Beauxbâtons - La dernière chance
Chapitre 37 : Sortilège 37 : morts suspectes
7308 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 10/10/2026 13:33
Gérôme Prunellier ne s’était pas laissé convaincre sans résistance. Les propos de l’elfe Herbie n’avaient pas éveillé ses soupçons mais l’identité du mort, Jules Boulay de la Meurthe, lui suffisait pour prêter attention aux assertions de ses interlocuteurs. Dauclair avait mis le doigt sur un point crucial : Jules dirigeait un petit empire dans l’édition. Outre le Cri de la Gargouille, il possédait Dufumet, éditeur de livres de recettes culinaires, Lafrousse, spécialiste dans la traduction des ouvrages étrangers, les éditions Divina, versées dans les sciences occultes, sans oublier Colin-Maillard, fournisseur du département éducatif. Son entreprise-phare, c’étaient les éditions Utopia, diffusant les romans des plus célèbres et talentueux sorciers. En marge de ces actifs, il était actionnaire chez Magillard, le plus important libraire. Le journaliste affirmait que monsieur Boulay de la Meurthe s’était fait de nombreux amis chez les Moldus, de différentes nationalités. Il possédait des parts dans bien des entreprises liées à l’impression, l’édition et la diffusion dans leur monde. Son décès à 90 ans n’était pas extraordinaire, même en l’absence de signe avant-coureur, selon les dires de l’elfe de maison. Néanmoins, si la mort n’était pas naturelle, le mobile était tout trouvé : l’argent. Des monceaux de Gallions. Et en second lieu, le pouvoir.
Gérôme avait confié le département et le registre des doléances au Bécut. Puis, en début d’après-midi, accompagné par Herbie, il s’était rendu au château de Momas pour enquêter. Il était resté près de deux heures sur place, à lui faire relater ce que son maître avait ingéré la veille, s’il avait eu des activités particulières, s’il s’était plaint de douleurs, quelles qu’elles soient. Il avait examiné le corps sous toutes les coutures, sans le déplacer d’un pouce. Il avait fini par promettre de prévenir le légicomage afin qu’il lève tout soupçon sur la cause de la mort.
Lorsque Herbie avait proposé à l’Auror de le faire transplaner au ministère, celui-ci avait décliné l’offre.
— Je vais me trouver un petit hôtel moldu sur Pau. Je tiens à être là lorsque le légicomage fera les constatations et procédera à l’enlèvement du corps.
— Bien, Monsieur. Herbie vous remercie infiniment de prendre autant soin de son défunt maître.
— Hum… Oui… À demain, Herbie.
Dans la capitale du Béarn, Gérôme s’était déniché un modeste établissement. Le tenancier lui avait trouvé une drôle d’allure et avait exigé un paiement d’avance. L’Auror avait pioché dans une liasse de billets de 100 francs sous les yeux exorbités du Moldu.
— Un bagage à porter ? avait proposé le bonhomme, semblable à un sac d’os ambulant.
Le sorcier avait fait apparaître une valise à ses pieds, près du comptoir. Il l’avait empoignée et l’avait exhibée.
— Non, ça ira. Mon bagage est léger.
Pour l’être, il l’était puisqu’il était vide ! L’Auror, muni de sa clé, s’était rendu à la chambre numéro 11 et s’était enfermé de façon magique. Il s’était assis sur le bord du lit, perdu dans ses pensées.
« Je passe à côté d’un détail d’importance. Je le sens. Mais quoi ? Si je n’ai rien de concret à mettre sous la dent du commandant, il va me passer un savon et ce sera mérité. Je ne peux pas laisser le département aux mains du Bécut plus de 24 heures. Pas sans un motif plus sérieux qu’une histoire de bouillotte à la mauvaise place. Bon… J’enverrai un message à Dessuture tout à l’heure. En attendant, que faire ? Si je contacte le patron pour qu’il m’envoie Mathilde, il va refuser. Mathilde… Allez ! »
Il prit son carnet à carrés magiques et rédigea :
« Mathilde,
J’ai une sale et grosse affaire sur les bras. Un décès suspect. J’ai besoin d’aide. Sais-tu où se trouve Hercule Van Betavende ? Je t’embrasse. »
Une réponse apparut très vite :
« Gérôme,
Le garçon se trouve chez mon oncle Gervais, à Py. Ne fais pas de promesses que tu ne peux pas honorer aussitôt. Je t’adore. Bonne chance ! »
Ainsi, dès l’aube, Gérôme s’était présenté chez les Delacour. Il avait exigé de voir le garçon. Ce satané Belge l’attendait. Pire : il voulait monnayer ses talents. Après tout, il avait raison, surtout s’il découvrait ce que lui n’avait pas vu. Le gamin avait tenu bon face au patron qui avait cédé sur les exigences monétaires. De Franjac devait être dans la mouscaille jusqu’au cou pour abdiquer si vite. Il s’en fichait : il avait le garçon observateur sous la main et c’était tout ce qui comptait.
Après une combinaison de transplanages et de voyage en module de Transportation, le duo se présenta à la porte du château, bien avant l’aube. Herbie les introduisit. Lorsque le trentenaire l’invita à raconter ce qu’elle avait fait ou vu, le Belge la stoppa.
