Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 17 : Sortilège 17 : frayeurs

10654 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 12:22

Aux premières heures du dimanche matin, les locataires du pavillon Gerbera avaient pris de bonnes résolutions. Au programme du jour : coudre les capes blanches de l’équipe de Quidditch, déjeuner, évacuer les devoirs à rendre dans la semaine et se détendre en se glissant tous, en cercle, dans le bain chaud créé par le Sondeur. Sigrid et Hercule s’étaient proposés pour aider les plus jeunes à réaliser les écrits théoriques. Andrea s’entraînait dur dans la salle blanche. Son impatience le conduisait parfois à exagérer les sortilèges les plus bénins. Ainsi, son Tergeo était le plus puissant de sa promotion, nettoyant les vêtements comme un blanchisseur professionnel. Le souci : entre ses mains, les tissus les plus colorés finissaient blanc. Avantage : Andrea ferait des miracles après les matchs et les entraînements de Quidditch.

Depuis la révélation jetée en pâture, la veille, à Elvira, les filles, témoins involontaires de l’altercation, changeaient de comportement avec le Belge. Umbelina, en catimini, tenait des discours rassurants. Pour elle, Hercule se sortait toujours des mauvais pas avec brio. En un sens, elle minimisait la gravité et la portée de la prophétie. Sigrid avait tendance à tout faire à la place du Belge. Le principe d’être traité comme un coq en pâte allait, tôt ou tard, l’agacer. Quant à Eugénie, elle faisait le pitre, proposant des activités, des projets plus saugrenus les uns que les autres. Par moments, elle redevenait attentive, à l’écoute, guettant des signes d’enfermement pour les combattre aussitôt.

Après le petit-déjeuner où l’apprenti détective avait pu se régaler de compote de fruits trop mûrs et d’une gelée de raisin rouge poivrée, divine – des créations de Séraphin proposées au chef Feuillantine pour ne rien gâcher –, les dix élèves s’étaient mis à la découpe du tissu, après avoir pris toutes les mesures nécessaires. Même les trois élèves inaptes à la pratique du balai participaient en fabriquant des écharpes, une banderole et des fanions aux couleurs du Gerbera.

Aux commandes de l’atelier couture, on retrouvait… Séraphin ! Chez les Ballessaim, on apprenait à tout faire par soi-même, à économiser, à prolonger, à transformer et à réutiliser. Le garçon cousait ses vêtements et disposait même du matériel pour fabriquer des chaussures. Cuisinier, agriculteur, couturier, c’était une mine de surprises.

Peu avant midi, le résultat fut endossé par les sportifs. La banderole fut dépliée et tenue par Jacques et Sigrid tandis que Katarina agitait les fanions. Umbelina, bombardée capitaine, posa avec Icare devant le Magiclic d’Hercule. Plusieurs clichés saisirent les instants de bonheur, même lorsque Hercule enfourcha le balai et qu’il fit, à allure très modérée, à un mètre du sol, le tour de la pièce.

L’après-midi fut consacré aux travaux d’études. Hercule passa du temps en compagnie d’Andrea, toujours débordant d’énergie, ayant d’énormes difficultés à se concentrer. Le cerveau des deux garçons fonctionnait de façon opposée. L’Italien avait l’esprit traversé d’idées météorites tandis que le Belge traitait une seule pensée jusqu’à ce qu’elle soit épuisée, parfaite. Hercule faisait preuve d’une patience angélique. Sigrid avait conduit Séraphin au laboratoire de potions. Le garçon, adepte de la cuisine, développait une appétence naturelle pour les potions et la jeune fille souhaitait l’aider à s’épanouir, à grandir. Quand elle eut fini de lui enseigner bon nombre d’astuces, elle estima qu’il avait beaucoup donné de sa personne et qu’il avait une masse conséquente d’informations à digérer. Elle lui conseilla de rentrer au pavillon pour terminer ses rouleaux de parchemin en histoire de la magie. Elle s’isola sur une paillasse, alluma un chaudron et déplia les pages copiées dans le grimoire de Durmstrang.

Si Ursula Waldmeister avait eu recours à cette potion d’ubiquité, les ingrédients se trouvaient dans l’Académie. Elle déroula la liste des 66 éléments, vérifia leur position sur les étagères, nota les quantités en stock et biffa les produits sur la recette. Elle était sur le point de boucler cette première étape lorsqu’elle tomba sur un os. Enfin, sur une plume ! Il fallait du Jobarbille. C’était l’un des composants du Veritaserum, soumis à autorisation ministérielle et uniquement délivré chez Aziz Branchiflore, l’apothicaire officiel de la Place Cachée. Il n’y avait pas de plume. Nulle part. Où Ursula s’en procurait-elle ? Elle ne pouvait tout de même pas débarquer dans la boutique et trahir la raison de son achat. Disposait-elle d’une réserve secrète, dans la ménagerie ? À son domicile ? À moins que… ce ne soit Ambroisine qui s’approvisionne grâce à un circuit illégal ? Dans ce cas, le matériau se dissimulait dans son coffre de facture gobeline. Rien ne l’empêcherait de l’ouvrir.

En fin d’après-midi, après une demi-heure à barboter tous ensemble, Hercule était sorti pour se rendre à la Cabane Enchantée. Dans son casier à courrier, il avait découvert trois lettres. L’une émanait du fermier Patxi, l’autre de son ami anglais Garrick et la dernière était signée par Gervais. Le directeur lui annonçait la livraison des matériaux à la grille nord, lundi, à 13h00. Le concierge était prévenu. Hercule se réjouit de pouvoir entamer les travaux au plus vite.

Les autres missives générèrent de vives émotions, mais il regretta de n’avoir reçu aucun mot de sa mère. Elle redoutait que le courrier de son fils ne soit espionné. Si seulement elle possédait un parchemin de message instantané ! Comment lui faire parvenir ? Où se trouvait-elle ?

« En sécurité. », lui souffla sa conscience intérieure. « Ne t’en préoccupe pas. »

Il y avait d’autres sujets plus brûlants à traiter. D’abord, mettre en place la séduction du Baku. Ensuite, se préoccuper de Sigrid qu’il soupçonnait de préparer une potion ou une formule pour provoquer l’ubiquité avec, à la clé, l’espérait-elle à coup sûr, un effet de bord inattendu comme l’impossibilité de fusionner après la séparation. Il était persuadé que, pour une fois, la brillante sorcière fonçait droit dans le mur, à la façon d’une Eugénie. Enfin, il y avait la recherche du testament perdu des fondateurs de l’Académie. Depuis l’interrogatoire du Sondeur, mené en douceur, la veille, un questionnement serré où l’intelligence minérale avait avoué sa méconnaissance, l’enquête était au point mort. À part interroger Séraphin, écrire au père de l’héritier pour glaner un détail omis dans le rapport filial, le Belge ne voyait guère de voie où s’engager pour creuser une piste. Fouiller les degrés du Sondeur les plus dangereux ne servait à rien puisque les isoloirs avaient été construits après la mort du fondateur. Mais, après tout, si Ambelion avait dissimulé le testament inviolable dans un endroit précis, qu’est-ce qui empêchait qu’un de ses descendants le trouve et le déplace dans les degrés ? Cette hypothèse ne tenait pas debout ! Si un héritier était tombé sur ce trésor, il aurait fait valoir ses droits face au Beauxbâtons en poste à ce moment-là. De toutes les façons, comme les Ballessaim avaient été dépossédés de leur pouvoir sorcier, il eut fallu que l’étudiant chanceux soit un lointain cousin par alliance.

