Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 7 : Sortiège 7 : coeur en or

6690 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 11:30

Au matin du 28 juillet, la Une du Cri de la Gargouille et celle de la Gazette de Paname étaient identiques, au mot près. Les éditorialistes avaient jeté leur dévolu sur le « Nouvel exploit d’Umbelina de Laranjeira ! ». 7-Hebdo sortait un numéro spécial avec une photographie de la jeune fille, pleine page, barrée par un seul nom étiré : Laranjeiraaaaaa !

Les journalistes ne manquaient pas d’adjectifs pour décrire la stratégie de la Portugaise. Téméraire, farfelue, dangereuse, héroïque et, au final, payante. La détentrice d’un record sportif et sorcier se payait le luxe d’un commentaire unanime des rédacteurs. Cette mise en avant eut un effet secondaire inattendu : reléguer une information essentielle en page 3 des quotidiens généralistes.

La veille, le budget, présenté par le ministre de la Magie, avait été voté par les Sages réunis en session dominicale extraordinaire. Le nerf financier du ministère était qualifié « d’austère ». Un euphémisme pour un projet où l’interdiction de générer du déficit justifiait toutes les iniquités possibles. Le duo de quotidiens, majeur dans le paysage journalistique français, ne réagissait pas à l’identique aux quelques hausses et aux nombreuses baisses.

La Gazette de Paname, comme son nom l’indiquait, était centrée sur la capitale, siège du pouvoir sorcier, berceau autoproclamé de la culture, nœud décisionnaire incontestable. Ses scribes voyaient la province comme la quintessence de la médiocrité, concentrant un ramassis de sorciers bouseux de seconde zone, juste bon à travailler la glèbe, des engeances n’hésitant pas à fréquenter des Moldus, voire à se mélanger à eux pour engendrer d’infréquentables Sangs-Mêlés.

Au Cri de la Gargouille, pourtant installé à Paris, on s’attachait à traiter toute l’information, avec impartialité, à éviter les jugements à l’emporte-pièce, à exprimer un point de vue personnel étayé, à décortiquer les actions du ministre et de ses employés en vue d’en brosser un tableau équitable. De temps en temps, les rédacteurs se fendaient d’un brûlot mais les exigences de preuves étaient alors accrues. La vision du Cri était insufflée par son propriétaire, Jules Boulay de la Meurthe, un sorcier amoureux de la littérature, des arts et de l’innovation.

Entre le Cri et la Gazette, c’était une éternelle bataille politique, souvent larvée, parfois frontale dans les colonnes des quotidiens. Les uns taxaient les confrères de dangereux intellectuels fricotant avec les Moldus, de fossoyeurs de la communauté, de traîtres à leur condition sorcière, tandis que les autres répliquaient, traitant les Traditionalistes d’écrivassiers rétrogrades, de vestiges préhistoriques, d’opposants au bien-être du peuple.

C’est ainsi que le Cri de la Gargouille fustigeait l’ignominieuse amputation de 12,5 % des dotations de l’Académie de Beauxbâtons. Le Cri citait la parution de la lettre d’Agathe Bonnelangue, dix jours auparavant, un authentique plaidoyer, un SOS lancé dans le brouillard malsain de l’obscurantisme. La sanction – le journaliste n’imaginait pas de terme plus adéquat – de la politique d’ouverture de madame Bonnelangue était même aggravée par rapport à la supposition de la missive. Le Cri dénonçait d’autres baisses mais avec une virulence et une conviction moindres.

À la Gazette de Paname, le son de cloche était radicalement différent. Ses salariés se félicitaient de la suppression de postes aux archives et à la bibliothèque centrale, des mesures restrictives contre le département de la Coopération Internationale magique. La Gazette applaudissait les moyens supplémentaires décernés aux Oubliators mais s’étonnait de l’absence d’une parité avec les Aurors. Alors que le service diplomatique en relation avec les Moldus voyait ses effectifs passer de quatre à deux postes, la Gazette démolissait Émile Picaillou pour ne pas avoir démantelé cette entité hérétique.

En résumé, les quotidiens retraçaient la bipolarité gouvernant le monde sorcier. D’un côté, les Traditionalistes, réfractaires au changement. De l’autre, les Progressistes, fervents adeptes de l’évolution. Cependant, au sein du Conseil des Sages, il existait un troisième pôle nommé les Modérés. Comme leur nom l’indiquait et comme les étudiants l’apprenaient en cours de Droit et Politique sorcière, dispensé par Sidonia Alinea, ces centristes adoptaient une posture conciliante et critique. Ils tempéraient les pasionarias issues des pôles extrêmes. Le revers de la médaille, comme le serinait le professeur italien, c’est que cette position centrale amenait les Sages du mouvement à faire et défaire les ministres et leurs gouvernements, soutenant des motions de censure au gré du vent.