— Non, pas comme ça. Herbie, vous allez refaire ce que vous avez fait hier. Tâche après tâche.
— Voulez-vous que je prépare le petit-déjeuner ?
— Oui.
— Bien, Monsieur.
L’elfe obéit. Lorsqu’elle eut achevé de préparer le café, les tartines grillées, qu’elle eût rempli un ramequin de confiture de mirabelles – la préférée de son maître –, elle emprunta le chemin pris la veille pour se rendre au niveau supérieur. Les enquêteurs la suivirent. Herbie posa le plateau sur la desserte.
— Ce chariot se trouvait-il ici, hier matin ?
— Oui, Monsieur.
— Était-il vide ?
— Bien sûr, Monsieur. Lorsque mon maître avait achevé son dîner, il reposait le plateau sur la desserte et la sortait dans le couloir. Je vérifiais tous les quarts d’heure environ et je débarrassais.
— J’imagine donc qu’après être rentrée du bureau des Aurors, hier, vous avez débarrassé le petit-déjeuner intact ?
— Naturellement, Monsieur. Je ne laisserai jamais la demeure de mon maître en désordre. Il en sera ainsi jusqu’à ce que monsieur Dauclair me dise qu’il est temps de me présenter au bureau de placement.
— Le journaliste Prosper Dauclair, du Cri de la Gargouille ?
— Oui, Monsieur. C’est lui qui m’a prêté une oreille attentive et m’a conduit à l’Auror ici présent.
— Parfait. Continuez comme vous le faites toujours.
La créature obéit, avança la desserte à l’intérieur de la chambre glacée où une odeur pestilentielle régnait. La décomposition avait commencé. Gérôme réprima un haut-le-cœur. Hercule ne prêta pas attention à ce que son odorat lui hurlait et se concentra sur les gestes de l’elfe. La servante buta sur le tapis et faillit renverser un chandelier éteint, posé sur le guéridon, contre lequel elle se cogna un orteil. Elle ouvrit les rideaux, puis les volets. Enfin, elle raviva les Feux Éternels. Hercule ouvrit sa valise et enfila des gants.
— Hier, je suis entrée à 8h15. Le soleil se levait. Là, il fait encore nuit. C’est la raison pour laquelle…
— Bien sûr, Herbie. Dites-moi, rien ne vous choque, hormis la position de la bouillotte ?
— Je ne crois pas, Monsieur.
— Le tapis est-il à sa place ?
Elle baissa la tête et répondit :
— Le tapis ? Ah non, en effet !
— Ne devrait-il pas être plus près de la fenêtre ?
L’enfant le tira en direction de l’ouverture et positionna le guéridon au-dessus.
— Comme ceci ?
— Oui.
Il ouvrit sa valisette, s’empara de l’atomiseur rempli de Sanguis Vestigia et vaporisa le parquet précédemment recouvert. Alors que le sol paraissait exemplaire, des giclées de points bleus apparurent. Une discrète mais perceptible odeur de pomme fraîchement coupée s’éleva des lattes cirées.
— Qu’est-ce que c’est, Hercule ?
— Du sang humain. Il y en a beaucoup. Bleu foncé, c’est celui d’un homme.
— Par Flamel ! s’écria Gérôme.
— J’imagine que la chambre est briquée à la perfection, Herbie ?
— Chaque jour. Sauf hier, hélas.
Le garçon observa le cadavre. Il fit abstraction de son aspect et se concentra sur l’environnement. La bouillotte incriminée n’était pas à sa place. Le drap et la couverture étaient sur le mort. Le lit avait été bordé. Par qui ? La baguette du défunt était posée sur le chevet. L’édredon était repoussé alors que l’homme ne se séparait jamais de son accessoire pour se réchauffer ? Était-il à demi frileux ? C’était illogique.
Hercule lança une série de questions :
— Votre maître réchauffait-il sa bouillotte au cours de la nuit ?
— Oui, Monsieur. C’est pour cela que sa baguette était toujours à sa portée.
— Était-il droitier ?
— Non, il était gaucher, Mons… La baguette devrait se trouver…
— … à sa droite. Ainsi, il n’avait qu’à rouler de côté pour s’en saisir. De même que l’édredon devrait être monté jusqu’au nez de votre maître, à cause de sa frilosité. Et surtout…
Le garçon s’empara de son Magiclic et prit des photographies de la scène de face et de biais.
— … il ne peut pas avoir été bordé par lui-même. Regardez… Même avec une baguette, c’est un geste technique exigeant d’avoir les mains libres.
Le détective en herbe tira le drap pour examiner la victime. Il remarqua des traces suspectes sur la nuque de Jules et trouva un maillon en or sur l’oreiller. Il inspecta les mains du mort : les poings étaient serrés, tétanisés. Les orteils de pieds étaient recroquevillés. Le défunt avait souffert avant de rendre l’âme. Il retourna là où il avait trouvé le sang, sur le parquet et arrosa avec davantage de solution révélatrice. Il fut en mesure de dessiner la forme du corps, ramassé sur lui-même, comme s’il se protégeait de coups. Or, l’épiderme de Jules ne montrait aucune lésion, ni déformation extérieure. Quel que soit le traitement qui lui avait été appliqué avec violence et effusion de sang, l’assaillant s’était ensuite employé à effacer ses traces pour donner le change et mettre en scène une mort naturelle.
