Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 32 : Sortilège 32 : le raid

6912 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 13:24

Hercule était d’excellente humeur. La nuit avait été reposante, le petit-déjeuner reconstituant, animé de discussions aimables, de rires matinaux lorsque Katarina avait détaillé la conversation surréaliste avec Louis et Ysandre, pour dégoûter Rostang de Hautefeuille de l’espionnage d’une discrétion douteuse. Le début de matinée à la ménagerie s’était déroulé sans anicroche. Vers 10h00, c’est une voix inhabituelle qui interpella le Belge dans le bâtiment.

— Hercule ? Hercule ? Waar ben je ? 1

— Hier. In het kantoor van de leraar. 2

La question venait de Joop de Vries, un compatriote natif d’Ostende. C’était un élève moyen dans toutes les disciplines, si peu brillant que certains le surnommaient BRONZE+. Les enseignants le poussaient à se dépasser, mais il ne voyait pas l’intérêt de se plonger dans les manuels scolaires plus que les professeurs ne le recommandaient. Le garçon naïf, aimable, se définissait comme un modéré et détestait prendre parti. De tous les étudiants inscrits au perfectionnement en duel, c’est sur ce Belge-là que Elvira aurait parié pour une désaffection. Pacifique, pacifiste, il haïssait les sorts agressifs. C’est la raison pour laquelle Shin et Hercule appréciaient cet Urticant.

— Regarde ! Lis ça ! dit-il, survolté.

Il agitait un exemplaire d’un quotidien hollandais nommé « Tovenaars en Dreuzels, samen ». La publication était l’œuvre d’un seul journaliste : Bart de Vaal. Imprimé à 50 exemplaires envoyés à autant d’abonnés à l’identité jalousement tenue secrète, il tenait sur une feuille recto-verso et coûtait deux Mornilles. Il ne comportait que du texte. Aucune photo coûteuse. La police d’écriture utilisée était si petite que l’usage d’une loupe enchantée était incontournable pour déchiffrer les articles. Si les moyens de Bart étaient ridicules, désuets, la qualité des écrits, l’étayage, les sources citées, trahissaient un travail exceptionnel.

Hercule prit le feuillet ainsi que la loupe pour grossir les caractères. Bart avait titré : « Casper Van Kriedt, livré à l’unité de Laatste Kans ». L’éditorialiste avait appris, d’une source interne à l’hôpital, que le garçon de bientôt 13 ans avait été capturé et déposé dans l’enceinte fermée de l’aile psychiatrique et criminelle de l’établissement hospitalier.

L’enfant, momifié par une technique comparable au travail d’une Acromentule, avait été ravivé et interné. Le directeur de l’annexe avait transmis l’information au ministère et expliqué que l’état du garçon lui inspirait des inquiétudes. La forme physique était correcte bien que l’adolescent ait maigri pendant ces mois de fuite, mais sa santé mentale n’était pas indemne. Les circonstances de sa livraison étaient inconnues mais situées entre 1h00 et 2h00 du matin, le mercredi 26 novembre. Bart rappelait ensuite que le modeste hôpital employait un administratif, cinq médicomages, deux Aurors dévolus à la sécurité et huit infirmiers. Sur cet effectif, six personnes étaient détachées à l’unité spéciale, fermée, seule alternative préférée à tout système carcéral. L’hôpital belge, dissimulé dans la fonderie de cloches, à Tellin, entre Namur et Bastogne, était accessible en traversant une cloche inamovible après lui avoir joué quelques notes. Les Belges faisaient dans l’originalité mais leurs voisins bataves n’étaient pas en reste, car l’accès à leur modeste unité de soins s’opérait dans une péniche église moldue. Derrière l’autel, une trappe permettait de traverser la fumée d’un encensoir pour accéder à l’accueil de l’établissement. La fumée était similaire à une cascade magique capable de supprimer toutes les astuces de déguisement comme l’usage du Polynectar ou les déformations temporaires de traits physiques. Une série de coursives menait aux différentes chambres où les patients étaient alités sans catégorie logique de regroupement des pathologies. Avec quinze lits, deux salles d’examen et une pièce opératoire, la visite était vite accomplie.

Au bout du couloir, il y avait une paire de bureaux. L’un était celui attribué au directeur de l’annexe de rééducation des déficiences sorcières, l’autre était tenu par les deux Aurors en charge de la sécurité. C’était un cul-de-sac. Il fallait utiliser un Portoloin en possession des Aurors pour entrer ou sortir de l’annexe. La suite se trouvait sous les pieds des policiers. C’était un immense dortoir, sans intimité, avec, en son centre, du mobilier fixé à la cale, utilisé pour les séances de rééducation. Le dortoir ne comportait pas la moindre ouverture et était protégé par une panoplie de sortilèges dont un bouclier et un anti–transplanage. Casper n’en sortirait pas avant d’atteindre 17 ans, guéri de sa folie. Ou alors, il y resterait. À vie.