« Pas sûr qu’une parenté très éloignée, dans une société sorcière où il est facile d’être tous cousins au dixième degré, suffise à briser le serment inviolable. »

L’apprenti détective parvenait toujours à la même conclusion : le testament était ici, à la même place, depuis le 14ᵉ siècle. Le stade de Quidditch, les pavillons étaient postérieurs à cette époque et donc, à fortiori, rayés de la liste des emplacements envisageables. Il n’y avait que le château et peut-être la fontaine Flamel, créée aux alentours de 1360.

« La grotte sous le sapin ? Pourquoi pas au fond du lac souterrain ! Messieurs Grossel et Meursault y avaient bien dégoté les preuves incriminant Casper. Des éléments appartenant à Émilie, en fait. »

Ses réflexions furent interrompues par un bruit de succion caractéristique. Le module de Transportation arrivait à quai. Le garçon enfourna les courriers dans sa besace et se tint prêt, sourire aux lèvres. L’ovule transparent fit son apparition. Valentine s’empara d’un gros sac et d’une malle faite de carton et de bois presque aussi haute qu’elle. Hercule se précipita pour l’extraire de l’œuf.

— Oh Hercule ! Merci ! C’est gentil ! Tu… tu m’attendais ?

— Tout à fait.

— Comment savais-tu que j’arriverais ce soir ?

— La professeure Waldmeister m’a informé. Vous permettez ?

— Merci ! C’est lourd.

Il attrapa la malle et la tira derrière lui. Il la fit glisser jusqu’à la porte d’entrée de la bâtisse. Valentine lui ouvrit la voie. Il dégagea l’encombrant bagage du passage et elle l’aida à le transporter grâce à une seconde poignée.

— Je vous accompagne jusqu’au pavillon Lonicera. J’attendrai que vous ayez déposé vos effets dans la chambre 14. Voici la clé, remise par monsieur Grossel.

— Merci mais…

— J’attendrai votre sortie pour vous accompagner au restaurant.

— Pourquoi tant de sollicitude ? Je ne suis pas en sucre et mes soucis de santé ont diminué depuis que je suis un nouveau traitement inventé par le docteur Dadé. Ça s’appelle Plombypnotic. Ce n’est pas facile à prononcer. Il s’agit d’un mélange de potion de sérénité et de somnifère, additionné de Plombipède. Tu sais, le remède pour les piqûres de Billywig.

— Cette potion paraît très puissante. Ne subissez-vous pas d’effets secondaires ?

— Oh si ! C’est tellement efficace que je m’endors souvent en pleine journée.

— Avec votre référente, nous avons songé à un complément, une sorte d’alternative plus naturelle. Je vous expliquerai tout à l’heure.

— D’accord ! s’exclama-t-elle d’un air joyeux, si coutumier qu’il était aisé d’imaginer que la situation était revenue à la normale.

Le jeune garçon stoppa à la limite du déclenchement des runes de Lonicera. Valentine poursuivit seule et s’introduisit dans le bâtiment. Quelques secondes plus tard, c’est Émilie qui sortit. Hercule la salua, lui demanda si tout se passait bien pour elle et en profita pour quémander quelques nouvelles de la dragonne. Il confia, avec un air malicieux, qu’il avait proposé à madame Waldmeister d’accueillir un Piment Cornu. Elle avait décliné sa proposition. L’histoire avait fait sourire la sœur de Jacques qui s’était ensuite esquivée, peu encline à confier quoi que ce soit. L’attitude – faussement – sympathique de l’année passée était rangée au rayon des souvenirs.

Le garçon s’assit sur une grosse pierre, sortit un parchemin, une plume, de l’encre et se contorsionna pour prendre des notes à propos de l’artefact capable de croiser des symptômes pour obtenir une liste, la plus courte possible, de maladies. La tâche était ardue, car l’ordre d’apparition des symptômes avait son importance. Pire, elle variait d’un individu à l’autre, allant jusqu’à provoquer une erreur de diagnostic. Le cas le plus connu, en médicomagie, était celui de la Dragoncelle. Elle débutait par un teint verdâtre et se poursuivait par l’apparition de pustules, grêlant le visage. Mais lorsque les boutons purulents pointaient en tête, il était facile d’imaginer qu’il s’agissait de l’Éclabouille. Hélas, les remèdes n’étaient pas les mêmes et étaient même contre-indiqués. La magie sorcière, l’intelligence, à inclure dans un outil, un artefact, serait d’une complexité dantesque.

« Si je deviens légicomage, mes patients, décédés, ne seront pas en mesure d’oublier des symptômes, de les exagérer ou de les minimiser. Contrairement aux vivants, les morts ne mentent pas. »

Le garçon s’interrogea sur la création d’objets enchantés, réalisés dans d’autres matériaux que le bois. Existait-il un vocable pour produire des enchantements complexes, à l’instar du gaélique écossais ? Il y avait tant de matières possibles ! Avec une infinité de formes magiques à appliquer ou une langue universelle ? Ou dénicherait-il la réponse à cette vaste question ? Quel professeur avait les compétences ?

« Madame Dunne. Si elle enseigne les Arts magiques, c’est qu’elle possède les bases indispensables pour générer des artefacts ou envoûter des objets usuels, sorciers ou moldus. Dès que j’aurai un peu de temps, je me replongerai dans mon palais mental, en cherchant quels sorciers ont développé ce genre de talent. Comme madame Bréguet et ses horloges. »

Il nota toutes ces questions pratiques et imagina que le tableau, collectant les informations utiles à un médicomage, serait bâti en trois dimensions pour fonctionner : le symptôme, la chronologie, la maladie. Il devrait aussi intégrer les interactions médicamenteuses. C’est la potion mentionnée par Valentine qui lui avait mis la puce à l’oreille. En imaginant qu’une patiente comme la Suissesse, avec un traitement de fond carabiné, fasse un Fugacordis, 1 nécessitant une puissante potion de Sérénité pour ramener ses battements de cœur à la normale, elle encourait un surdosage mortel.

Valentine pointa sa frimousse à la porte d’entrée. Elle avoua ne pas avoir tout déballé, ni rangé. Hercule l’informa aussitôt des changements survenus dans l’Académie : le pavillon Gerbera – qu’elle voulut voir à tout prix –, la liste des élèves inscrits dans le nouvel ordre – elle regretta le départ de ses voisines russes et portugaises –, l’arrivée surprenante d’un Ballessaim. Il lui expliqua ensuite quelles étaient les conséquences des agissements du ministère de la Magie français sur le fonctionnement de l’école, l’implication des élèves, les changements au restaurant, les cours raccourcis et concentrés. Il aborda ensuite le projet qui concernait la jeune fille. Elle fut très enthousiaste et eut hâte de collaborer avec lui. Enfin, il termina par la mauvaise nouvelle alors qu’ils déambulaient dans le jardin près de la fontaine.

— Je dois vous prévenir d’un danger… euh… potentiel, du moins un désagrément très… pesant.

— Tu me fais peur. Qu’est-ce que c’est ?

— Vous serez quatre élèves en Divination.

— Moi, Shin, Laurine…

— Oui. Plus un quatrième.

— Qui ?

— Rosier.

— Oh…

Elle frémit et la luminosité ambiante baissa, comme si un nuage voilait le soleil.