Hercule porta son attention sur une pièce monumentale qu’il était impossible de rater dans la chambre : le coffre-fort. Scellé dans le mur porteur du château, son retrait entraînait un écroulement fatal de la bâtisse sur l’imprudent qui tenterait un sortilège d’arrachage ou de transplanage. Muni de sa loupe, il l’examina sous toutes les coutures. Il remarqua des éraflures sur le côté opposé aux gonds et ramassa d’infimes particules de limaille ferreuse sur le sol. Le ménage étant fait de fond en comble par la soigneuse Herbie, les débris dataient donc de la nuit où l’homme avait perdu la vie. Il les collecta et les enfourna dans un sachet. Puis, il chercha des empreintes sur le coffre et en trouva. Ensuite, il fit les prélèvements habituels sur monsieur Boulay de la Meurthe et effectua les comparaisons. Le sang versé était bien le sien. Les empreintes digitales de Jules figuraient en toute logique sur le coffre mais le garçon identifia deux autres jeux, bien nets.
« Deux assaillants ? Ils ont torturé la victime pour qu’elle ouvre le coffre. Elle ne l’a pas fait. Ils ont usé des pires sortilèges pour le faire avouer mais n’ont pas fait usage de Veritaserum, réservé aux Aurors. Ensuite, ils ont tenté d’ouvrir le coffre, y compris à la façon moldue. Pourquoi ? Pourquoi utiliser des leviers mécaniques ? »
Il questionna :
— Herbie, votre maître avait-il de la famille ?
— Non, Monsieur.
— Pas d’enfant ? Qui hérite ?
— Mon maître a contracté un testament avec un Sang-Pur, comme l’exige la nouvelle loi. Le notaire des sorciers, monsieur Barthes, est venu dans la demeure pour authentifier l’acte. Il m’a accordé l’immense privilège d’être témoin de bonne foi.
— Savez-vous qui est le bénéficiaire ?
— Je l’ignore. Mon maître a juste dit qu’il s’agissait d’une personne de confiance. Il a ensuite rangé le document dans le coffre.
— Parfait. Monsieur ?
L’Auror tenait le sachet contenant la baguette de feue Boulay de la Meurthe.
— Il a lancé des sorts de protection basiques. Ce n’était pas un combattant.
— Mon maître disait que son arme la plus puissante était sa plume.
— J’ai bien fait de faire appel à tes lumières, Hercule. Qu’en dis-tu ?
— Je dis qu’il y avait deux personnes.
— Deux ?
— Selon moi, voici comment cela s’est passé. Dans la nuit, un sorcier s’est introduit dans la chambre. Un bref combat a eu lieu mais l’adversaire s’est vite montré supérieur. Il a torturé la victime pour lui faire ouvrir le coffre. Celle-ci a refusé et a résisté. Un sort très violent, hémorragique, a provoqué sa mort. Le sorcier ne s’attendait pas à ce résultat. Il a fait appel à une aide extérieure, imprévue. C’est là que cela devient intrigant. Je pense que la personne qui est venue à son secours, est moldue.
— Quoi ? Comment ça ?
— J’y viens. Le Moldu, un criminel, à n’en point douter, a guidé la magie du sorcier pour effacer les traces, y compris les stigmates. Ensemble, ils ont placé le corps dans le lit mais ont commis des erreurs de mise en scène. La baguette, avec ses sorts défensifs, du mauvais côté, la position de l’édredon, le lit bordé, la bouillotte, les mains et les pieds crispés. Ensuite, le Moldu a exhorté le sorcier à ouvrir le coffre inratable de façon sorcière. Comme ce dernier a échoué, notre invité de dernière minute a utilisé un levier, écorchant à peine l’acier gobelin. Après leur échec, ils ont nettoyé le sol et mis le tapis par-dessus, déplaçant le guéridon qu’ils ont mal repositionné. Puis, avant de disparaître, ils ont opéré une ultime vérification et se sont aperçus que la victime avait un collier autour du cou. Le maillon en or et les traces sur la nuque attestent sa présence. Ils l’ont arraché.
— Pourquoi ? Que représentait-il ?
— Je l’ignore. Herbie, avez-vous remarqué une chaîne autour du cou de votre maître ?
— Oui, Monsieur.
— Depuis quand ?
— Oh… Je dirais qu’il la portait depuis cet été.
— Y avait-il un pendentif ?
— Je n’ai pas été en mesure de le voir, Monsieur.
Hercule remercia l’elfe pour sa précieuse contribution. On toqua à la porte d’entrée. La servante transplana et ouvrit à un petit homme à l’allure inhabituelle. Il se présenta comme le légicomage Raymond Dessuture. Il était accompagné par un brancardier.
