Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 35 : Sortilège 35 : le jardin secret

7059 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 13:28

Les familles de Claudia et de Gervais arrivèrent à l’aube pour aider à la préparation du réveillon. La branche Delacour était assez réduite mais le côté espagnol compensait. Dans les premières heures de la matinée, les hispaniques investirent la demeure, l’arbre à musique et tous les chalets disponibles. Claire et Dune, jointes aux forces vives, aidèrent à farcir une dizaine de dindes prévues pour le dîner. Une agitation extrême envahit la demeure. Si Eugénie et Sigrid appréciaient l’animation, Hercule cherchait tous les moyens de la fuir. C’est la raison pour laquelle il se cacha dans une grange attenante où le traîneau de Gervais était parqué. Il était prévu qu’il serve le soir même, piloté par Jonas, volontaire pour jouer au Père Noël et émerveiller la ribambelle d’enfants en âge de croire au vieux barbu.

Alors que le garçon, fasciné, admirait les boiseries, les incrustations, le système d’éclairage magique, sans oublier la machine à servir du chocolat chaud et des cookies, il n’entendit pas qu’on approchait de lui.

— Tu te demandes comment il fonctionne ?

La question venait d’un grand gaillard brun aux yeux bleus.

— Ah Günther ! Oui, je m’intéresse depuis peu aux engins s’arrachant du sol. Je m’interroge. Vous, le spécialiste des balais et des autres inventions volantes, vous le savez sûrement.

— 90 % des objets volants identifiés utilisent le sortilège Missa Remotum. Les balais, à l’échelle 1/1 ou en modèle réduit, ce traîneau, les dirigeables à propulsion « dragonique ». Ensuite, on ajoute des charmes spécifiques et indispensables à la navigation aérienne, comme l’accélération et le freinage. Il y a quelques différences selon les artefacts. Sur un balai, le corps du pilote va agir pour obtenir des virages. Sur un engin tel que celui-ci, les sortilèges de montée, de descente et de virage sont incontournables. Pour faire un parallèle avec le monde moldu, on ne manœuvre pas un char d’assaut comme une motocyclette. Sur le blindé, il y a des leviers de blocage des chenilles pour obtenir des rotations. Sur une moto, le simple déport du bassin du conducteur suffit à amorcer un virage.

— Je comprends le principe. Donc, le sortilège de base, c’est Missa Remotum.

— Oui.

— C’est… dérangeant.

— Pourquoi ?

— Si je traduis mot à mot ce terme latin, on s’applique à « retirer la masse ».

— C’est juste.

— Retirer de la masse, c’est supprimer de la matière. On ne veut pas en enlever, on cherche à s’affranchir de la gravité terrestre. On souhaite retirer du poids, exprimé en Newtons, pas la masse exprimée en kilogrammes.

— Et pourtant, c’est la bonne formule. Cela fonctionne. C’est ça, la magie.

— Mais pour fabriquer un balai qui aille plus vite, vous êtes obligé d’utiliser un bois moins dense, avec moins de masse pour une taille donnée, n’est-ce pas ?

— C’est le cas. J’ai créé un prototype en balsa, le bois le moins dense au monde. En théorie, le sortilège d’accélération peut le propulser à 300 kilomètres/heure.

— Par Flamel ! C’est insensé. Le moindre choc…

— … le fera exploser en mille morceaux. À contrario, un modèle en ébène se traîne à peine à 50 kilomètres à l’heure. J’ai trouvé un bon compromis avec le bouleau.

— Je trouve ce Missa Remotum… incohérent. Pour rendre un objet plus léger, on devrait lui injecter de la matière plus légère que l’air. De l’hélium ou de l’hydrogène, comme les Moldus le font avec leurs dirigeables.

— D’un point de vue scientifique, tu as raison. Cependant, il n’y a pas d’autre sortilège. Depuis l’aube des temps. Comme je suis passionné de vol, tu imagines bien que je me suis intéressé à la question.

Hercule fut persuadé du contraire. Les jardins volants, aperçus dans l’illusion créée par Dune, ne pouvaient pas s’affranchir de la gravité avec ce Missa Remotum. Le traîneau avait refusé de décoller, le jour de la rentrée, parce que la masse embarquée dépassait une valeur critique. Un balai n’était pas très grand ; il était malaisé d’emmener plus d’un passager. Mais trois ou quatre sorciers dessus, était-ce seulement possible ? En accouplant deux balais en tandem, cela fonctionnait. Mais en construisant un attelage gigantesque, on rencontrait des problèmes de manœuvrabilité. Le carrosse de l’école constituait une limite magique. Six chevaux ailés pour le tracter, c’était à la fois un minimum pour déplacer la voiture, ses occupants et un maximum manœuvrable par le conducteur de l’équipage.

« Je dois trouver comment injecter du plus léger ou comment affranchir un objet de la gravité terrestre. »

Alors que les enfants quittaient la maison pour profiter de la neige épaisse, verglacée par endroits, le Belge entra dans l’atelier où il pourrait jeter des sorts sans risquer les foudres du ministère ou plus exactement, celles de Guillaume de Franjac.

