’est assuré que vous soyez dans l’incapacité de produire vos protections. Avant de commettre le meurtre d’un humain.

— C’est… un génocide programmé, lâcha la ministre.

— Oui, Madame. C’est le terme. Je…

Il se défit d’un sac à dos utile pour survivre en montagne et en sortit sa valisette.

— Qu’allez-vous faire ?

— Relever…

Il éclaira la lance sur le pourtour et triompha.

— … de magnifiques empreintes ! Il va me falloir plus de lumière.

— Voulez-vous que nous activions nos pendentifs ?

— Non, Commandant. J’ai ce qu’il me faut. Attention à vos yeux.

Hercule sortit le prototype d’ampoule à quartz de 16 000 unités lumineuses confié par Sigrid. Il visa l’objet et simula, en gaélique, l’ordre d’allumage. La grotte fut éclairée comme en plein jour.

— Qu’est-ce que c’est ? s’étonna Cosmas. On dirait une ampoule moldue !

— Il s’agit de l’idée et de l’invention de Sigrid, mon associée, que vous avez rencontrée. Un ami très futé en a amélioré le processus de fabrication et l’efficacité. Un Cracmol.

— Votre Académie les accueille ?

— Tout à fait. Et votre école ?

— La loi l’autorise, mais il n’y en a jamais eu, confessa la ministre.

— Tiens… Un facteur héréditaire part. Hum… Ah ! Voilà ! J’ai les empreintes.

— Elles peuvent être comparées, c’est ça ?

— Oui, Commandant. Avec une rigueur sorcière infaillible. Je devine votre idée. Elle est prématurée et alerterait le criminel.

— Vous croyez que c’est… l’un des nôtres ?

— Je n’exclus rien. Avez-vous des contacts dans la police moldue ?

— Oui, répondit la ministre. Le commissaire de police d’Innsbrück est marié avec une sorcière. Il se nomme Johann Hölzel. 2 Pourquoi ?

— Nous devons vérifier si des disparitions inquiétantes ont eu lieu dans la région, ces derniers jours.

— J’ai peur de ne pas comprendre, Hercule.

— Rassurez-vous. Je vous exposerai sous peu tout ce que mes petites cellules grises ont déterminé. Pour la dragonne, que comptez-vous faire ?

— La laisser ici. Il faudra sceller la cavité avant le redoux du printemps, que des marcheurs moldus ne tombent pas sur sa dépouille. Nous ne pourrons rien faire de plus, s’étrangla-t-il, submergé par l’émotion.

— Bien… déglutit le garçon en appuyant sa main sur le flanc glacé.

Il inspecta la grotte, chercha la moindre trace sanguine à l’aide du révélateur. Il n’y eut que du coloris jaune et un parfum de vanille. Le sang d’Adlerdrache et celui de ses repas. Il remarqua qu’une carcasse de mouton ne semblait pas ancienne. Elle l’avait dévorée et avait péri quelques heures ou jours après. Grâce à son bec d’aigle, elle l’avait récurée sans engloutir la laine ou les os. Une efficacité optimale.

Avant d’éteindre l’ampoule et de ranger son matériel, il lança une ultime vérification aux alentours. Moufles aux mains, Cosmas se chargea de la lance. La pièce à conviction.

En fin de matinée, ils rendirent visite au commissaire. Il fut ravi de rencontrer Hercule dont son épouse, fanatique d’histoires rocambolesques, lui avait rebattu les oreilles durant les trois derniers mois. Il réclama un autographe et l’autorisation de faire une photographie ensemble, pour qu’elle enrage. Puis, suivant la demande du Belge, il leur présenta des cas de disparitions survenues dans un rayon de cinquante kilomètres. Les dates ne correspondirent pas avec la mort de l’inconnu.

Dans l’après-midi, Hercule poursuivit l’autopsie, improvisée avec les moyens du bord, en présence des deux Autrichiens, l’un à titre officiel et l’autre en tant qu’unique soignante. Le légicomage non certifié indiqua qu’il ferait de son mieux, ayant appris les bases avec la figure en la matière. Au cours de l’examen de la plaie à la tête, il décela des fragments microscopiques et les préleva. L’œil face à l’oculaire de son microscope, il détermina vite la nature de sa trouvaille.

« Silicium cuit, bleu. Le tueur s’est servi d’un cristal de protection pour asséner le coup. Comment cela s’est-il passé ? Lukaas a volé les cristaux, a été surpris, a utilisé un joyau comme arme pour frapper sans tuer et a ensuite mis en scène ? Tout accuse Lukaas. Mais toi, mon pauvre ami, qui es-tu ? Tu n’es pas un Moldu. Tu es un sorcier et il t’a arraché ton pendentif, pour nous mener sur la piste d’une victime moldue. Pourquoi l’a-t-il arraché s’il ne sert à rien pour une autre pers… Mais quel distrait je fais ! »

— Existe-t-il un sortilège pour révéler l’identité d’un porteur de pendentif ?

— Oui. Regardez ! Tu quoque fili !

Genoveva Hildegarde Schmeichel s’inscrivit en lettres de feu, au-dessus d’elle.