Le budget occupait une demi-page dans les quotidiens. La loi réformant l’héritage, votée la veille, tenait sur deux lignes, en bas de page. À vrai dire, à l’issue de leur assemblée, ni les Sages, ni le ministre ne s’étaient épanchés sur le sujet, indiquant juste que la réforme serait rétroactive, concernant les biens immobiliers en jachère et qu’elle ferait l’objet d’un communiqué dans les jours à venir. Les journalistes avaient dû se contenter de la brève déclaration écrite, fournie par René Aubépine de Brincourt et recopiée telle quelle. Ils n’avaient aucune conscience qu’en sous-main, les tractations avaient été féroces.

À l’aube du 27 juillet, peu avant la session parlementaire, Émile Picaillou se remémorait les multiples assauts de Robert d’Arcy, déterminé à lui imposer ses vues. Le leader du groupe suprémaciste n’avait pas tardé à utiliser ses petites cellules grises pour comprendre pourquoi la réforme exigée par Picaillou, présentée comme monnaie d’échange avec le budget, lui tenait à cœur. À l’écart des yeux et des oreilles indiscrets, d’Arcy avait révélé son véritable visage, celui d’un aigrefin doublé d’un assoiffé de pouvoir et triplé d’un infâme revanchard. Mi-rigolard, mi-menaçant, il avait augmenté le niveau de ses exigences :

— J’ai lu que le budget de l’Académie sera amputé de 32 000 Gallions.

— C’est exact.

— Je n’aime pas ce chiffre. Je déteste faire des comptes d’apothicaire. Arrondissez le montant.

— À 30 000 ?

— À 40 000.

— Enfin, rien ne justi…

— Si ! Votre réforme.

Picaillou pâlit.

— Vous y tenez. Je ne vois pas bien pourquoi, je me fiche que quelques bicoques tombent en ruine et que les finances de leurs insignifiants héritiers soient asséchées. J’imagine juste que vous passez par cette voie pour regagner un semblant de popularité auprès de la communauté. Enfin, ce sont vos salades. Mais moi, je veux la peau de Bonnelangue !

— Allons, Robert… Avec la prime que vous pourriez toucher pour votre fils unique…

— Je me moque de votre mesurette de pacotille ! Je veux la tête de cette bonne femme. C’est 40 000, pas un Gallion de moins !

Picaillou avait eu beau le morigéner, arguer l’immoralité d’une telle sanction, d’Arcy avait maintenu son cap. Lorsque le ministre avait sous-entendu que les Sages retoqueraient la ligne budgétaire, son adversaire s’était esclaffé.

— Ils voteront l’amputation, sans sourciller. Je vous le garantis. Tout comme la désignation d’un héritier de Sang-Pur, à défaut d’un descendant en ligne directe.

— Seuls les enfants hériteront ?! s’insurgea Picaillou. Ils refuseront cette clause.

— Ils se soumettront, avait insisté d’Arcy, choisissant le verbe utilisé avec soin. Et que cette conversation reste entre nous, Picaillou. Je vous déconseille de vous épancher dans les colonnes des journaux ou auprès de votre gouvernement.

— Vous me menacez d’une motion de censure ?

Le sourire de l’agresseur s’était fait carnassier lorsqu’il avait lâché :

— Il y a plus important qu’un siège de dirigeant. La famille, par exemple. Les liens du sang prévalent sur tout. Pensez-y, Picaillou.

C’était sur cette objurgation que les hommes s’étaient quittés. Le ministre avait procédé aux ajustements de dernière minute. En session extraordinaire, les cinq Traditionalistes, emmenés par d’Arcy, avaient soutenu l’ensemble des propositions ministérielles. Les quinze Progressistes s’étaient insurgés et avaient manifesté leur opposition en votant contre. Les Modérés, déjouant tous les pronostics, avaient basculé leurs voix du côté des Traditionalistes. Quant au porte-parole, Joly de Sailly, apparenté Progressiste, il avait retourné sa robe sorcière et entériné le budget frappant la culture et la réforme sur l’héritage, malgré l’alinéa sur l’ascendance des bénéficiaires. Dans la foulée, les tenants du progrès avaient soumis une motion de censure contre Picaillou, rejetée par 21 voix contre 10. Ce score avait souligné des dissensions au sein de leur courant, certains estimant que Picaillou, en dépit de certains actes discutables, restait l’homme de la situation, à maintenir en place, afin de ne pas basculer dans un régime d’instabilité chronique préjudiciable à toute la communauté.

Le soir même, Émile, heureux de sa manœuvre, avait récupéré le formulaire R1 d’Eugénie Beauxbâtons, avait levé les sortilèges appliqués au document et s’était précipité au service de l’état civil pour que la demande soit traitée sur-le-champ. C’était le plus beau coup de sa carrière politique.