— Il n’a pas le moindre Don, contrairement à vous, Shin et Laurine qui… balbutie. Je le crois plutôt inscrit pour semer la zizanie ou pire, espionner, collecter les prédictions que vous pourriez réaliser. Vous savez que notre Japonais est d’une discrétion totale, car ses pétales jetés sur un support n’ont de signification que pour lui.

— Oui. Sa magie est tout en finesse. Délicate.

— Quant à la professeure Obscur, elle peut très bien masquer ses prédictions et enfermer au plus vite les fumerolles dans des fioles.

— Mais moi, c’est visible comme le nez au milieu du visage. Et Laurine ?

— Elle a eu une vision à travers le corps vaporeux d’un fantôme.

— Oh ! Ça, c’est très original. C’est drôle !

— Je trouve aussi. Je pense qu’elle a la capacité de vivre des rêves prémonitoires, comme madame Dunne. Elle vous narrera volontiers comment elle m’a sauvé la vie, la nuit dernière.

— Elle t’a sauvé la vie ? Laurine a fait ça ? Elle doit être très fière.

— Peut-être. Pourquoi ?

La Suissesse lui confia que mademoiselle de Clermont-Tonnerre tenait le Belge en très haute estime. Pas seulement pour l’aide dont elle avait bénéficié de sa part, mais pour tout ce qu’il accomplissait dans l’Académie, au profit du plus grand nombre. L’affaire di Maggio s’était ébruitée et tout le monde en connaissait l’artisan.

Le garçon, touché, ne sut comment réagir.

— Tu viens à mon aide, spontanément, avec une solution qui m’enchante. Tu n’imagines pas à quel point de nombreux élèves te considèrent comme un être loyal, désintéressé, généreux. Laurine doit être folle de joie d’avoir intégré l’ordre Gerbera.

Une image se forma au-dessus des couettes de la Suissesse. Elle représentait des dizaines de bulles de savon en forme de cœur. Le garçon rougit.

— J’ai une vision, c’est ça ?

— Oui.

— Heureuse ?

— Des petits cœurs de savon. Votre magie est si artistique.

— À ce propos… Est-ce que tu as choisi les Arts magiques ?

— Oui.

— Fantastique ! Moi aussi ! J’ai hâte !

— J’avoue que ma curiosité est à son comble. Voulez-vous aller dîner ?

— Oui, j’ai une faim de loup. J’ai dû prendre des tas de Portoloins, avec des attentes entre chaque objet de transport, depuis Sion.

— Un souci avec le tunnel de Transportation à Genève ?

— Il est « crevé », à cause d’un affaissement de terrain dans le Jura suisse. Les réparations prendront au moins quinze jours.

— Hum… Sale affaire !

Le Belge conduisit la jeune fille jusqu’à l’entrée du restaurant et lui expliqua le principe des menus. Ensuite, elle rejoignit Rosa Fuchs et Bianca Toscanini. Quant à Hercule, il gagna la table de l’ordre à l’emblème immaculé. Séraphin parlait de son avenir. Il se voyait à la tête d’un estaminet adossé à une ferme où tout serait produit sur place. On viendrait du monde sorcier entier pour découvrir sa cuisine et il écrirait des livres de recettes, sans dévoiler tous ses secrets. Hercule avait le sourire. Tout allait pour le mieux.

Après une matinée débutant en fanfare avec l’étude des runes, le lundi après-midi était la période la plus chargée pour le troisième niveau, la plus exigeante de la semaine. À 14h00, Elvira délivrait le cours de M.E.S, puis passait le relais à Max de Franjac pour le duel. Elle reprenait la main pour deux heures de perfectionnement au combat, intensif, destiné à préparer les plus guerriers à devenir Aurors. Les quatre heures se déroulaient exceptionnellement en Salle Blanche, car le premier cours de M.E.S portait sur l’Épouvantard. Comme Elvira ne disposait plus que d’une heure par semaine, les leçons promettaient de se dérouler à un rythme infernal. À raison de 90 élèves par session, cela donnait une trentaine de secondes par étudiant pour réussir ou échouer. La notation habituelle de la référente – OR, ÉTAIN ou FONTE – risquait de tourner à la bipolarité OR – FONTE.

À peine les élèves furent-ils massés dans la salle que la sculpturale brune ordonna :

— Formez une file. En spirale, pour tenir à l’intérieur de la pièce. Ne regardez pas vers l’armoire tant qu’un camarade est devant vous. Vous allez affronter un Épouvantard. Personne ne connaît le vrai visage de cette créature car dès qu’elle se montre, elle prend la forme de votre frayeur la plus intense, qu’elle soit classique, commune ou exceptionnelle, irrationnelle. Il existe une méthode pour paralyser la créature. Il s’agit du sort Riddikulus qu’on lance en abaissant sa baguette et en songeant à une façon comique de ridiculiser sa peur. Exemple : si vous craignez par-dessus tout l’Éclabouille, imaginez que les horribles pustules se rassemblent pour former le maquillage et le nez rouge d’un clown. C’est compris ?

— Oui, répondirent les élèves dont certains, très détendus, minimisaient le danger de la bête et l’utilité du sortilège.

— Van Betavende, devant ! aboya la maîtresse des lieux. Valentine, Sigrid, vous sortez des rangs. Vous êtes exemptées.

Dans les rangs du Gerbera et dans ceux des autres ordres, l’usage du nom de famille pour désigner le Belge ne passa pas inaperçu. Les filles se crispèrent. Elvira en avait après le garçon ; elle n’avait pas digéré l’altercation.

Les élèves comprirent la raison pour laquelle Valentine était exclue de l’opération Épouvantard. Si elle engendrait une chimère, la tâche pour en venir à bout serait sans commune mesure avec le renvoi d’une bestiole dans une armoire. En revanche, l’exclusion de la meilleure élève de leur niveau était inexplicable. Les questions ne manqueraient pas de fuser.

La référente agita sa baguette pour ouvrir l’armoire. Le Belge se tint prêt.

— Nous allons voir si ta chance sera aussi insolente que l’année dernière ! cingla l’adulte pour semer le doute.

Le garçon s’en moqua. Il s’était rassuré en compagnie de Jacques. Il leva sa baguette et l’abaissa sans un mot, laissant à peine le temps à la créature de prendre les traits d’Eugénie, morte. Des flammes surgirent et l’oisillon Phénix, sans une plume, avec sa bouille de mademoiselle Greengrass, émergea d’un amas de cendres. En silence, le Belge regagna la queue de la file d’attente. Il commit une halte à la hauteur de Rosier, car l’immonde suprémaciste ne put s’empêcher de déblatérer et de proférer des menaces :

— Intéressant, ça ! Tu tiens à cette grue ! C’est bon à savoir.

— S’il vous prend l’idée de lui lancer un de vos sortilèges noirs, vous me trouverez sur votre route.

— Ah oui ? Et tu feras quoi, l’orphelin ?

Il encaissa le qualificatif blessant, serra sa baguette et menaça à son tour :

— Je vous présenterai une amie de cinq mètres d’envergure afin de vérifier votre résistance au feu. À moins que je ne vérifie par moi-même si vous résistez mieux qu’un Spongue au sortilège de découpe.

— Tu n’oserais pas. Trop respectueux du règlement, le Belge.

— Si Eugénie ne vous a pas réduit en cendres, je me chargerai de vous achever jusqu’à ce qu’il ne reste plus une seule molécule de votre malfaisance. Je vous éliminerai sans une once de remords, répondit le détective avec froideur. Je soulagerai cette planète de votre méphitique, pitoyable et misérable existence.