Hercule remercia son compatriote.

— Mais si Casper a été capturé, peut-être que le reste de sa fratrie l’a aussi été ? Tu as lu la presse française ?

— Non, pas encore. Quelle heure est-il ?

Joop vérifia et indiqua :

— 10h10.

— Allons à la bibliothèque. Le Cri de la Gargouille devrait avoir été livré.

Quand les Flamands parvinrent dans l’entrée du château, le couloir passant devant le Sondeur et menant à la bibliothèque était noir de monde. Plusieurs étudiants, abonnés aux quotidiens français, faisaient la lecture à leurs camarades agglutinés par grappes. Hercule lut les gros titres des deux camps. « Affaire van Kriedt : justice, enfin ! » pour le Cri de la Gargouille tandis que la Gazette de Paname jouait l’offusquée avec « Nouveau coup dur pour les Van Kriedt, défenseurs du Sang-Pur ». Après avoir bataillé pour se frayer un chemin, les Belges purent s’emparer des exemplaires de la presse française, belge et hollandaise. Les deux frères et la sœur avaient subi le même sort que Casper, livrés au pied du bureau de Guillaume de Franjac, dans un état de momification. Selon l’Auror de garde, la livraison avait eu lieu entre 1h00 et 2h00 du matin, le 26 novembre 1919. Tout s’était déroulé en parfaite synchronisation, avec une discrétion totale et une efficacité absolue. Joop produisit un sortilège de lévitation pour soulever et attirer à lui ce qu’il considérait comme une infamie imprimée.

— Ça, c’est « Suiver Bloed ».

— Comment des élèves peuvent-ils lire une chose intitulée « Sang Pur » ? Il n’y a que de la haine, de la provocation. Tenez ! « La France agresse les Pays-Bas ».

Dans l’édito au style guerrier, le journaleux écrivait qu’Octavius de Klerk, ministre de la Magie hollandaise, était furieux après le complot martial fomenté par Picaillou le lâche. Il réclamait l’extradition immédiate de ses ressortissants afin qu’ils ne soient pas victimes d’une cabale, d’un lynchage commis par une nation sorcière arriérée et revancharde. De Klerk donnait 24 heures au ministère français avant d’entamer des actions répressives contre les intérêts tricolores.

Même si ce brûlot était à considérer avec des pincettes, il comportait une part de vérité. Octavius dirigeait une petite communauté de 400 âmes dont 85 étaient employées à son service. Cela constituait une portion démesurée. 85, c’était presque deux fois plus que le Portugal, peuplé de 600 sorciers, considéré comme une nation des plus policées. Pire : sur cet effectif considérable, on ne comptait pas moins de 35 Aurors. De Klerk allait-il utiliser la force et organiser une expédition punitive au cœur du ministère français ?

— Il pourrait faire appel à Jaapje de Geest.

Joop avait raison. Cette sorcière de 70 ans était à la tête de la fabrique de bijoux la plus riche d’Europe. Avec ses sept employés, son vendeur et son Auror chargé de la sécurité, elle gérait un commerce très lucratif. Elle concevait des pièces uniques pour les grands monarques moldus mais aussi des bagues, des diadèmes, des parures somptueuses pour les sorciers les plus fortunés de toutes les nations. À l’instar de ses compatriotes sorciers ou moldus, elle avait fait fortune en Afrique en arrachant de l’or, des diamants au sous-sol. Ça, c’était la vitrine officielle de Jaapje.

L’histoire officieuse était moins reluisante : elle dirigeait plusieurs trafics d’une main de fer, s’appuyant sur une armée personnelle de trente sorciers combatifs, formés en Afrique. De Klerk n’hésiterait pas à faire appel à ses services pour mener une opération coup de poing. L’assaut d’une soixantaine d’Aurors, ce n’était plus une escarmouche, c’était un acte de guerre.

— Tout ceci n’augure rien de bon, concéda Hercule. Des tensions risquent d’éclater dans l’Académie. Vous feriez bien d’être prudent, Joop.

— Pourquoi ?

— Vous êtes belge, tout comme moi. Les Hollandais sont assez idiots pour déclencher une guerre mais contre un ennemi à leur portée.

— La Belgique ?

— Je tiens le pari. Il n’y a rien de bon à attendre de ces criminels.

Le garçon disait la vérité. De Klerk était un neveu de Jaapje de Geest. Quant au directeur éditorial de « Suiver Bloed », c’était le beau-fils de l’impératrice des bijoux. Ils étaient tous liés et tous compromis. Les rares modérés bataves inscrits à l’Académie allaient subir du harcèlement, jusqu’à ce qu’ils se rangent du côté nauséabond. Le Belge soupira et sentit une main réconfortante sur son épaule.

— Eugénie.

— Hercule.

— Vous avez lu les journaux ?

— Oui. Ton cauchemar est fini. Tu vas bientôt pouvoir revoir ta mère.