Face aux questions du fonctionnaire, il avait usé de son autorité et de son grade. Afin de parachever son plan, il avait guetté le départ de l’homme afin de lui effacer la mémoire en traître.

L’empressement du ministre avait suscité l’interrogation de Sylvain Brodier, le préposé de garde le dimanche 27 juillet. L’homme ne comprenait pas comment un tel document avait pu rester en souffrance sur le bureau du personnage durant tout un mois. En effet, le formulaire R1 était daté du 27 juin ! À moins qu’il ne s’agisse d’une bévue de l’assistant, René.

Monsieur Brodier en avait fait une copie et l’avait adressée au Cri de la Gargouille, avec un mot d’explication relatant l’étrangeté de la situation. Le hibou était parti avec ses congénères chargés de transmettre le courrier du soir. Sylvain escomptait gagner quelques Gallions en apportant aux journalistes, un sujet susceptible d’être croustillant. Puis, après sa journée de travail, il était rentré à son domicile. Quand son épouse lui avait demandé de narrer sa journée, il avait omis de mentionner cet épisode rocambolesque. Il n’en avait plus aucun souvenir.

Dans le triplex situé à l’angle de la rue de Rivoli et de la rue Nicolas Flamel, la tension était palpable. Depuis presque trois semaines, Sigrid, le prodige de l’Académie, se rendait dans la cave servant de laboratoire où son illustre parent, Nicolas, l’initiait à la réalisation de potions, de décoctions, de philtres toujours plus élaborés, longs et délicats. Certaines préparations flirtaient avec les limites édictées par le ministère mais le vieux sorcier s’attachait à lui enseigner les antidotes et les astuces magiques adéquates pour contrer les breuvages. L’élève écoutait son aïeul et exécutait ses consignes sans omettre de noter ses remarques à l’issue des séances de travail.

En dehors de ces sessions pratiques et des repas pris à heures fixes, elle ne se montrait pas, recluse dans la chambre mise à disposition par les Flamel. Le vieillard ne s’en formalisait pas outre mesure, mettant l’attitude de la jeune fille sur le compte de l’adolescence dans laquelle elle rentrait peu à peu. Pernelle, son épouse, se fiait à son intuition et subodorait une cause plus préoccupante.

Sigrid était assise sur le bord de son lit, les bras ballants, perplexe. À ses côtés, elle avait empilé quelques rouleaux de parchemin noirci : le courrier reçu depuis trois semaines. Eugénie avait partagé son enthousiasme débordant. Elle vivait, selon elle, les meilleures vacances de sa vie. Elle adorait sa tante qui la couvrait de câlins. L’entente avec Augustin, son oncle par alliance, atteignait des sommets. Leur complicité leur permettait même de se comprendre à demi-mots. Quant à ses apprentissages, ils serviraient ses projets et même en cours de potions.

En retour, Sigrid l’avait faite frémir en lui décrivant, avec moult détails ragoûtants, les effets dévastateurs de certaines potions enseignées. Néanmoins, Sigrid montrait bien moins d’enthousiasme que sa colocataire d’Aloysia. La faute à… l’Autre. La personnalité violente s’était manifestée à plusieurs reprises. D’abord, dans le miroir de sa chambre. La jeune fille l’avait décroché et avait tourné le cadre face au mur. L’Autre se dissimulait n’importe où : dans l’eau frémissante du thé, un reflet dans une surface vitrée, la laque d’un meuble ou même dans le parquet saturé d’encaustique. Eugénie n’était pas là pour désamorcer ses crises. Les Flamel couraient un danger.

Hormis les lettres d’Eugénie et un court message d’Umbelina l’avertissant qu’elle allait commettre une folie retentissante, Sigrid n’avait pas reçu d’autre courrier. Elle voyait Shin et Katarina une fois par semaine, échangeant à ces occasions. En revanche, elle n’avait aucune nouvelle d’Hercule, bien qu’elle lui ait écrit. Selon ses informations, son ami ne s’était pas plus épanché avec les autres membres du quatrième ordre. Il ne répondait même pas au carré magique lui permettant de discuter par écrit instantané. À telle enseigne que Sigrid avait adressé ses demandes d’information à Roxane Delacour. L’aînée de la famille de menuisiers lui avait tourné une lettre polie avouant que le Belge passait le clair de son temps à travailler dans l’atelier, au point que Gervais, son père, avait dû freiner ses ardeurs. Le garçon ne se confiait pas, demeurant silencieux sauf lorsqu’il s’agissait d’engranger des connaissances. Sigrid avait posé une question à priori incongrue et Roxane s’était fendue d’une réponse curieuse : avait-elle surpris Hercule en train de verser des larmes ? Oui, toujours à la même occasion : lorsque le garçon observait une halte devant l’entrée de l’atelier, les yeux braqués sur la maxime incompréhensible ornant le fronton. Une attitude inexplicable. Un sentiment refoulé le rongeait. L’impuissance de Sigrid lui tapait sur les nerfs et plus sa nervosité était exacerbée, plus l’irruption de l’Autre devenait probable.