Lorsque Raymond fit son apparition dans le couloir, Prunellier rédigeait un rapport préliminaire à destination du commandant. L’enquête portait sur un haut personnage du monde de la presse et de la culture, un homme influent et riche. Tout laissait croire qu’il avait été assassiné et que sa mort avait été mise en scène.
— Salut, Prunellier ! Pas besoin de demander où se trouve la viande froide, il suffit de se fier à son pif. Mazette ! Ça remugle, camarade !
Il tourna dans la chambre et fut surpris par la présence supplémentaire. Il reconnut le garçon.
— Ben ça, par exemple ! Van Betavende ! Tu prends de l’avance sur le stage de Pâques, mon gars ?
— C’est involontaire, Docteur.
— Pas trop incommodé par l’odeur ? Ça pue !
— Ça va. J’ai certaines facultés ou emprises sur mon cerveau, qui me permettent de mettre de côté les informations olfactives.
— Tu peux faire taire les cellules nerveuses liées à l’odorat ?
— En quelque sorte.
— Ben ça, c’est un sacré avantage sur moi ! Je ne m’y suis jamais habitué. Alors, si tu le permets…
L’homme enduisit sa grosse moustache d’un onguent à l’odeur camphrée et mentholée très puissante. Les poils se redressèrent et firent barrage devant les narines.
— Bon ! Voyons un peu ça…
Il retira le drap, la couverture et examina le corps. Il ne manqua pas les traces sur le cou.
— Tu veux bien m’aider ? Je le fais léviter, tu le déshabilles et tu le retournes.
L’assistant obéit. Il découvrit un hématome derrière la pliure du genou droit et un autre au niveau du coccyx.
— Rappelle-toi : toujours faire les constatations le plus vite possible. Là, on a au moins 36 heures dans la vue. La décomposition vient de commencer. Cela se sent, bien sûr et mais surtout, cela se voit, grâce à la grosse tache verte au niveau des zones iliaques. Là, tu vois ? La dégradation d’un cadavre nous fait passer à côté d’indices capitaux. Tu remarques les hématomes ?
— Oui. Ils sont restés parce que la réparation a été mal faite ?
— Tout à fait, mon garçon. On ne répare pas un corps mort comme un vivant. Les pliures ! Il faut toujours examiner tout ce qui se plie chez un bonhomme. C’est dans les plis que se logent les oublis ! Quand je l’ouvrirai, à la morgue, tu sais ce que je trouverai ?
— Des organes mal réparés, des déchirures musculaires oubliées.
— Pour sûr ! Notre gars a été torturé, tué et remis en état. Mais rafistoler un macchabée au Vulnera Sanentur et autres sortilèges du genre, ça ne donne pas la même chose qu’appliquer le sort sur un blessé.
— Parce que le sang a déjà commencé à se détériorer ?
— Eh oui ! Tu lancerais quoi, toi, pour rendre un corps présentable ? Ce que je ferai après l’autopsie, bien sûr.
— Vous n’avez pas abordé la thanatopraxie dans votre ouvrage.
— Ben non ! J’allais pas lâcher tous mes secrets ! Hé hé ! Allez, fais travailler ta cervelle !
L’enfant réfléchit quelques instants. Il valait mieux ne pas demander à remettre le corps dans l’état où il était lorsqu’il était vivant sans risquer de se retrouver avec un mort-vivant. Il fallait juste qu’il soit, d’un point de vue visuel, acceptable pour les proches qui lui rendraient un ultime hommage. Il n’y avait aucune raison que l’intérieur soit réparé. Néanmoins, si on voulait donner le change, c’était souhaitable que tout soit replacé à la bonne position.
— Euh… Corpus Restituit.
— Pas mal du tout ! Mets-y plus d’intention pour la famille.
— De l’intention ?
— Du respect pour les sentiments éprouvés par les proches.
— Corpus Reverentia Restituit.
— Il y a de ça. Tu ferais comment si tu devais t’occuper d’un parent, hein ? De ton épouse, par exemple.
— Je le ferais avec amour. Oh… Corpus Amanter Restituit.
— Oui… avoua le docteur.
— En êtes-vous l’inventeur ?
— Oui, mon garçon. Je connais ta prochaine question : en quelles circonstances l’ai-je mise au point ?
— Euh…
— C’était pour ma femme. Ravagée par un Mantrille. Tu connais cette monstruosité ?
— Je sais ce que c’est. Je n’en ai jamais croisée.
— Et ça vaut mieux ! Saleté de bestiole ! Si elle était géante, on la repérerait facilement. Hélas ! Cette cochonnerie, qui mesure dix centimètres, se fourre dans les cadavres. La dépouille d’un sorcier revenu de Guyane. Catherine, ma femme, avait voulu s’en occuper. Elle s’était lancée un Têtenbulle, comme l’exige la procédure. Ce sort n’empêche pas le son de passer. La créature a poussé son cri et le cerveau de ma femme a été liquéfié. Il n’y avait plus rien dans le crâne. J’ai voulu la rendre présentable. J’ai cherché pendant deux jours.
— Je suis désolé.
— T’en fais pas, va ! Bon, allez, hop !
Il agita sa baguette et un sac mortuaire enveloppa le défunt. Il le ficela sur un brancard. Son assistant usa de lévitation pour le sortir de la chambre.