— Je crains que cela ne soit pas si simple. Je crois que ce n’est que le début d’une aggravation.

Face à l’incompréhension de son ami, il lui livra son analyse pessimiste, au cœur de laquelle la Belgique deviendrait une terre saccagée, déchirée et dépourvue de sécurité. Il préféra quitter la bibliothèque, trop agitée et retrouver les créatures magiques.

Au lendemain de l’annonce de la capture des Hollandais en fuite, la presse, quels que soient ses partis-pris, relaya mot pour mot les déclarations à l’emporte-pièce du ministre de la Magie hollandaise. De Klerk accusa Émile Picaillou d’avoir ordonné à la CIA de procéder au rapt de ses quatre ressortissants qui n’étaient coupables d’aucun crime de sang. Il entendait que la justice prenne en considération ce point alors qu’un autre individu, issu d’un territoire frontalier, avait assassiné deux Hollandais. Il passait à la trappe le meurtre de Louis Van Betavende, qualifié d’accident domestique survenu par effondrement du salon alors que l’homme se trouvait dans sa cave. Cette explication fumeuse illustrait, selon lui, les dangers de l’alcool et la piètre qualité des constructions belges. De Klerk exigeait toujours l’extradition puisqu’aucun crime de sang n’avait été accompli sur le territoire français.

— Ce n’est pas faute d’avoir essayé ! avait réagi Hercule en lisant les déclarations scandaleuses du numéro un hollandais.

Ne voyant venir aucun communiqué officiel du ministère français, De Klerk avait fait fermer les cheminées internationales à destination de la France et aussi de la Belgique alors que celle-ci n’avait pas commis le moindre commentaire depuis la révélation de l’affaire Van Kriedt.

— Vingt-quatre heures ! avait ajouté l’élève belge. Il ne leur a fallu qu’une toute petite journée avant de provoquer notre ministère.

D’un commun accord, Edmund Van Den Broecke et Émile Picaillou adoptèrent une attitude d’ignorance et de contournement des mesures. Si un Hollandais souhaitait venir sur le territoire belge, il était toujours le bienvenu, à condition de respecter les valeurs progressistes défendues par le ministère. Son de cloche identique en France. Alors que le Cri de la Gargouille mettait des articles de la vie quotidienne des sorciers à la Une, que la Gazette de Paname n’attisait pas le feu comme ses abonnés s’y attendaient, De Klerk, furieux d’être déconsidéré, d’être ravalé au rang de fantoche, entama une campagne de désinformation. Il fit appel à un spécialiste du Magiclic pour des trucages de clichés animés et pour des mises en scène du côté hollandais. Ainsi, trois jours après le début des hostilités, « Suiver bloed » mettait à la une, un cliché d’Aurors français et belges en pleine préparation guerrière.

Cette fois, il y eut une réponse, mais elle ne vint pas des ministres. Simon Cielen, commandant des Aurors belges, fit paraître dans « le lutin farceur de Bruxelles », une production satirique, un entrefilet où il se félicitait que deux employés de son département, retraités depuis trois et cinq ans, aient repris leur travail, à titre gracieux, pour enseigner l’art du combat aux recrues françaises. Quant à Guillaume de Franjac, il s’extasia dans les colonnes du « Dragon déchaîné ». Selon lui, la présence d’Aldebert Dagorneau, sur le cliché, revenu d’entre les morts pour combattre avec la Compagnie de Régulation Sorcière, démontrait de manière irréfutable que la France de Nicolas Flamel était bien en possession de la pierre de résurrection. Les journalistes de part et d’autre de l’Yser et de la Meuse se gaussèrent à qui mieux mieux, illustrant leurs moqueries de photomontages montrant De Klerk déguisé en clown moldu. Un dessinateur belge avait même réalisé une animation où le célèbre photographe hollandais devenait l’Épouvantard personnel du ministre batave.

Quatre jours après l’annonce des hostilités, Octavius se fit photographier, interviewer et publier devant une armada d’Aurors jetant des sorts incendiaires sur des cibles à l’effigie de Picaillou et de Van Den Broecke. Si les communiqués belges et français furent tout en retenue, des mesures de sécurité exceptionnelles furent mises en place en toute discrétion dans les différents ministères. Les plus hautes autorités moldues furent informées de la situation tendue. Le roi Albert 1ᵉʳ confia à Edmund que l’antagonisme entre sorciers hollandais et belges n’était que le reflet de celui entre les Moldus des pays voisins et qu’il ne datait pas d’hier. Le comportement des Pays-Bas, soi-disant neutres, durant la Première guerre mondiale, incarcérant des aviateurs belges crashés sur leur territoire, tentant de rejoindre l’Angleterre, en disait long sur leur conception de la neutralité.