— Et vous pouvez le lancer sur un autre sorcier pour connaître son nom ?

— Naturellement.

— Et si, c’est une pure hypothèse, je déterrais un mort enseveli avec son cristal, je pourrais connaître son identité ?

— Euh… Oui et non.

— C’est-à-dire ?

— Réponse affirmative durant une période allant de sept à dix jours. Le temps que la magie résiduelle se soit dispersée.

— Bien.

— Mais le mort n’a pas…

— … de pendentif. Ce n’est pas un Moldu. Le bijou a été arraché.

— Ce n’est pas Lukaas.

— Non, Commandant.

— Qui, alors ?

— La victime du tueur.

— Votre idée, c’est que Lukaas a fait le coup ? C’est ça ?

Hercule ne prononça plus un mot, validant de fait l’hypothèse du jeune Auror.

— C’est horrible et impossible ! Vous rendez-vous compte ?!

— Oui, Madame, je comprends l’horreur que vous inspire ma théorie. Mais voilà, hier, le défunt sentait encore le Polynectar. Son stade de décomposition indique qu’il est décédé avant 14H00, le 18. Lukaas, vu à 19H00, ne peut pas être cette personne. Les fragments que j’ai prélevés sont du silicium bleu. Il a été frappé avec cet amalgame durci, assommé à l’instant où Lukaas volait les cristaux ou partait les remettre à un complice. Le tueur l’a abandonné quelques instants et est revenu avec le Polynectar. Il a forcé sa victime à l’ingérer. Elle s’est transformée. Il l’a assassinée. Puis, bien plus tard, au cours de la nuit, il est revenu déposer le cadavre et procéder à la mise en scène.

— Il y a un hic, Hercule.

— Lequel, Commandant ?

— Supposons qu’il soit sorti à midi pour aller livrer son butin en faisant croire qu’il allait manger chez lui. Dans le village, il se trahit. Il entre chez celui qui l’a découvert. Ce dernier tente de le raisonner. Lukaas l’agresse et le laisse inconscient. Il décide de disparaître et pour ça, il utilise du Polynectar. Il échange leurs identités. Il tue notre victime avec l’idée de la mise en scène de sa propre mort. Il laisse le mort et va prendre sa place avec son apparence.

— Pas encore. Rappelez-vous : il est vu à 19H00.

— D’accord. Disons qu’il a pris des cheveux, qu’il les réserve. Il doit d’abord mettre en scène. Seulement à partir de ce moment-là, il change son apparence et joue un rôle. Pas loquace sinon, sa voix peut le trahir.

— Tout à fait.

— Si cela s’est passé ainsi, samedi après-midi, n’ayant pas pris la nouvelle apparence, un sorcier a manqué à l’appel dans la caverne.

— Ou dans le village.

— Tout le monde se connaît, Hercule. La moindre absence se remarque. Imaginez que le boulanger, dans le village, manque à l’appel. Ou Ottilie, dans sa boutique de Noël. Tout le monde a regagné son poste, à 13H50.

— Alors, le crime a eu lieu à 14H00, voire un peu plus. Il y a un battement.

— Un hurlement dans la caverne aurait été entendu. Peut-être pas à l’autre bout de la scène de crime mais un voisin aurait perçu le signal de détresse. Même chose dans le village où les résidents y travaillant se comptent sur les doigts des mains.

Hercule sourit, triomphant. Il s’empara d’un scalpel et incisa l’abdomen du cadavre. Il opina. Puis, il ouvrit la cuisse droite, découpa la peau sur le tibia et mit à nu le ménisque et la rotule. Le cartilage de l’articulation était presque inexistant. La souffrance du défunt devait être atroce et il faisait tout son possible pour la soulager. En restant assis, par exemple.

— Quoi ?

— Il était sous notre nez depuis le début. Lukaas boite-t-il ?

— Non.

— Consomme-t-il de l’alcool ?

— Une chope de temps en temps.

Hercule désigna le genou et l’abdomen. Il précisa :

— Voici un ménisque inutilisable et un foie d’alcoolique. Ce n’est pas Lukaas. Avez-vous une baguette ?

— Non, bien sûr.

— Vous n’avez jamais pétrifié qui que ce soit avec vos cristaux ?

— Euh… Pour quoi faire ?

Il consigna d’abord toutes ses remarques par écrit et referma le défunt avec les sorts adéquats enseignés par le Légicomage Dessuture. Puis, il leur révéla la nouvelle identité endossée par Lukaas et comment il comptait l’arrêter. Cosmas ne l’entendit pas de cette oreille. L’arrestation était de son ressort. Genoveva refusa de laisser son Auror y aller seul. Ils mirent un plan sommaire sur pieds. Il comportait des inconnues, des risques, surtout pour prendre Lukaas par surprise.


1 Traduction : « École de magie »

2 Johann Hölzel, dit Falco, chanteur et musicien autrichien, auteur de la chanson « Der Kommissar », est considéré comme le premier rappeur blanc. C’est aussi le seul germanophone à avoir été numéro 1 aux États-Unis.

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