En fin de cette journée du 20 juillet, Pernelle chemina à petits pas dans le long corridor du premier étage, convaincue qu’il était grand temps de percer l’abcès. Les bras chargés d’un plateau garni d’une théière, de deux tasses, d’une coupelle de sucre et de quelques biscuits, elle approcha de la porte de chambre. Elle murmura :

— Sigrid, ma petite, tu veux bien m’ouvrir ? J’ai de quoi goûter.

Elle sauta du lit et ouvrit à son parent. Elle s’empara de l’encombrant plateau et le déposa sur un guéridon, près de la fenêtre. L’aînée prit son temps pour atteindre la seule chaise de la pièce. Ses articulations la mettaient au supplice. La vie éternelle, miraculeuse, comportait son lot d’inconvénients.

— Ça va, ma petite chérie ?

— Oui.

— Vraiment ?

Sigrid perçut le regard interrogateur, hésita et se mura dans le silence.

— Qu’est-ce qui se passe ? Tu t’ennuies ?

— Oh non !

— Qu’est-ce qui te tracasse ?

— C’est rien.

— Allons… Autrefois, je fus maman et une mère sait quand un enfant a du chagrin, des ennuis. Dis-moi ce qui t’embête… Ce sont tes amis ? Ils te manquent ?

— Un peu, oui.

— Mais il y a autre chose, n’est-ce pas ?

— Oui, concéda Sigrid.

— Est-ce que je me trompe si je mentionne l’Autre ?

— Non…

— Il se manifeste ?

— Oui.

— D’où le miroir, là, par terre. Et tes absences.

— Oui. Je…

— Dis-moi.

— Je ne me sens pas en sécurité.

— Ici ?

— Oui. En fait, il n’y a eu qu’un seul lieu qui ait apaisé mes peurs. Même à l’Académie, je ne suis pas à l’abri. Tant que Eugénie est près de moi, je sais qu’elle peut éteindre les manifestations de l’Autre. Mais cela reste dangereux. Je redoute une épreuve à laquelle je vais être confrontée, à la rentrée. En cours de Maléfices, Enchantements et Sortilèges.

— Explique-moi.

— L’Épouvantard. C’est en troisième année qu’on apprend à l’affronter.

— Tu redoutes qu’il prenne le visage malfaisant de Victoire ?

Pernelle posa ses mains ridées et tachées sur les doigts nerveux de Sigrid. La jeune fille tressaillit puis cessa de s’agiter. Des larmes s’échappèrent de ses yeux.

— Tout le monde comprendra que ma peur absolue me concerne. Que je cache un terrible secret. Pernelle, si cela arrive, s’il est éventé, vous pouvez être certaine que les élèves suprémacistes agiront comme ils l’ont fait avec la pauvre Valentine Clairdelune, envoyée à l’hôpital Bonpied. Si l’Autre se montre, si elle déroule le tapis rouge à l’Obscurus, il y aura des morts.

Elle marqua une pause et reprit, mélancolique :

— Parfois, j’imagine qu’un sortilège perdu, en cours de duel, m’ôte la vie.

— Oh ma pauvre chérie…

— Je vous mets en danger.

— Nous saurions quoi faire, même face à un Obscurus.

— Pas nécessairement. Plus j’avance en âge, plus sa puissance refoulée augmente.

— Qu’est-ce qui te rendrait le sourire ? Tu préfères rester seule dans ta chambre ou voir tes amis ?

— Ni l’un, ni l’autre. J’ai l’impression que je vais exploser à tout instant. Il n’y a jamais eu qu’un lieu où l’Autre se taisait, comme s’il était paralysé.

— Où ?

— Dans le manoir des Van Betavende, à Bruges.

— Chez les parents de ton ami… qui a perdu son papa, assassiné.

— Oui. À chaque fois que je me suis retrouvée dans le manoir, c’était comme si l’Autre n’existait plus.

— Aimerais-tu te rendre là-bas ?

Les yeux de la pré-adolescente s’allumèrent comme des Feux Éternels avant que la triste réalité ne reprenne le dessus.

— L’habitation a été détruite par les Van Kriedt. Elle est en ruines.

— Le ministère belge ne l’a pas remise en état ?

— Je ne crois pas.

— Il n’y a qu’un moyen de s’en assurer, décida Pernelle. J’en parlerai à Nicolas. Qu’en penses-tu ?

Sigrid retrouva le sourire et son visage émacié, encadré de cheveux filasses, ternes, s’illumina. Elle gratifia Pernelle d’une accolade sincère.