— Je le ramène à Paris, dit-il à Prunellier en sortant. Les usagers du module de Transportation seront heureux d’apprendre que l’étanchéité des sacs à viande n’est pas parfaite.
— Votre première impression, Docteur ?
— Le pauvre type a été torturé avant d’être occis. Je te tiens au courant. Il est bien, ton petit adjoint ! Mais j’ai déjà mis une option dessus et vivant, de préférence.
L’Auror ne put réprimer un rire nerveux. L’humour du docteur Dessuture était… spécial. Herbie déboula dans le couloir avec du café fumant, du sucre, des cuillères et des tasses.
— J’ai pensé que vous en auriez besoin.
— Merci, Herbie. Bonne idée ! Le petit-déjeuner dans l’hôtel moldu n’était pas fameux.
— Je n’aurais pas dû écouter mon maître quand il m’a demandé de le laisser avec la Moldue.
— Une Moldue ? Quelle Moldue ?
— Une jeune femme. Anglaise. Je devais préparer une collation avec des pâtisseries et du thé. Ensuite, j’étais tenue de rester dissimulée dans la cave où je loge, car elle ignorait tout de notre monde. Mais je l’ai aperçue depuis le soupirail, lorsqu’elle a quitté mon maître.
— Était-il en vie à son départ ?
— Tout à fait. De plus, à 20h00, j’ai déposé un bouillon de légumes et une pomme devant la porte de la chambre de mon maître. Son dîner était toujours frugal les jours où il recevait pour le goûter. À 20h30, il avait terminé et avait remis plateau et desserte dans le couloir.
— Donc, cette Anglaise est la dernière personne à l’avoir vu en vie ? demanda Gérôme.
— Je le pense, Monsieur.
— Comment s’appelle-t-elle ?
— Mademoiselle Christie. C’est à cause de son nom que j’ai pensé qu’elle était anglaise. Parce que j’ai entendu quelques phrases échangées avec mon maître à son arrivée et à son départ. Elle parlait comme les Béarnais de la campagne, Monsieur. À l’identique, en roulant les R.
— C’est noté. À tout hasard, est-ce qu’il y a un téléphone dans le château ?
— Oui, Monsieur. Mon maître se servait de cette drôle d’invention qu’il trouvait fantastique, bien qu’elle grésillât à chaque fois qu’il en fit usage. Mais il avait tant d’amis chez les Moldus qu’il jugeait ce service incontournable.
— Où est-ce ?
— Au rez-de-chaussée, dans la bibliothèque. Je vous y conduis.
Gérôme adressa un clin d’œil au Belge et lui souffla son intention d’activer la coopération. Il allait faire appel à Jacques, son père, évoluant au sein de la police française avec le grade d’officier de paix. 1 La garantie d’une avancée rapide, grâce au réseau téléphonique et aux effectifs policiers.
Hercule se retrouva seul dans la chambre durant plusieurs minutes. Il fouilla dans sa valise et sortit l’outil indispensable. Une nouvelle baguette-stylo. Celle-ci n’avait pas d’existence officielle. Il engagea le poil de Niffleur et lança un Cistem Aperio en direction du coffre. La porte se déverrouilla.
Le contenu fut assez décevant. Il n’y avait presque rien, par rapport à la contenance très généreuse. Il trouva environ 1000 Gallions, des articles de presse qui semblaient ne jamais avoir été publiés, un dossier sur la loi Picaillou réformant la succession, des titres de propriété foncière, immobilière et entrepreneuriale. Il dénicha un livre de comptes rassemblant les transactions auxquelles il prenait part. C’était à peu près tout, hormis un petit carnet rouge comportant des signatures de sorciers ou de Moldus célèbres. Il n’y avait rien qui ressemblât de près ou de loin, à un testament. Soit les criminels étaient parvenus à ouvrir le coffre comme il l’avait accompli et s’étaient emparés du document, soit le testament en était ressorti avant Noël et avait été dissimulé ailleurs dans le château, à la banque, au siège du journal ou ailleurs. Dernière hypothèse : un serment inviolable, contracté entre Jules et son mystérieux héritier. Un serment enfermé dans un pendentif suspendu à une chaîne en or ? Dans ce cas, seul l’héritier était en mesure de rompre le charme puisque l’autre partie signataire avait péri. Il referma la porte et la verrouilla sans magie. Si on l’interrogeait à propos du sortilège Cistem Aperio, il pourrait toujours affirmer l’avoir lancé pour s’assurer que le coffre-fort ne présentait pas de défaillance.