Face au mutisme franco-belge, les démonstrations de force s’intensifièrent chez les Bataves. Mais, à l’instar de leurs fameux moulins à vent, ils ne brassèrent que de l’air et les journalistes changèrent vite de sujet pour un thème plus joyeux : Noël. Néanmoins, chacun poursuivit l’escalade, les expulsions de progressistes et de suprémacistes de part et d’autre. Chacun fourbissait ses armes pour l’instant où l’un des protagonistes oserait franchir la ligne.

Une chaleur insoutenable régnait dans le manoir des Rosier, en dépit de murs de 80 centimètres d’épaisseur. L’été était chaud et l’altitude à laquelle le petit château avait été bâti dans les Alpes, n’y changeait pas grand-chose. Thibaldus transpirait à grosses gouttes et même si l’air avait été glacial, sa sueur aurait été aussi excessive. « Il » était arrivé et « il » allait lui donner une nouvelle leçon. Comme chaque jour depuis son retour de l’Académie Beauxbâtons. Ses parents, Hortense, née Rostang de Hautefeuille, et Gonzague, estimaient que le rejeton n’était pas assez endurci et exigeaient des résultats plus probants en duel. Ils avaient fait appel à un mage noir, au visage dissimulé sous un masque à l’effigie de Luc Millefeuille et à la voix trahissant des brûlures aux poumons. Ce renégat lui enseignait des sortilèges vus en stage de formation des Aurors, mais lui montrait aussi des sorts horribles, capable d’extraire les liquides d’un corps, de le porter à ébullition, d’empoisonner son sang, de pervertir son esprit, d’en faire de la charogne. Il l’exhortait à torturer de malheureux volatiles à coups de Crucio, de les précipiter dans des flammes en usant de l’Imperium et d’abréger leur existence en prenant du plaisir avec le sortilège de la mort. Pour chaque échec, Thibaldus recevait une punition sévère. Son précepteur le trouvait trop tendre, pas assez brutal et le pressait de libérer ses plus vils instincts.

En parallèle, l’élève avait reçu de nouvelles instructions à appliquer durant sa scolarité. Les règles ne venaient pas de son formateur mais d’un autre homme masqué dont l’élocution, empreinte d’un accent du sud-ouest, ne lui était pas étrangère.

— Tu vas apprendre à obéir et à te taire.

— Oui, Monsieur.

— Te taire, ça veut dire que les réflexions sur les Sang-Impurs, c’est terminé.

— Mais…

— OBÉIR !

— Oui, Monsieur.

— Notre cause sera mieux servie si nous agissons dans l’ombre. Toi et tes amis aviez reçu pour instruction de vous inscrire dans toutes les matières optionnelles.

— Nous l’avons fait mais…

— Vous allez espionner. Tous mais surtout toi.

— Espionner ?

— Toutes les prédictions auxquelles tu pourras assister. De la part de la divinatrice Obscur mais aussi des élèves. Tu consignes tout par écrit.

— Et je l’envoie par hibou postal ?

— Surtout pas, imbécile ! Tu recevras des courriers. Nous t’enseignerons à y décrypter les messages secrets, les missions que tu devras accomplir. Tu livreras ta moisson à un Cormort. C’est un oiseau parleur, très intelligent, dévoué aux nôtres. Tu as compris ? Plus un mot, plus d’attaque. Juste de l’espionnage. Il faut tout connaître de nos ennemis. Tes amis en feront autant dans toutes les disciplines. Il est vital que Bonnelangue se croit à l’abri de tout danger et que ses petits protégés en pensent tout autant.

— Mais ce qui est arrivé, l’année dernière…

— … n’était pas de notre fait.

— Ce n’est pas Casper Van Kriedt ! Il me l’a juré !

— Peu importe. Tiens tes troupes ! Aucune exaction. Tu as compris ?

— Même pas contre le Cracmol ? Cette honte et sa sœur, ils méritent de…

— Rien !

La mort dans l’âme, Thibaldus avait promis de se tenir à carreaux et de transmettre, à intervalles réguliers, ses rapports au Cormort. En dépit de son dégoût absolu pour la divination, il rapporterait chaque fait et geste. Hélène Farges-Lacaze s’immiscerait dans le cours d’Arts magiques avec la même intention. Amélie Rostang de Hautefeuille, incapable de soutenir la vue de son propre sang, endurerait le perfectionnement en médicomagie. Le maladroit René Lebrun avalerait les potions en masse tandis que de Valmy rédigerait des articles en français, au risque de faire rire la classe, vu que le boucher de Lorraine réussissait l’exploit de commettre plus de fautes qu’Eugénie Greengrass. De Luca Rosso, brillant dans de nombreux domaines, sauverait l’honneur avec la botanique médicale. Les susnommés avaient été priés de s’inscrire dans les différents clubs pour y glaner les informations échappant au ratissage en cours. L’idée était de tresser un filet autour de l’Académie, un piège de nœuds coulants et de le resserrer en secret.