Muni de sa baguette traductrice, le garçon tenta différentes formules, variantes en français, en latin, en grec ancien, en gaélique écossais. Le morceau de bois, visé à chaque tentative, parut vissé à l’établi. À telle enseigne qu’il vérifia, à plusieurs reprises, qu’une de ses phrases n’avait pas renforcé la gravité au lieu de l’annihiler. Il finit par manquer d’idées lorsqu’il se souvint que le degré de maîtrise de l’école népalaise dans l’art de la lévitation était si élevé, l’institution était si secrète et si isolée du monde, qu’elle avait développé une magie sans l’influence des langues européennes.

« Pas de grec, ni de latin. Du chinois ? De l’hindi ? Non… Les influences récentes n’ont pas atteint cet écrin de solitude. Les premiers Népalais utilisaient leur propre langue. Du newari. »

— Traduis en newari, ordonna-t-il à la baguette de cèdre. Voyons…

Il commit plusieurs essais de formules, d’expressions du but recherché avec le moins de verbiage possible. Jusqu’à ce que l’une d’elles fonctionne :

— Shoony taul. 1

Le garçon donna une petite impulsion au bloc de bois d’environ quatre kilogrammes, soit 39 newtons de poids. Le morceau s’envola de l’établi et se bloqua au plafond de l’atelier.

— Oui ! exulta-t-il. Van Betavende, tu l’as affranchi de la gravité terrestre.

Le faire redescendre de manière magique fut tout aussi laborieux. Le Finite, avec ou sans Incantatem et autres formules gréco-latines, ne lui furent d’aucune utilité. Alors, il s’en remit à la langue du toit du monde.

Il réussit à activer une descente – temporaire –, la remontée, des déplacements mais fut longtemps incapable d’inverser l’enchantement.

— Je veux supprimer la magie. Supprimer !

Il manqua de recevoir le bloc sur la figure.

— Zut ! Ce n’est pas le moment d’avoir un accident. Je suis pressé de retourner à l’hôpital Bonpied mais pas dans ces conditions.

À force d’essais, il parvint à comprendre qu’il devait prononcer Jaadu Chiikal 2 pour rendre ses propriétés physiques originelles à un objet. Il se mit alors en tête d’attaquer le morceau de bois à coups de Diffindo, pour lui donner la forme générale d’un avion moldu avec un fuselage, deux longues ailes en position haute et une queue. Il lança Shoony Taul sur sa réalisation qui, après avoir reçu une pichenette, se retrouva collée au plafond de l’atelier en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire. Il annula la magie et attrapa sa miniature au vol. La méthode n’était pas correcte.

Il perça un trou à l’avant du modèle réduit pour y insérer une autre fabrication : une hélice à deux pales. Mais cette fois, il enchanta l’avion sans inclure l’hélice dans le sortilège. Il la fixa à posteriori. Le poids de l’hélice ne suffit pas à contrebalancer l’absence de gravité. L’avion resta là où le garçon le disposa, à condition qu’il ne souffle pas dessus, qu’il n’y ait pas de courant d’air pour le faire évoluer dans l’atelier. Il visa l’appareil et prononça un sortilège classique pour enchanter les poulies ou les cuillères en bois des cuisines.

— Circumcirculus.3

Le résultat fut inattendu et d’un effet comique certain. L’hélice resta immobile tandis que la carlingue se mit à tourner autour de l’axe de l’hélice.

— Ah ah ! Raté, Van Betavende !

Il annula le sort, retira l’hélice et lui lança le Circumcirculus à elle seule. Il sentit le mouvement entre ses doigts. Il la maintint au mieux et enfonça la tige dans l’orifice avant du modèle réduit. Cette fois, lorsqu’il lâcha l’appareil, celui-ci se mit à avancer très lentement, droit devant lui. N’ayant ni système de palonnier, ni gouverne de direction ou de profondeur, il suivait une ligne fixe dépendant de l’orientation donnée à l’impulsion de départ.

— Mon premier jouet. Rudimentaire, certes, mais il fonctionne. Voyons ce que cela donne dehors. Il y a un peu de vent. La vitesse de l’hélice risque d’être insuffisante.

Il agrandit l’orifice prévu pour l’axe de l’hélice, fixa un minuscule système de roulement à billes de part et d’autre. Il bloqua l’avion dans un étau et posa l’hélice sur un support. Une fois l’enchantement prononcé, il n’aurait qu’à faire coulisser l’ensemble et enclencher d’un coup sec. Il tenta :

— Circumcirculus Maxima !