« Il y a une autre possibilité. L’héritier détient le pacte, mais le serment inviolable l’empêche d’exercer son droit à l’héritage. Alors, il missionne un tueur et devient le suspect numéro un. Non… Jules a convaincu le bénéficiaire qu’il périrait dans d’atroces souffrances s’il tentait quoi que ce soit contre lui, même de façon indirecte. C’est le principe même du serment inviolable où l’on peut mettre toutes les clauses qui nous semblent bonnes. Donc Jules et l’héritier ont lié leur destin, car le défunt lui faisait confiance. Allons, Van Betavende, réfléchis ! Herbie a vu le document mais pas l’identité. Le notaire des sorciers, monsieur Barthes, a fait les choses dans le respect des règles. A-t-il conservé le document ? Si oui, il est en danger. Le temps que l’Auror Prunellier fasse ouvrir le coffre par les Gobelins, les criminels auront pris de l’avance sur nous. Il faut conserver l’avantage en espérant que les voleurs n’ont pas encore remis le pendentif à leur commanditaire. S’il tente de le détruire et qu’il n’y parvient pas, que va-t-il comprendre ? Que ce n’est pas normal ? Le serment inviolable doit se briser avec la mort de Jules, sauf si le testament est inclus dedans et qu’il ne peut être activé que par l’héritier. Dans ce cas, même si le commanditaire ne détruit pas l’objet, l’héritier ne pourra pas y prétendre. Non… Le testament ne peut pas être à l’intérieur. Mais Jules peut le faire croire en ayant créé un faux serment inviolable, bien en évidence. Comment faut-il s’y prendre pour créer un… Oh bon sang, Van Betavende ! »
Alors que Gérôme revenait, le garçon se précipita sur le Feu Éternel, le régla au minimum, jeta son dévolu sur le lit et rabattit le drap ainsi que la couverture sur sa tête, pour créer une obscurité artificielle. Il observa et se frotta les mains. Il remit tout en place.
« Bravo, Jules ! Quelle idée de génie !
L’Auror fit irruption dans la chambre et lança :
— C’est arrangé. Mon père va passer quelques coups de fil. Il m’a dit d’aller au bureau de la Poste centrale de Pau. Le temps que nous y allions, il aura envoyé un télégramme à mon intention, avec le nom de l’hôtel où miss Christie est descendue.
Il se tourna vers Herbie et lui dit :
— Restez ici et transplanez au département des Aurors si un intrus se présente. Je mets la chambre et le coffre sous scellés magiques. Je pense que les Gobelins interviendront d’ici une semaine. Nous connaîtrons enfin le nom de l’héritier.
— Bien, Monsieur.
— Hercule, nous levons le camp.
— Au revoir, Herbie. Ce fut un plaisir de collaborer avec un elfe aussi loyal que vous. Je suis sûr que nous trouverons le criminel, grâce à vos efforts et vos renseignements.
— Oh merci infiniment, Monsieur.
Gérôme transplana au-dehors, en compagnie de l’élève. Il avisa une colline à l’est et s’y rendit avec la magie. De là, ils aperçurent la ville de Pau. L’Auror observa une pause.
— Tu ne souffres pas du transplanage ?
— Plus depuis la rentrée, Monsieur.
— Arrête avec les « Monsieur ». Appelle-moi Gérôme. Entendu, équipier ?
— Bien compris, Gérôme.
— On y va !
Un craquement sonore signa leur départ.
Alfred gisait sur le lit de la chambre 202, à l’étage des victimes de maladies et de potions. Agathe était assise sur une chaise, à un mètre du médicomage et l’observait, guettant une reprise de connaissance. En vain. Selon les docteurs Brahma et Dadé qui l’avaient pris en charge aux urgences, l’homme était plongé dans un coma profond. Les praticiens ne se montraient pas optimistes. Si Alfred n’en sortait pas vite, il y resterait longtemps. La seule bizarrerie dans son état d’immobilisme complet, c’était son expression souriante. Sur la cinquantaine de muscles du visage concourant à exprimer des émotions, une quinzaine était mise en œuvre pour sourire. La réaction musculaire du patient était un signe encourageant.
Agathe se pencha vers lui et souffla :
— Revenez parmi nous, espèce de vieil ours mal léché ! Vos coups de sang me manquent déjà.
Alors qu’elle se redressait, le docteur Dessuture entra dans la pièce, accompagné d’Alphonse Dadé et de Federico Zimmermann.
— Bonjour, messieurs.
— Madame, fit le Suisse.
— Nous avons analysé la potion qu’il a avalée. Dix gouttes, si je me fie au restant récolté par vos soins, commença le légicomage.
— De quoi s’agit-il ?
— De Mort-vivante, lâcha Alphonse.
— Par Flamel ! C’est une tentative de meurtre ? Comment a-t-il pu survivre ?
— C’est bien un acte criminel, confirma Raymond. Mais, dans les malheurs d’Alfred, il y a eu un coup de chance inouï. La bouteille de Cognac qu’il a sifflée, a agi comme un contrepoison. Potion et alcool font rarement bon ménage, entraînant des effets secondaires aberrants.
— Se réveillera-t-il bientôt ?
— Difficile à dire. Diantre ! Deux crimes commis sur des héritiers en vue le même jour ! Que je sois rôti par un Feudeymon si c’est une coïncidence !
— Deux ? s’étonna Agathe.
— J’ai un macchabée à autopsier, à la morgue. Il s’appelle Jules Boulay de la Meurthe. Vous savez qui c’est, ce bonhomme ?
— Jules est mort ? ! s’écria Agathe. C’est… oh non !
— Ah merdouille ! J’ai fait une boulette !