À la fin de l’été, le maléfique précepteur ne s’était pas contenté d’introduire de malheureuses créatures innocentes. Il avait amené un elfe de maison et avait ordonné à Thibaldus de le torturer. Le garçon avait obéi avec délectation. Il révélait enfin sa nature profonde, faite de cruauté, de fourberie et de malhonnêteté. Quand le renégat avait ordonné :

— Tue-le !

L’éclair vert avait jailli et frappé l’innocent. Thibaldus Rosier était prêt.

Le plan se déroulait comme sur des roulettes. Au fil de ses réflexions, Hercule s’était dit qu’il pourrait gagner du temps en chevauchant Sigfried ou Rostock, les Abraxans les plus dociles, pour se rendre sur une plage de l’océan Atlantique. Le voyage, aller et retour, aurait à peine excédé une heure. Cependant, un cheval blanc ailé, une nuit de pleine lune, ce n’était pas le moyen adéquat pour passer inaperçu. De plus, une fois sur la plage, il dissimulerait sans mal son balai dans son sac à dos enchanté tandis qu’y faire rentrer un Abraxan, dépassait les frontières de la magie.

Une fois les rochers franchis et la berge rejointe, le garçon fut à l’air libre. Il tenta de chasser de ses pensées, les recommandations de prudence prodiguées par Laurine. À cinq ou six reprises, elle avait demandé à l’accompagner. Il avait décliné. Ses chances de réussite augmentaient avec un vol solitaire. De plus, s’il était surpris par un enseignant, une divinatrice qui aurait eu vent de ses projets d’escapade nocturne, il serait le seul à écoper d’une sanction.

Hercule empoigna son guidon, accrocha les Picbarboules rechargés à la lumière solaire, fixa la carte d’état-major sur son cadre et se tourna jusqu’à ce que la boussole indique 300 degrés. Il enfourcha le balai et fila droit devant lui.

Les calculs du garçon étaient corrects. Il dévia de sa trajectoire pour ne pas survoler la station balnéaire de Cap-Breton et se posa sur une plage déserte, aux alentours de 0h10. Il dîna à vive allure, n’ayant pas pu se restaurer à l’école aux heures habituelles. Son absence à un repas n’avait rien de surprenant ; ses camarades avaient coutume de chiper quelques denrées et de lui déposer alors qu’il travaillait, concentré, inconscient du temps écoulé.

Le jusant serait maximal à 0h50 mais le sable était déjà assez découvert. Des monticules, en forme de tortillons, étaient visibles sur des centaines de mètres. Il commença par remplir le fond de son sac à dos avec sept ou huit litres d’eau de mer. Pieds nus, il s’avança dans les vagues mourantes, à la recherche d’algues. Il sentit des rochers arrondis par le ressac sur lesquels la végétation sous-marine s’arrimait. Il en récolta en préservant les racines et en arracha aussi une partie sans ménagement. Une fois cette étape franchie, il revint sur le rivage et fouilla dans le sable, avec une serfouette empruntée dans la Cabane Enchantée. La pleine lune et le ciel étoilé, à peine voilés par quelques cumulus, lui facilitèrent la tâche. Il récolta une trentaine de vers. Ce serait assez pour effectuer des études mais le serait-ce pour alimenter la jeune fille des Caraïbes ? Il ne pouvait pas créer un aquarium plus grand pour en accueillir davantage. Pas sans lancer un sortilège d’extension dans l’infirmerie. L’aquarium était en place et fonctionnel : impossible de déplacer ses 150 kilos de sable, de terre, de verre et d’eau salée sans recourir à la magie.

Alors qu’il s’apprêtait à regagner les cieux après avoir enfoui les vers dans la réserve du sac à dos, il entendit des voix et des rires. Un couple, s’écartant du chemin côtier, venait droit dans sa direction. Il se jeta sur sa nouvelle couverture de dissimulation et se planqua. Les jeunes gens, âgés d’une vingtaine d’années, décidèrent de faire halte à quelques mètres de lui. Le jeune homme déposa une large pièce de tissu sur le sable, prit la main de sa compagne et lui permit de s’asseoir. Puis, il s’allongea à ses côtés et commença à lui conter fleurette.

Sous son étoffe, Hercule, invisible, consulta sa montre à gousset. Il était presque une heure du matin. S’il bougeait, il ferait crisser le sable sous ses pas et laisserait des empreintes visibles. Les indésirables s’apercevraient de sa présence.