L’hélice se mit à tourner à vive allure. Il l’emboîta dans le logement muni du roulement à billes. Il s’empara de l’avion et desserra l’étau. Il emmena sa création à l’extérieur, visa une ligne droite dégagée, à l’opposé de la cour où les enfants faisaient un concours de bonhomme de neige. Il lâcha le modèle réduit dans les airs. La portance étant presque totale, l’appareil devait soutenir le poids induit par les roulements métalliques, non soumis au Shoony Taul. L’appareil réduit fila si vite que Hercule fut incapable de le rattraper. Une rafale de vent l’orienta vers les cieux ; il prit inexorablement de l’altitude.

— Oups !

L’objet volant disparut de sa vue après trente secondes de vol. Le garçon revint vers l’atelier en sifflotant comme si rien ne s’était passé. Les enfants s’amusaient toujours, piaillaient, s’invectivaient. Mathilde aidait la famille, Sigrid lisait dans le salon, Eugénie préparait une pâtisserie.

— Ouf ! Personne n’a rien vu.

Il revint à l’établi, sans cesser de siffler. Il entendit du vacarme dans sa valisette de travail. Il l’ouvrit et considéra la plume du Globulaire de Bianca, rangée près des inclusions. Il émit un son précis.

— Tu as envie de te dégourdir un peu ? Quelques exercices ? Voyons si je me souviens.

Il lança quelques coups stridents, modula les durées, les tonalités afin que la plume se déplace dans les airs et à l’intérieur de l’atelier. Puis, quand il fut à bout de souffle, il commanda une approche finale et la recueillit. Il la rangea, referma la valisette et rouvrit, intrigué.

— Mais…

Aux côtés des inclusions issues de la ménagerie magique de Beauxbâtons, des dons de Patxi, il y avait aussi les éléments envoyés par Jacques au cours de l’été. Le garçon siffla. La plume de Jacques, du Globulaire selon son ami, ne broncha pas.

— Pourquoi ? Est-ce spécifique au Globulaire de Bianca ? Le cadeau de Jacques ne pourrait-il servir que de plume à papote ? Voyons… Leur enchantement n’est pas une tâche aisée. Il faut commencer par la toucher avec une baguette et prononcer Lingua Magorum Loqui. 4 Elle doit frémir.

Il appliqua la consigne sur la cible. Il n’y eut aucun frémissement.

— Pas de réaction. Jacques a dû confondre les espèces. Il y a tellement de volatiles dotés d’ocelles.

Le garçon remit le cadeau à sa place et réfléchit. Que pouvait-il faire pour s’occuper et surtout, exploiter sa découverte ?

De la place où il se trouvait, il apercevait les enfants dont une nièce de Claudia, une certaine Magdalena, pestant contre son frère Corazon, occupé à démolir le jardin de sa sœur à coups de boules de neige. Il distinguait Mathilde, installée sur un banc déneigé, écrivant avec une plume enchantée sur son recueil de carrés magiques. Son sourire radieux s’élargissait souvent à la lecture des réponses qu’elle recevait.

Eugénie venait de partir en promenade en compagnie de Günther. Dune lorgnait de son côté, avec un air satisfait. Claire lui chuchotait des secrets à l’oreille.

En dépit de l’agitation extérieure, il y avait de la paix chez les Delacour. Le regard du garçon s’arrêta sur les perce-neiges fleuris dans les balconnières. Son esprit s’illumina.

Au centre de l’atelier, en début d’après-midi, trônaient un monticule de chutes de planches, des clous, de vieilles toiles de jute, une scie, quatre chaînettes d’égales longueurs et une pelle. Le Belge, métamorphosé en menuisier, était incapable d’observer une trêve dans ses activités, même à quelques heures du réveillon.

Avec une patience infinie, le garçon assembla un carré d’un gros mètre de côté et cloua des rebords de quarante centimètres de hauteur. Il utilisa tous les morceaux à sa disposition pour solidariser les chutes entre elles. Quand il eut terminé avec la construction du réceptacle, il mesura les chaînes et les fixa solidement sous la structure.

— Parfait ! Maintenant, la suite.

Il fabriqua un escalier doté de dix marches étroites, haute de vingt centimètres. Il ajouta une rampe avec quelques tasseaux, histoire de pouvoir se tenir, même si une chute d’une hauteur de deux mètres n’était rien comparée avec les accidents de Quidditch. Il fixerait l’échelle après la mise en place du carré. Ensuite, muni de sa pelle, il chercha une brouette. Il en trouva une dans la grange abritant le traîneau. Il se rendit à l’arrière de l’atelier, déblaya la neige à flanc de montagne et atteignit la terre gelée. Elle était dure comme de la pierre. Ne pouvant l’entamer avec la pelle, il retourna dans la grange et chercha une pioche. Il fouilla avec obstination, jusqu’à ce qu’il déniche l’outil adéquat. Il aurait pu se faire aider par Mathilde, Günther ou une professeure. Même Sigrid, sous le coup de l’exception permanente, aurait pu abréger ses souffrances. Mais il n’en était pas question.