Il poursuivit son chemin sans pouvoir s’empêcher de jeter un regard désemparé à Sigrid, au fond de la salle. Elle sourit et hocha la tête. Son amie comprenait la peur du garçon et l’Autre était incapable de réagir de manière violente lorsqu’il s’agissait d’Eugénie. C’était son interrupteur, le trublion capable de tout désamorcer. Eugénie était intouchable.

Quand il arriva à la hauteur de l’ex-héritière de Beauxbâtons, il lut dans ses yeux à quel point elle était bouleversée. À la seconde même, elle ne désira qu’une chose : éprouver une frayeur réciproque pour le garçon, craindre sa mort par-dessus tout et transcender sa terreur de manière comique. Elle dut patienter. Les élèves défilaient devant le monstre au mille visages, connaissant tous des échecs au point où Elvira devait les relever du sol où ils se recroquevillaient, pour les renvoyer vers le fond de la salle.

Après une quinzaine de ratages complets, la première réussite vint de Katarina. Lorsqu’elle se présenta et qu’elle leva les yeux sur le miroir où Amélie Rostang de Hautefeuille s’était découverte vieille, ridée, couverte de verrues, le cheveu épars, la Russe vit l’objet se déformer pour prendre une forme humaine. Si la silhouette était celle d’un homme, ses traits étaient en revanche monstrueux, terrifiants. Les élèves furent horrifiés par le visage de monsieur Borodine, le maître des baguettes officiant dans le quartier magique de Saint-Pétersbourg. Lorsque la jeune fille avait affirmé que soutenir le regard du sorcier était au-dessus de ses forces, ce n’étaient pas de vains mots. La demoiselle leva son bras et prononça le sortilège. Il fut assez puissant pour contraindre Borodine à revêtir un habit de lumière et à le faire jongler avec une kyrielle de baguettes, finissant toutes par lui tomber sur le visage. La scène la fit sourire et elle tourna les talons. Hercule la félicita tout en confirmant qu’elle n’avait pas exagéré la laideur effroyable du sorcier russe.

Shin désirait faire aussi bien que l’élue secrète de son cœur. Il supposa, à tort, que son père serait la figure choisie par l’Épouvantard. La chose rapetissa et se transforma en un objet de métal, ovoïde. Le Japonais se figea. Le cauchemar récurrent lui revint en plaine face, comme un boomerang. Intrigués, les étudiants se demandèrent de quoi il s’agissait et découvrirent des chiffres s’affichant à rebours sur un boîtier. Soudain, une explosion aveugla tous les protagonistes et balaya la salle d’un souffle dévastateur, brûlant. Pourtant, personne ne fut blessé mais le garçon s’effondra. À genoux, incapable de réagir devant la boule de feu s’élevant devant ses yeux. Le Japonais avait déjà vu cette explosion. À chaque fois, il en était ressorti traumatisé et avait mis des heures à récupérer. Le champignon en feu grossissait à l’infini, dévastant un paysage qui se construisait et se défaisait sans cesse. L’enseignante le remit sur ses jambes cotonneuses et le renvoya rejoindre la longue cohorte des étudiants en échec. Hercule le rassura et lui dit :

— Je n’ai aucune idée de la nature de cette vision cauchemardesque mais voici ce que je vous conseille. Vous, le maître de l’élément liquide, faites pleuvoir un déluge sur ce champignon de feu et transformez-le en jolis rosés des prés, en savoureuses girolles, en cèpes impériaux et en divines morilles. Que les champignons poussent à foison !

— Oui… C’est… brillant.

— Lundi prochain, parlez de votre frayeur au professeur Racine. Confiez-vous aux professeures Dunne et Obscur.

— Pourquoi ?

— Parce que j’ai bien peur que cela soit une vision du futur que les Moldus réservent à l’humanité.

— Un rêve prémonitoire ? Ce serait…

— … la fin de toute chose. La boîte de Pandore.

Le Japonais n’ignorait rien de l’histoire, rapportée par Eugénie aux autres membres du Gerbera. Ce fut le tour de la nièce d’Éliane. Elle sentit sa dernière heure arrivée. L’Épouvantard se transforma en un univers bleu, uniforme, sans une once de teinte plus claire ou plus foncée. Sa mémoire lui était arrachée pour ne laisser la place qu’au vide. Un Oubliette à l’échelle d’une vie. Oubliés, les amis, les joies, les gourmandises. Plus aucune activité dans sa cervelle. Perte des connaissances, du langage, des fonctions corporelles vitales. Elle chuta et Elvira dut la soulever de terre pour l’amener au fond de la salle, aux pieds de Sigrid et Katarina. La franco-russe parvint à la ranimer. Hercule s’accroupit et tapota sa main.

— Terrible frayeur que la vôtre. Terrible.

— Je… Je ne savais plus rien.

— Il faut réagir avant que l’Épouvantard ne vous réduise en lambeaux. La prochaine fois, dès qu’il devient ce bleu omniprésent, réduisez-le à la taille d’un confetti, ajoutez-le à un sachet de ces bouts de papier que l’on achète chez les marchands de farces et attrapes. Ensuite, plongez votre main dans le sac et jetez-en des pleines poignées pour faire la fête et répandre la joie. C’est votre gaieté qui vaincra le monstre.

— Tu as raison. Je ferai ça. Tu me connais bien, avoua-t-elle avec un soupçon d’étranglement dans la voix.

— Je suis votre ami, répondit-il en lui adressant un clin d’œil.

Lorsque ce fut le tour d’Umbelina, la créature prit ses traits. Ses jambes se transformèrent en racines. Peu à peu, le végétal l’envahit, la musela, l’enracina. Elle devint incapable de bouger et pire, de voler. Son échec à renverser la situation fut total. Alors, lorsque Hercule l’accueillit, le garçon lui proposa de transformer l’arbre inamovible en un énorme pissenlit. Il devait faner à toute allure et produire des centaines de pappus, ces petits parachutes, emportés par la moindre brise.

L’attention du garçon et de ses amis du Gerbera se focalisa soudain sur un affrontement crucial : Rosier contre l’Épouvantard. Ce dernier muta en pommier. Le gominé, étonné, grimaça lorsque la peau des pommes se para de visages familiers. La plupart étaient vertes et noires. Mais il y avait aussi des fruits écarlates. Thibaldus lança un Riddikulus agressif, guidé par la colère et non par la volonté de faire rire. Résultat, l’Épouvantard fit grossir les rouges tandis que les autres se rabougrissaient jusqu’à avoir la taille de pépins. Le suprémaciste hurla :

— Non ! Non ! Pas ça !

Il mit un genou à terre, tenta de ne plus regarder cet arbre étrange mais pas effroyable pour une Noise. Il agita sa baguette et cria :

— Bombarda maxima ! Incendio ! Repulso ! Avada…

— Ici ! intervint Elvira en se plaçant devant le monstre.

L’Épouvantard fut agité par des convulsions annonciatrices d’une modification d’apparence. Il se transforma en un astre brûlant, jaune. La référente contre-attaqua. Le soleil devint blanc et cubique. Devenu glaçon, il plongea dans un verre d’Armagnac des vieilles forges apparu par magie et refroidit l’alcool. Rosier fut renvoyé hors de la zone d’influence du terrifiant assaillant.