À son arrivée au 2, Groeningestraat à Bruges, en compagnie des Flamel, Sigrid se prit à regretter sa décision. L’état de la bâtisse avait de quoi démoraliser le plus optimiste des sorciers. Le gouvernement s’était contenté d’apposer un charme anti-Moldus ; les Brugeois étaient avertis qu’un obus de forte puissance, non éclaté, était tombé sur la demeure. En pénétrant dans les décombres, ils mettaient leurs vies en danger. Quand le bourgmestre moldu recevait des réclamations écrites des riverains, il jetait les courriers à la corbeille et relançait son neveu, employé du ministère de la Magie belge. Ce dernier indiquait que la communauté sorcière ne pouvait pas intervenir sur la construction. Les propriétaires, touchés par un décès, en étaient toujours responsables. Tant qu’il y aurait un Van Betavende vivant, il n’y aurait pas d’action de la part des autorités.

Sigrid s’avança avec prudence, contournant la barricade provisoire mise en place par l’elfe Orby, avant d’abandonner la demeure. Elle se faufila à travers les décombres et faillit basculer dans l’orifice béant débouchant sur la cave. Nicolas et Pernelle firent léviter les gravats et les repoussèrent contre le mur du grand salon. Sigrid se rendit à la cuisine. Elle avait été épargnée par les combats. Cependant, une poutre avait été retirée et placée dans l’entrée. Ce retrait compromettait la solidité de l’édifice.

Quand elle emprunta l’escalier jonché de débris, son cœur se serra. L’étage avait subi des assauts destructeurs. Le plafond de la chambre des parents était ravagé : une attaque avait visé Gertha, réfugiée au grenier. La toiture était éventrée, la charpente touchée, comme si un dragon s’était assis sur le faîtage. Sigrid soupira. Les intempéries cumulées des derniers mois avaient tout saccagé et la moisissure accentuait l’impression d’anéantissement. Elle redescendit au rez-de-chaussée, les traits crispés. Nicolas se voulut rassurant :

— Il y a eu en ces murs, une terrible bataille. Effroyable. Mais il n’y a rien de matériel que l’on ne puisse réparer, panser. Crois-moi.

— Nous avons affronté tant de guerres, Sigrid, en six siècles d’existence. Nous avons une certaine expérience. Nous allons t’aider.

— Merci.

— Pour commencer…

Monsieur Flamel agita sa baguette en direction de la jeune fille, tout en marmottant une formule latine. Sigrid sentit comme une libération de la pression sur ses épaules.

— Te voilà en mesure d’utiliser ta baguette sans que le ministère nous envoie des hiboux à longueur de journée.

— Dois-je rester dans les limites du manoir ?

— Pas exactement. J’ai quelque peu agrandi ton rayon d’action.

— À combien de mètres ?

— Il n’y a pas de distance. J’ai oublié la partie qui délimite l’espace. Mes études sont très lointaines… Je retirerai l’exception lorsque les réparations seront achevées.

Aucune limite. En contrepartie, Sigrid dut ingérer une kyrielle de mots usuels en latin et en grec, pour réassembler des pièces brisées, redresser du métal tordu, agglomérer les pierres, nettoyer, raccommoder les tissus déchiquetés. Le trio de sorciers se heurta à un obstacle majeur : l’identification des fragments dont il ne savait quoi faire. Pour contourner le problème, Nicolas fit don d’une gourde de potion Memoria à Sigrid. Elle devait en avaler quelques gouttes afin de stimuler sa mémoire, revoir les souvenirs des séjours passés et y puiser les formes des objets perdus.

Dès lors, elle se mit à l’ouvrage sous l’œil satisfait et les encouragements des Flamel. Le soir venu, le trio put dormir sur place. Le lendemain, Sigrid repartait à l’assaut de plus belle, mettant du cœur à l’ouvrage. Lui ayant donné tous les moyens d’atteindre ses objectifs, Nicolas lui demanda si elle se sentait capable d’achever seule sa mission. Elle apprécia leur proposition. Ils lui confièrent assez d’argent moldu et sorcier pour se nourrir. Afin de ne pas avoir à se rendre à Bruxelles, par ses propres moyens, Pernelle ensorcela une soupière pour en faire un Portoloin capable de la ramener à Paris. Pour l’activer, il suffisait de la toucher. La jeune fille promit de leur écrire pour les tenir au courant de ses progrès. Puis, ils disparurent en la laissant seule dans le manoir. Sigrid contrôla le montant de son budget. Il suffisait pour trois ou quatre semaines de vivres. Pernelle sentait que Sigrid voudrait prolonger son séjour, profiter du travail accompli.