Il piocha, pelleta et transporta de la glaise durcie pendant une heure. En excavant, il trouva des plans endormis. Des chardons, des pervenches, des primevères, des lys sauvages et un rejet d’églantier. Il les déterra et les emporta. Lorsqu’il eut placé les vieilles toiles de jute et recouvert avec environ trente centimètres de terre brisée à coups de pelle, il lança l’enchantement sur le carré floral, les chaînes et l’escalier. Il se munit de pieux métalliques, le même modèle qui servait à fixer les chalets au sol. Il prit un marteau, des clous et attrapa la création flottante par une chaîne qu’il tira au-dehors alors qu’il y avait à peu près 700 kilos de matériaux. Personne ne prêta attention à ce qu’il faisait, sauf Dune qui mit un coup de coude à Claire pour la faire regarder à l’extérieur. La divinatrice crut à un sortilège Missa Remotum, classique mais l’enseignante des runes sentit que le garçon était parvenu à réaliser un envoûtement bien plus puissant.

Il disparut à l’arrière de la fabrique, estimant qu’entre flanc de montagne et mur de la bâtisse, c’était la meilleure place pour dissimuler son jardin volant. Une fois ancré dans le sol et accessible par l’escalier, cloué au carré et vissé avec les pieux, le garçon repiqua toutes les plantations dans la terre. Puis, il versa quelques gouttes de Toutprendracine, réalisé en cours de potions en masse et voué à accélérer la croissance du verger de l’école.

Il assista au regain de vigueur des plantations. Les primevères se mirent à fleurir, tout comme les chardons, les lys et les pervenches. En l’espace d’un quart d’heure, le parterre fut coloré. Il savait que cela ne durerait pas et que l’hiver, à peine entamé, reprendrait vite ses droits. Il descendit, alla se laver les mains, rangea l’atelier et activa l’avale-copeaux pour restituer l’état de propreté initial. Puis, il rentra se mettre au chaud et attendit le retour d’Eugénie. Dune fut tentée d’aller lui parler mais Claire la retint avec ces mots :

— Il a une épreuve à vivre.

— Vous avez eu une prémonition ?

— Non, pas besoin. Il suffit d’ouvrir les yeux. Ce qu’il va devoir apprendre à faire.

Le garçon ne cessa de regarder la pendule du salon, se moquant du brouhaha ambiant, des cris des marmots. Il était 16h30. Dans moins d’une heure, le soleil serait couché et le plaisir gâché. Soudain, deux silhouettes apparurent au bout du chemin conduisant chez A.D. Le Belge bondit de sa chaise et se précipita à l’extérieur.

Quand Eugénie et Günther arrivèrent enfin, le garçon fit tout pour escamoter les questions du Luxembourgeois, persuadé que l’élève n’était pas resté inactif durant trois heures. La jeune fille était épuisée par la marche et ne rêvait que d’une chose : un bon chocolat chaud, à côté d’un feu de cheminée. Alors qu’elle était sur le point de battre en retraite dans la demeure, le professeur Dornier eut un éclair de lucidité.

— Je crois que Hercule a une information à te communiquer. Je vous laisse.

— Ah ? Qu’est-ce que tu veux me dire ?

— Cela ne prendra pas plus d’une minute. Venez.

Il l’entraîna à sa suite, longea l’atelier et se retourna juste avant de dévoiler le jardin volant.

— J’ai fabriqué quelque chose pour vous. Une surprise. C’est mon cadeau de Noël, pour vous montrer que je n’ai pas oublié.

— C’est quoi, tous ces mystères ?

— Regardez.

Elle accomplit encore quelques pas et découvrit un machin en bois, fait de bric et de broc, avec un escalier fragile, peu engageant, le tout installé au-dessus de quatre piliers métalliques, des chaînes envoûtées pour se rigidifier. Elle réduisit la distance, prise d’un doute, car la brise légère mais glaciale qui soufflait, faisait tanguer la structure. Elle effleura une chaîne, puis osa appuyer dessus. Elle se déforma comme si elle n’était reliée à rien. Elle éprouva la solidité de l’escalier et monta en silence. Lorsqu’elle eut gravi quatre marches, elle fut en mesure de voir ce qu’il y avait dans la structure. En découvrant les fleurs resplendissantes, elle comprit qu’il s’agissait d’une plantation volante.

Son ami était parvenu à recréer un jardin miniature, sur le principe de ceux mis en œuvre par l’école dissimulée au cœur de l’Himalaya ? ! Elle en eut le souffle coupé. C’était un échantillon de la serre volante, la seule alternative pour implanter ses propres cultures florales sans empiéter sur les terres de l’Académie. Elle redescendit, abasourdie.

— Cela vous plaît ?

Elle fondit en larmes.

— Hé ! Mais non, vous ne devez pas pleurer ! Je ne l’ai pas fabriqué pour vous causer du chagrin !

Elle pleura de plus belle, sans être capable de prononcer un mot, ni d’expliquer ses sanglots.

— Je vais dire une horreur. Eugénie, vous êtes encore plus… belle lorsque vous pleurez.

Elle frissonna. Il essuya ses larmes et elle se blottit contre lui. Elle tremblait.