« Quelle déveine ! Il ne pouvait pas choisir une autre pla… Hé ! Mais que font-ils ? Oh non ! Van Betavende, tourne la tête, mon garçon ! »

Tandis que le couple se bécotait sans retenue, le sorcier, tourné vers l’océan, égrenait les minutes, les secondes. Impossible de rattraper le temps perdu sauf à l’injecter dans le balai en usant de Fulgura Tempus Fugit et à devoir se justifier ensuite auprès du commandant de Franjac. Il était cuit. Pire : la mer allait remonter, peu à peu, jusqu’à recouvrir le carré de sable où il avait trouvé refuge. Les deux tourtereaux auraient déguerpi d’ici là, mais il aurait pris un tel retard que son retour aurait lieu après l’aube. Le ciel était à présent limpide et le vent était à l’ouest. Aucune possibilité de se cacher dans ou au-dessus de la couverture nuageuse pour masquer son arrivée au mont Creux. Pire encore : s’il débarquait dans l’observatoire après 8h00, il se retrouverait nez à nez avec Claire Obscur ou Dune Dunne, venues préparer leurs disciplines respectives.

Vers 1h50, une aide providentielle survint sous la forme de deux agents de police, en patrouille nocturne. Le tandem de policiers zélés circulait à bicyclette, armé de lampes-torche.

— Halte là ! Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? aboya l’un des deux cerbères.

En guise de réponse, le couple décampa et cavala aussi vite que possible, en parallèle avec le chemin côtier et l’océan. Les policiers enfourchèrent leurs montures et leur donnèrent la chasse. Le sorcier patienta une bonne minute, que les protagonistes soient loin de lui, troqua sa couverture pour son balai et fila dans les airs. Il cala sa route sur le cap 120 et accéléra au maximum autorisé par le Friselune. Les 80 kilomètres à l’heure lui parurent poussifs et il se prit soudain à rêver d’une monture capable de filer à plus de 200.

— Par Flamel ! Voilà une pensée très eugéniesque ! plaisanta-t-il à voix haute. Eugénie… Laurine… Une question n’a pas encore été posée mais quand ce sera le moment – et il ne tardera plus –, Van Betavende, il faudra y apporter une réponse limpide.

La question était simple : qui l’accompagnerait au bal de fin d’année ?

Exception faite de l’accident évité de peu avec une nuée d’oiseaux nocturnes, en maraude, au-dessus d’un champ cultivé, le retour s’était déroulé à la perfection. Le problème, c’est qu’il était déjà 6h30 et qu’il pouvait très bien croiser un adulte à cette heure-là, même si la grasse matinée dominicale était de rigueur à l’Académie. Il devait encore sortir du coffre, remettre tout en place, traverser le domaine, rejoindre le bois et l’infirmerie secrète. Puis, il fallait s’occuper des vers, des algues et revenir pour se doucher, s’habiller pour le Quidditch et se présenter avec une allure fraîche au petit déjeuner.

Après avoir prononcé Cistem Aperio, il poussa le plateau du coffre, vérifia qu’il n’y avait personne et acheva de s’extraire. Il repositionna le socle de rangement des lunettes et crut que son cœur allait exploser lorsqu’une voix le surprit.

— Tu étais passé où, toute cette nuit ?

La couverture de dissimulation, empruntée à Noël, fut retirée et révéla la présence de Sigrid.

— Vous m’avez fichu une sacrée trouille.

— Désolée. Où étais-tu ?

Au ton ferme employé par son amie, il devina qu’il ne lui ferait pas lâcher prise.

— Je suis sorti.

— Je m’en doute. Toute la nuit, avec un pique-nique. Un sac à dos avec extension pour un dîner en solitaire, à la belle étoile. Il y a quoi, là-dedans ?

— Un Friselune avec une copie de l’équipement d’Icare.

— Donc, tu as volé toute la nuit, sans avertir qui que ce soit. Enfin, pas le commandant, j’imagine.

— Il n’en sait rien.

— Qui est au courant ? Laurine ? Eugénie ?

— C’est secret.

— À d’autres, Hercule ! Tu as pris des risques énormes en quittant l’Académie, en volant avec pour seul guide des instruments de navigation Dornier. Je le répète : qui le sait ?

— Et vous ? Qui connaît vos secrets ? Qui sait que vous réalisez la potion d’ubiquité pour vous séparer de l’Autre ? Quels risques encourus sont les plus gros ? Mon risque de me faire attraper par un professeur, d’être grondé par Agathe ou sermonné par monsieur de Franjac ? Allez ! Imaginons que les criminels me tuent. Une mort, voilà ce que je risque. Mais vous, si vous libérez l’Autre, l’Obscurus, combien de morts cela causera-t-il, selon vous ? Hum ?

— Je n’ai pas d’autres possibilités.

— Si, vous en avez une. Me faire confiance.

— Et te croire quand tu me dis de ne pas passer à l’acte ?

— Non. Me croire quand je vous dis que j’élabore un plan pour vous et me faire confiance en remettant à plus tard votre projet.

— Mais…

— À plus tard. Pas à jamais. Saisissez la nuance.

Sigrid mesura la différence. Hercule réfléchissait à la manière d’exploiter la potion d’Ubiquité en toute sécurité. Elle devait croire en lui et se montrer sincère.

— Si vous faites preuve de franchise, j’en ferai autant.