Elle se sentit revivre, animée par la noblesse de sa croisade. Hercule serait fou quand il apprendrait la nouvelle. À moins qu’elle ne conserve ce geste désintéressé au fond de son cœur…

À l’issue de la sixième journée de labeur, le manoir était hors d’eau et hors d’air. Tout le bâti était remis en état. Sigrid attaquait les finitions comme les tapisseries ou les peintures. Elle se consacrait aussi au mobilier, aux lustres, aux bibelots et autres objets de décoration. Elle passait de pièce en pièce pour rectifier toute une catégorie, augmentant sa rapidité et son expertise, à force de répéter les gestes et les sortilèges. Au matin du septième jour, elle s’aventura dans la chambre d’Hercule, épargnée par les combats mais salie par la moisissure, conséquence des infiltrations d’eau venues du toit éventré. À coups de Tergeo puissants, une véritable tornade récura les murs, le plafond, le sol, les tissus, l’édredon et le matelas. Concentrée, elle rendit son lustre à la pièce en moins d’une minute. À l’issue de ce nettoyage préliminaire, elle contrôla les différentes possessions de son camarade. Il n’était pas du genre accumulateur et la vérification progressa à vive allure. Elle tomba en arrêt sur un cadre renversé sur le bureau du garçon. Elle répara le verre fêlé et admira le cliché. La photographie montrait le quatuor d’élèves, encadré par Louis et Gertha. Orby avait immortalisé la scène. Comment oublier cet épisode ? Tous les protagonistes débordaient de joie, voire se contenaient pour ne pas éclater de rire, sauf Louis, excédé par Orby. L’elfe était incapable de coordonner la visée et le déclencheur, ne sachant pas par quoi commencer. De plus, Louis lui demandait de cadrer de manière à ce qu’ils ne soient pas trop éloignés de l’objectif. Le sorcier lui serinait qu’il fallait couper à la taille. Mais l’elfe n’y parvenait pas, induit en erreur par les robes sorcières, dissimulant les anatomies. Eugénie avait été prise d’un fou rire incontrôlable, bientôt communiqué à ses amis et à Gertha. Un souvenir vivace.

Sigrid s’empara du cadre, le serra contre son cœur et fondit en larmes. Elle s’écroula sur le lit, prise de convulsions. L’Obscurus tenta de s’échapper mais Victoire le retint à coups de sortilèges.

Sigrid s’éveilla en piteux état. Hagarde, elle se dirigea vers le cabinet de toilettes pour passer un peu d’eau sur son visage. C’est alors qu’elle détecta une anomalie dans son apparence. En fait, il en y avait deux. Elle n’était pas certaine de l’une d’elles. Le plus flagrant concernait sa maigre chevelure. Ses cheveux châtains se paraient d’une myriade de filaments gris.

— C’est quoi, ça ?! s’étonna-t-elle. Comment est-ce arrivé ?

Elle n’ignorait pas qu’un être humain, victime d’un choc émotionnel, mental, violent, pouvait blanchir en quelques jours, voire perdre des poignées de cheveux. Mais en deux heures d’inconscience ?!

— Bon. Je ne m’affole pas. Ça changera en poussant et je redeviendrai châtain.

Son optimisme s’appuyait sur la deuxième modification survenue une minute auparavant, au premier coup d’œil dans le miroir. Une fraction de seconde, ses iris avaient troqué le noir habituel pour du bleu. Non, en fait, un patchwork de bleus, du turquoise le plus paradisiaque au marine le plus soutenu, en passant par la nuance roi et le cyan. La teinte ébène avait repris le contrôle. Désorientée, elle quitta le cabinet et marcha au hasard, perdue dans ses pensées. Sur le palier, elle hésita. Elle avisa les marches menant au rez-de-chaussée, puis lorgna du côté de la rampe conduisant au grenier. Elle n’y était pas allée depuis le départ des Flamel, après la réparation de la toiture et des poutres de soutènement. Elle monta les marches et, parvenue sous les tuiles, elle activa sa baguette :

— Lumos maxima.

L’artefact projeta un long et large faisceau blanc, froid. Elle balaya la pièce. Il fallait réparer toutes les malles brisées lors de la bataille et s’occuper des contenus. La tâche se compliquait, car elle n’avait pas ouvert ces coffres au cours de ses séjours. À en juger par le fatras entreposé ici depuis des dizaines d’années, elle en avait pour plusieurs jours. Peu importait, elle ne manquait pas de temps. Elle s’apprêtait à lancer un Recurvite pour se débarrasser de la moisissure lorsqu’une incongruité attira son attention.

Au milieu de ce capharnaüm, une malle était intacte. Détail remarquable, sa couche de poussière était bien inférieure à celle des autres biens entreposés. Comme si le coffre n’était là que depuis quelques semaines. Intriguée, elle produisit le sortilège requis pour déverrouiller la serrure. Clac ! Le son la rassura sur sa magie, intacte, malgré la syncope inexplicable dont elle avait été victime. Elle repoussa le couvercle et découvrit des vêtements masculins ainsi que des accessoires.