— Voulez-vous rentrer ? Boire du thé ou du chocolat ?

— Non.

— Prenez mon manteau. Vous allez mourir de froid.

— Non.

Elle ajouta un murmure :

— Je veux juste rester contre toi. Rien d’autre.

Il trouva sa demande déstabilisante et illogique. Il avait sué toute la journée et une douche, des vêtements propres ne seraient pas du luxe avant de se présenter au réveillon. Comment Eugénie pouvait-elle supporter son parfum d’adolescent ?

Comme elle n’était pas décidée à se séparer de lui, il posa sa joue sur les bouclettes auburn de son amie. Voyant que cela ne changeait rien à son attitude, il tenta de comprendre, jusqu’à ce qu’il entende la voix :

« Écoute. Imbécile, écoute, pour une fois… »

Les mots résonnèrent en lui comme s’il était aussi creux qu’une grotte. Pourtant, il ne s’était jamais senti plus comblé qu’à cet instant.

La création d’Hercule attira tous les curieux de la famille car Eugénie, vite redevenue elle-même, en fit une réclame digne du Moldu Charles Havas, le fondateur de la publicité en France. Mademoiselle Greengrass vanta le génie de son ami et claironna qu’il avait réalisé ce jardin miniature pour elle, ouvrant la voie à la serre volante. Gervais et Günther furent persuadés que le garçon avait trouvé des astuces pour améliorer le principe basique du Missa Remotum. Peut-être en jetant un sort à chaque morceau de planche composant sa construction. Le carré floral atteignait la charge maximale supportable, il ne pouvait en être autrement. Hercule se contenta de dévoiler qu’il avait tout enchanté, y compris la terre végétale qui représentait, grosso modo, 80 % du poids total. Günther se lança même dans une série de calculs déterminant le volume de neige nécessaire pour que le carré finisse par s’aplatir. La jardinière flottante regagnerait le sol si la hauteur d’enneigement excédait trois mètres. En pratique, cela ne tiendrait pas sur une surface d’un mètre de côté sans déborder et tomber.

Le Belge proposa alors d’éprouver son sortilège sur une chose beaucoup plus lourde.

— Quoi, par exemple ? demanda Gervais.

— L’atelier ?

— Non ! hurla Dune. Non, non, non !

— Il reste de grosses chaînes, Professeur, taquina l’élève.

— Je n’en doute pas mais non.

Dune l’isola au plus vite pour lui parler sur un ton très sérieux.

— Ce que tu as réalisé, est prodigieux. Personne, Hercule, hormis moi, ne mesure vraiment ce que tu as accompli. S’il te plaît, laisse-les croire que tu n’as eu recours qu’à des astuces améliorant ce qu’ils connaissent.

— Pourquoi, Professeur ? La réalité est autre. J’ai percé un secret qui…

— … entre de mauvaises mains, pourrait s’avérer une arme terrible.

— Comment ?

Devant son incrédulité et son sourire inaltérable, elle choisit de frapper fort pour le choquer.

— Imagine qu’un sorcier trouve le moyen d’enlever le poids à une montagne, qu’il l’emmène aux confins de l’atmosphère et qu’il retire soudain la magie. Que se passera-t-il ?

La joie du jeune Belge s’envola.

— Nom d’une cornue ! Ce serait… apocalyptique. Mais, ici, personne…

— Tu ne sais pas. Tu ne connais pas tous les membres de cette famille. Même si leurs intentions sont honnêtes, ils peuvent répéter ce qu’ils ont vu aux mauvaises personnes. Si des mages noirs les capturent, les torturent… Tout le monde n’a pas ta capacité à fermer son esprit. Je vais exiger de toi une attitude horrible mais incontournable.

— Laquelle ?

— Je ne veux plus que tu montres tes extraordinaires capacités. Tu es, à la fin du premier trimestre, l’élève ayant la meilleure moyenne des étudiants de troisième année. Major de promotion temporaire. Tout en menant, de front, plusieurs actions très prenantes. Ne montre pas ta toute-puissance, Hercule. N’entre pas trop vite dans la lumière.

— Pourquoi ?

— Parce que tu vas attirer l’attention de tes ennemis. Tu es bien trop jeune pour en avoir autant. Tu comprends ?

— Oui.

— Si tu ne montres pas plus de prudence, tu risques de payer le prix fort et d’être mis au pied du mur. Ou pire : de mourir. Cache tes atouts, dissimule tes sentiments.

— Mes sentiments ?

— Ils sont tout à ton honneur mais pour tes ennemis, ils incarnent une opportunité de te faire plier. Cultive quelques secrets. Pas un mot sur le sortilège népalais.