— Entendu. La potion est prête.

— Où se trouve-t-elle ? Dans le degré 40 ?

— Euh…

— Peu importe. Laissez-la en place et ayez confiance.

— Tu ne veux pas savoir comment…

— La plume de Jobarbille ? Ambroisine Fordecafé en possède dans son coffre. Vous avez emprunté la baguette-stylo d’Eugénie pour l’ouvrir. Si vous le voulez bien, j’aimerais ne pas traîner ici. Venez avec moi.

Le duo jeta ses couvertures sur ses épaules et se rendit invisible. Une bonne idée car dans le hall, ils croisèrent quelques lève-tôt faisant le pied de grue devant le restaurant. Dix minutes plus tard, ils entraient dans l’infirmerie secrète. Sigrid fût épatée :

— Purée de boudin ! s’exclama-t-elle en empruntant au vocable eugéniesque. Ton repaire, c’est comme un croisement entre un laboratoire de potions et une infirmerie. Et ça, c’est quoi ?

— Un aquarium.

— Pour faire quoi ?

— Vous allez voir.

Il retira le couvercle transparent et vida avec précaution le contenu du sac à dos dans la cage de verre. Les vers s’agitèrent dans tous les sens, heureux de retrouver une liberté relative. Hercule repiqua trois algues dans le fond sablonneux, le long de la paroi protégeant l’espace dévolu au système de vagues et de marées.

— C’est génial. À quoi vont servir ces bestioles ?

— Ce sont mes nouveaux sujets d’études.

— Tu as pris tous ces risques pour ces trucs ?

— Oui et non.

Il lui relata à quel problème de taille il s’était confronté depuis le début de l’année. Il l’éclaira sur sa santé chancelante, un week-end sur deux, et lui détailla ses découvertes.

— Du coup, Laurine et Noël sont au courant pour Barthélémine puisque c’est au club de Dune que vous l’avez abordé ?

— Oui.

— Eugénie, les autres…

— Non.

— Tu comptes percer le secret de ces vers et…

— Faire en sorte d’espacer les dons.

— Tu es…

Sigrid eut les larmes aux yeux, à la fois touchée et honteuse d’avoir douté des raisons qui poussaient Hercule à agir dans le plus grand secret.

— … fou ? Acharné ? Loyal ?

— Tout ça en même temps. Quelqu’un qui méritait une action secrète, cet été.

— Vous êtes allée à Bruges, avec les Flamel. Avec leur aide, vous avez remis le manoir de mes parents debout. Non… Vous avez passé toutes les vacances, jusqu’à la rentrée. Vous avez tout reconstitué. Tout, dans les moindres détails. N’est-ce pas ?

— Tu m’étonneras toujours. Comment l’as-tu deviné ?

— Vous aviez fait vœu de silence. Je supposai alors qu’une occupation nouvelle, nécessitant de la patience, vous tenait en haleine. Vous étiez mal en point, chez les Flamel tandis que la joie se lisait dans vos yeux, le jour de nos retrouvailles dans Paris, Place Cachée. Je ne connais qu’un seul lieu où vous ne vous êtes jamais sentie en danger. Là-bas, chez mes parents. Enfin, un autre détail m’a mis la puce à l’oreille. La semaine dernière, jeudi soir, vous vous souvenez de la tempête de neige ?

— On n’y voyait si peu que j’ai lancé un Lumus Solem.

— Sur le perron du château. Donc, dehors. Vous n’avez reçu aucun courrier du ministère.

— Je… Quoi ?

— Nicolas Flamel et son épouse vous ont accordé une exception d’usage de la magie. Sans restriction de lieu, car vous avez dû sortir dans la rue où se trouve mon domicile, pour réparer la façade. De nuit, j’imagine. Nicolas, qui n’a pas inventé la magie mais peu s’en faut, a créé une immense exception. Il a néanmoins omis de la retirer.

— Tu crois ?

— Voulez-vous prendre les paris ?

— Non. J’ai un autre aveu à te faire. Et ça, tu ne peux pas le savoir. Impossible.

— Quoi donc ?

— Tu as terminé ?

— Oui, j’en ai fini avec les vers.

— Alors, allons au pavillon de quartz.

Intrigué, le garçon la suivit sans mot dire.

Hercule avait la gorge nouée. Ses mains tremblaient en tirant les cordelettes enserrant le papier kraft de son cadeau. Son nom avait été tracé avec une écriture ronde et appliquée. Elle était signée Waldo. Avoir la confirmation que son domicile avait été remis en état par Sigrid, l’avait ravi au plus haut point. Que la jeune fille ait pris un plaisir immense à le faire pour lui, provoquait un émoi indescriptible. Qu’elle se soit plu chez les Van Betavende, l’esprit en paix, était un plus indéniable. Qu’elle ait connu une surprenante défaillance à Bruges, au point de perdre connaissance en revoyant une photographie inoubliable, subissant des effets physiques à son réveil, était à la fois intéressant et stupéfiant. Qu’elle ait découvert les maigres biens personnels de l’explorateur, avec un souvenir rapporté d’Australie par son oncle, c’était comme si l’âme de Waldo cherchait à se manifester à tout prix.