— Ça n’appartient pas à monsieur Van Betavende. Et c’est trop grand pour Hercule. On dirait…

Les tenues avaient toutes un point commun : les couleurs sable et kaki. Elle lista ses découvertes : des vestes de broussard, des shorts longs, des chemises en lin, des chaussettes épaisses, un chapeau large, aux bords relevés, une paire de Multiplettes, un long couteau affûté, recourbé, avec un manche en ivoire, un grimoire usagé mais vierge, acheté pour consigner des aventures. Elle poursuivit : encore un chapeau, fourré celui-ci, comme une chapka russe, des croquenots au cuir craquelé, une carte d’état-major de l’Ouganda et des liasses de courriers ficelés. Elle chercha le destinataire. Waldo Birken-Maertens.

— Oh…

Le souvenir ému de l’oncle Waldo, infatigable explorateur, ineffable conteur, revint au galop dans son esprit.

— Ce sont ses effets personnels. Sa malle de voyage. Et ça…

Elle trouva un paquet ovoïde long d’une trentaine de centimètres et large d’une quinzaine. Sur l’une des faces, tracé d’une écriture maladroite, il était écrit : « Pour Hercule. Souvenir d’Australie. »

L’Australie. Le pays où Waldo avait supposément assassiné les parents de Casper Van Kriedt ainsi qu’un sorcier australien. Là où toute cette pénible affaire avait débuté. Waldo, un meurtrier ? Billevesées ! Quel oncle penserait à acheter un souvenir pour son neveu, après avoir commis des crimes impardonnables ? Pas lui. Pas Waldo.

— Si c’est pour Hercule, il faut que je lui donne. Mais il saura que je suis venue à Bruges et découvrira vite ce que j’ai accompli. Que faire ?

Cruel dilemme auquel, dépourvue d’un couteau magique de décision comme celui d’Eugénie, elle ne sut que répondre. Elle choisit de différer son choix et reporta son attention sur les tâches harassantes qui l’attendaient. Elle avala un trait de potion Memoria et plongea dans l’unique visite du grenier en compagnie d’Hercule.

Le petit Brugeois dormait depuis quelques minutes lorsqu’un craquement sonore se produisit dans la chambre. Un transplanage ! Le garçon se redressa et tenta de distinguer une silhouette, à la faveur de la lueur du dernier quartier de lune. Il n’eut pas l’occasion de reconnaître l’intrus. Le bras de l’inconnu s’abattit sur lui et ils transplanèrent.

Le paysage n’avait plus rien de commun avec les montagnes pyrénéennes couvertes de pâturages. La végétation était sèche, broussailleuse, adaptée à des températures brûlantes. À perte de vue, ce n’était que roche rouille, presque rouge, des buissons épineux et de loin en loin, un acacia rachitique luttant pour survivre dans ces conditions infernales. Le garçon fit volte-face et découvrit, au milieu de cette platitude absolue, un titanesque monolithe, large de deux ou trois kilomètres et haut d’au moins 300 mètres. La vision lui parut familière. Face à la masse écarlate, tournant le dos au garçon, se tenait un solide gaillard, les mains appuyées sur les hanches, admirant la création de la nature comme si elle était sienne. Tenue de broussard à manches courtes, chaussures épaisses tout terrain, chapeau à bords relevés vissé sur la tête, courte sagaie dans la ceinture à gauche, baguette dépassant d’une poche à droite. Hercule s’écria :

— Waldo !

L’oncle chéri lui fit face, le visage figé dans une expression sans âme. Il plongea la main dans une besace et en retira un objet en bois, ovoïde, allongé, percé d’un trou en l’une de ses extrémités. Une corde d’environ un mètre avait été insérée dans l’orifice et bloquée par un nœud. Hercule découvrit la fonction de l’instrument lorsque l’homme le fit tournoyer dans les airs, occasionnant un vrombissement, un râle rauque à la tonalité modulée par la vitesse de rotation imprimée. Au bout de quelques secondes, les sons lui parurent revêtir une harmonie, une cohérence linguistique. Encore un peu plus et les paroles devinrent intelligibles tandis que les lèvres de Waldo demeuraient soudées. Le Belge entendit :

— Ce que tu vois, c’est le mont Uluru que les colons ont appelé Ayers Rock. Ce lieu est sacré. Il fut le siège d’une bataille entre les Kuniya – les pythons des rochers – et les Linu – les serpents venimeux –. Cet affrontement marqua la fin du temps du rêve et l’avènement de l’âge des hommes. Ce sanctuaire doit être protégé. S’il tombe aux mains des forces du Mal, le temps des hommes cessera et le règne des cauchemars débutera.