Les yeux d’Hercule s’écarquillèrent. Dune le connaissait ou elle pressentait avec une certaine logique. Il pencha pour la première hypothèse ; leur référente jouait toujours sur le registre de la modestie. Elle n’affichait pas le panache, l’esbroufe d’Aloysia. Elle n’étalait pas les connaissances de Lonicera et elle ne montrait pas la puissance empreinte d’esprit retors d’Urtica. Elle prônait la vérité, la franchise, au sein de l’ordre dont elle était responsable. En revanche, elle gardait des bottes secrètes. Elle incarnait la meilleure référente possible : elle anticipait, se trouvait là où on ne l’attendait pas et disposait de moyens, de talents inconnus de tous. C’est à ce prix qu’elle était redoutable.

Le garçon garda les conseils en tête et lorsque des questions lui furent encore posées, il édulcora la réalité de son enchantement et souligna que le plus important, c’était la joie offerte avec son travail à celle qui était l’âme du Gerbera. Il réussit si bien l’exercice que Eugénie rougit à plusieurs reprises en entendant son prénom.

Vers 21h00, les invités de la famille furent priés de se rendre dans la grange où se trouvait le traîneau. Il avait disparu. À la place, il y avait des centaines de décorations artisanales flottant dans les airs, une multitude de lampions projetant des étincelles multicolores et des guirlandes végétales. Au centre de la bâtisse trônait une immense et longue table, remplie de couverts étincelants, d’assiettes animées avec des scènes de Noël, de verres avec des lutins incrustés qui jouaient à faire des clapotis avec les boissons versées. Gervais invita chacun à prendre place à sa guise et entama ensuite un discours où il plaça ses habituelles blagues sorcières, agrémentées de quelques nouveautés.

Hercule se retrouva placé en face de Mathilde, elle-même encadrée par Sigrid et Günther. Le Belge hérita de Jeanne Delacour, qui avait eu 9 ans en août dernier. Si tout allait bien, elle intégrerait l’Académie dès la rentrée 1920. Eugénie vint s’asseoir à la gauche du garçon, posant une main sur son épaule et le gratifiant d’une bise en murmurant :

— Merci de m’avoir touchée à ce point. Merci. Vraiment.

— Je vous en prie. C’était un plaisir. Je crois que je ressens plus de joie à offrir qu’à recevoir.

— Tu n’es pas toujours conscient de ta générosité, de ta gentillesse désintéressée.

— Vous savez, je ne suis pas certain de pouvoir reproduire tous les enchantements à Beauxbâtons, surtout sur une construction beaucoup plus importante. Dans l’idéal, il faudrait bâtir dans le bois. Une serre de la taille de la salle de classe temporaire, prêtée par A. D.

— Toujours le problème de la restriction d’usage de la magie. La fabrication de la serre n’est possible que dans la ménagerie ou dans le château. Seulement, si on fait ça, la construction ne pourra plus sortir.

— Exact. Même si je la réduis pour l’extraire, il faudra que je l’agrandisse, une fois dehors, violant la loi. En bâtissant à l’extérieur et en lançant tous les sorts depuis une fenêtre, la construction serait visible de tous. Je n’y tiens pas.

— Cela ne manquerait pas d’attirer l’attention de Rosier et des andouilles qui l’idolâtrent.

— Voilà.

— Et si tu demandais à un élève de 17 ans ?

— À qui feriez-vous confiance ?

— Ben…

Eugénie dut avouer que la liste des soutiens modérés se réduisait comme peau de chagrin. Les suprémacistes imposaient de plus en plus le règne de la terreur.

— Dune m’a donné un conseil.

— Lequel ?

— Dissimuler mes forces, garder des atouts dans mes manches.

— Devenir un élève moyen comme moi ? Te fondre dans la masse ? Je peux te donner des conseils éclairés, tu sais, plaisanta-t-elle.

— J’en suis sûr. Il faut que je me fasse oublier, que j’œuvre en secret.

Elle éclata de rire.

— Ne pas épater la galerie quand tu réussis mieux que tout le monde ? Tu vas avoir du mal, p’tit gars !

— Pourquoi ?

— Parce que c’est plus fort que toi. Tu brilles, malgré toi. Tu as vu les salades multicolores ? Miam ! Et la guirlande de fruits confits ?

— C’est une tradition chez les Delacour, expliqua Jeanne. Chaque Noël, on fabrique une grande guirlande, la plus colorée possible et on a un mois pour la dévorer.

La capacité d’Eugénie de sauter du coq à l’âne – version moldue – ou de la Coquecigrue à la licorne – à la sauce sorcière – dépassait la logique du garçon. Il se demanda même si le changement de sujet n’avait pas pour origine une phrase qu’il avait prononcée. Il rembobina la scène, comme si tous les événements n’étaient qu’un film moldu. Elle l’avait embrassé sur la joue, l’avait remercié avec insistance. Il lui avait confié ne pas être certain de pouvoir réitérer l’exploit, à une plus grande échelle et avait justifié l’impossibilité par un conseil de leur référente. Était-ce l’aveu d’impuissance qui avait perdu l’attention d’Eugénie ?