— Que lui est-il arrivé ? demanda Agathe en tentant de conserver sa contenance.
— C’était une connaissance ?
— Un mentor. Un amoureux de la littérature, comme moi.
— Eh ben, on a tenté de faire passer sa mort pour un décès anodin. Par malchance pour le criminel, le seul Auror disponible a eu la bonne idée de s’adjoindre l’un de vos élèves. Un petit gars futé, sympathique. Il m’a mâché tout le travail. Van Betavende.
— Hercule se trouve en compagnie d’un Auror ?
— Ils enquêtent ensemble.
— Vous êtes sûr que c’est le garçon ?
— Un brun jovial, tête ovale, l’œil noir pétillant, un peu rond, une encyclopédie sur pattes. Grand comme ça ! Il fera un stage à Pâques, à Bonpied. Une recrue de choix. Je ne désespère pas d’en faire le prochain légicomage. Surtout que le bonhomme ne tombe pas de l’œil en voyant un cadavre.
— Il n’a pas changé son visage, murmura-t-elle.
— Non. Pourquoi ? Il aurait dû ?
— Sa vie est menacée. Le milieu criminel a lancé un contrat sur sa tête.
— Ça n’a pas eu l’air de le préoccuper. L’âme d’un médicomage. C’est assez rare, une telle volonté. Il me plaît bien, cet oiseau-là.
— Il possède une baguette qui a réalisé un vrai miracle, précisa Alphonse. Grâce à elle, j’ai sauvé un patient. Mais il n’a pas voulu me dire où il l’avait trouvée. Pas chez Cosme Acajor, ni chez Ollivander, ni même chez Gregorovitch. Peut-être Borodine, en Russie. Ce talentueux sorcier russe déniche des modèles assez inhabituels.
Agathe s’abstint d’alimenter le sujet, d’autant plus que l’épaisse moustache du docteur Dessuture frétillait allègrement et que ses yeux étaient rieurs. Le légicomage avait mesuré la grandeur de l’élève.
— Je vous laisse, j’ai du labeur sur la table, coupa Raymond. Je brûlerai une ou deux bougies ensorcelées pour le salut d’Alfred.
Il repartit vers son domaine à un rythme de sénateur, en rapport avec la longueur insuffisante de ses jambes. Il emprunta l’escalier pour rejoindre la morgue, située au rez-de-chaussée, juste à côté des urgences. Alphonse se plaça face à Agathe et lui parla avec franchise :
— Comment allez-vous vous en sortir, Madame ? Deux enseignants hors course. Vous vous êtes débrouillée pour le professeur Racine et de brillante manière. Mais un médicomage…
— … n’est pas n’importe quel sorcier. Je sais. Cela demande des talents qu’aucun membre de mon personnel ne possède.
— Federico, ici présent, n’a pas encore les compétences requises pour exercer. Nous avons quelques anciens élèves, mais il faut aussi faire preuve de pédagogie. Transmettre et savoir sont deux cordes bien différentes de l’arc possédé par un enseignant.
— Je partage votre avis, Alphonse. Madame Cacheton ne pourra pas occuper cette fonction. Elle devra se cantonner à la gestion de l’infirmerie et aux cas ne nécessitant pas d’hospitalisation. La seule scientifique ayant les capacités en soins, c’est Ursula Waldmeister mais son emploi du temps, bien que allégé grâce aux élèves, ne lui permet pas le moindre écart. Je devrais peut-être soumettre le problème au directeur Dégivré ?
— C’est une idée. Dans les membres du personnel, je ne vois pas qui aurait les mêmes compétences qu’Alfred. Surtout avec une couche scientifique et une connaissance vitale de la médecine moldue. En revanche, j’en connais deux ou trois qui pourraient me remplacer comme potionniste de l’hôpital. Et dans ce cas…
— Vous seriez partant ?
— En tant que fils de chirurgien et de sorcière médicomage, je m’y connais assez en médecine moldue. Je pratique l’Hyperloupe que j’enseigne à mes collègues et j’ai formé deux potionnistes remplaçants.
— Allons voir le directeur et arrachons-lui un accord. À l’Académie, vous serez choyé. Je vous le promets.
Ils abandonnèrent Alfred, tout sourire, plongé dans un songe heureux, sans fin. Aussi, ils ne purent l’entendre murmurer :
— Lyna… mon amour…
L’officier de paix Prunellier avait été très efficace. Avec ses collègues, il avait appelé tous les hôtels de la cité paloise et avait câblé le résultat à la Poste centrale.
— Monsieur Prunellier ? demanda le préposé.
— Oui.
— Un télégramme, pour vous.
— Merci.
— Alors ? questionna l’enfant.
— Hôtel Gassion. Agatha Christie. Anglaise. 25-30 ans, cheveux châtain clair, bouclés, taille 160 centimètres, allure frêle. Parle français avec un accent du sud-ouest. Amitiés. Papa.
— Où est-ce ?
— Regardons dans un Bottin.
Ils se dirigèrent vers les isoloirs alignés en rangs d’oignons et en choisirent un libre. L’annuaire des Pyrénées-Atlantiques était à disposition de la clientèle. Pour les autres départements, il fallait réclamer l’édition ad-hoc à un agent centralisateur.