Rosa Fuchs, l’intrépide, la révolutionnaire, se présenta. La bête ne se comporta pas comme attendu. Le verre additionné du cube de glace changea au moins une vingtaine de fois d’aspect en quelques secondes, passant de monstres chimériques aux insectes les plus repoussants, des cadavres de familiers à la ruine financière, misant sur des phobies classiques comme la claustrophobie éprouvée à être enterré vivant dans un cercueil. Rosa éclata de rire à force de voir l’agresseur se démener comme un beau diable pour avoir raison d’elle. Elle le harangua :

— Hé ! Grosse andouille ! Regarde !

Elle rangea sa baguette au ralenti, afin que la créature ait le temps de mesurer la portée du geste. Las, l’Épouvantard se transforma en poule mouillée caquetant, recula, entra dans son armoire et se pressa de s’enfermer. Fuchs ne s’en tint pas à cette bravade déclenchant l’hilarité des élèves. Elle alla toquer à la porte du refuge, en braillant :

— C’est Rosa ! Ouvreeeeee-moooooiiiii !

La scène fut si cocasse que Valentine, débordant de joie, généra une prédiction spontanée. Une clé avec une spirale dentelée en lieu et place de la tige droite et de l’embout crénelé classique. Le Patronus prédictif n’échappa pas à Hercule, ni à Rosier, intrigué, s’emparant aussitôt d’un parchemin et d’une plume enchantée pour noter ce qu’il venait d’observer. Hercule eut la confirmation de la motivation du suprémaciste à conserver la Divination : l’espionnage, la récolte d’informations. Cependant, il ignorait un fait capital : la prédiction de Valentine correspondait en tous points à la vision de Laurine, l’été dernier, à travers son ancêtre fantomatique.

« Ce n’est pas un hasard. Cette clé joue un rôle essentiel. Je suis certain de ne jamais avoir vu de serrure correspondante dans le château ou ses abords. Néanmoins, elle ressemble à un modèle gobelin antédiluvien… »

La référente Urtica demanda à Laurine de s’avancer et de s’exposer à la vindicte de la bête furieuse. Elle rouvrit l’armoire et son remuant occupant ne se fit pas prier pour se venger. Il sonda sa victime et se transforma en un bellâtre vêtu d’une tenue de soirée impeccable. Laurine se prépara, consciente du danger. L’hidalgo poussa une note destructrice pour les tympans, tirée du répertoire classique de l’opéra. Les élèves, assourdis par son vibrato à faire exploser du cristal, se bouchèrent les oreilles. Le réflexe de Laurine fut identique. Elle plia un genou, prête à capituler, ne pouvant lancer le sort, ayant besoin de ses deux mains pour se protéger de l’infâme brailleur. En dépit de la douleur et de sa phobie des opéras, elle réagit :

— Riddikulus !

Le smoking du chanteur se couvrit de paillettes et devint un habit de lumière seyant à un torero. Un taureau en furie débarqua de nulle part et encorna l’imprudent à l’entrejambe. Le toréador poussa un contre-ut de douleur, très aigu, qui déclencha des rires.

— Repulso !

Laurine, soulagée, fit voler le matador d’opérette dans les airs, jusqu’à sa cachette.

— Collaporta ! s’exclama la référente en enfermant l’Épouvantard. Bien ! Voici ma notation immédiate pour vos exploits misérables ! Katarina, Laurine et van Betavende…

« Encore une différenciation volontaire ! » songea le Belge.

— OR. Rosa, pour ce résultat unique depuis que j’enseigne, c’est un PLATINE. C’est… stupéfiant ! Tu prends un avantage de taille pour l’accessit de fin d’année. Sigrid, Valentine, vous ne serez pas notées.

— Pourquoi Vlaamel, elle ne l’a pas fait ? osa Rosier.

— Ce n’est pas ton affaire, Thibaldus.

« Rosier a le droit au prénom. De mieux en mieux. »

— En ce qui te concerne, c’est une FONTE franche et massive. Cela t’apprendra à bafouer les consignes.

— Mais c’est honteux !

— FONTE-.

La minoration de la notation par l’apposition du signe négatif lui cloua le bec.

— Les autres, vous avez une semaine pour vous entraîner. Lundi prochain, vous aurez mis au point une tactique, une image ridiculisant l’Épouvantard. Si vous réussissez, ce sera ARGENT pour vous. Si vous échouez, vous écoperez d’une FONTE+. Compris ?

— Oui, Professeur, répondit l’auditoire d’une seule voix.

— Dans quelques semaines, vous serez de nouveau mis en présence de l’Épouvantard pour aborder un autre sortilège avec le professeur McFlurry. Notre confrère venu de Poudlard a appris à générer un Patronus, un bouclier d’énergie positive, pour repousser les Détraqueurs qui sont, à ses yeux et à ceux de notre Épouvantard, sa plus grande frayeur.

Hercule frissonna à l’énoncé du mot « Détraqueur ». Le bourreau de Waldo.

— S’agit-il d’une peur suprême ?

— En quelque sorte, Umbelina. C’est une chance d’avoir Sean parmi nous, à la fois pour voir à quoi ressemble un Détraqueur et pour assister à l’action du charme du bouclier. Néanmoins, s’agissant d’un Épouvantard, le sort à utiliser reste toujours Riddikulus, peu importe l’aspect.

Un élève suprémaciste posa une question qu’elle redoutait.

— Ça veut dire que vous ne sauriez pas vous défendre, face à un vrai Détraqueur ?

Elle exécuta une manœuvre d’évitement :

— J’ai plusieurs cordes à mon arc.

Hercule était le seul à savoir qu’elle mentionnait son statut d’Animagus non déclaré. Un Détraqueur s’en prenait aux sorciers aux pensées douces, positives. Il était incapable de distinguer un Animagus d’un animal dénué de la complexité du cerveau humain.

Le cours toucha à sa fin mais les enfants restèrent dans la salle pour recevoir les enseignements de Max de Franjac en duel. Le petit Belge fit exprès de conserver sa baguette de cèdre. Après un OR obtenu en M.E.S, une FONTE ou un ÉTAIN lui importaient peu.

Durant les cinq minutes de pause, les enfants commentèrent les peurs des uns et des autres. Laurine, personnalité calme, prisait peu le bruit. La musique, jouée en sourdine, était la seule exception qu’elle tolérait, à condition qu’elle ne soit pas accompagnée par des beuglements humains remplis de fausses notes.

Hercule n’avait d’intérêt que pour une frayeur, commenté par les élèves, sans compréhension du sens caché. Le Belge avait tout compris. Le pommier à visages de Rosier, c’était son arbre généalogique. Les pommes vertes représentaient les membres « normaux » de sa lignée. Les sombres figuraient tous ses parents s’étant complus dans la magie noire. Quant aux quelques pommes écarlates, elles symbolisaient le rouge de la honte des « brebis galeuses » de la famille. Le Belge avait reconnu les traits d’un personnage. Pour cause : c’était un Brugeois très célèbre. Louis de Potter, un politicien qui avait prononcé le discours d’indépendance de la Belgique en 1830 et qui avait été le premier chef de gouvernement. Une sommité belge, écrivain, journaliste, révolutionnaire et surtout… un Moldu ! Ainsi, Rosier le Sang-Pur, avait honte des pommes de discorde. Rouge de colère, il avait voulu effacer les preuves de la collusion familiale avec des Moldus et des Sangs-Mêlés.

« Cocasse ! »

Hercule s’interrogeait encore sur l’utilisation de cette information lorsque Max avait fait irruption dans la salle en clamant :

— En garde ! Expelliarmus ! Expelliarmus !

Il avait désarmé une demi-douzaine d’élèves avant que Umbelina ne tente de le pétrifier. Une entrée en matière spectaculaire.