« Écoute. Elle a exprimé ses sentiments et tu ne fais que répondre à côté. Elle attendait que tu en fasses autant. Que tu révèles ce qui t’avait poussé à le faire. Justement, réfléchis, pourquoi l’as-tu fait ? Que s’est-il passé en toi au moment où tu as eu l’idée ? Dans ton corps, qu’as-tu ressenti comme sensation physique, comme émotion ? »

Il comprit que les échanges avaient pu la décevoir. Comment rattraper cette bévue ? Comment lui dire qu’il avait eu envie de lui faire plaisir ? Que c’était inexplicable, à défaut d’être nouveau ? Que les mots, les plus sincères et horribles, étaient ceux qu’il avait prononcés lorsqu’elle avait montré sa fragilité. Était-ce inhumain ? Anormal ? Il tourna la tête dans sa direction et l’observa. Elle dévorait comme si elle n’avait rien avalé depuis la rentrée. Elle enfournait à la manière d’un boulanger insérant ses pâtons dans le fournil. En face, Sigrid esquissa un sourire, amusée. Eugénie, à table, c’était un spectacle grandiose, propre à animer une soirée à lui seul. Mathilde le fixa d’un air navré. Il était passé à côté de l’instant magique ou de la magie de l’instant.

Le repas des 49 convives se déroula dans une ambiance chaleureuse. Hercule se régala de la bûche aux macarons café et chocolat, concoctée par son amie. Elle avait le Don de la pâtisserie, révélé par Augustin, son oncle. Hercule ne tarit pas d’éloges, se fustigeant d’avoir été aveugle et balourd. Lorsque minuit sonna, les enfants en bas âge se tinrent prêts pour l’arrivée du Père Noël. Mais, au lieu du bonhomme bedonnant, barbu, vêtu de rouge et de blanc, conduisant le traîneau rempli de cadeaux, ce fut une autre apparition. Elle fut si inattendue que les voix se turent aussitôt. Un Patronus de loup blanc, similaire à un Hortza, pénétra dans la grange, sauta sur la longue table sans rien renverser et avança avec majesté, fixant chaque convive. Lorsqu’il découvrit le Belge, il fit halte, s’assit et se mit à parler de façon intelligible :

— Bonsoir, Hercule. Je suis la voix de Maïkan. Je suis venue pour t’annoncer la naissance du fils de Pierre. Il se nomme Qaumat, ce qui signifie « Lumières » dans ma langue. La tradition de mon peuple veut que la femme désigne deux parrains pour veiller sur son garçon ou deux marraines pour prendre soin de sa fille. Je vous choisis, toi et Max. Tel aurait été le souhait de Pierre. Les personnes les plus dignes de confiance, les plus loyales. La cérémonie aura lieu à Kugaaruk le vendredi 25 juin 1920, lorsque Qaumat fêtera ses six mois. Cela se passera juste après la fin de ton année scolaire. Prends garde à toi et veille sur tous ceux qui comptent à tes yeux. Je reste ici et là.

Le loup leva sa patte et désigna successivement, sa tête et son cœur. Puis, il prit son élan et bondit vers le plafond de la grange, s’éparpillant en une myriade de flocons lumineux.

Les conversations reprirent peu à peu et Gervais annonça l’arrivée du Père Noël. Hercule était paralysé. Il perçut la main d’Eugénie se posant sur son avant-bras gauche. En dépit de l’épaisseur de sa chemise et de son pull en laine, le garçon put ressentir la chaleur de sa paume. Il chercha dans l’assistance, ses yeux virevoltèrent et il se sentit envahi par une mélancolie soudaine. Eugénie se pencha vers lui et chuchota :

— Moi aussi, chaque année, je cherche. Je le ressens. Ce manque.

— Mère… Elle se chargeait de la distribution des cadeaux.

— Je suppose que Maman le faisait aussi. En dépit des Oubliettes, c’est comme si c’était inscrit dans ma chair. Je te comprends.

— Oui… L’annonce de Maïkan me sidère, me coupe toute énergie. Je ne m’attendais pas à cet honneur, à cette responsabilité.

— Elle a raison de croire en ta loyauté. Je reconnais bien Pierre. Ça…

Elle eut de nouveau des larmes plein les yeux. Une goutte s’échappa, elle baissa la tête. Il releva son menton et essuya la larme.

— Vous étiez comme une petite sœur, pour lui. Cela vous touche. Ai-je le droit de redire à quel point vous êtes magnifique quand des larmes coulent sur vos joues ?

— T’es bête ! C’est pas vrai.