Le kraft tomba à terre et dévoila un objet en bois, ovale et plat, comme un os de seiche. À l’une des extrémités, un trou avait été percé et une cordelette d’un bon mètre attachée.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Je crois avoir vu cet objet dans le manuel d’Arts magiques de huitième année.

— Hein ? Tu l’as déjà lu ? Non, rien, je retire ma question.

— C’est un rhombe australien.

— À quoi ça sert ?

— À ça !

Il prit la cordelette et fit tournoyer l’extrémité boisée au-dessus de sa tête. Cela produisit à un vrombissement qu’il modula en accélérant la vitesse de rotation ou en la ralentissant.

— C’est le frottement du bois sur l’air, qui produit ce son ?

— Exactement. Les peuples autochtones d’Australie, que l’on nomme aborigènes, les utilisent pour communiquer avec l’esprit de leurs morts ou leurs divinités.

— C’est du folklore, non ?

— Vous savez, l’année passée, j’aurais aussi utilisé ce terme. Depuis que je suis le cours de Dune, mes certitudes en la matière ont évolué. Il y a une autre raison pour laquelle je crois au pouvoir magique de ces objets. Waldo m’est apparu en rêve, cet été, chez les Delacour. Il se tenait devant un mont sacré, en plein centre de l’Australie. Un lieu qui doit être préservé de toute profanation. Il avait ceci dans ses mains. C’est lors de cette nuit que j’ai été mis en présence du bois serpent, habité par l’esprit d’un défunt chamane amérindien.

— L’Australie, l’Amérique, quel est le rapport ?

— Je n’en ai pas la moindre idée ! avoua-t-il, le sourire aux lèvres.

— C’est un très bel objet. Il est spécial, forcément. Hercule, si tu veux manger quelque chose…

— Oui, je me hâte !

Il posa le rhombe sur son lit, puis se ravisa. Il le dissimula du mieux qu’il put. Appeler les esprits des morts. Était-ce une invitation de Waldo ?

Le garçon fut accueilli avec un sourire de Noël qui relaya un signe complice à l’attention de Barthélémine, assise à la table de Sidonie Delacour, Edwige de Bont, Marina Fusilli et Bérénice Feuillade, entre autres. Laurine fut soulagée de le voir entier et eut aimé qu’il narre ses aventures. C’était impossible. De toutes les façons, Andrea, la langue bien pendue, avait une question qui lui brûlait les lèvres mais qu’il n’avait pas encore posée, attendant l’instant propice. Pour une raison inconnue, il estima que le moment était opportun.

— Hercule !

— Oui, jeune homme ?

— J’ai pensé à un détail… qui me dérange.

— Lequel ?

— Pendant ton stage, à Pâques… Qu’est-ce que tu feras s’il y a un cadavre à autopsier ?

— J’assisterai le docteur Dessuture de mon mieux et je suivrai ses consignes.

— Mais si c’est… quelqu’un que tu connais ?

— J’en ferai tout autant, même si je suis troublé.

— Et si c’est une personne que tu aimes ?

— Andrea ! s’exclama Umbelina. Ça ne va pas de dire des trucs pareils ? !

— Non, non, laissez, ma chère ! Andrea touche un point sensible. Il a raison de s’interroger. Comme l’embaumeur prépare tout trépassé, y compris un proche, pour un ultime voyage, le légicomage peut être confronté à l’autopsie d’un être aimé. Une mort violente, avec des dégradations. J’imagine à quel point cette épreuve serait d’une cruauté sans nom. Oui… Mais dans le cas d’un crime, je crois que ma volonté de faire éclater la vérité à tout prix, me pousserait à donner le meilleur de moi-même, par respect pour le défunt chéri et je ferais en sorte que justice soit rendue.

— Merci, Hercule.

— Ça va arriver.

Tous les regards convergèrent vers Laurine. Elle était immobile, les yeux rivés sur son verre d’eau additionné d’un jus de citron. Eugénie lui fit répéter et Laurine réitéra l’avertissement.

— L’un de nous va mourir. Je ne distingue pas son visage. Je n’aperçois que son emblème. Le gerbera blanc. Je sens la chaleur, les odeurs printanières, florales. Les têtes baissées, en deuil, tout autour de lui. Je vois les visages peinés. Il manque un membre de l’ordre autour du lit… C’est…

Elle leva les yeux sur Hercule et laissa échapper de longs sanglots, bouleversée. Le Belge contesta :

— Allons, Laurine, rassurez-vous ! La bonne nouvelle, c’est que je ne peux pas m’autopsier.



1 Où es-tu ?

2 Ici. Dans le bureau du professeur.

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