La première semaine de cours s’achevait sur le mardi que Hercule et Jacques avaient baptisé « le meilleur jour ». La Legilimancie et l’Occlumancie, désormais enseignés par Sean, avaient moins de points communs avec la torture qu’à l’époque d’Elvira de Bazincourt. Mais, hormis cette matière mettant l’esprit à l’épreuve, le reste de la journée n’était que plaisir avec la botanique, suivie par deux heures d’application à la médecine, le soin aux créatures et les Arts magiques. Cerise sur le gâteau pour Laurine et Shin, c’était aussi le jour où Claire Obscur officiait pour la Divination. En résumé, le mardi était au rêve ce que le lundi était au cauchemar.

Le Belge avait eu droit à un rapport complet sur le perfectionnement en duel. Elvira fixait de moins en moins de limites à la sauvagerie et Rosier, accompagné de Valmy le boucher de Lorraine, ne se privait pas pour alimenter l’infirmerie, usant de sorts interdits appris durant l’été. Hercule, Laurine, Shin et Eugénie avaient adoré le programme annoncé par Dune Dunne. Elle aborderait, en leur compagnie, les encres enchantées dont l’utilisation irait de l’écriture automatique employée par certains voyants au tatouage capable de prendre vie, en passant par les substances invisibles, insensibles aux sortilèges de révélation classiques ou encore les teintes changeantes, les productions parfumées pour rédiger des lettres d’amour enflammées. Naturellement, la création de plumes à papote sans réserve était un incontournable, tout comme la plume correctrice de rimes. À partir de janvier, l’enchantement des étoffes prendrait le relais jusqu’à mars. Au-delà de cette date, Dune passerait en revue, à raison d’une nouvelle discipline par semaine, l’envoûtement de petits accessoires en bois ou en métal comme les cuillères pour touiller ou les verres baveurs, la rédaction de formules comme Katarina savait si bien l’accomplir, les danses et les chants psalmodiés pour faire pleuvoir sans usage d’une baguette, le pliage d’origami, les encens propices aux transes mais aux vertus sanitaires, le détournement d’objets Moldus – pour être conscient des sanctions encourues –, l’étude d’artefacts magiques exogènes et une foule de sujets qui seraient approfondis les années suivantes. L’accent serait mis sur les encres et les tissus. En outre, les enfants devraient développer un projet d’année personnel autour de ces deux domaines, quitte à les combiner. Dune tenait à ce que les élèves s’entraident, tout en sortant de leur zone de confort personnel. Hercule craignait de manquer d’imagination et comptait un peu sur une idée farfelue d’Eugénie qu’il mettrait à exécution par tous les moyens, même s’il devait travailler, étudier jour et nuit. Aussi, lorsque le garçon se rendit au club de Dune, à 13h00, le mercredi, il était joyeux. Il découvrit la présence surprenante de Katarina, inscrite au Cecrabebleu et à aucun autre club. Hormis Laurine, qui l’accompagnait, il y avait aussi Hélène Farges-Lacaze que mademoiselle de Clermont-Tonnerre fuyait à tout prix. Hercule ne l’avait entendue parler qu’à quelques occasions et il était persuadé que sa voix était l’héritage de sirènes. Ses intonations charmaient les garçons et les filles, les attirant comme des Pucestis à un rassemblement de jeunes sorciers au sang frais. Seule Laurine était réfractaire à sa voix et l’explication tenait dans sa phobie des artistes d’opéra. Hélène, à la réputation de sorcière neutre, issue d’une famille noble, discutait parfois avec Rosier et sa bande.

Noël approcha pour grossir les rangs. Le garçon d’Aloysia, toujours aussi travailleur, maigrissait à vue d’œil et ressemblait de plus en plus à son horrible et meurtrier ancêtre, Luc Millefeuille. Dès qu’il vit Hercule, il se porta à ses côtés, prenant ses distances avec Hélène. Enfin, elle apparut. Elle, c’était Barthélémine, de la même taille que Shin, rendant une demi-tête au Belge. C’était une beauté à couper le souffle, mais elle semblait soucieuse, fatiguée. Hercule mit cet état passager sur le compte du changement de latitude, d’alimentation et sur l’éloignement de son île natale. La douceur des températures estivales ne durerait pas. Quand l’hiver et la neige feraient leur apparition, la sorcière vivrait un choc thermique.

Hercule s’attendait à la présence de Sigrid mais son amie avait décliné l’aide. La référente fit son entrée, vêtue d’une robe sorcière à arceaux, rouge comme presque chacune de ses tenues. Elle ressemblait à une Moldue de l’époque de Louis XIV, la perruque poudrée en moins.

— Bonjour ! Entrez !

Hercule poussa la porte de la classe dénuée de sortilège d’extension et laissa passer toutes les représentantes du sexe féminin. Il referma et découvrit l’aménagement réalisé par l’enseignante. On ne voyait plus les murs, les fenêtres ou le plafond. La pièce n’était que tissus tendus traversant l’espace, coloris chamarrés, innombrables coussins, énormes, pour s’installer plus près du sol. Elle avait agencé les assises en demi-cercle et avait opposé son tapis volant à l’assemblée. Elle prit place sur la carpette enchantée et invita les enfants à s’asseoir.

— Fantastique ! Je suis très heureuse de vous accueillir dans mon club dédié à l’entraide. Alors, comme nous ne sommes pas très nombreux, je vais vous demander de vous présenter de façon simple. Nom, prénom, nationalité, votre niveau à l’école. Ensuite, je veux que vous expliquiez à tout le monde ce qui vous amène au club, le souci qui vous semble insurmontable à ce jour, qui vous empoisonne la vie, vous handicape en tant que sorcier. Je précise juste que Katarina vient pour tenter d’apporter une solution à un problème exposé la semaine dernière et pour lequel j’ai déjà eu une idée. Nous tenterons de voir si cela solutionne le problème du premier cobaye. Qui commence ? Allez, ce qui se dira ici, ne sortira pas de la pièce.

— Comment en être sûre, Professeur ? demanda Hélène.

La référente agita sa baguette et dit :

— Je prendrai des notes et je vous oublietterai à la fin de notre rendez-vous. Au début de chaque session du club Sajadatonne, je ferai un rappel des progrès et des problèmes de chacun.

— Ah…

À la mine contrite d’Hélène, Hercule devina qu’elle était en mission d’espionnage. Il se nota d’apprendre un sort capable de détecter si elle était en possession d’un artefact apte à contourner l’Oubliette ou si elle ne dissimulait pas un phonographe sous les plis de sa robe de sorcière.

— Puisque tu es lancée, Hélène. Vas-y !

— Hélène Farges-Lacaze, française, troisième année Lonicera. Je suis ici… à cause de ma voix.

— Peux-tu préciser ?

— Je possède un timbre envoûtant. Je suis sûre que toutes les filles adoreraient jouer des intonations pour séduire mais, je vous assure qu’à la longue, c’est épuisant.

— Pourquoi ?

— Cela fausse toutes les relations que je peux avoir avec les sorciers. C’est pire lorsque je suis au contact de Moldus dont l’esprit est trop faible pour résister aux charmes.

— D’accord. Nous verrons après les autres présentations ce que tu as déjà essayé pour amoindrir les effets du sortilège que tu dégages. Ce n’est pas un problème facile, vous l’imaginez, lorsque la nature, le hasard, appelez cela comme vous le souhaitez, vous a attribué une caractéristique physique différente. Qui veut bien ? Laurine ?