— Je l’ai. Hôtel Gassion, boulevard du midi.
— J’ai cru voir un plan de Pau dans les premières pages.
— Attends… Oui. Alors… Oh ! C’est à peine à 300 mètres. Inutile de…
Il baissa la voix et compléta :
— … transplaner.
— Je vous suis.
Ils sortirent de la Poste et mirent le cap au sud.
— D’ailleurs, à propos du transplanage, il faudra que je vérifie un point ou deux.
— Lesquels ?
— On verra ça plus tard. Hâtons-nous !
Ils accélérèrent et se présentèrent à l’accueil du Gassion. Le réceptionniste les reçut avec sourire et déférence. Gérôme se présenta comme un officier de police et montra une carte aussi authentique que celle de son père, avec photographie, une diagonale blanche bordée de bleu et de rouge-rosé, estampillée préfecture de police de Paris. Quand le bonhomme moustachu et chauve, haut de deux mètres, réajusta ses lorgnons posés sur son nez camus, ce fut pour se pencher en avant et pour détailler le jeune garçon. Il renifla et osa une réflexion ironique :
— Une recrue tirée du berceau ?
— Il s’agit d’Hercule Van Betavende, citoyen belge. Le plus grand détective vivant. J’ai l’honneur de l’assister.
Le tenancier de l’hôtel ne s’attendait pas à cette réplique.
— Oh…
Hercule ne se démonta pas et le bombarda de questions :
— Où se trouve madame Agatha Christie ?
— Elle a quitté l’hôtel, ce matin. Elle a réglé sa note et a pris un taxi pour aller à la gare.
— Auriez-vous une idée de sa destination ?
— J’ai mieux. J’ai fait la réservation de son billet. Le train de 7h02, à destination de Paris-Austerlitz.
— Zut ! ronchonna Gérôme.
— Que faisait-elle à Pau ? poursuivit l’enfant.
— Elle a passé quelques jours pour revoir sa gouvernante française. C’est pour cette raison que la jeune demoiselle s’exprimait si bien en français. Une jeune femme exquise, érudite. Elle se passionne pour la littérature et pour la pharmacologie. Elle a été infirmière pendant la guerre.
— Est-elle sortie, avant-hier ?
— En effet.
L’employé leur livra une description précise de la femme et leur révéla qu’elle avait commandé un taxi pour 16h00, à destination du château de Momas. Un autre véhicule l’avait ramenée à 19h45. L’hôtel ne faisant pas restaurant, elle s’était préparée dans sa chambre pour dîner à l’extérieur. Elle était revenue moins d’une heure plus tard.
Une fois la moisson d’informations terminée, le tandem ressortit sur le boulevard. Gérôme fit la moue :
— Je n’imagine pas cette Moldue revenir en pleine nuit pour tuer, avec une aide magique, notre victime.
— Elle est aussi trop frêle pour manœuvrer un pied de biche et fracturer le coffre. Seulement, c’est un témoin précieux pour déterminer l’état d’esprit du sorcier, quelques heures avant sa mort. Il pourrait lui avoir confié un secret, voire un objet.
— Nous allons nous rendre à la gare et vérifier si elle a été vue montant à bord de l’express pour Paris. Ensuite, nous envoyons un télégramme à mon père pour le tenir informé. Je préfère qu’il soit impliqué jusqu’au bout.
— À cause de la présence probable d’un Moldu au château ?
— Un Moldu ayant connaissance de notre communauté sorcière.
— Peut-être un parent ?
— Voilà ! Et ça, mon père mettra un nom dessus, tu peux en être sûr. Il connaît des quantités de criminels et leurs spécialités.
— Un soutien précieux. Avec le système de Transportation, nous serons à Paris bien avant le train moldu.
— Nous en profiterons pour aller nous restaurer, je verrai au bureau avec le Bécut si de nouvelles affaires se présentent. Nous ferons aussi un saut à la morgue de Bonpied. Dessuture aura peut-être des éléments à nous communiquer.
La vérification à la gare ne prit pas plus de quinze minutes. Après quelques errements, ils mirent la main sur le porteur qui avait aidé la jeune femme à s’installer dans sa voiture. En descendant, le jeune rouquin en livrée avait remarqué qu’elle avait aussitôt sorti un tas de feuilles remplies recto-verso et de quoi écrire. Elle possédait aussi une de ces machines transportables de la marque américaine IBM. Il ne voyait pas comment elle aurait pu échapper à sa vigilance sur le quai très clairsemé.
Le duo d’enquêteurs quitta la cité paloise en transplanant jusqu’à l’entrée secrète du tunnel de Transportation, dissimulée à cinq kilomètres dans la campagne, à l’abri des curieux. À 13h30, l’Auror et son adjoint étaient attablés dans un bistrot servant du cochon sous toutes ses formes. Il ne leur restait plus qu’à se régaler, à effectuer les vérifications d’usage et à patienter jusqu’à ce que le poussif express à vapeur atteigne la gare d’Austerlitz.
1 Il s’agit d’un ancien grade, placé juste sous le commissaire de police, supprimé en 1921.