Il ne comprit ni l’importance, ni même la signification de ces mots. Il fut encore plus déboussolé lorsque son oncle s’évapora en un millier de bulles savonneuses. Un nouveau craquement se produisit. Il fut ni le fait de Waldo, ni celui d’une autre personne. La chaleur et l’aridité étaient palpables mais le paysage avait changé du tout au tout. Dans un désert gris foncé, caillouteux où un vent glacial soufflait, s’élevait un volcan imposant, en activité. La température provenait des bombes de lave qu’il crachait sans discontinuer.

Poussé par une force invisible, Hercule fut contraint de gravir la pente escarpée du volcan. Il s’empara de sa baguette et créa un bouclier impénétrable tout autour de son corps. Une initiative salutaire, car plusieurs centaines de kilos de matière en fusion s’abattirent sur lui. La magie le contraignant à escalader le sommet en furie, interrompit son manège lorsque le garçon fut au pied de la gueule large d’une centaine de mètres. L’enfant fut mis en présence d’une femme. Il la dévisagea :

— Maïkan !

Concentrée sur le chant mélodieux qu’elle psalmodiait, elle n’entendit pas le jeune garçon. Sa voix était envoûtante, comme celle des Sirènes ou des Vélanes. Ses yeux étaient révulsés, signe d’une profonde transe. Elle dansait sur place, martelant le sol brûlant et tendait ses mains en avant, paume tournée vers le ciel, comme si elle tentait de recueillir la lave projetée. La mélopée se transforma en un sifflement faisant vibrer toutes les molécules de l’air. Soudain, venue de nulle part, une baguette magique apparut. Fabriquée en orme, elle contenait une écaille de Strangulot. Trente centimètres, une souplesse avérée, c’était la propriété du défunt Pierre Bratel. Le Brugeois n’oubliait jamais le visage d’un sorcier, ni la baguette qui en était l’extension.

Le morceau de bois acheva sa course dans les mains de Maïkan, en douceur. Elle débita des phrases en Inuit. Au bout d’une dizaine de secondes, une voix s’éleva de la baguette et ne consentit qu’un mot :

— D’accord.

L’âme emprisonnée fut arrachée au bois qui se consuma dans la foulée. Un cri emplit les lieux, jusqu’à ce qu’il s’étouffe dans la matière en fusion. Hercule, paralysé par la peur, n’osait esquisser un pas vers la femme. Un rugissement déchira l’air. Un dragon, d’une envergure de vingt mètres, doté d’un corps blanc étincelant comme le quartz dont il était hérissé, caparaçonné, jaillit de la lave. Au lieu de s’envoler dans les cieux, la créature aperçut Hercule et fondit sur lui. Sans que le garçon n’y comprenne quoi que ce soit, l’instant d’après, il voyait avec les yeux de la bête.

— Va ! Envole-toi et accomplis ta mission !

Ce furent les uniques paroles intelligibles de la chamane. En à peine une douzaine de secondes, le garçon fut transporté à des milliers de kilomètres tandis que les ailes frappaient l’air en cadence, au rythme de trois coups par seconde. Prisonnier d’Isdréki, le dragon des glaces, il se retrouva dans la tourmente d’une tempête, en mer du Nord, au large des côtes anglaises. Il reconnut la forteresse angulaire, bâtie sur un rocher posé au cœur des eaux déchaînées. Le vent et la pluie lessivaient le corps glacé de la créature. Elle y était insensible. Le dragon-Hercule se positionna en vol stationnaire. D’un coup de patte dévastateur, il éventra la paroi comme s’il s’agissait de papier. Plusieurs cellules furent exposées au vent et à la pluie. Vautré dans la saleté, les chevilles entravées par des fers, un prisonnier émacié supplia la bête de le libérer. Hercule tenta de diriger la queue d’Isdréki dans la cellule, afin que Waldo s’agrippe et grimpe sur le dos. Hélas ! L’enveloppe de l’animal ne lui appartenait pas. Il ne possédait que sa vue. Impuissant, il assista à une scène inimaginable ; la gueule du dragon s’entrouvrit, le monstre poussa un rugissement des plus terrifiants, les trombes d’eau se solidifièrent et des centaines de pics de glace déchiquetèrent le corps sans défense du prisonnier.

Soudain, le garçon fut précipité dans Azkaban, au côté de la dépouille de son oncle. Boum boum boum. Les ailes scandèrent leurs coups sourds, comme si Isdréki n’en avait pas fini. Un ultime rugissement créa un mur de glace en lieu et place des vestiges de la muraille. Hercule fut emprisonné. Il tenta la panoplie des sorts explosifs, sans succès. Sa baguette, acquise chez Ollivander, ne lui obéissait plus. Dépité, il la brisa en deux morceaux inégaux. L’atmosphère se glaça. La porte de la cellule fut traversée par une créature fantomatique, cauchemardesque. Elle se jeta sur lui et lui appliqua un baiser létal. Boum boum boum. Isdréki l’abandonna à sa destinée funeste.


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