— Laurine de Clermont-Tonnerre, française, troisième année Gerbera, le nouvel ordre. Je suis ici, car je pense, grâce à vous, Professeur, avoir des dispositions pour la divination mais le don peine à se manifester. J’ai accumulé beaucoup de retard, je réalise bon nombre de sorts d’une façon approximative. Mon problème, je ne sais pas si c’en est un vrai, c’est ma… légitimité.

— Tu ne te sens pas légitime de recevoir un enseignement sorcier ?

— Pas légitime, pas digne. Cette situation s’est aggravée en me retrouvant au sein de l’ordre Gerbera parce que…

— … tu ne vois pas ce qui te rend aussi exceptionnelle que les deux autres étudiants de cet ordre, présents parmi nous ?

— Voilà.

— C’est ce que nous rechercherons, ensemble. Tu peux être certaine à 1 000 % que le Sondeur n’a pas agi par hasard.

Elle rougit et baissa la tête.

— Alors… Noël ?

— Noël Millefeuille, français, deuxième année Aloysia. Euh… Vous effacerez bien tout, à la fin ?

— Oui. Parle sans crainte.

— Mon problème date d’avant ma naissance. Ça a été celui de mon père, de mon grand-père. Luc Millefeuille. Mon nom de famille, c’est une malédiction à lui tout seul. Mais pour moi, c’est pire parce que j’aime réaliser des potions, que j’ai des facilités pour ça. À l’Académie, il y a ceux comme les élèves du Gerbera qui me traitent avec gentillesse. Après, il y en a toujours beaucoup qui voient l’héritier d’un monstre en moi. À la limite, c’est pas si grave. Mais il y a une catégorie d’élèves qui me menacent si je ne les aide pas réaliser leurs potions qui… euh… ne sont pas au programme des différents niveaux. C’est la bande de Rosier, avec d’autres qui font semblant d’être amicaux mais qui essaient de me convaincre que le danger vient des Moldus et de tous les sorciers qui les acceptent.

— Tu ne te sens pas en sécurité, à l’Académie ?

— Non.

— C’est grave. En as-tu parlé ?

— Oui, à deux élèves qui me comprennent.

— D’accord. On reviendra très vite à ton problème.

Hercule grimaça. La situation de Noël était intenable, d’autant plus que Rosier disposait de soutiens inconditionnels chez Aloysia. Un élément aussi travailleur que Noël aurait dû être intégré chez Lonicera où plus rares étaient les supporters du gominé et dangereux représentant des suprémacistes.

— Il nous reste Barthélémine et Hercule. Jeune demoiselle, je t’en prie.

— Barthélémine Chantepierre, française, première année Urtica. Je viens de Marie-Galante, dans les Caraïbes. Mon problème vient de l’héritage biologique de mon vrai père. Un homme blanc qui est un… vampire.

La nouvelle pétrifia les enfants et Dune, sous le choc de la révélation, eut du mal à dissimuler son trouble.

— Je suis une demi-vampire et j’ai du mal à me contrôler lorsque je vois du sang. Je me sens faiblir.

— Chez toi, tu y avais accès ?

— Une fois par mois, Maman se sacrifiait et me donnait un demi-litre. Je… Je dois vous paraître monstrueuse et je comprendrai si vous refusez que je m’approche.

— C’est un grave problème de sécurité, s’exclama Hélène dont la peur ne parvenait pas à perturber les trémolos envoûtants.

— Alors, le risque est double, affirma le Belge.

— Pourquoi ? demanda Hélène. Tu es un vampire ?

— Ça ne risque pas. Mon problème est de quitter le sol sans perdre connaissance. Incompatible avec la nature vampirique.

— Alors ?

— Il y a une autre vampire à l’Académie.

— Qui ça ? Ta copine Sigrid ? C’est pour ça qu’elle n’a pas affronté l’Épouvantard ? Elle se serait transformée en vampire. Cela ne m’étonne pas ! Je lui trouve un air bizarre.

— Ce n’est pas un élève, rétorqua Hercule. Et ce n’est pas vous, Madame.

— Eh bien moi, je ne vais pas rester une seule seconde de plus avec un vampire dans la pièce ! s’emporta Hélène en se relevant et en filant au plus vite.

La référente disparut et réapparut, lui barrant le chemin.

— Oubliette !

Elle extirpa la totalité de la séance en un tournemain. Puis, elle ouvrit la porte, laissa Hélène totalement hébétée avancer comme un zombie et condamna l’entrée à l’aide de plusieurs gestes de baguettes.

— Un problème résolu ! N’est-ce pas, Noël ?

Le garçon approuva d’un signe de la tête.

— Elle fait partie de ceux qui te harcèlent, n’est-ce pas ?

Il murmura :

— Oui.

— C’est ennuyeux. Que pourrait-on faire pour Noël ?

— Changer son nom n’est pas possible, confessa Katarina.

— Changer d’ordre.

La proposition venait de Laurine. Hercule rebondit :

— Elle a raison. Je crois qu’il faut plaider votre cause auprès du Sondeur. Il a, à mon avis, commis une erreur en omettant de vous transférer.

— Hercule, si tu savais à quel point je suis… malheureux, de ne pas être parmi vous. Je me suis dit que je ne méritais pas, qu’il fallait que je supporte le poids de mon nom de famille mais… c’est… dur.

Il était étranglé par l’émotion, sur le point de pleurer.

— Nous irons voir le Sondeur, tous les trois, si tu veux. Il faut explorer cette voie. Il écoutera peut-être ta plainte, ma voix de référente Gerbera et les arguments d’Hercule.

— On va dans un isoloir pour lui parler ?

— Oui, répondit Hercule.

— Et si ça ne marche pas ?

— Nous ferons en sorte que les élèves d’Aloysia auxquels nous pouvons faire confiance, assurent votre sécurité, proposa le Belge. Si cela ne suffit pas, j’ai une solution de secours que nous utilisons en dernier recours. Une alternative solide.

— Merci, Hercule.

— Voilà ce que j’attends. Tu comprends à quoi sert mon club ? L’entraide, les talents complémentaires, l’association mutuelle, profitable. On réfléchit, on expose, on débat, on teste et on s’accroche. Laurine…

— Oui ?

— Tu disais que ta voyance s’était manifestée cet été.

Elle rapporta la vision d’une clé à travers le corps fantomatique du duc de Clermont-Tonnerre et les circonstances l’ayant amenée à secourir son camarade belge sur le point de mourir, enlisé. Pour Dune, la survenue de l’épisode estival était la preuve que son don s’éveillait. En revanche, elle était plus dubitative pour qualifier le rêve de prémonitoire, car elle connaissait bien ce sujet. Même s’ils semblaient réels, ils pouvaient n’être que des leurres explicables par une cause extérieure. Le Belge comprit où la référente voulait en venir : il pouvait avoir lancé une alerte, d’esprit à esprit, sans avoir la conscience de l’accomplir. Alerte arrivée dans les songes de Laurine avec un phénomène d’anticipation, comme lorsqu’on marche sur une planche pourrie, qu’on sait qu’elle va céder pour des dizaines de raisons, qu’on ignore l’avertissement et que l’accident a lieu.

Le garçon évoqua son lien avunculaire avec Waldo lors de son vivant. Il était persuadé que son parent se « branchait » sur son esprit jeune, malléable, sans protection. Mais, en fait, l’enfant était peut-être un émetteur-récepteur capable de faire circuler des pensées, des images, dans les deux sens. Il valait mieux se concentrer sur les conditions de réalisation de la vision sur support fantomatique. Noël leva le doigt comme s’il était en classe, paralysé par sa timidité :

— Il y a la potion Emollitia. Vous connaissez ?