— Si. Vous paraissez vulnérable, accessible, capable d’écouter avec votre cœur, dans ces brefs moments. Peut-être que j’ai créé le jardin en espérant vous voir émue aux larmes. Je crois que je n’ai jamais ressenti de sentiments plus intenses qu’en vous voyant, tout à l’heure, consciente de la force qui m’anime pour vous donner du bonheur. Et paradoxalement, je crois que vous étiez heureuse, en pleurant, en vidant vos sentiments cachés. Vous les cachez derrière des fanfaronnades et derrière des macarons, délicieux, par ailleurs. Eugénie, j’ai été idiot, quand vous m’avez remercié. Parfois, souvent même, je produis mon propre aveuglement et je ne mesure pas les conséquences heureuses ou malheureuses de mes actes. Parfois, je veux être juste gentil. Mais, avec vous, cela va au-delà. Je veux être meilleur pour que vous ne m’oubliiez pas, que vous souriiez même dans les moments douloureux en repensant à ce que j’ai pu faire pour vous voir sourire, même si vous pleurez. Vous êtes plus que mon amie. Vous êtes Eugénie, un être incomparable. Vous êtes…

Il rougit jusqu’aux oreilles et baissa les yeux.

— … mon Eugénie.

Elle ne cessa de verser des larmes, serrant l’avant-bras du garçon encore plus fort.

— Hercule Van Betavende ? Oh oh oh ! Il y a un cadeau pour Hercule !

Jeanne tapota sur l’épaule du garçon, perdu dans sa laborieuse séance de sincérité.

— Hein ?

Jonas, méconnaissable grâce à une vingtaine de sortilèges, fit léviter le paquet jusqu’au Belge. Ce dernier remercia, à la cantonade, ne sachant à qui il devait ce présent.

— Vas-y ! Ouvre-le ! ordonna Eugénie, plus pressée de savoir que le garçon.

— Allons, c’est peut-être fragile, répliqua-t-il. Un peu de douceur.

— C’est quoi ? C’est quoi ? s’impatienta son amie.

Il ouvrit une boîte contenant, protégées par un tissu molletonné violet, deux fioles scellées. Le contenu de la première était facile à identifier : une fumerolle rouge. Une étiquette était collée sur le verre avec le code 1920 01 04. Une prédiction dont la réalisation se situait dans quelques jours ?

L’autre fiole paraissait ne rien contenir mais en réalité, il y avait une quantité infime d’un liquide incolore dégageant une légère bioluminescence. Il ignorait ce que cela pouvait être, mais il avait déjà vu le contenant quelque part. Il fouilla dans la boîte à la recherche d’un mot d’explication et le trouva. Il était cosigné par Dune et Claire. Il lut :

« Hercule,

J’ai rêvé de toi tenant cette fiole. Ne comprenant pas de quoi il s’agissait, j’ai décrit mon songe à Claire. Elle a eu une prémonition à ce sujet. Elle a fait le rapprochement, car elle se trouvait avec toi, chez Branchiflore, au moment où tu regardais l’objet. Inutile de te demander si tu t’en souviens. Ce sont deux larmes de Phénix dont tu feras le meilleur usage, nous en sommes toutes les deux convaincues. Je suis désolée d’avoir commis une erreur avec le venin de Marsouin des sables. Tu n’es pas fait pour les baguettes capables de causer d’immenses dégâts. Tu es destiné à manier un outil pour sauver des existences.

Dune.

Hercule,

Prends connaissance de ma prophétie et détruis-la. N’en parle à personne. Jamais. Tu comprendras.

Claire. »

Il se déplaça pour remercier les enseignantes, profitant de la valse des embrassades et des cadeaux. Les enfants furent gâtés avec des tonnes de chocolat, de friandises, de jouets en bois animés, de balais miniatures pour les plus petits et de vrais, de course, pour les plus âgés. Mathilde fit don de carrés magiques à Sigrid et à Eugénie, pour rester en contact et signaler les éventuelles anomalies au sein de l’école, qu’elles soient le fait des suprémacistes ou non. Elle offrit plusieurs pellicules de Magiclic à Hercule, pour garder des images animées des scènes de crime ou tout simplement, des traces de la vie quotidienne. Le garçon se fendit de multiples remerciements et lui souhaita beaucoup de bonheur. À sa mine interrogative, il répondit par un éclaircissement :

— Vous avez un amoureux. Une foule d’indices converge vers cette évidence.

Elle s’en amusa sans démentir et lui souhaita une bonne nuit, car elle devait se présenter à 10h00 au bureau des Aurors. La soirée toucha vite à sa fin et tous les convives regagnèrent la demeure ou les annexes préparés pour les accueillir durant la nuit de Noël. Le Belge regagna l’arbre à musique où il logeait en compagnie de Sigrid, Eugénie et d’une vingtaine d’enfants espagnols. Lorsque tout le monde fut allongé et que l’arbre fut plongé dans l’obscurité, l’intérieur ne fut bientôt éclairé que par le croissant de lune et les étoiles se reflétant sur la neige.

Le garçon, impatient de mettre à profit les gouttes les plus précieuses du Phénix et de découvrir le contenu de la prophétie de Claire, fut incapable d’abaisser ses paupières. Il sentit qu’une autre personne ne trouvait pas le sommeil. Eugénie le regardait, des larmes plein les yeux.



1 Zéro poids.

2 Magie supprimée.

3 Variante de Circumrota.

4 Parler la langue des sorciers.

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