— Non, répondirent les sorciers, y compris l’enseignante.

— Quand on taille du verre, on utilise soit un diamant, soit une baguette produisant le sortilège de découpe. Mais, même avec une bonne baguette, Diffindo, c’est difficile à maîtriser parce que la matière transparente laisse bizarrement passer une partie du sortilège. Souvent, ça se termine avec de la casse, suivie d’un Reparo. La potion Emollitia ramollit le support au point où une simple paire de ciseaux ou un couteau bien affûté et une bonne règle suffisent pour donner les formes souhaitées. Le verre est mou. Je suis sûr qu’en ajoutant plus de rosée de pleine lune, on doit pouvoir obtenir une matière gélatineuse. Si je retire les pétales de Tradescantia…

— Des éphémères, commenta Hercule. Et que vous les remplacez par…

— De l’helichrysum.

— De l’immortelle… Oh oui ! Très astucieux, Noël.

— On devrait transformer de façon permanente du verre en gélatine. Cela aura l’aspect, la consistance d’un spectre. Peut-être que tu auras un support pour travailler ta voyance…

— Bravo ! s’exclama Dune. Bra-vo !

Elle se tourna vers Barthélémine et lui dit :

— Approche-toi un peu de nous. Dis-moi… Qu’est-ce qui se rapproche le plus du sang humain pour toi ?

— Le sang animal ne parvient pas à me satisfaire. J’ai déjà essayé du bœuf ou du cochon. Il me faut au moins dix litres.

— Par mois ? demanda Laurine.

— Par jour.

— Ma chère, vous exploseriez votre estomac avant de parvenir à contenter votre soif. Dix litres, ce n’est pas envisageable à moins de traverser le Sahara. Il faut trouver un produit plus nourrissant… ou alors… le moyen… de transformer le sang animal, venu d’abattage, en liquide humain.

— Je ne crois pas avoir déjà lu d’ouvrages mentionnant une potion capable de faire ça, avoua Noël.

— Moi non plus. Mais je suis certain qu’il y a des caractéristiques qui distinguent le sang humain de l’animal.

— La potion Sanguis Vestigia !

— Tout à fait, Noël. Elle est capable de les distinguer et même de déterminer si le fluide vital vient d’un homme ou d’une femme. Il faudrait pouvoir accéder à l’Hyperloupe de l’hôpital pour découvrir les différences, faire réagir les composants. Je suis très ignorant sur ce sujet. Mais, pour illustrer mon propos, je peux vous dire que notre sang est rouge parce qu’il contient du fer alors que celui d’une créature aquatique appelée limule, est bleu clair, car il utilise le cuivre. Professeur, pensez-vous que la loi de Gamp serait bafouée en modifiant du sang grâce à une potion ?

— Je ne pense pas, Hercule. Tu métamorphoserais un sang animal en un liquide compatible avec l’humain. Tu ne partirais pas de rien, tu ne créerais pas la vie si c’est le fond de ta question.

— C’est une mission délicate. Il me faudra lire de nombreux écrits avant de pouvoir émettre un avis de faisabilité. Même les meilleurs médecins moldus sont incapables d’accomplir un tel miracle.

— Si c’est trop compliqué, je demanderai au professeur de Bazin… Oh !

— Rassurez-vous, je suis au courant.

— Pas nous, dirent Noël et Laurine.

— Eh bien ça, je ne l’ai pas vu en rêve, concéda Dune. Comment fait-elle pour… Quel âge a-t-elle ? Comment as-tu fait pour…

Hercule sourit et ricana :

— Elle est bien plus âgée que son apparence le laisse imaginer. De temps en temps, il lui arrive de se trahir.

— Les yeux.

— Oui, Barthélémine. Ils jaunissent sous l’effet de la colère. Quant à sa façon d’assumer sa condition de demi-vampire, la professeure est une sorcière d’une grande puissance. Elle maîtrise sa soif sanguine. Sa volonté est d’acier.

Le garçon affirma pouvoir trouver un palliatif en attendant l’étude d’une métamorphose sanguine. Ce ne fut qu’à quelques minutes de la fin du club que Barthélémine effleura la baguette de cèdre, avec son autorisation, et qu’elle découvrit la générosité du Belge. Il fournirait son propre sang pour lui permettre de survivre. Elle ressentit tout ce qu’il avait enduré, accompli depuis son intégration à Beauxbâtons. Elle en eut le souffle coupé. Elle perçut la bonté à travers le bois et jouit d’une immense vague de bonheur. Elle détecta aussi une faille béante, une plaie à vif, se creusant, se gangrenant. Un nom s’imposa à elle : Pandore.

Dune s’attaqua ensuite au problème d’Hercule et lui présenta une fiole de liquide transparent.

— Sais-tu ce que c’est ?

— C’est incolore, fluide. Cela peut être de l’eau ou bien des choses.

— C’est ma première réussite, ajouta Noël. Bien surdosée.

— Oh… Je vais être très obéissant et… J’y suis !

— J’ai mené ma petite enquête pour déterminer comment vous aviez réussi à sortir votre camarade italien du coma. Cela n’a pas été simple. Il me manquait un élément. La potion décuplée. Ainsi que le nom de son auteur.

— Donc, je bois la potion de sérénité absolue et…

— Je prononce un haïku préparé en secret, ajouta Katarina.

Le Belge déboucha la fiole et la vida dans son gosier, d’un trait. Il attendit que le breuvage fasse effet. Il sentit sa volonté s’évanouir. La perception de ses sens diminua. Seule son ouïe conserva sa sensibilité. La potion l’exacerba et il eut l’impression d’être enfermé dans une grotte à l’acoustique phénoménale. La Russe s’approcha à quelques centimètres de lui et délivra le poème codifié :

— Dard de Billywig

Dans ta baguette inclus

Ton sang irrigue.

Esprit libéré

Par un simple haïku

Tu peux t’envoler.

Le patient se sentit groggy, comme s’il avait avalé des somnifères comme des friandises. Dune le conduisit sur Sajadatan. Alors qu’un sourire de niaise béatitude se dessinait sur les lèvres du garçon, elle ordonna à son tapis volant de s’élever jusqu’à ce que les cheveux d’Hercule frôlent le plafond.

— Vous êtes petits comme des vers de terre ! Comme c’est drôle !

Il était dans un état si déplorable qu’il était aisé d’imaginer qu’il avait sifflé une bouteille d’Armagnac des vieilles Forges. Cependant, il ne perdit pas connaissance. Le club était sur le point de s’achever. L’enseignante remercia Katarina qui s’éclipsa pour ne pas rater l’ouverture du tonneau, théâtre des joutes de Cecrabebleu. Dune salua Noël et Barthélémine, puis leur lança un Oubliette. Elle s’abstint d’en faire autant avec les élèves de son ordre. Elle leur accordait toute sa confiance.

— Au revoir, Professeur.

— Non, pas encore, Laurine. Emmenons-le au stade de Quidditch. Il faut qu’il fasse un essai sur un balai. Wilfried va devoir réorganiser le tournoi de l’école et les entraînements.



La référente voulait son équipe. Question d’équité !

1 « Envolée du cœur » : affection cardiaque touchant les sorciers utilisant souvent des sorts destructeurs, comme les membres de la CRS.

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